‹ Histoire du collège de ChinonChapitre 8 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Collège royal dirigé par l'archevêque de Tours

Dès que le Parlemenl eul enregistré les lettres patentes ratifianl la suppression des places monacales de l'abl de Seuilly et l'union de leurs revenus et de ceux du petit couvenl au Collège de Chinon, l'archevêque s'empressa de prendre la direction de l'établissement.

Le Bureau, constitué conformément aux conventions Ci dessus rapportées, fut installé le I* juillet \~'.\x. ^ms la présidence de messire Hyacmthe-Julien Le Riche, docteur de Sorbonne, abbé de Noyers, chanoine et archidiaci e d.e l'église de Tours, vicaire général du diocèse, que 1;i1" chevêque avait commis a cet effel le ■'". mai précédent.

Etaient présents ;i cette réunion : MM. Louis Bouin de Noire, lieutenant général au Bailliage et siège royal de Chinon, tant en cette qualité que comme taisant les tonc tions de maire; Pierre Breton, prêtre, chantre et chanoine de l'église de Saint-Mexme, député du Chapitre; François Lenée, lieutenant criminel; Félix Doucet Dugué, lieutenant particulier: François Jean Le Breton, procureur du roi: Joseph Tort crue et Louis Pierre Chesnon, échevii

Le membres de l'assemblée, après avoir collationné les pièces relatives à la nouvelle organisation du Collège et

(1) Tous les faits exposés dans ce chapitre sonl extraits, saul indication contraire, <1<'> registres 'les délibérations du Bureau du i i 1791, 2 vol. in-folio (Archives d'Indre-et-Loire, versement de l'EnregistremenJ de chinon . Ces registres étaient conservés autr< fois au bureau d'enreg s ment de Chinon, où nous avons pu les consulter, il y a quelques années

i l'extrême obligeance du receveur, M. de Courson.

(2) L'abbé de Seuilly manquait donc seul à cette réunion, puisqu

vêque s'y était fait représenter par l'abl i s J.-B. Le Cl< n du

Wallon, mourut du reste cette année môme et son sui ss mimé

presque aussitôt, présida plusieurs fois, dans la s es du Bureau, fii l'absence de l'archevêque.

donné lecture des plus importantes d'entre elles, décident qu'elles seront, ainsi que le registre des délibérations et Ions les titres et papiers concernant cet établissement, enfermées dans une armoire « fermant à trois clefs et serrures » qui sera placée dans la salle des délibérations et dont les clefs seront déposées, l'une entre les mains de l'archevêque ou de la personne qu'il désignera à cet effet, une autre entre les mains du lieutenant général, en qualité de maire, et la troisième entre celles du receveur du Collège. Ils appellent ensuite aux fonctions de receveur, pour une période de 3 années, le sieur Jean Ferrand, greffier en chef de l'Election; puis ils prennent connaissance de l'acte de démission de l'ancien principal, Jacques Breton, passé devant notaire le 6 mai précédent, et ils décident qu'il sera dressé un projet de bail des domaines, rentes et autres revenus provenant de l'abbaye de Seuilly, qui seront donnés plus tard à l'adjudication.

L'assemblée choisit alors pour secrétaire de ses séances le sieur Charles Morin, procureur au siège de Chinon. Elle charge ensuite « messieurs le lieutenant général et le lieutenant criminel » de faire « la visite au Collège pour l'année présente » et d'en dresser un procèsverbal qu'ils lui soumettront; elle désigne M. Félix Doucet, lieutenant particulier, pour, en son nom, rendre foi et hommage au comte de Chavigny; et elle enjoint au sieur Ferrand, receveur, de faire construire le plus tôt possible un mur « pour défendre l'entrée des caves appelées les caves des Valins W dans lesquelles il se trouve plusieurs trous et fontaines qui pourraient causer la perte de quelque écolier », et de pratiquer dans ce mur une porte fermant à clef.

Enfin le sieur Morin, greffier de la Maison de Ville, qui avait été chargé par le maire et les échevins de tenir la comptabilité du Collège en attendant l'enregistrement des lettres patentes, présente son compte qui est accepté.

Le procès-verbal de cette réunion nous apprend égale-

i: C'est ainsi que l'on désignait alors les caves du Collège.

ment que la place de principal était alors vacante et que I»' Collège étail inhabité. Jacques Breton avait en effet appelé à La cure de Saint Etienne dès le mois de juin r 1 Il est donc probable que, depuis cette époque, toul en conservant le titre de principal, il n'habitait pas au Col lège; et il j a tout lieu de supposer aussi que, le principal nr résidant pas dans L'établissement, nts n'y nabi

taie ni pas non plus, il ne pouvail donc pas j avoir de pensionnaires M).

Le Collège était donc définitivement organisé confor mément au décrel d'union el aux Lettres patentes de 1736. Le Bureau en avail dès lors L'administration, mais L'ar chevêque en avait la haute direction. C'est à ce prélat qu'appartenait désormais la nomination du principal et des régents; c'est lui qui devait fixer leur traitement. Aucun élève ne pouvait être renvoyé de L'établissement sans que les administrateurs et l'archevêque aient été préalablement consultés.

Au début de cette nouvelle organisation, et en raison de la modicité des ressources disponibles, il n'y eut au Collège que trois régents, dont l'un remplissait sans doute les fonctions de principal. Cependant ce titre esl mentionné pour la première fois, dans les délibérations du Bureau, à la date du l"1 septembre 1740. Delacour, qui occupait alors cette charge, la conserva jusqu'à la fin de 17*2. et le 29 août de cette dernière année, ainsi que L'atteste un reçu signé de sa main et conservé dans un registre des délibérations municipales, la Maison de

(1) Jacques Breton, qui. nous l'avons vu. ne donna sa démission que le ii mai 1738. resta curé de Saint-Etienne jusqu'à sa mort, survenu rembre 17*5. C'est donc à tort que M. Grimaud Paroisses de Chinon, Bull, de la Soc. arch. de Tourain.'. XIV, p. 181) le donne comme -'tant resté en fonctions jusqu'en 1792. Il avait eu pour successeur, en décembre homonyme Pierre-Jean Breton, né A Chinon le 30 septembre 1758, ni- du libraire et frère de l'imprimeur de ce nom. qui, ayant refusé de prôt< ment à la Constitution, fut lui-même remplacé par Bourée dès le commenoement de septembre 17'»!.

Ville lui lit remettre « un morceau d'une pièce de canon, pesanl 29 livres, pour être employé à augmenter la cloche • lu Collège ». La réfection de cette cloche, fondue par le sieur Iliet. de Saumur, coûta \~ livres 11 sols.

Le principal touchait alors, pour lui et les deux régents, une somme de 900 livres par an. et cette rétribution resta la même ou à peu près jusqu'en 1751.

Dans cet intervalle, plusieurs principaux s'étaient succédé au Collège. A la fin de 17 5-2, Delacour avait été remplacé par Biermant, et ce dernier, après avoir exercé le principalat pendant 6 années, avait eu pour successeur un nommé Vallée, qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme, Adrien-Charles Vallée, dont nous aurons à parler plus tard.

Pendant ce même laps de temps, les revenus du Collège n avaient pas varié sensiblement. Ils s'étaient maintenus un peu au-dessus de 3.000 livres, sur lesquelles le Bureau devait prélever, pendant les premières années du moins, 1.400 livres pour payer les pensions .viagères des sieurs Coste et Tourton, 400 livres pour le traitement du prêtre chargé de desservir la chapelle de l'abbaye de Seuilly, ainsi (pie les sommes affectées au service de quelques redevances. Il restait donc à peine 1.200 livres pour rétribuer le personnel enseignant et pour faire face aux dépenses imprévues.

Cependant, la mort de dom Tourton, survenue en 1743, ayant augmenté les ressources disponibles de la somme de 700 livres que le Collège servait annuellement à ce religieux, le Bureau en avait profité, en 1745. pour amortir une partie des dettes qu'il avait dû contracter et pour acquérir, moyennant 50 livres et quelques petites rentes, une maison située au-dessus du Vert-Galant W et joignant le Collège du côté du nord et de l'est.

Enfin, te décès de dom Coste, en 1751, laissa disponible

1 Le Verl Galant >* t a î t une auberge qui occupait la maison portant actuellement le ir fi', de la rue Jean-Jacques-Roùsseau. L'immeuble acquis par le -■■ était situé dans la ruelle ou impasse qui forme aujourd'hui la cour de cette maison, du côté du levant.

une nouvelle somme annuelle de 700 livres, de telle sorte que les revenus nets du Collège se trouvèrent dès lors augmentés de 1.400 livres, ce qui permil d'accroître le nombre des régents et de donner à chacun d'eux une rétribution plus élevée. A partir de cette époque, il y eul en effel quatre professeurs, indépendamment du principal, ri une somme de 1.650 livres fut affectée a leur traitement.

