Il paraît que François I^r lui-même alla l'entendre
vie contre la misère. Son oîuvre est aussi vaste que multiple : il embrasse à la fois l'arithmétique, la ge'ométrie, la cosmographie, la géographie, toutes sciences, surtout la dernière, dans lesquelles il laissa une trace durable \ Les soucis d'ordre matériel causés par une famille nombreuse, tendrement aimée, ramenèrent à entreprendre une tâche au-dessus de ses forces, sous le poids de laquelle il succomba, en 1535, âgé de soixante ans à peine ^
Quant à Paradis, sa vie était jusqu'ici assez mal connue. J'ai pu retrouver plusieurs actes authentiques inédits qui jettent un jour nouveau sur sa personne, ses relations, ses mœurs, et permettent de préciser la durée de son enseignement. Paradis n'était qu'un surnom: son véritable nom était Canossa. D'une famille connue, il était originaire de Venise et juif converti. On le trouve à Paris dès le commencement de 1531. Il y devint presque aussitôt l'un des familiers de Marguerite d'Angoulême, à qui il eut l'heureux privilège d'enseigner le grec et l'hébreu, et sur laquelle il écrivit plus tard un poème. La reine de Navarre, qui lui portait le plus grand intérêt, l'indiqua au choix du roi, lequel le nomma très peu de temps après son lecteur royal pour l'hébreu. Sympathique, élégant de manières, très lancé dans le monde, fort de nombreuses amitiés, il s'insinua rapidement dans la faveur du maître. Dès le début, son enseignement obtint un vif succès. Le crédit dont il jouissait lui valut de la part du roi des dons d'argent que les autres lecteurs attendaient vainement. Ceux-ci se plaignirent même, en termes assez vifs, de ce privilège. Il écrivit peu. La principale publication qu'il mit
1. Sans parler des efforts qu'il consacra aux arts mécaniques, à Thorlogerie, par exemple, ou aux vaines spéculations de l'astrologie.
2. Son œuvre comme géographe et comme cartographe surtout a été apprécié avec une grande érudition dans la thèse récente de M. Gallois, De Oronlio Finaeo gallico geographo, Paris, Leroux, 1890, in-8°-
au jour est un piquant dialogue sur la vraie manière de lire l'hébreu. Martial Gouvea, qui figure avec Mathieu Budé au nombre des interlocuteurs de ce dialogue, fut l'un de ses élèves les plus assidus. En 1536, François I" lui octroya, dans les termes les plus flatteurs, ses lettres de naturalité avec le droit de tester. Sa sœur Françoise, nommée d'abord dame d'honneur de la reine de Navarre *, puis de Catherine de Médicis, paraît avoir joué un certain rôle à la cour. Quant à Paradis, il mena joyeuse vie jusqu'en 1349, époque à laquelle il mourut, laissant un enfant naturel du nom de Charles, que le roi légitima dans un acte des plus curieux. Paradis n'ayant point fait de testament, ses biens revinrent par droit d'aubaine à Henri II, qui les transmit au jeune Charles, ainsi qu'à dame Françoise, en leur accordant à tous deux des lettres de naturalité, pleines d'éloges pour la mémoire de Tancien lecteur en hébreu ^
1. Françoise Paradis est portée sur le registre de Jean Frotté, secrétaire de la reine de Navarre, le .30 janvier 1541, pour des gages de ce livres. En 1549, Françoise devint dame d'honneur de Catherine de Médicis, comme l'indiquent les actes cités plus loin.
2. Les actes auxquels nous venons de faire allusion se trouvent dans les registres du Trésor des chartes, aux Archives nationales, JJ, 250, no 27, pour les lettres de naturalité de février 1536: JJ, 250, n"' 246, 253, 459, pour les actes de 1549 relatifs à Françoise et à Charles Paradis. La bibliothèque de l'Arsenal conserve sous le n» 5093 un curieux manuscrit de Paradis intitulé : la Vie et la Naissance du prophète Moi/se, traduite de hébreu en francoys par Paul Paradis. Cette œuvre est datée de 1530. Nous donnons à la fin du volume la pièce de l'j^Q (Pièce j'ustif. XXII). Voici quelques extraits des lettres de légitimation accordées à Charles Paradis et contenues dans JJ, 259, n» 253, sous la date 1549, juillet, Paris. « Henry, etc. A tous ceux présens et advenir salut. Comme aux personnes illégitimement engendrées, la vie desquelz est décorée de bonnes meurs et vertuz, le vice de nature ne peult, ne doibt estre reproché, d'aultant que l'ornement et décoration de vertu suffist à suppléer et nectoicr la macule de geniture ensemble la probité de meurs et abollir la honte d'origine. Et soit ainsi que nostre cher et bien amé Charles Paradiso, ayant esté par illicite copulation engendré de feu M'^ Paul Paradiso, en son vivant l'un de nos lecteurs en langue hébraicque et de lors non marié, confessons que les dons de vertus, de mérites qui sont en sa personne suppléent son odieuse origine,
Agathias Guidacerius était Calabrais. Homme d'un savoir remarquable, il avait une égale connaissance du grec et de Thébreu. Il semble avoir été, d'autre part, d'un caractère assez plat. D'abord professeur d'hébreu dans le collège de Sapience, sous Léon X, il faillit perdre la vie lors du sac de Rome. Sa magnifique collection de manuscrits orientaux futanéantie, à ce moment, en même temps que sa bibliothèque. Tombé dans la plus extrême misère, il se réfugia en France. On le trouve d'abord à Avignon, protégé par le vice-légat Jean Nicolaï, qui l'amena ensuite à Paris, selon toute vraisemblance. Ses publications, depuis sa nomination en qualité de regius professor in origlnalibus iinguis, furent assez nombreuses, mais nullement originales et témoignant de peu d'indépendance dans le jugement. Ses commentaires sur les Psaumes, sur le Cantique des Cantiques, sur l'Ecclésiaste, ne sont nullement comparables à ceux de Yatable \ Ils ne portent pas l'empreinte des nouvelles méthodes et ne renferment rien que de strictement conforme à la tradition. Ce fut néanmoins un professeur exact et consciencieux. La date de sa mort était ignorée jusqu'à présent. Une pièce authentique la fixe à 1540. En effet, quand il mourut, ses biens firent retour au roi par droit d'aubaine. Celui-ci les transmit aussitôt, en vertu d'une donation régulière que nous avons retrouvée -, à Guillaume Postel « par
telleuient que sur le dellault de naissance sesdictes vertus et mérites nous induisent à luy impartir de nos grâces; savoir faisons que nous inclinant liberallement à la supplication et requeste qui nous a esté faicte en faveur dudit Paradiso, en contemplation des services dudit feu Paradiso, avons légitimé, légitimons et du filtre de légitimation décoré et décoi'ons », etc.
1. Guidacerius publia, en outre, une Grammaire hébraïque dont la seconde édition parut à Paris en 1539. Toutes ses publications furent imprimées au collège des Lombards. L'exemplaire sur vélin du traité In sej)tem Davidkos psalmos... pœn'Uenliales (1.J36), offert à François l^'', existe encore à la Bibliothèc[ue nationale (vélins, n" '2869').