‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 60 sur 96 · irf.,n · texte numérisé non relu

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4. Ihid., n" 5423. Arrêt du 12 août 1590 cassant trois arrêts de la Cour des Aides du 20 septembre, du 20 et du 21 juillet 1598, et lui interdisant de nouveau toute connaissance des procès relalifs au payement de parties contenues en l'état du roi et ordonnant la restitution dessommes que .M'^ Dreux Barbin, receveur général des finances à Paris, n été condamné à payer tant à M" Bnrat qu'aux lecteurs et proresscurs du roi.

civils expliquent mieux qu? sous François I" les retards et la mauvaise volonté du pouvoir. Henri IV disait bien de temps à autre : « J'aime mieux qu'on diminue de ma dépense, et qu'on m'ôte de ma table pour en payer mes lecteurs, je veux les contenter. M. de Rosny les payera. » Mais les trésoriers royaux ne payaient toujours pas, et les lecteurs de recommencer leurs humbles requêtes. C'esL à l'une de ces dernières que Sully fit cette réponse charmante, absolument authentique : « Les anciens rois vous ont donné du papier, du parchemin et de la cire; le roy mon maître vous a donné sa parole ; moi, messieurs, je vous donnerai de l'argent ». Le mot était spirituel et les professeurs cette fois encore durent s'en contenter '.

Cependant, dès le début du règne, un des élèves les plus distingués de Ramus, Monantheuil, avait tenté, avec beaucoup de conviction et d'intelligence, d'amener Henri IV à accorder enfin au Collège de ses lecteurs les garanties matérielles qui leur manquaient totalement. La figure de ce personnage est extrêmement sympathique. Il était né à Reims, en lo36, d'une famille picarde. Après avoir étudié la médecine et professé son art avec distinction, il se tourna vers les mathématiques et devint, vers 1573, professeur royal pour cette science. Son enseignement solide et brillant fut très goûté des contemporains. Il joua, durant les vingt-cinq dernières années du siècle, un rôle assez actif, surtout dans les innombrables difficultés auxquelles furent mêlés les lecteurs royaux, au milieu des luttes religieuses et de la guerre civile. Choisi par ses collègues comme l'ora-

1. En 1G05, nouvelle réclamation et arrêt ordonnant aux receveurs généraux des finances à Paris de payer les gages des lecteurs conformément à l'état dressé chaque année par le grand aumônier, particulièrement les gages dus à M» Raffar, lecteur extraordinaire, à M'-'» Parent, Théodore Marcile et Riolan. Valois, Inventaire, n" 9099. Voir encore le même recueil n'^ 6386, 6337, 6338, C682, etc.

tour ofliciol de leur corporation, il prononça en cette qualité, devant Henri IV, en 1595 et en 159G, deux discours qui offrent un intérêt tout ])articulier'. Ce sont de véritables documents historiques, qui jettent une vive lumière sur la condition des lecteurs royaux et sur les destinées de leur corporation. On peut dire de ce Monantheuil qu'il fut le premier historien du Collège royal. Il est peut-être le seul savant de son temps qui ait entrevu nettement ce qu'aurait dû être le collège idéal, vraiment digne de la Renaissance française : un bel édifice, aux proportions vastes, à l'aspect riant, éloigné du bruit, avec denobles portiques, des galeries spacieuses propices aux doctes entretiens, des jardins pour l'étude et pour la promenade, des cours avec une belle fontaine au milieu, des salles de cours commodes, bien éclairées, ornées de portraits de savants-, de bustes et de sculptures antiques, pourvues d'amphithéâtres, de laboratoires; bref, quelque chose de grandiose qui rendît la science aimable. C'était l'esprit de la Renaissance, dans ce qu'elle a de plus séduisant, qui, sur cette tin de siècle, sombre et triste, parlait par sa bouche.

Ce côté un peu idéal de son étude n'excluait pas le côté pratique. Il réclamait, avec une égale insistance, des logements pour les maîtres, des retraites pour les

1. 11 avait déjà prononcé une preiuière harangue, publiée en 1585, in- 12, Pro suo i)i regiam cathedram redilu. Voir pour sa biographie les indications données plus haut, p. 224, et Goujet, Mémoire, t. 11, p. 8:5 et suiv.

2. « Dans la classe des professeurs en grec, on placeroit, disait-il, les portraits de Pierre Danès, de Jacques Toussain, de Jean Strazel, de Dcnys Coroné, de Jean Chcradnme, de Jean Dorât, de Lambin, de Jacques llélie. On verroit, dans la classe des professeurs en hébreu, les portraits de ces hommes si dignes de notre estime François Valable, Agathias Guidacerio, Paul Paradis, Jean de Caligni, Jean Mercier, Berlin le Comte, Raoul Bayn, Jean Cinqarbres, et Gilbert Genebrard. La troisième classe, celle des professeurs en éloquence, nous ofl'rirait les images de liarthélemi Latomus, de Pierre Galland, Pierre Ramus, Léger

professeurs âgés, la création d'un Jardin des Plantes, avec un démonstrateur, des installations spéciales pour les travaux pratiques d'anatomie, et enfin une chapelle avec des chapelains pour la desservir. Il s'arrête longuement sur l'avantage qu'il y aurait à joindre la bibliothèque royale au collège tel qu'il le rêvait. Son énumération des professeurs est également assez curieuse : elle témoigne que les maîtres de cette époque conservaient, avec un soin jaloux, la mémoire de leurs glorieux prédécesseurs.