Philippe Chemin, qui, en 1750, ;iv;iit succédé à Vallée il"1 <lu nom), occupait le principalal depuis quatre nus déjà lorsque surgil un différend entre l'archevêque, d'une part, le Bureau d'administration et le Corps de Ville, d'autre part, à l'occasion d'un projet «le déplacement du Collège.

Dans une réunion des administrateurs, tenue le 1 1 sep tembre IT.Vk le principal lit savoir que l'intention de l'archevêque était de transférer le Collège dans une maison sise » cloître de Saint-Mexme, rue de l'Epeau », maison que M. de Coulaine consentait à vendre au prix de 5.000 livres, en s'engagêant à prendre en échange les bâtiments du Collège pour une somme de 2.000 livres, qui viendrait en déduction du prix de sa maison. Il ajouta ipie Monseigneur offrait de payera M. de Coulaine, pour les :>.000 livres restant, une rente annuelle de L50 livres et que lui, Chemin, s'engageail à avancer une somme de 1.000 livres, sans intérêts, pour faire les réparations nécessaires.

Les revenus du Collège étant alors de 3.110 livres, ses charges de 2. :>.*»<; livres, il ne restait disponible qu'une somme annuelle de 154 livres, absolument insuffisante pour payer la rente et amortir le capital de la dette. Aussi, le Bureau refusa t-il de donner son assentiment à ce pro jet, avant d'avoir demandée l'archevêque des explications qui lui semblaient nécessaires. La réponse de ce dernier n'ayant pas satisfait les administrateurs, ceux ci déclarèrent qu'ils ne pouvaient autoriser l'aliénation des bâti

ments «lu Collège et l'échange projeté sans avoir pris lavis du Corps de Ville.

Cependant, et sans attendre davantage, le principal, obéissant aux ordres de l'archevêque, transféra le Collège dans la maison de la rue de l'Epeau, où il ouvrit les classes le 3 novembre.

Le Corps de Ville s'en émut et résolut de soumettre cette difficulté à une assemblée générale des habitants, qui fut convoquée pour le 25 février de l'année suivante.

Les membres de cette assemblée, après avoir pris connaissance des agissements de l'archevêque, et avoir entendu les députés du Chapitre de Saint- Mexme, qui firent observer que l'installation du Collège dans une maison faisant partie de leur cloître, leur causerait un préjudice considérable et pourrait être une source d'ennuis pour le public, décidèrent qu'une députation serait envoyée auprès de M&r de Fleury pour s'informer des motifs qui l'avaient déterminé à effectuer cette translation, lui exposer les inconvénients qui en résulteraient et lui demander si son intention était « d'unir cette maison au Collège et à quelles conditions ».

Les sieurs Chartier. chanoine de Saint Mexme, et Buon des Brûlis, procureur du roi, furent chargés de cette mission et priés de rédiger un mémoire sur cette question, et de le soumettre à l'approbation du maire et des échevins avant de le présenter à l'archevêque.

Ce prélat, ayant donné l'assurance des bonnes dispositions dont il était animé, et dit que son intention n'avait jamais été « de jeter la Ville ni le Bureau d'administration dans des dépenses préjudiciables au bien du Collège et qui pussent diminuer son revenu annuel, encore moins en aliéner les fonds », l'assemblée du 2 avril lui vota des remerciements et décida « qu'en attendaut les effets de sa bonne volonté » le principal et les régents continueraient d'enseigner dans la maison qu'il avait acquise W.

L'année suivante, l'archevêque n'ayant pas tenu compte

(1) Délibérations du Corps de Ville. (Arch. mun. de Chinon. BB. 22.)

des observations que lui avait présentées la municipalité, et ayant même consenti à céder au sieur Perrault, chanoine de Sainl Mexme, la moitié de la maison provenanl de M. 'i»' Coulaine, le Corps de Ville, dans son assemblée du 22 mai 1756, déclara qu'il ne pouvail tolérer que le Collège restai plus longtemps dans cel immeuble el décida qu'è La requête du maire e! des échevins le princi pal el les régents seraienl sommés de retourner ensei gner, dès le vendredi suivant, « dans la maison du Collège, établie par nos rois à cel effei », H de remettre dans cette maison la cloche el tous les objets appartenant au Bureau, el que, si le sieur Chemin el les régents n'obéissaienl pas à cette sommation, les officiers municipaux « se pourvoiraienl par les voies de droit » pour les y contraindre el demanderaient, en attendant, l'autorisa tion de saisir leur traitement.

Le même jour, le maire el les échevins, assistés d'un huissier, se présentèrent au domicile du principal « dans In maison acquise de M. de Coulaine ». L'y ayant rencontré, ils lui donnèrent lecture de la décision prix1 par le Corps de Ville et le sommèrent d'y satisfaire. Le sieur Chemin, que ces menaoes ne surenl intimider, répondit qu'il ne prendrail aucune détermination avant d'en avoir référé à l'archevêque ' .

Ce conflil aurait pris sans dontc (les proportions regrel tables sans l'intervention du coud»1 de Sainl Florantin, ministre secrétaire d'Etat, qui, mis au couranl de ce qui se passait. — nous m' savons au juste par qui, mais probablement par l'archevêque, — adressa au maire la lettre suivant»', «pie nous reproduisons d'après une copie faite sur le registre des délibérations municipales :

a Monsieur,

Est revenu au I ^ < •> que le corps de ville deChinon avoit pris une délibéra tiou par laquelle il est enjoint au principal et aux régens du collège de cette ville de sortir d'une maison que M8r l'archevesque de Tours avoit acquise et de se retirer dans l'ancien coll» -

(1) Délibérations du Corps de Ville. A.rch. mon. de Chinon, BB. 22.)

Sa Majesté désirant savoir les motifs qui ont pu donner lieu à cette délibération, vous ne manquerez pas de m'en informer.

Au surplus, comme ce changement pourroit causer pour le présent un préjudice à l'instruction des jeunes gens qui étudient dans cette maison, et que I ancien collège est devenu inhabitable, il me parroist qu'il convient de continuer jusqu'aux vaccances les études ef les classes dans cette maison, sauf à les transférer après ce temps dans l'ancien collège.

Vous ne manquerez pas d'informer le corps de ville de ce que je vous marque à cet égard, affln qu'il ait à ne plus poursuivre, quant à présent, l'exécution de sa délibération.

Je suis. Monsieur, votre très affectionné serviteur.

Florantin.

A Versailles, le 3 juin 1756. »

Le 12 du même mois, le maire communiqua cette lettre au Corps de Ville qui décida que, pour se conformer aux ordres «lu ministre, il serait sursis à l'exécution de la délibération du 22 mai jusqu'à l'époque des vacances.

Le 24 août, et sans doute à la suite de nouvelles intrigues, le comte de Saint-Florantin adressa au maire et aux échevins une seconde lettre, par laquelle il' leur faisait savoir que l'intention du roi était que le Collège restât dans la maison où il se trouvait alors, jusqu'à ce que Sa Majesté en ait décidé autrement. Cette lettre, dont nous n'avons pas le texte exact et dont il n'est pas fait mention dans les délibérations du Corps de Ville, fut communiquée le 29 du même mois aux membres du Bureau, qui, le jour même, remirent au greffier de la Maison de Ville les clefs de l'ancien Collège, avec défense de les donner à qui que ce soit. Cependant une note, inscrite sur le registre à la suite de cette délibération, prouve qu'elles furent confiées quelque temps après au principal, qui avait laissé dans l'établissement « ses vin, blé, bois » et divers objets mobiliers."

L'archevêque avait donc obtenu gain de cause. Mais, en raison des difficultés que le principal avait eues avec les administrateurs et les autorités municipales, il était difficile qu'il conservât ses fonctions; et en effet son

dépari coïncida avec La lin de ce conflit, il fui nommé à in cure de Ternay, d'où il passa ensuite a celle de Lu Tour saint Gelin, puis ;m doyenné de La Haye.

Chemin eul pour successeur Bernard Julien Nagot, que L'archevêque appela au principalat le 17 octobre L756. Le 21 janvier de l'année suivante, date de la première réunion du Bureau depuis la rentrée des classes, le nouveau principal présenta sou acte de nomination aux administrateurs, qui lui remirenl les clefs de l'ancien Collège el qui chargèrent <in même temps le sieur Trottier, receveur comptable, de meubler la salle Mes délibérations de « 12 chaises, une table pliante, chenets, pelles et pincettes, et une charretée de coterets ».

Le Collège resta dans la maison de la rue de l'Epeau jusqu'au mois de septembre 1760, époque à laquelle l'archevêque— nous ne savons pour quel motif — ordonna au principal d'aller habiter dans l'ancien Collège et d'y transférer les classes.

