CONCLUSION
du Collège de France. Elle a consacré par un règlement sage et libéral l'antique autonomie de l'établissement. Celui-ci reste sûrement, entre toutes les institutions de notre système d'enseignement, le corps le plus indépendant, celui qui jouit davantage du self-govemment. On peut dire qu'il s'administre aujourd'hui lui-même et que l'assemblée de ses professeurs est devenue, dans toutes les choses importantes, souveraine maîtresse. Son domaine scientifique s'est accru sous le régime actuel de neuf chaires nouvelles. En moins d'un siècle, le nombre total des maîtres s'est élevé de dix-huit à quarante et un et s'est ainsi trouvé plus que doublé. La prestige officiel et la sécurité matérielle dont la maison de Ramus a joui depuis la Révolution n'ont point modifié son caractère primitif. Elle est demeurée strictement fidèle à sa mission scientifique ; elle continue d'être un laboratoire désintéressé, « où s'enseignent, non les branches de la science qui sont faites, mais celles qui sont envoie de se produire, et oii la grande originalité qui, dans l'enseignement proprement dit, n'est pas une qualité indispensable, trouve sa juste place». Le progrès de la science et de la culture la plus élevée, voilà sa raison d'être et son but. Jamais la prospérité du Collège n'a été plus éclatante et plus solidement fondée qu'à l'heure présente. Tous les projets mis en avant pour la réforme de notre haut enseignement s'accordent à le respecter. Son nom seul qui, par un glorieux privilège, continue d'être celui de la patrie elle-même, suffit à le protéger contre toutes les attaques. Il demeure l'asile ouvert à toutes les hardiesses et à toutes les nouveautés de la pensée. Son histoire pendant le cours du xix' siècle est l'histoire même de la science française : l'une et l'autre se confondent, et l'historien qui entreprendra la première se trouvera fatalement entraîné à écrire la seconde. Quelle liste que celle qui s'ouvre par les noms
illuslres énumcrcs plus haut : Cuvier, Biot, Lalande, Yauquolin, Thenard, Silvestre de Sacy, Delambre, etc., et qui se continue avec ceux de Rémusat, de Daunou, de Laënnec, d'Ampère, de Magendie, de Say, de Champollion, d'Elie de Beaumont, de Jouffroy, d'Eugène Burnouf, de Michelet, de Quinet, de Regnault, de Claude Bernard et de Flourens, pour ne nommer que les morts. Pourquoi faut-il qu'un deuil ressenti par la France entière nous force à y ajouter aujourd'hui le nom de l'immortel écrivain et de l'historien de génie qui a été de notre temps la personnification par excellence du Collège de France, Ernest Renan? Son culte à l'égard de l'antique institution, qu'il dirigea pendant neuf années, a été l'un des sentiments les plus profonds de sa vie. On sait en quels termes magnifiques il en a parlé, avec quelle éloquence et quelle énergie il en a défini le rôle et revendiqué les libertés. Nul n'a contribué plus que lui à faire comprendre et aimer l'ensemble des traditions et des souvenirs qui constituent Fâme de la fondation de François P"". C'est grâce au dévouement de pareils maîtres, fermement convaincus de l'excellence et de la dignité de leur mission, que le Collège demeurera ce qu'il est encore à présent, « la plus belle partie de notre système d'instruction publique ».
Appendice A.
Chronologie des lettres d'Érasme.
La chronologie des lettres d'Érasme relatives aux négociations poursuivies entre la cour de France et Thumaniste hollandais durant les années 1517 et 1518 mérite, comme nous l'avons dit, un examen particulier. La solution de cette question exige d'autant plus d'attention que la plupart des auteurs qui ont eu l'occasion d'en traiter ont commis, touchant la date de ces lettres, des inexactitudes et des confusions qui contribuaient à rendre l'enchaînement des faits tout à fait incertain. Du Boula)"^ {Hist. Univ. Paris., t. VI, p. 93 et suiv.) groupe sous la date générale de 1517 les lettres adressées à Érasme et les réponses envoyées par ce dernier, ce qui indique que son point de départ était juste, mais il néglige de fixer les dates de chaque lettre en particulier, ce qui l'amène à présenter les fragments de cette correspondance connus par lui dans un ordre arbitraire et erroné. L'abbé Goujet s'est encore montré plus inexact. Tout ce qui a trait à ces négociations, dans la première partie de son Mémoire, est d'une rare insuffisance. Son récit n'est pas seulement fort incomplet, il est aussi dépourvu de critique. On constate, en effet, que parmi les documents cités par lui, les uns sont privés de toute donnée chronologique, les autres datés avec une surprenante légèreté. Parmi les biographes d'Érasme, Burigny est le seul qui ait fourni un exposé satisfaisant de cette histoire. (Voy.
