G. CUVIER
de l'Institut national.
Le ministre adressa à Ciivier la réponse suivante, qui termina Taffaire : « Au citoyen Cuvier, membre de l'Institut national, etc. Citoyen, je consens très volontiers à ce que le citoyen La Métherie soit chargé d'une partie des fonctions de la chaire d'histoire naturelle que vous remplissez au Collège de France et je vous autorise à le prendre pour adjoint. Salut et fraternité. »
Il est sensible, par de nombreux indices, que le prestige de l'établissement augmentait de plus en plus*. Néanmoins l'installation matérielle laissait toujours à désirer. Lefèvre-Gineau, l'administrateur, demande
a fourni également bien d'autres renseignements sur cette affaire et sur les suivantes.
1. Ily a dans Fi'', 1109, plusieurs pétitions assez curieuses de savants de province demandant à venir professer au Collège, celle, par exemple, d'un secrétaire du Muséum de Poitiei's, qui se déclare capable d'enseigner les sciences les plus diverses.
constamment de nouveaux subsides, pour des achats de machines, pour les expériences, tout en assurant le ministre « que la postérité n'oubliera rien de ce qu'il a déjà fait pour le rétablissement de l'institution ».
Une autre acquisition, non moins précieuse que celle de Cuvier, fut faite par le Collège quelques mois plus tard. Biot, déjà examinateur à l'École polytechnique, fut nommé par Chaptal, par arrêté du 4 frimaire an IX, professeur de physique mathématique en remplacement de Cousin, devenu sénateur. La Place. Cousin et tous les géomètres de l'Institut, collègues de Biot, unirent leurs efforts pour obtenir ce choix du gouvernement, comme l'attestent les lettres restées au dossier concernant cette nomination. Lefèvre-Gineau écrivit de son côté à Chaptal, dans les termes les plus pressants, en rappelant à ce ministre que « les fonctions honorables auxquelles son travail sur les écoles spéciales appelait les professeurs du Collège, constituaient pour ces derniers un témoignage certain qu'il ne placerait désormais dans cette école que les savants les plus capables ».
La nomination de Yauquelin à la chaire de chimie, le 9 ventôse an IX, en remplacement de Darcet, qui venait de mourir, donna lieu également à une série de démarches non moins flatteuses pour l'illustre chimiste. Chaptal écrivit au premier consul (26 pluv.) : « Le vœu unanime des professeurs du Collège appelle pour succéder à Darcet un savant qu'il suffît de nommer pour faire son éloge, le citoyen Yaucquelin (sic), membre de l'Institut, et l'un des premiers chimistes dont la France s'honore. » Il est juste de remarquer que l'assemblée des professeurs, en transmettant ce vœu à Chaptal, avait introduit dans la lettre une allusion des plus courtoises, à laquelle le ministre ne dut pas rester insensible :
Les professeurs du Collège de France au citoyen Chaptal, minisire de l'intérieur.
Les profospours du Collège de France ont ressenti vivement la perte qu'ils viennent de faire dans le citoyen Darcet, professeur de chimie. Mais si quelque chose peut dans la suite adoucir l'amertume de leurs regrets, ce sera le choix du chimiste qui remplacera leur illustre confrère. Ils pourraient avec raison, citoyen minislre, se reposer sur vous du soin de donner un successeur à Darcet. Néanmoins, désirant avoir quelque part à la gloire de ce choix, ils ont cru devoir vous manifester leur vœu sur cet objet. S'ils ne voyaient pas Chaptal occupé dans des postes beaucoup plus importants de l'État, ils auraient eu deux candidats à proposer au ministre de l'intérieur. Dans la circonstance actuelle, ils se bornent à vous signaler le citoyen Vauquelin, membre de l'Institut, et ils n'ajouteront pas un mot au nom de ce chimiste célèbre.
Salut et respect,
Lalainde, doyen, Bouchard, Bosquillon, Biot, G. CuviER, Dupui«, Caussin, L. Lefèvre- GiNEAU, Gail, Portal, Seliz, Perille, Cour-
NAUû.
20 pluviôse an IX.
Berthollct écrivit à son tour à Chaptal qu'il ne pouvait se l'efuser « le plaisir de proclamer le mérite de l'un des savants qui honorent le plus la chimie française et de joindre son vœu aux suffrages qui l'appellent à l'École spéciale de France ». Yauquelin fit au Collège un séjour peu prolongé. Il eut un successeur digne de lui dans la personne de Thenard, nommé le 23 germinal de l'an XII. Signalons encore la nomination de Pastoret à la chaire de droit de la nature et des gens (28 pluviôse an XII).