Il terminait en adjurant le roi, comme si ce dernier eût été présent à cette mémorable harangue, de poursuivreFoeuvre interrompue depuis lamortde François I", lui conseillant d'appeler quelle que fût leur nationalité les hommes illustres qui pouvaient donner à l'établissement un nouveau relief, tels que Juste Lipse, le mathématicien Magrini de Padoue, le latiniste Théodore Marcile. Il souhaite qu'on fasse revenir de Rome Maurice Bressieu, et d'Afrique, où il voyageait, le médecin Arnoul de l'Isle. Pour cet établissement que nous eût envié l'Europe entière, il demandait vingt professeurs dignement entretenus et pensionnés à vie. C'était trop exiger. Loin de songer à cette magnifique fondation, le gouvernement royal, on l'a vu, ne pouvait

du Chesne, Siméon de Malmedi, et de Louis Le Roy. Le portrait de Guillaume Postel seroit seul dans la classe des professeurs en langues étrangères, que nous distinguons des langues savantes. On représenteroit dans la classe des mathématiques Oronce Fine, Paschal du Ilamel, Jean-Martin Problacion (sic), Jacques Maignan, Jean Péna, Pierre Forcadel, Jean Desmerlier, Maurice Bressieu ; sans en excepter même Jean Dampestre. Dans celle de philosophie figureroient François de Vicomercato et Adrien Turnèbe; dans celle de médecine Vidus Vidius, Jacques Sylvius (ou du Bois), Jacques Goupyl, Louis Duret, Guillaume Baudichon, Jean Le Conte, Martin Acakia et Jean Le Fèvre. Tels sont, en effet, ajoutait-il, ceux qui depuis GG aus (c'est-à-dire depuis 1530), ou sont morts dans l'exercice de leurs fonctions, ou ne s'en sont retirés que par des raisons qui ont paru assez fortes pour leur en accorder la liberté. »

pas mùmc j)aycr le salairo annuel de ses lecteurs ordinaires.

Vers la lin de son règne, Henri lY répondit cependant, dans la mesure du possible, à l'appel si éloquent et si juste que Monantlieuil lui avait adressé. 11 augmenta de 100 écus les gages des plus anciens professeurs, ce (|ui les fit monter à la somme de 900 livres. Il fonda, de plus, deux nouvelles chaires, Tune consacrée à la botanique et Tautre à Tanatomie, et s'occupa ensuite, dans le courant de Tannée 1609, de préparer la construction de rédifice tant de fois souhaité et devenu plus que jamais indispensable.

Les sollicitations du cardinal du Perron, alors grand aumônier, et qui se souvenait d'avoir été lui-même lecteur royal, ne furent pas sans influer sur cette résolution. Des commissaires furent chargés d'étudier la question et d'aviser au moyen de réaliser les intentions du roi. Le cardinal, Sully, le président de Thou et le conseiller au Parlement Gillot^ choisis en cette qualité, allèrent visiter le 23 décembre d609 les collèges de Cambrai et de Tréguier et, après avoir examiné attentivement le terrain, adressèrent un rapport au roi. Les projets élaborés à la suite de cette première démarche n'avaient assurément rien de mesquin. En voici la substance, d'après un récit contemporain"^: « Le vingt troisiesme décembre 1G09, le cardinal du Perron, le duc de Sully, le président de Thou et le conseiller Gillot, par le commandement de Sa Majesté, vindrent recognoistre les lieux des anciens collèges du Triquet et de Cambray, pour y faire édifier de nouveau un collège royal, sur

1. I-e premier président de Harlay devait se joindre à eux, mais il en fut cuipéclié par la maladie.

2. Le Mercure l'rançois, Paris, 1609-lGIO, in-S», fol. 407, cité par Delisle, Cah. des Manuscrits, t. I, p. 97. Voy. aussi Poirson, Histoire de Henri IV, t. 111, p. 7S1-78-2, et Legu.un, Décade {llist. de Henri IV), livre Vlll, p. 428.

trente toises de long et vingt do large, où, aux deux bouts de la longueur, on devait bastir quatre grandes sales pour faire les leçons publiques; et au dessus de ces sales on devoit mettre la liibliothèque de Sa Majesté, la plus belle qui soit au monde pour les manuscripts. La face de ce collège devoit estre sans aucune demeure, et sur le derrière on devoit faire des logements pour les lecteurs, le tout regardant sur une court de dix huit toises de long et douze de large, avec une belle fontaine au milieu. Bref ce devoit estre un beau bastiment, et rente de dix mille escus pour Tentretenement des lecteurs. » Les devis tracés à cette occasion par Claude de Chastillon sont parvenus jusqu'à nous'; ils permettent de constater que l'enthousiasme éprouvé par les contemporains à la vue de ces plans magnifiques d'une '( Académie complète de toutes sciences » n'avait rien d'exagéré.

Henri IV n'eut pas la satisfaction de poser la première pierre de l'édifice projeté. Cet honneur fut réservé à un enfant, Louis XIIL La cérémonie eut lieu le 28 août 1610 2. L'attente avait duré quatre-vingts ans. Destinée singulière, la construction une fois commencée n'avança qu'avec une extrême lenteur. Cent soixante ans plus tard, elle était encore loin de l'achèvement. On la reprit en 1774, et il a été donné à notre siècle de terminer enfin un Collège de France sans doute assez modeste, bien différent du plan conçu au xvi° siècle, mais du moins suffisamment digne de sa destination.

Cependant si, en droit comme en fait, l'institution des

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