Cet établissement, abandonné depuis six ans. se trou vait dans un état de délabrement extrême. Le Bureau se hâta de le faire mettre en état, et, dès le 30 du même mois, il donna à l'adjudication les travaux les plus urgents. Cependant, le personnel enseignant ne pouvanl tn uiver a s'y loger avant l'achèvement des réparations, le principal et les régents allèrent, en attendant, habiter le petit Collège que le sieur Grignon, alors directeur de cette maison d'instruction, dut abandonner sur l'invitation que lui en fit le Bureau.

Le procès-verbal de la réunion du 11 septembre 17.".;. au cours de laquelle nous avons vu le principal communiquer aux administrateurs le projet qu'avait alors l'archevêque de déplacer le Collège, est intéressant à plus d'un titre. Il nous donne notamment la description des immeubles qui composaient à cette époque le Collège

royal el Le petit Collège. Nous y relevons en effet les détails suivants, nue nous copions presque textuellemenl :

La maison du Collège comprenait : 1" une cour d'entrée; 2° un corps de logis composé d'une salir basse, cuisine à côté, escalier entre, deux chambres.hautes.et deux greniers; 3° un petit bâtiment où étaient deux classes, l'une sur l'autre, de H à 7 pieds de large;

$ un autre bâtiment dans le fond de la cour, composé de deux chambres basses et deux chambres hautes, derrière lequel étaient des latrines et des caves en roc; 5° une petite cour derrière le grand corps de logis, après laquelle était un autre corps de logis en ruine composé d'une chambre basse, une voûte et une chambre liante inhabitable.

La maison du petit Collège se composait d'un cellier, une chambre basse, buanderie à côté; une chambre haute, antichambre et grenier, un jardin, cave, four et un autre jardin.

Le petit Collège était séparé du Collège royal ou grand Collège par une maison qui appartenait à des particuliers et que le principal avait priseà loyer pour 40 livres par an.

En 1761. le Bureau acquit plusieurs petites maisons adjacentes, notamment celle qui se trouvait entre le grand et le petit Collège. Malgré ces agrandissements et malgré les réparations faites en 1760, les divers bâtiments qui composaient cet immeuble restaient isolés les uns des autres et constituaient un ensemble très défectueux.

Cependant le Collège prospéra rapidement entre les mains de l'abbé Nagot, et l'on reconnut bientôt la nécessité d'édifier de nouvelles constructions, de manière à pouvoir loger des pensionnaires, faire un réfectoire, une salle d'études, une chapelle, etc. Après diverses propositions, les administrateurs s'arrêtèrent, en 1762, à un projet qui consistai! à réparer- et à prolonger jusqu'à la rue le bâtiment principal, ouvrant sur la cour du côté du levant et situé par conséquent à l'ouest de cette cour; à reconstruire celui qui était au fond de la cour: et à faire les réparations nécessaires aux constructions qui se trouvaient entre le grand et le petit Collège, c'est-à-dire à l'es1 de la cour; le tout devant s'élever à la somme de

8*000 livres. Enfin, deux ans plus tard, sur la proposition du principal, qui venait de déclarer que lf nombre des pensionnaires augmentait considérablement, le Bureau décida de faire prolonger vers le nord le principal corps île logis.

Ces constructions n'étaient pas terminées quand parut, au commencement de l'année L765, un arrêt du Parlement qui imposait aux administrateurs l'obligation de consul ter le prpcureur général avanl de voter des dépenses importantes. Les membres du Bureau se crurent obligés de prendre l'avis de ce fonctionnaire avanl de continuer les travaux. L'autorisation demandée se in d'autant moins attendre qu'elle n'étail pas nécessaire, paraîl il. el les bâtiments Eurent bientôt achevés.

Les constructions du Collège présentaient donc, «lés cette époque, à peu près la disposition générale qu'elles ont aujourd'hui, c'est à dire la forme d'un fer à cheval ouvert du côté de la rue, mais probablement avec des espaces libres entre les divers corps de logis.

Si le principal NTagOt avait eu des débuts assez, difficiles, il eut du moins, pendant les dernières années de son administration, La satisfaction de voir s'ouvrir pour l'établissement qu'il dirigeait une ère de prospérité jusqu'alors inconnue. Les anciens bâtiments s'étaient relevés de leurs ruines: de nouvelles constructions s'étaient édifiées; l'internat, qui, avant lui, existait à peine, était devenu florissant et comptait alors plus de trente élèves.

Le prix de la pension n'était d'ailleurs pas élevé : 212 livres seulement, y compris le blanchissage, le chauffage et l'éclairage. Encore le principal devait-il en déduire une somme proportionnée au temps que les élèves passaient en vacance.

Les régents, qui, depuis 1751, étaient air nombre de quatre, furent portés à cinq sur la demande qu'en fit le principal au mois d'août 1764. Mais le Bureau n'accorda pas de traitement fixe à ce nouveau professeur. Il devait être nourri, logé, blanchi et éclairé par le principal qui,

pour tous émoluments, devait lui donner une part « dans les répétitions et les petits écus » et seulement s'il était contenl de lui. Les antres régents, ainsi que le principal, avaient un traitement tixe que le receveur leur payait sur les revenus du Collège : le principal touchait 600 livres par an; le régent de rhétorique 300 livres; les trois autres, chacun 250 livres ; ce qui faisait un total de 1.650 livres. Cependant, à partir de 1763, le principal ne toucha plus que 500 livres, parce qu'en reconnaissance des sacrifices «[ne le Bureau avait consentis pour faire de nouvelles constructions, il abandonnait chaque année une somme de 100 livres sur son traitement.

S'il est incontestable que l'abbé Nagot laissa le Collège dans une situation très prospère, il est permis de se demander s'il faut attribuer uniquement à son habile direction le développement que cet établissement prit entre ses mains, ou bien s'il faut en voir la cause dans un événement qui se produisit alors en France et qui eut une répercussion considérable sur beaucoup de maisons d'enseignement. Il est constant en effet que le début de cette ère de prospérité coïncida avec le départ des Jésuites.

Les membres de cette congrégation, qui, depuis deux siècles, avaient joué un si grand rôle dans l'éducation de la jeunesse française, durent cesser d'enseigner et de vivre en commun, en vertu d'un arrêt du Parlement de Paris, rendu le 6 août 1762 et confirmé deux ans après par un édit du roi. La plupart de leurs établissements ne furent pas fermés, il est vrai, mais en changeant de direction ils perdirent leur caractère et beaucoup de leurs élèves allèrent dans d'autres maisons.

En même temps qu'il prononçait la dissolution de la compagnie de Jésus, le gouvernement s'occupait de donner une nouvelle organisation à tous les établissements d'instruction, même à ceux qui ne relevaient pas des universités.

Le Collège royal de Chinon appartenait à cette dernière

catégorie. Il avail une existence indépendante el ne rele \iiii que du roi. Depuis que l'archevêque en ;iv;iii pris la direction, il étail régi par un Bureau qui avail pleins pouvoirs pour l'administrer et qui était constitué conformé menl aux dispositions des conventions intervenues entre L'abbé de Seuilly, le Corps de Ville el l'archevêque, conventions qui avaienl été approuvées par le roi. Dans certains cas seulement, lorsqu'il s'agissail par exemple d'aliéner des biens appartenanl au Collège, le Bureau devait préalablemenl présenter une requête au souverain.

A partir de 1763, il en fui autrement. Au mois de février île cciit' année, le roi rendil un édil réglementanl l'administration de^ces établissements, «'«lit confirmé et com piété plus tard par la déclaration du il février 1764 et par l'arrêl 'lu Parlemeni du 29 janvier 1765.

D'après l'édit de 1763, le Bureau devait présenter au procureur du roi « un état circonstancié des fondation, institution, dotation, régime, exercice et composition du Collège ». Messieurs Gaillault et Trottier, chargés de rédiger cet état, ne purent retrouver l'acte de fondation qui. nous l'avons déjà dit. avait sans doute été détruit dans .un incendie, en 1649. Il fut alors décidé que, pour suppléer à l'absence de cette pièce, on chargerai! un notaire de faire une copie authentique d'une très ancienne inscription qui se trouvait au dessus de la porte d'une classe et qui faisait connaître l'époque de la fondation du Collège par le roi <l>.

Pour se conformer aux nouvelles dispositions de la loi, il fallut bientôt aussi modifier la composition du Bureau, qui comprit dès lors : l'archevêque de Tours, chef d'ad ministration, le lieutenant général au Bailliage, le procureur du roi, un député du Chapitre de Saint-Mexme, deux officiers municipaux, deux notables habitants, le principal du Collège. L'abbé de Seuilly, le lieutenant criminel •et le lieutenant particulier n'en faisaient plus partie. Le

(1) Cette inscription a été reproduite précédemment, p. 16.

receveur n'avait plus voix délibérative. Mais l'archevêque pouvail toujours, en cas d'absence, se faire remplacer par un délégué qui prenait rang après le lieutenant général.

