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Archives de la Sorbonne, carton XXVI

2. La rentrée de l'an IV donna lieu à d'assez vives critiques de la part des journaux. Voy. Sedillot, ip. cit., dans le Bulletino, elc, III, p. 120.

sanccs'"cn jurispriulcnce et on botanique étonnoient les i^lus habiles.

Depuis 23 ans le citoyen Prosper-Gabriel Audran, de la famille des célèbres graveurs, mon intime ami, s'est jette dans l'étude de la langue hébraïque, avec une telle passion que contre mon avis et celui de ses meilleurs amis, il avoit vendu, pour se livrer exclusivement à ce travail, une charge de conseiller au Châtelet qu'il exerçoit avec beaucoup de succès et de probité. La passion de la science a prévalu sur toutes nos représentations et toutes ses études se sont rapportées à la langue hébraïque, pour la parfaite intelligence de laquelle il a pareillement appris le syriaque, le chakléen, l'arabe et poussé la connoissance du grec jusqu'à la familiarité. Il étoit l'élève, le disciple, l'ami et enfin l'émule du citoyen Rivière. Nul homme ne me paroît plus capable, ni plus digne de le remplacer, et je vous assure que nul homme aussi n'y songe moins, qu'il me désavoueroit et mo querelleroit vivement, s'il me soupçonnoit de l'avoir Indiqué. Ce qu'on nous raconte des sages de la Grèce, il le réalise, à l'ostentation près, sans besoin et sans ambition, reclus dans une cellule, ayant perdu 8 à 9000 francs de rente sans murmurer et vivant de quelques leçons qu'il donne pour subsister. 11 est dépositaire de la méthode d'enseignement et de beaucoup de savantes traductions du citoyen Rivière, etc.

Il fut simplement répondu à Baudin qu'il appartenait au Collège de présenter les noms de deux candidats. Je dois encore signaler une lettre d'Asselin du 5 vendémiaire an YIII recommandant Silvestre de Sacy en termes qu'il importe de reproduire : « Quel est celui qui pourra remplacer le défunt"? Un seul homme peutêtre, c'est le citoyen Silvestre de Sacy, déjà professeur d'arabe à la Bibliothèque nationale. Cet homme modeste, outre ses connaissances profondes, dans presque toutes les langues de l'Orient, est surtout recommandable par la simplicité et la clarté avec lesquelles il présente les éléments de ces langues qui sont si loin de nous \ »

1. Tout le dossier de cette affaire se trouve conservé dans F^t, 1109. Il y eut encore, outre plusieurs Israélites, un certain Cochelin, auteur d'une grammaire hébraïque (parue en 1780), et ancien suppléant de l'abbé Lourdet. Poan Saint-Simon fut présenté en seconde ligne.

Mais le côté le plus caractéristique de cette affaire, ce fut la candidature de plusieurs israélites. C'était assurément la première fois, depuis l'origine du Collège de France (les juifs appelés par François 1"% Paradis et Guidacerius, sont des juifs convertis), qu'un israélite pratiquant se trouvait en situation d'y ambitionner une place. L'un de ces candidats, le juif polonais Zalkind- Hourwitz, avait déjà enseigné l'hébreu à la Bibliothèque nationale. Sa place avait été supprimée par Roland. Des recommandations anciennes de l'abbé Lourdet et d'un professeur de la Sorbonne attestaient ses connaissances en hébreu, en chaldéen, voire même en arabe et en hébreu rabbinique. Il demandait en môme temps au Directoire d'être envoyé en Egypte, « pour rechercher les antiquités judaïques du temps des Ptolémées et peut-être même des Pharaons et aussi pour établir au Caire une école française parmi ses confrères qui y sont en très grand nombre et qui parlent presque tous la langue hébraïque ». Un autre israélite, Hayamsohn, également candidat, membre de la Société des langues orientales de Berlin, envoya un cantique hébreu en l'honneur de l'Institut, ce qui lui valut, à défaut de sa nomination, une lettre de remerciements de la part du ministre ^

Au cours de l'an YIII, la question, déjà plusieurs fois posée depuis 1789, de la suppression des cours d'histoire naturelle du Collège fut encore agitée. Un mémoire, plein d'excellentes considérations et de solides arguments, fut rédigé par le corps professoral, justement opposé à cette mesure, et envoyé au ministre. Ce document est, à tous égards, trop important pour l'histoire du Collège, pour n'être pas reproduit ici.

1. Cet hébraïsant, tombé dans une profonde misère, sollicita peu après un secours du gouvernement.

MÉMOIRE L)E l'a.N VIII.

Le ministre demande s'il scroit inconvenant de supyirimer la chaire d'histoire naturelle du Collège de France.