Nous devons noter en passant que, durant cette période, quelques savants donnèrent des cours libres au Collège. Je citerai, par exemple, ceux de La Salle sur
la statistique, qui durèrent de Tan VI à l'an X. Si l'on en juge d'après les programmes, cet enseignement, nouveau pour l'e'poque, était assez bien compris. La Salle y traitait de l'étendue des divers Etats, de leur population, de leur agriculture, de leurs productions naturelles et de leurs man ufactures, de leur commerce, de leurs revenus et de leurs dettes, et enfin de leursforcesde terre etde mer*. Il serait superflu de rapporter ici les différents budgets du Collège depuis 1789 jusqu'à l'empire. Il suffira de donner celui de Fan VII, qui forme à peu près la moyenne. Cette année-là, un crédit de 118 992 francs fut demandé, mais il fut réduit d'un sixième et l'établissement n'obtint que 99 829 francs. Quant à l'administration intérieure, elle était restée, de 1789 à 1798, à peu près ce qu'elle était sous l'ancien régime. Elle se composait toujours d'un inspecteur choisi parmi les professeurs, surveillant le fonctionnement matériel, et correspondant avec les pouvoirs publics. De 1798 à 1800 il y eut un conseil de trois administrateurs. IMais à ce moment le gouvernement, rompant avec les vieilles traditions du Collège, nomma un administrateur, choisi en dehors du corps des professeurs ^. Grand émoi chez ces derniers, qui adressent une protestation motivée au ministre en demandant de ne pas être plus défavorablement traités que le Muséum, la Bibliothèque nationale elle Bureau des longitudes^. Le ministre se rendit, sans
1. II réclama pendant longtemps une indemnité du gouvernement et finit par obtenir, après bien des efl'orts, une somme de 600 francs. La Salle faisait valoir dans ses requêtes que l'enseignement inauguré par lui existait déjà à Gœttingue et à Edimbourg. En 1793, le Collège avait accueilli, avec la plus grande réserve, une demande du ministre à l'effet d'obtenir pour Blondin l'autorisation de faire des cours sur les langues étrangères. Les professeui's voyaient dans cette faveur un précédent dangereux.
2. Cet administrateur, qui était surtout un comptable, avait à s'occuper également du Pi'ytanée.
3. La pétition est signée : « Lefèvre-Gineau, président, Boucha un, BosQuiLLO^, AuDRAi\, Gail, Pérille, Lalande ».
peine ; larrèté nommant le citoyen Hébert agent comptable du Collège de France fut rapporté, et Lefèvre- Gineau fut nommé administrateur à sa place le i" ventôse de l'an IX.
Les privilèges de certains professeurs, en matière de logement, furent respectés par toutes les assemblées révolutionnaires. Il y eut constamment sept ou huit titulaires logés dans rétablissement, sans qu'aucune réclamation ait été jamais élevée à ce sujet. La seule modilication importante qu'on puisse relever durant cette période, c'est la disparition de la vieille fondation de Ramus. La chaire de mathématiques instituée en vertu du testament de ce dernier, déjà très diminuée par les réductions successives opérées sous les derniers règnes, était tombée de 500 livres à 116 livres 5 sous. Mauduit en fut le dernier titulaire. L'yl/mo-nac^ national de 1793 nomme encore cette chaire, celui de l'année suivante n'en fait plus mention.
Nous devons rendre, en terminant la partie de ces études qui concerne l'histoire de la Révolution, un hommage mérité à l'activité et au dévouement dont firent preuve les deux administrateurs qui défendirent si énergiquement la cause du Collège pendant ces jours difficiles, Lalande et Lefèvre-Gineau. C'est en grande partie à la fermeté de leur direction que la glorieuse maison dont ils avaient la garde dut sa nouvelle prospérité. Mais il convient de proclamer aussi, et cela plus hautement encore, la part décisive prise par les hommes de la Révolution au relèvement de cet établissement. A aucune époque, si ce n'est peut-être dans les cinquante premières années de son existence, on n'a eu un sentiment plus juste et plus élevé de son but et de sa mission, un souci plus constant de sa grandeur.
On a vu par tout ce qui précède combien sont inexactes ces paroles de Riot : « Le Collège de France ne devait
sa conservation ni à son antique célébrité ni aux talents des professeurs qui le composaient. N'ayant point de riches collections qui pussent attirer les regards, point de biens particuliers qui pussent tenter Tavidité, il fut simplement oublié par les révolutionnaires et dut son salut à leur ignorance \ » Rien de plus injuste que cette assertion. Le Collège n'a pas seulement vécu pendant la Révolution, il a encore grandi et prospéré ; il a inauguré le rôle magnifique qui lui a été dévolu depuis un siècle dans l'enseignement de notre pays. J'ai cru qu'il n'était pas inutile de le dire.
l.BiOT, Histoire des sciences pendant la Révolution, p. 73,