Le 15 avril 1765, le nouveau Bureau prit connaissance de l'arrêt du Parlement du 2!» janvier précédent, portant règlement du Collège, et d'après lequel les administrateurs devaient dorénavant se réunir tous les quinze jours et étaient tenus de désigner l'un d'eux pour veiller à la police de l'établissement. Cet arrêt modifiait aussi, nous L'avons vu, les pouvoirs du Bureau qui ne pouvait augmenter les honoraires du principal et des régents, étahlir de nouvelles chaires, faire de nouvelles constructions ou emprunter sur les biens du Collège, sans y avoir été autorisé par le Parlement. Enfin le principal et les régents, qui, jusqu'alors, avaient été nommés par l'archevêque, devaient l'être, maintenant, par les administrateurs. Le principal pouvait, il est vrai, choisir les professeurs, mais la nomination de ces derniers n'était définitive qu'après avoir été agréée et confirmée .par le Bureau.

Au lieu de relever directement du roi, le Collège allait donc désormais relever du Parlement. C'était l'œuvre du président Rolland.

Le 18 août de la même année, le Bureau adopta un règlement concernant surtout les congés, et que nous croyons devoir résumer.

Il décida que les vacances ne dureraient que six semaines pour les basses classes, du 15 septembre à la Toussaint, et que pour les hautes classes elles commenceraient le lendemain de la Saint- Louis * . Il arrêta aussi quil y aurait congé tous les jeudis de l'année, à moins de fête le mercredi ou le vendredi; que si la fête était le vendredi, il y aurait congé le mardi soir, tandis que si la fête se trouvait être le mercredi, ce serait le seul jour de congé. Il

(1) Cette dernière clause, qui, d'après les règlements officiels-, ne concernait que la classe de philosophie, ne dut jamais être appliquée au Collège, où cette classe n'existait pas.

décida égalemenl qu'il j aurait congé le Lundi de la foire de Pâques (lundi de la Passion), le jour de la foire de Noël (lundi après la N.-D.i. le jour de la foire de Sainte Radégonde, le lundi et le mardi gras, le matin du mercredi des Cendres, le mardi des R limis. la Semaine Sainte B partir du mercredi soir; et enfin, qu il

serait accordé, dans le courant de l'ani huit congés, le mardi

après midi, dont quatre seraient à la disposition du principal et quatre à celle de l'administrateur délégué. Le jour de L'anniversaire de la naissance du roi était de droit jour de congé. Enfin, La durée des classes fut fixée à deux heures; et Le sieur Vallée, professeur de rhétorique, fut chargé de faire le discours « Latin ou français » ordonné par l'article H du règlement, Le lendemain du dimanche de Quasii I" de L'année L766.

Le nom d'un grand nombre d'élèves fréquentanl le Collège à cette époque est parvenu jusqu'à nous. Nous possédons en effet un livre de commerce du sieur Bre ton, alors libraire à Chinon, qui fournissait au principal des livres classiques pour les élèves et tenait un compte particulier pour chacun d'eux. Nous y voyons figurer, de 1761 ;i 1764, beaucoup d'enfants appartenant à des familles de la région : Auvinet, Bacot, Le Breton, de Coulaine, Cossin, Drouin, Mestayer, Poirier, Rocher, de Sassay de l;i Rolandière, de In Villarmois, etc. Quelques uns de ces élèves devaienl laisser un nom à la postérité, notammenl l'abbé Rocher ' et Poirier de Beauvais -.

il Pierre-Jérôme Rocher, né à Chinon le 30 septembre, 1751, entra dès l'âge de 10 ans au Collège où il SI toutes ses études jusques el y compris la rhétorique. Ordonné prêtre en 1776, il fut nommé chanoine de Saint-Mexme en 1782 et curé de Saint-Ours, de Loches, en 1790. Retiré en Angleterre pendant la Révolution, il revint en France avec Louis XVIII demi il fui le dernier confesseur, et mourut a Paris le l" décembre 1828.

(2) Bertrand Poirieb de Beau\ vis, né à Richelieu le 1!) novembre 1750, était au moment de la Révolution « conseiller du roi en son grand conseil il prit une part active aux guerres de la Vendée et commanda l'artillerie de L'armée vendéenne sous le nom de général Poirier de Beauvais. Retiré ensuite en Angleterre, il y écrivit des Mémoires dont il donna un extrait, a Londres, en lTfis, et qui furent publiés in extenso par la comtesse de la Bouère en 1893. il mou ru i à Ligré, dans sa propriété de Beauvais, le 3 avri

Nous possédons un livre de prix qui lui fut donné au Collège de Chinon sous le principalat de Nagol el qui porte cette attestation manuscrite : /" sea ta schola solutœ orationis latinœprœmium Bertrandus Poirier anno 1762. — Signé : B. Nagot, collegii cainonensis moderator.— c'est un volume in-12, relié en veau et portant sur les plais des couvertures les armoire et dorées de Mgr de Rossel de Fleury, alors archevêque de Tours.

Nagot venail d'être promu à la cure de Vernou quand, le 6 novembre 1765, il donna su démission de principal. Le Bureau désigna aussitôt pour le remplacer Adrien- Charles Vallée, prêtre du diocèse de Coutances, qui professait alors la rhétorique au Collège.

Né If 21 septembre 1732, Adrien Vallée avait été tonsuré en 1756 et ordonné prêtre en 1760. Il est donc impossible de le confondre avec son homonyme, N... Vallée, qui avail occupé le principalat de 1748 à 1750, puisqu'à cette époque il avait de 16 à 18 ans seulement. Il était professeur au Collège depuis 1757 et il enseignait la rhétorique depuis 1760 W.

Le nouveau principal fut le digne successeur de Xagot. La prospérité du Collège ne fit que s'accentuer sous sa direction; et le Bureau, secondant ses efforts, sut employer les ressources toujours croissantes de cet établissement pour y introduire les améliorations nécessaires.

Lorsqu'Adrien Vallée prit possession de sa charge; les revenus du Collège étaient à peu près les mêmes qu'en 1738, le prix du fermage des biens provenant des places monacales de Seuilly subissant seul quelques

il) Nous avons retrouvé dans les archives municipales de Chinon (série I) les actes de nomination d'Adrien Vallée, d'abord comme professeur d'une classe inférieure, le 24 octobre 1757, avec 250 livres de traitement ; puis, comme professeur de rhétorique, le 18 octobre 1760, avec 300 livres de traitement. Nous croyons intéressant de reproduire ici l'un de ces documents. Nous donnerons le premier en date :

« Henri-Marie-Bernardin de Rosset de Fieury, par la Miséricorde Divine et la grâce du S' Siège Apostolique, Archevêque de Tours, Conseiller du Roy en tous ses Conseils, etc. Sur le bon témoignage qui nous a été rendu du sieur Adrien-Charles Vallée, clerc tonsuré du diocèse de Coutances, de ses bonnes vie, mœurs, religion, piété, doctrine, capacité, expérience, Nous l'avons nommé et institué, nommons et instituons par ces présentes a une des places de Régent vacante dans notre collège de Chinon; luy assignant pour ses honoraires la somme de deux cent cinquante livres, comme l'avoit celui «pii occupoit ladite place avant lui : laquelle somme sera prise sur les revenus de notre dit collège de Chinon. Mandons au principal dudit collège et fous autres qu'il appartiendra de le recevoir en cette qualité. Les présentes valables pour le lems que nous jugerons convenable. Donné à Tours, en notre palais archiépiscopal, le vingt quatre octobre mil sept cent cinquante sept.

t Henri, archevêque de Tours. »

variations, ils étaienl alors exactement de 3.390 livres i; gi .|s. se déC( > 1 1 1 1 • < psanl ainsi :

Annuité due par le Corps de Ville 120 liv.

— par le Chapitre de S-Mexme. 2501iv.

par l abbé de Seuilly 1.200 liv.

Fermage des places monacales de Seuilly. . 1.780 liv.

Rentes dues au petit Collège W liv. 6 sols.

roTAi :r:v.to liv. i; sois.

Mais bientôt une nouvelle branche de revenus vint augmenter les ressources de cel établissement. Dès 1764, l'abbé Louet, prieur des Roches Saint Paul, avail entretenu l'archevêque «lu projel qu'il avail formé de réunir son prieuré au Collège de Chinon, pour enrichir cette maison d'instruction. L'affaire en était restée là, quand, le 23 novembre 1766, les administrateurs décidèrent de s'en occuper. Ils tirent d'abord écrire à l'abbé Louet pour s'assurer de ses intentions, puis ils adressèrent un»' requête à l'archevêque en le prianl de vouloir bien faire le nécessaire pour supprimer ce prieuré et le réunir au Collège.