Cette suppression ne pourroit avoir lieu qu'autant que la chaire seroit inutile ou présentant un double emploi, mais quoiqu'il y ait plusieurs chaires d'histoire naturelle dans Paris, celle du Collège de France peut être considérée comme un établissement unique dans son genre. (L'on ne sauroit la confondre avec les chaires d'histoire naturelle des Écoles centrales qui n'ont été instituées que pour des enfans de 12 à 14 ans, et qui se livrent aux plus simples élémens.) On ne sauroit en effet la confondre avec les cours qui se donnent au Muséum d'histoire naturelle, où l'on enseigne chaque branche de la science isolément et dans ses plus petits détails, mais où il n'existe point de cours général qui embrasse les trois règnes de la nature, ou la confondre encore moins avec cet enseignement élémentaire établi dans les écoles centrales pour les enfants de 12 à 14 ans, moins pour en faire des savans que pour piquer leur curiosité et éveiller leur goût par dos notions légères et superficielles.

L'institution de la chaire d'histoire naturelle au Collège de France a un tout autre but. Ce n'est point à une partie isolée que le professeur doit s'attacher, ce ne sont point de faibles élémens qu'il doit présenter. Son cours doit être vaste, grand, universel; les A-ues qu'il développe doivent offrir de profonds résultats. C'est surtout la partie philosophique de la science qu'il doit saisir et exposer. Cette chaire a donc un but spécial, un caractère déterminé qui la distingue. Si elle n'existoit pas, il faudroit la créer, puisque, sans elle, il n'y auroit point en France de véritable enseignement d'histoire naturelle. Si le savant Daubenton qui la remplissoit donnoit au Muséum d'histoire naturelle les leçons qu'il devoit donner au Collège de France, ce fut par respect pour sa vieillesse que la Convention nationale par son décret du 10 juin 1793 (v. s.) lui avoit accordé cette faveur. On vouloit épargner à ses infirmités un déplacement qui pouvoit nuire à sa santé. Mais le local n'a rien changé à l'objet de l'institution; il est toujours resté le même et les choses doivent maintenant rentrer dans l'ordre ancien.

Sans doute le Collège de France a éprouvé depuis assez longtemps une défaveur qui sous plusieurs rapports paroît méritée, mais au lieu de détruire un établissement échappé presque seul aux fureurs du vandalisme, il conviendroit peut-être, il seroit

digne d'un ministre conservateur né des monuments scientifiques et littéraires, de s'occuper des moyens de lui rendre son ancien éclat, et de le faire rivaliser avec les universités étrangères les plus fameuses en créant des genres d'enseignement qui lui manquent encore, en réformant les abus qui le déparent et en appelant dans son sein ce que la France a de plus célèbre dans les lettres et les sciences. Ce seroit une conquête de plus sur les nations qui nous environnent, et peut-être un jour verrions-nous leur jeunesse déserter les universités d'Allemagne, pour venir chercher la science dans une ville qui lui ofl'riroit d'ailleurs tant d'objets d'instruction et d'agrémens.

Si le ministre approuvoit ces vues, on pourroit lui'présenter sur cet objet un travail plus développé! Le ministre a fait une deuxième question relative au traitement des deux chaires d'histoire naturelle à l'École centrale et au Collège de France. La chaire de l'École centrale est de 3 000 francs, celle du Collège de France est de 6 000 francs.

Le 18 nivôse de cette même année (an YIII) est une date mémorable dans l'histoire du Collège. Ce jour-là, Cuvier fut en effet nommé professeur d'iiistoire naturelle, en remplacement de Daubenton qui venait de mourir. Sa nomination donna lieu à de singulières complications qui, grâce à la bonne volonté générale, finirent par se trouver aplanies. Le ministre de l'intérieur, en nommant Cuvier au Collège, avait exprimé le désir de voir La Métherie prendre la place que Cuvier venait de quitter à l'École centrale du Panthéon. Mais la santé de La Métherie ne lui permit pas d'accepter cette fonction assez absorbante, paraît-il. Alors Cuvier, mû par un généreux sentiment, lui proposa, par suite d'une combinaison peu fréquente dans les annales du Collège, de partager avec lui les travaux de la chaire qui venait de lui être confiée. L'illustre naturaliste écrivit à cet effet au ministre une lettre qui fait grand honneur à son caractère*.

1 . Nous avons retrouvé cette lettre autographe au milieu des papiers intéressant le Collège de France dans le carton F i'', 1109, qui nous

LETTRE DE CCVIEll.

Paris, le 8 ventôse an YIII.

Citoyen,

Conformément au désir que le ministre de Fintérieur avait témoigné d'obliger le citoyen de Lamétherie, et à mes sentiments particuliers d'attachement et d'estime pour ce saA'ant, je m'étais empressé d'offrir la démission de ma place de professeur à l'École centrale du Panthéon, que le jury paraissait très disposé à lui conférer. Mais comme cette place ne convient point à sa santé, il a préféré se charger d'une partie des fonctions de celle qui vient de m'être donnée au Collège de France, moyennant des arrangements dont nous conviendrons entre nous. Je serai charmé que le ministre, en consentant à cet accord, me mette à même de remplir les vues que la justice lui avait inspirées en faveur du citoyen de Lamétherie, d'une manière agréable pour ce saA'ant respectable.

Recevez, mon cher et illustre confrère, l'hommage de mon dévouement,

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