L'abbé de la Hue. prieur de l'abbaye de Corméry, dont dépendaient les Roches Saint-Paul, ayanl donné son consentement, l'archevêque rendit le 21 août 17ti7 un décret supprimant le prieuré des Roches et réunissant au Collège de Chinon tous ses biens et revenus, décret qui fut confirmé pur lettres patentes du roi, données à Versailles au mois de février 1768 et enregistrées au Parlement le 18 juin de la même année.

Cette union doublail ou à peu près les revenus annuels du Collège, qui dépassèrent dès lors 6.000 livres ' ; mais elle avait occasionné è cet établissement des frais d'acte et d'enregistrement, qui s'étaient élevés à 2.000 livres, et elle allait lui nécessiter, pour réparer les bâtiments, des

(1) Les revenus du prieuré biens fonciers el rentes, furent affermés 2.500 livres seulement, mais le Collège s'était réservé l'exploitation «les bois et bruyères, ainsi que la possession des droit- féodaux dont il devait retirer plus tard une somme importante.

dépenses considérables. Le Collège devait du reste servir à l'abbé Louel une pension viagère de 700 livres et faire dire la messe les dimanches et jours de fête dans la chapelle du prieuré. L'augmentation de revenus résultant de cette union était donc loin d'être nette.

Les biens dont le Collège devenait ainsi propriétaire comprenaient, indépendamment des bâtiments du prieuré, une grande étendue de terres, prés, vignes, bois ef bruyères, la métairie de Vindoux, le moulin des Trois- Cheminées, diverses rentes et certains droits féodaux. Ces derniers, consistant surtout dans un droit de chasse et de pêche et une attribution de haute justice, constituaient le fief ou la seigneurie des Roches-Saint-Paul.

Les administrateurs, ayant besoin d'argent, décidèrent (6 avril 1769) d'aliéner ce fief qui n'était d'aucun rapport pour le Collège et qui pouvait même, pensaient-ils, lui être préjudiciable en lui suscitant des ennuis et des procès. Mais ce projet ne pouvant se réaliser immédiatement, ils résolurent, en attendant, de se procurer des fonds en faisant abattre la superficie des 60 arpents de bois et bruyères dépendant de leurs nouveaux domaines. Un arrêt du Parlement, en date du 25 décembre 1769, les y autorisa, et cette opération produisit environ 4.500 livres qui suffirent pour parer aux besoins les plus urgents.

L'augmentation des revenus du Collège permit aussi le faire des améliorations aux anciennes constructions et même d'en édifier de nouvelles, ce qui du reste était devenu nécessaire en raison du nombre toujours croissant des élèves. Divers travaux urgents avaient déjà été exécutés quand, en 1770, le Bureau reconnut la nécessité de construire une infirmerie et de refaire la cuisine; puis, en 1772, le réfectoire, la salle d'études, les chambres ;i coucher et la cour se trouvant insuffisants, les administrateurs décidèrent d'apporter diverses modifications aux bâtiments, d'en édifier de nouveaux et de faire une nouvelle cour du côté du couchant.

Entre temps, le Collège avait fait une acquisition im-

portante. Le 22- juin 1771, le Bureau avail chargé deux de ses membres de visiter une vaste maison située au carroi du Puits des Bancs el de s'assurer du nombre de pen sionnaires qu'on > pourrait loger. Cette maison, qui appar tenait alors à la famille Précieux, ayant paru convenir à l'usage qui lui étai! destiné, fui acquise le 8 aoûl de la même année, moyennant une rente annuelle et perpétuelle de 300 livres, amortissable à 6.000 livres

Cette acquisition fui suivie, en 1775, de l'achat, pour la somme de 900 livres, d'une autre maison appartenant alors .-m sieur Breton, sise près du carroi de Sainl Etienne - el séparée d'une petite ruelle située au levant ; par la maison du sieur Hudault '• \ el de la rue Xéret située au couchant :" par la maison du sieur Rébillaut '". Le Bureau acheta en même temps une écurie et un fenii dépendant de cel immeuble, situés dans le haut et a l'est de la rue \eret et joignant au nord les dépendances du Collège.

A peine Adrien Vallée avait-il été en possession de sa charge, qu'il avait apporté des modifications au règlement. Le 12 janvier 1766, il avait en effet proposé au Bureau, qui l'avait accepté, de modifier les congés établis l'année précédente. Les congés ordinaires, qui occupaient toute la journée du jeudi, furent supprimés et remplacés par deux congés d'une demi journée chacun, fixés au mercredi soirel au samedi soir. De même, les 8 congés extraor-

l I 'était une grande et belle maison en bois, datant du W siècle et dans laquelle fui installée plus tard l'imprimerie Breton. Elle fut démolie en 1873 par M. Cesvet, pour taire le jardin de la maison qui porte aujourd'hui, dans la rue Jean-Jacques-R>>u^>eau. le n° ô*. — Cette acquisition comprenait, indépendamment du principal corps de logis, plusieurs annexes. [Minutes de \i Salmon, Etude de M" Janvier notaire à Chinon.)

(2) C'est la maison qui porte, dans la rue Jean-Jacques-Rousseau, le n° 62.

(3) Cette petite ruelle, dont nous avons déjà parlé (page 35, note 2) et qui se prolongeait autrefois jusqu'à l'entrée des caves du Collège, fait aujourd'hui partie de la maison n" (>'..

(4) C'est la maison qui porte, dans la rue Jean-Jacques-Rousseau, le n' 64.

(5) C'est l'impasse qui longe, a l'est, la maisou n' 58, maison ayant appartenu au commencement <iu \i\e siècle a un nommé Laurier et antérieurement a un nommé Chevalier.

ii) c'est la maison qui porte, dans la rue Jean-Jacques-Rousseau, le n* 60.

dinaires, qui avaient lieu le mardi soir, furent remplacés par 8 autres qui devaieni avoir lieu le mercredi matin ou le jeudi matin l).

Quelques années après, il élabora un règlement complet d'administration, que le Bureau accepta le H août 1768 el que nous reproduisons in extenso.

« 1° On ne reçoit pour pensionnaires que des enfans de bonnes mœurs, dociles et capables de profiter dans les sciences. Ils sont admis dés l'âge de sept ans pourvu qu'ils scachent lire et écrire et qu'ils n'aient pas d'infirmités trop gênantes.

2° Comme la principale vue des écoles chrétiennes est de former l'esprit et le cœur des jeunes gens, de leur développer les principes de la religion et de la morale chrétienne, d'exciter, de nourrir et d'augmenter en eux une piété solide et éclairée, MM. les professeurs ont eu soin que leurs écoliers ne passent aucun jour sans apprendre par mémoire plusieurs maximes de l'écriture Sainte et particulièrement du nouveau testament, et quelques demandes du catéchisme du diocèse de Tours, à l'enseignement duquel ils donnent tous les mercredis une demi-heure.

3° C'est dans la même vue que M. le principal rassemble le samedi et les veilles des grandes fêtes, dans la chapelle, du collège (2), les écoliers de toutes les classes et leur fait des instructions proportionnées à leur âge. Les dimanches et fêtes, il fait aux pensionnaires des instructions particulières pour les disposer aux sacrements de pénitence, de confirmation, d'eucharistie.

4° On enseigne dans le collège la grammaire, les humanités et la rhétorique. On commence par l'étude de la langue latine; l'étude de la grammaire et de la littérature française suit de près, et bientôt on fait marcher ces deux études à pas égal. On y joint l'étude de la géographie et de l'histoire, dont on donne des leçons tous les jours. A la fin de chaque année, MM. les professeurs font faire à leurs écoliers un exercice public sur toutes ces différentes parties. Ils y préparent les pensionnaires par des répétitions qu'ils leur font tous les soirs depuis six heures jusqu'à sept.

(1) Indépendamment de ces congés réglementaires, le Bureau accordait aussi quelquefois des congés supplémentaires. C'est ainsi que, le 27 juillet 1775, il décida de prolonger d'une semaine les vacances, à l'occasion du sacre du roi. Dix ans plus tard, il donna de même 8 jours de congé, à la suite d'une visite du duc de Penthièvre et sur la demande de ce dernier.

(2) Des délibérations du Bureau, datant de cette époque, nous apprennent que la chapelle était alors à l'extrémité nord des bâtiments, au bas des rochers.

6* Les pensionnaires ne peuvent sortir qu'avec la permission du principal, ni s'absenter pour quelques jours sans ladite permission et un congé du Bureau ou au moins de M. l'administrateur nommé en exécution il»' I édit de février 1 t»,:î.

Me peuvent pareillement les dits pensionnaires apporter au collège ni armes à feu, ni mauvais livres, ui généralement rien de

contraire à la religion, aux l nés mœurs, à la sûreté et a la

discipline du collège. Les épées seront déposées chez M. le principal.

7* Les jours de congé, M. le principal peut permettre aux pensionnaires de sortir en ville, pourvu qu'ils soient sous la conduite de quelqu'un envoyé par les parents pour les accompagner soit en

allant, soit en revenant, ce qui cependant ne [ rra avoir lieu les

jours de grandes fêtes, mais les dimanches et les fêtes iip.hi> solennelles et après qu'ils auront assisté è la messe <-t aux instructions du matin. Ils ><■ rendront au collège pour > assister aux vêpres qui se chantent à deux heures précises. Il leur ''-t expressément enjoint par le Bureau de se conformer m tout ce qui leur est prescrit par ledit de février 1763 et l'arrêt du Parlement de 1765 dont M. 1»' principal leur fera une lecture de trois mois en trois mois.

s l.a pension est .'-aie pour tous, de 234 liv. par an. Elle se paye au moins par quartier et toujours d'avance. Un ne diminue rien pour les absences dans le .-ouïs de l'année, si elles n'arrivent pour cause .le maladie. On diminue le temps des vacances à compter du 15 septembre jusqu'au 2 novembre, jour fixé pour la rentrée de la pension. Si quelqu'un prend ses vacances avant le là septembre, il ne lui sera rien rabattu.

9° Outre la pension de 234 liv. pour la nourriture, chaque pensionnaire paye par chacun an dix livres pour le blanchissage de son linge, pour le bois, la chandelle, le lit, et trois livres pour les gages des domestiques. Ces deux sommes se payent avec le premier quartier.

10° Ceux qui veulent avoir un perruquier pour leur faire les cheveux, les friser et poudrer les dimanches, fêtes et jours de congé extraordinaire, lui payent treize sols quatre deniers par mois.

11° Ceux qui veulent faire raccommoder leur linge, leurs habits, ravauder et blanchir leurs bas. payent douze livres par année scholastique. Les parents fournissent les pièces seulement.

12' Chaque pensionnaire apporte avec lui un petit coffre ou une

malle, quatre draps, huit serviettes (si les parents n'aiment mieux payer tous les ans six livres pour les draps et serviettes), un gobelet, une cuiller, une fourchette d'argent s'il est possible. Tous ses habits, bas. linge et autres bardes seront marqués des deux premières lettres de son nom et de plus numérotés au numéro que M. le principal indiquera à MM. les parents qui lui auront demandé des places.

13° Au commencement de chaque année tout pensionnaire doit remettre à M. le principal un état de ses effets, et dans le cours de l'année il n'en renverra et n'en recevra aucun sans lui en donner avis dans le moment.

14° M. le principal ne peut être tenu de répondre d'aucun des effets que les pensionnaires peuvent perdre, tels sont les mouchoirs, les cols, les boutons, les agrafes, les boucles d'argent, les couteaux, les écritoires, les livres et généralement tout ce dont ils ont la disposition.

15° M. le principal ne fait aucune avance ni pour l'entretien des pensionnaires, ni pour leurs menus plaisirs, ni pour livres, papiers, plumes, encre, canifs, écritoires; ni pour les maîtres d'écriture, de danse, de musique, d'instruments, d'armes, qui n'entreront dans le collège que de son consentement et qu'il ne donnera aux pensionnaires que sur une permission de vive voix ou par écrit de leurs parents. Ceux-ci avanceront l'argent nécessaire pour toutes ces dépenses et M. le principal leur en rendra un compte exact.

16° Dans le cas de maladie, la pension de l'enfant ira pour la nourriture de la garde, à qui MM. les parents payeront quatre sols pour le jour et quatre sols pour la nuit. Ils payeront également ce qui sera dû au médecin, au chirurgien, à l'apothicaire et les autres dépenses d'infirmerie. »

Ce règlement, qui est le plus ancien que nous ayons retrouvé, nous montre que la discipline était alors assez sévère au Collège, que les exercices religieux y tenaient une grande place, que l'étude de la langue latine y précédait celle de la langue française, et qu'à la fin de chaque année les professeurs faisaient passer aux élèves un examen public sur toutes les matières de l'enseignement.

Il nous initie à la vie que les écoliers menaient dans rétablissement et nous donne quelques détails qui, sans avoir une grande importance, ne manquent pas d'intérêt.

C'est iiinsi <|ii il nous apprend que, contrairemenl à ce <I ii i se passait alors dans an grand nombre de maisons d'enseignement, les élèves étaient autorisés à se faire

friser cl poudrer les cheveux le-- .1 i l lia ! le heS, têtes ''I jouis <le COngé.

Il nous renseigne'enfin sur le prix de l'internat, alors supérieur à ce qu'il était sous le principalal de Nagot. Peu de temps après sou entrée en fonctions, l»' i!» jan vier 1766, Adrien Vallée avait, en raison de la cherté des vivres, obtenu du Bureau, qui, d'après l'arrêt de I7f,:>. avait seul qualité pour fixer le prix de la pension, l'auto risation de l'augmenter de 28 livres, mais pour cette année seulement, ce qui le portail à 240 livres. Le 31 mars 1768, les administrateurs lui avaient accordé, pour le même motif, une augmentation de 12 livres pour L'année courante. Enfin, le règlemenl que nous venons de reproduire le fixait à 21-7 livres, tout compris. Cependant les vivres continuant toujours d'augmenter, le prin cipal réclama le 13 janvier de l'année suivante une nouvelle augmentation de 211 livres qui lui fui accordée; et, le 2»; janvier 1772. il obtint que le prix du pensionnat fût porté à 300 livres, y compris le blanchissage, mais à condition qu'il verserail chaque trimestre dans la caisse du Collège une somme de 15 sols par pensionnaire (!) livres par an) indépendamment des ino livres qu'il abandonnait chaque année sur ses honoraires.

Le traitement «lu personnel enseignant n'avail pas changé depuis le départ de l'abbé Nagot, lorsqu'en 1772 il fut décidé que le cinquième régent, qui n'avait pas encore d'appointements fixes, recevrait chaque année 100 livres d'honoraires et que le principal toucherait une somme de 50 livres pour la nourriture de ce régent.

Les délibérations du Bureau nous apprennent aussi que. depuis l'avènement de Vallée au principalal, le nombre des élèves en général, et des pensionnaires en particulier, alla toujours en augmentant jusqu'en 1772. époque à laquelle le Collège comptait 150 élèves, dont

:>2 pensionnaires. Le nombre 'I»1 ces derniers nous est fourni par an document conservé aux archives d'Indreet-Loire série D. 7), qui nous apprend en même temps que l'année précédente il y en avait 83, et qu'en 1766, première année «le l'exercice de ce principal, il s'en trouvait 38 seulement. Le Collège avait donc pris un grand développement. Mais il était arrivé à son apogée. Le nombre des pensionnaires diminua dès lors chaque année, et Lorsque Vallée donna sa démission, en 1776, il n'\ en avait [dus que 60.

ht- livre de commerce de Breton, dont nous avons déjà parlé, nous donne le nom de beaucoup de ces élèves. On en compte notamment 72 pour l'année scolaire 1768-69, et ces élèves devaient probablement être tous des pensionnaires. On trouve en effet sur le même registre des lour: nitures de livres classiques, faites à des familles de la ville, dont les enfants fréquentaient sans doute le Collège, mais en qualité d'externes, pour la plupart du moins.

Ce registre nous donne en même temps la liste des livres alors en usage au Collège. C'était, indépendamment des grammaires et îles ouvrages élémentaires : Cicéron, Horace, Phèdre, Tacite. Virgile, etc., puis des traités d'histoire et de géographie, des catéchismes et divers autres livres religieux, enfin des dictionnaires parmi lesquels le Gradus ad parnassum.

Breton fournissait aussi quelquefois les volumes destinés a être donnés en prix. C'est ainsi qu'en 17761e Bureau eut à lui payer de ce chef une somme de 126 livres 15 sols. D'autres fois ils étaient offerts par l'archevêque, ou bien le principal les demandait lui-même à Paris, après en avoir dressé la liste et l'avoir soumise à l'approbation des administrateurs.

La distribution des prix était précédée d'exercices littéraires qui se passaient en public dans la cour du Collège. Le programme de ces exercices, qui occupaient ordinairement plusieurs séances, était imprimé et indiquait, en même temps que le nom des élèves, les auteurs qu'ils

auraient a expliquer el les matières sur lesquelles ils seraienl interrogés.

c'est du moins ainsi que les choses se passèrent en 1769. Nous possédons en effel un exemplaire du programme des exercices littéraires qui eurent lieu cette année dans la cour il h Collège, le mercredi 13 et le jeudi 14 septembre, el qui turent suivis de la distribution solennelle des prix, faite s< mis i;i présidence de M-1 de Ftossel de Fleury, alors archevêque de Tours. C'est un placard in folio, imprimé chez de Gouy, à Saumur, e1 dont nous donnons à la lin de ce volume un»' reproduction réduite ' .

Ou y voit le nom d'un grand nombre d'élèves, avec leurs prénoms et l'indication du lieu «le leur naissance, ce qui permet de les identifier pour la plupart. <>u \ remarque notammenl : /'en-us Baignoux, convictor, Blesensis, qui esl sans doute Pierre Philippe Baignoux, né à Blois en 1753, député d'Indre-et Loire à l'Assemblée législative de 1T!M : Ludovicus Champigny, cainonensis, qui esl forl probablement Louis Champigny-Aubin, né à Chinon le 2 décembre 1756, député suppléant à l'Assemblée législative de 1791, puis à la Convention nationale, OÙ il fut appelé à siéger le 5 vendémiaire an Ml en remplacement de Dupont qui avait démissionné le 30 floréal précédenl : Joannes-Ludovicits Chalmel, convictor, Turonicus, <pti ,ls' sans aucun doute l'historien tourangeau Jean-Louis Chalmel, né à Tours le Ier octobre 17."»<;. député d'Indre et- Loire au Conseil des Cinq-Cents en l'an VI, puis membre delà Chambre des Cent-Jours. Beaucoup d'autres, s;ms etie iiussi connus, appartiennent à des familles notables de la région, par exemple : Ouvrard de Martigny de Nazelles, de Marsay, de Lavau de Crozé, Renault des Vernières, Ragonneau, Mollandin, Fey, etc.

Ce programme nous montre en même temps que 1;| réputation du Collège s'étendait au delà des limites de la

il Ce programmi a été, de la pari de M. Louis de Grandmaison d'une communication faite le 26 novembre i!Hij. ,i la Société archéologique de Touraine. Mais. \i. de Grandmaison, o'ayanl que la moitié supérieure <lr ce placard, n'avait pu en donner la date exacte.

Touraine, un certain nombre d'élèves étant originaires,

non seulement des provinces voisines, mais même de villes éloignées

Ces joutes littéraires, très en vogue à cette époque, étaient autorisées par l'arrêt du Parlement de 1765. C'était du reste un excellent moyen d'exciter l'émulation des élèves et de les exercer dans l'art oratoire. Des prix spéciaux étaient décernés à ceux qui s'y distinguaient le plus.

A la réunion du Conseil d'administration, tenue le 8 août 1776, Adrien Vallée déclare être dans l'intention de donner sa démission pour le 1er octobre suivant. Les membres du Bureau, reconnaissant les services qu'il a rendus au Collège pendant près de vingt ans, le nomment aussitôt administrateur honoraire avec voie délibérative, et lui accordent une pension de 300 livres et le titre de principal émérite.

Ce n'était pas la première fois que le Bureau témoignait ainsi sa reconnaissance aux fonctionnaires du Collège, qui avaient fait preuve d'une bonne administration. Le 22 décembre 1767, lors de l'approbation des comptes de gestion de René Trottier qui pendant 24 ans (1742-1766) avait rempli gratuitement les fonctions de receveur de cet établissement, il avait en effet accordé à -es héritiers et à sa veuve une gratification de 628 livres 11 sols, en récompense du zèle qu'il avait apporté dans l'accomplissement de sa charge.

Le 20 septembre 1776, sur la proposition d'Adrien Vallée et avec l'agrément de l'archevêque, le Bureau appelle « à l'étal et dignité » de principal François-Joseph Le Manceau "\ prêtre du diocèse de Touraine, qui depuis

1 C'esl ainsi que Le Manceau écrivait alors son nom. Il ne l'écrivit en un seul m"' qu'a partir du 6 octobre 1793. Son acte de baptême n'a pu être r< trouvé à Preuilly, où l'on a dit qu'il était né et où son père s'est en effet marié sous le nom de : Manceau.

cinq ans s'esl concilié par ses talents comme professeur au Collège l'estime el la considération publiques ». Le nouvel élu, qui assiste à la séance, soumet aussitôt à l'approbation de l'assemblée un « prospectus du plan d'éducation et des conditions de la pension » approuvé par l'archevêque le 29 aoûl précédent. Le Bureau, après en avoir pris connaissance, l'accepte el en autorise l'im

pression.

Pc prix <lc la pension est «les lors fixé à 340 livres, a la charge par le principal de faire raccommoder les habits, hns et linge des pensionnaires, de les blanchir, de leur fournir de lits, draps, serviettes, papier, plumes, encre, écritoires et canifs, « de les faire friser les dimanches et Eêtes el les joins de grands congés ». Toutefois le principal devra déduire de ce prix la somme de 12 livres in sois pour le temps des vacances. Mutin, le sieur Le Manceau est autorisé à percevoir 600 livres des parents qui voudraient se décharger de tons détails et dépenses concernant la pension, l'instruction et l'habillement de leurs enfants pendant les 12 mois de l'année, mais à condition qu'il donnera à l'élève un maître d'agrément au choix des parents et 6 sols par semaine pour ses menus plaisirs <J>.

Le Manceau était paraît-il un homme de talent. 11 composa plusieurs ouvrages, notamment un Traité de la Sphère, du Globe et de la Mappemonde à L'usage des élèves

(1) C'est sans doute à la suite de l'impression de ce prospectus que le Journal d'Education, rédigé par Le Roux, publia au mois d'avril 1777. sur le Collège de Chinon, un article élogieux que nous reproduisons d'après une note insérée a la demande de M. Saint-Marc, alors principal, dans le n* du

30 septembre 1831 de la Feuille hebdomadaire de Varr" de chinon : « Le

Collège royal de Chinon nous parait réunir toui ce que l'on peut souhaiter. de plus propre à procurer une éducation solide. Les procédés que l'on y suit dans l'enseignement sonl les fruits d'uni- longue expérience; el c'esl cette expérience même qui doit en quelque sorte assurer à cette Maison la confiance entière du public. Autant de morale qu'il en tant pour être éclairé sur tousses devoirs, et conséquemmenf vertueux; assez de littérature pour ouvrir aux élèves l'entrée de toutes les sciences, de tous les arts; et, pour le physique, tout ce qui peut procurer el conserver une santé vigoureuse; voila ce qui constitue l'éducation qui se donne depuis longtemps dans ce Collège, et avec des succès connus »

du Collège de Ghinon M. Le Bureau semblait du reste L'avoir en liante estime comme professeur, mais il était sans 'huile moins bon administrateur, car le Collège ne prospéra pas entre ses mains. La diminution du nombre des élèves et en particulier des pensionnaires, qui avait commencé à se faire sentir pendant les dernières années du principalat de son prédécesseur, ne fit que s'accentuer avec lui. Contrarié de cet état de choses, il démissionna au bout de deux ans, le 25 août 1778, et Adrien Vallée reprit les fonctions de principal.

Le projet d'aliénation du fief des Roches-Saint-Paul, que le Bureau du Collège poursuivait depuis près de dix ans, sétait enfin réalisé <2>. L'adjudication avait eu lieu le 9 avril 1778 au profit de Fortuné Bouin de Noire, chanoine de Saint-Mexme, pour la somme de 16.600 livres, que le Collège avait touchée le 12 juillet suivant.

Le Conseil d'administration employa aussitôt une partie de ces fonds à payer la maison acquise du sieur Précieux en 1771, et pour laquelle il servait depuis cette époque une rente annuelle de 300 livres. Cette maison, qui, au moment de la plus grande prospérité du Collège, avait servi à loger des pensionnaires, se trouvait alors vacante. L'année suivante, sur la proposition du maire, le Bureau la fit réparer, puis, ayant acheté d'un nommé Chevalier deux petits bâtiments en ruine situés dans le haut de la rue Néret et joignant cet immeuble du côté du couchant,. il y fit construire de vastes écuries qu'il loua en même temps que la maison pour y caserner une partie du régiment de carabiniers, alors en garnison clans la ville.

Le surplus du prix d'adjudication du fief des Roches servit à amortir diverses rentes que devait le Collège et à

l Traité de la Sphère, du Globe et de la Mappemonde, pour précéder l'étude de la Géographie, spécialement à l'usage du Collège royal de Chinon. A Chinon, chez Pierre-François Breton, marchand-libraire, 1777. — Une nouvelle édition, revue et augmentée par l'auteur, a été imprimée à Chinon, en 1806, chez F. Breton-Challuau. — Nous possédons ces deux éditions.

(2 Par lettres patentes, données au mois de mars 1771 et enregistrées le lier 1777. le roi avait approuvé la décision prise à cet effet par les administrateurs le 6 avril 1769. Archives de l'Hôpital de Chinon.

faire au moulin des Trois-Cheminées el aux autres bâti ments que possédai! cet établissement, tant à Ligré qu'à Seuilly, les réparations « l< » 1 1 1 ils avaienl besoin. Enfin, au mois d'aoûl 1781, Le Conseil d'administration acheta de la famille Hudaull une maison appelée le Verl Galant, située au carroi de Sainl Etienne ' h joignant au levanl un»' ruelle ou impasse et au couchant la maison que le Col lège avait acquise du sieur Breton en 177'».

A peine Vallée avait il repris la direction du Golli qu'il obtenait des administrateurs (31 août I77xi l'autori sation de faire imprimer un extrait du prospectus adopté au mois de septembre 177C: puis, le 20 janvier 17*0, il décidait le Bureau a rédiger el a livrer a l'impression un nouveau règlement, qui diffère trop peu de celui de 1768 pour que nous croyions devoir le reproduire. Nous > apprenons cependant que, contrairement a ce qui avait lieu en 1768. l'étude de la langue française précédait alors, au Collège, celle de in langue latine, ce qui du reste était plus rationnel. Le prix de la pension était le même qu'en 1772 : 300 livres pour les ('lèves qui passaient toute L'année au Collège, et 2:,!) livres 10 sols pour ceux qui n'y restaient que pendant l'année scolaire.

En même temps, le principal -»i Eaisail dispenser par le Bureau de payer les lin) livres qu'il versait chaque année dans la caisse du Collège, ainsi que les 9 livres qu'il donnait par pensionnaire. Il touchait donc intégralement les 600 livres auxquelles il avait droit. Le régent de rhétorique en touchait 150; les quatre autres, chacun i-00.

Le règlement du Collège ne devait pas tarder à être encore légèrement modifié. Le M août 178 1, en conséquence d'un arrêt du Parlement, en date du 10 juillet précédent, concernant la discipline, les classes et les congés, les administrateurs apportèrent en effet quelques modifications aux dispositions qu'ils avaient adoptées en 1765 et L766.

(1) C'est la maison qui porte aujourd'hui, dan.- la rue Jean-Jacques-Rousseau, le n' tii. (Voir les notes de la page 89.)

«BUOTHECA

Le Bureau décida notamment :

1° Que le temps des vacances resterait fixé à six semaines — ainsi le voulait du reste l'arrêt de 1765 — et que la rentrée se ferait le 3 novembre, ou le 4 si le 3 était un dimanche; — 2° qu'il n'y aurait de congés ordinaires que le mercredi soir et le samedi soir; que si le mercredi était précédé ou suivi d'une fête, le congé du mercredi n'aurait pas lieu; et que, de même, celui du samedi serait supprimé si le vendredi était jour de fête; — 3" que le jour de l'anniversaire de la naissance du roi. qui était de droit jour de congé, ne préjudicierait pas aux congés de la semaine, et que s'il tombait le dimanche il serait remis au lundi; — 4° que le 6 décembre serait fête pour le Collège; -- 5° qu'il y aurait congé le lundi de la foire des Avants, le lundi de la foire de Pâques, ainsi que le jour de la foire de Sainte-Radégonde; mais que si cette dernière foire était le mardi ou le jeudi, le congé du mercredi soir serait supprimé; de même que si elle se trouvait être le vendredi, le congé du samedi n'aurait pas lieu; — 6° qu'il y aurait congé le lundi gras, le mardi gras et le matin du mercredi des cendres; — 7° que les congés de Pâques commenceraient le mercredi saint à midi et finiraient le mardi soir; — 8° que le jour de l'Octave du Saint-Sacrement serait congé; -- 9° que tous les autres congés seraient supprimés; — 10° que la classe du matin commencerait immédiatement après la messe qui se dirait à 8 heures, et finirait à 10 heures et demie, et que celle du soir durerait de 2 à 4 heures.

L'arrêt du 10 juillet 1784, motivé, semble-t-il, par la négligence que le personnel enseignant de certains collèges apportait dans l'accomplissement de ses fonctions, interdisait formellement aux professeurs de s'absenter les jours de classe sans nécessité absolue et leur enjoignait de ne se faire remplacer que par une personne agréée par le principal. Ils devaient alors, sauf en cas de maladie, subir sur leurs honoraires une retenue fixée à 30 sols pour les professeurs de philosophie et de rhétorique, à 25 sols pour ceux de seconde et de troisième, et li 20 sols pour les autres. Cette retenue était destinée à indemniser le régent chargé de les remplacer.

L'un «les professeurs portait alors, et depuis plusieurs années déjà, le titre de sous-principal. Comme le princi-

I al, il ne faisait aucune classe, mais il étail chargé de remplacer ses collègues lorsqu'ils s'absentaient. Ce poste

fui maintenu jusqu'en 1790, et il fut occupé, a partir de ITn'k par un nommé ^.rvers.

Malgré les efforts d'Adrien Vallée, le Collège ne recou vrail m1"' lentemenl son ancienne prospérité. Un docu ment, qui date de 17*:! ri qui est conservé aux archives d'Indre-el Loire i>. 7). nous apprend en effel que <•«■! établissement comptail :

En 1780, 67 élèves is pensionnaires) dont s en rhétorique.

En 1781, ti.") 18 pensionnaires] donl 10 en rhétorique.

En its-j. 77 — (31 pensionnaires) donl 3 ru rhétorique.

En 17X3. lus — 52 pensionnaires) donl 6 ru rhétorique.

on («tait donc encore bien loin des 150 élèves et des 92 pensionnaires, dont nous avons constaté la présence en 1772.

Le principal pensait que les difficultés qu'il rencontrait pour relever le Collège tenaient surtout a ce .pie 1rs honoraires des régents étaienl insuffisants pour qu'il lui fût possible de parvenir « a y fixer «les sujets propies à l'éducation Me la jeunesse ». Il fallait donc avant tout tâcher d'augmenter les ressources de cel établissement, et c'est vers ce bul que tendirent les efforts Mes adminis trateurs pendant les derniers temps Me son principalat.

Nous avons vu que. lors Me l'union au Collège >\>' Chinon Mrs Liens et revenus i\i^ la merise conventuelle Me Seuilly, il avait été convenu que. pour éviter toute contestation ultérieure, l'abbé paierait au Collège une somme annuelle Me l.2o<> livres pour tenir lieu Me ce qu'il donnail ru nature aux religieux : et que le Chapitre de ^aint- Me\me verserait une somme Me 250 livres, à laquelle avait été estimé le revenu Me la prébende préceptoriale. Dans le courant de l'année 1784, le nouvel archevêque Me Tours. M-1' Me Conzié, et les autres membres Mu Bui-eau. pensant que c'était a torl que ces redevances avaient été fixées à une somme immuable, demandèrent aux débi

teins à ce qu'elles fussent augmentées en proportion de l'accroissement qu'avait subi le prix des denrées. Ils rédigèrent, pour faire valoir leurs droits, des mémoires détaillés, mais qui n'apportaient aucune preuve sérieuse eu faveur de leur cause. Il était incontestable qu'en donnant son approbation aux conventions passées avec l'abbé de Seuilly et le Chapitre de Saint-Mexmé, Msr de Rastignac en avait accepté les conditions sans réserve. Aussi les prétentions de l'archevêque et des administrateurs resteront elles sans effet.

Le Bureau songea alors à se créer de nouvelles ressources en demandant la suppression de l'abbaye de Seuilly. Il décida donc, au mois de décembre 1784, de présenter à cet effet une supplique au roi, en le priant de vouloir bien réunir tous les biens et revenus de cette abbaye à ceux de la mense et du petit couvent, dont jouissait déjà le Collège. Mais ce projet n'ayant pu être mis a exécution, les administrateurs se trouvèrent dans l'impossibilité d'augmenter les honoraires des régents.

Le document de 1783, que nous venons de citer à propos du nombre des élèves, nous apprend aussi que les pensionnaires étaient conduits à la chapelle, le matin à 6 heures et le soir à 8 heures et demie, pour y faire la prière en commun ; que, chaque jour, à 8 heures, ils y entendaient la messe, ordinairement dite par le principal ; et que, le dimanche, ils y assistaient à la grand'messe et aux vêpres.

Il nous donne enfin la liste des « livres scolastiques » qui étaient en usage vers la fin du principalat de Vallée, liste sur laquelle ne figure aucun auteur grec, et que nous croyons devoir reproduire presque textuellement :

Page 1