son Histoire de la vie et des ouvrages d'Érasme, Paris, 1757, in-12, t. I, p, 23G et siiiv.) Les faits sont généralement bien groupés dans ce livre et les lettres datées avec précision. Seulement cet auteur si consciencieux ne s'est pas occupé d'expliquer les contradictions qui apparaissent, au point de vue de la chronologie, dans les diverses éditions de la correspondance d'Érasme. Les modernes historiens de l'auteur des Colloques ont été, du moins sur ce sujet spécial, moins sérieusement informés que leur prédécesseur du siècle dernier. M. Feugère {Erasme, 1874, 1 vol. in-S") rapporte les négociations à l'année 1516; M. Drummond {Erasmus, his Life, etc., 2 vol. Londres, 1873, 1. 1, p. 369 et suiv.) prend parti pour la date de 1517, mais il évite prudemment de citer aucune date plus précise au cours de son exposé, d'ailleurs très succinct. Il en résulte que les rapports du grand humaniste avec la cour de France semblent ne pas s'être prolongés au delà de l'année loi! et que les différentes péripéties de cette affaire échappent complètement au lecteur. Il ne se rencontre, en effet, dans les jia^esdu savant biographe anglais, aucun point de repère qui permette de suivre la série des pourparlers officiels. M. Amiel [Erasme, Paris, 1889, in-8°, p. 211) a peu insisté sur cet épisode de la vie de son héros; il ne s'est point préoccupé davantage de fixer la succession des faits qui s'y rattachent. Nous avons dû, pour combler ces lacunes, établir une classification rigoureuse des lettres d'Érasme, non point d'après les dates fournies parles éditions de Bàle et de Leyde, mais uniquement d'après les renseignements, les allusions et les autres éléments chronologiques contenus dans ces lellres.
Or ces éléments prouvent tous, d'une façon formelle, que les lettres datées de février ou de mars 1516 dans les éditions de la Correspondance et ayant trait aux projets de création du collège de langues doivent être ramenées au nouveau style, c'est-à-dire considérées comme ayant été écrites avant le jour de Pâques de l'année Loi 7. Sans doute, Érasme, originaire de la Hollande et ayant habile, durant presque toute sa vie, dans les pays d'Empire ou en Suisse, s'est servi d'une manière générale du style de la Noël, employé depuis quelque temps dans ces contrées, mais il n'en est pns moins certain que les lettres en question ont été, par exception, datées suivant le mode français, c'est-à-dire suivant le style de Pâques, alors usité dans notre pays. Il n'est pas étonnant, du reste, que dans des négociations engagées avec la cour de France, répondant à des lettres datées suivant ce dernier style, le célèbre écrivain ait abandonné le style habituel
des pays où il vivait, pour adopter momentanément celui de ses correspondants. La chose paraît même toute naturelle. Il faut de plus tenir compte de ce fait que la chronologie des premières lettres d'Erasme laisse beaucoup à désirer. Le classement de ses lettres, tel qu'il se présente dans l'édition de Leyde, est singulièrement défectueux. Cette édition, entreprise au commencement du xvni^ siècle, n'a tenté de remédier en rien à la' classification arbitraire et confuse adoptée par Froben, cent cinquante ans plus tôt.
Quant aux preuves tirées des lettres elles-mêmes, en faveur de la date de 1317, elles sont aussi nombreuses que décisives. Il serait trop long de les rapporter toutes ici; on se bornera à citer les plus importantes. Tout d'abord, il est certain qu'au moment oîi les lettrés de la cour commencèrent à correspondre avec Érasme, le roi se trouvait dans sa capitale. Or, en 1516, durant les mois de février et de mars, François I", de retour d'Italie, séjournait à Lyon, où il n'avait guère le loisir de s'occuper de ces sortes d'affaires. Dans la première lettre écrite par Budé, le 5 février, ce personnage fait allusion à la publication de la première édition du jSouveau Testament d'Érasme. Or cette édition parut à Bàle au mois de mars 1516; la lettre de Budé n'a donc pu être envoyée en février 1516. Dans la réponse envoyée par Érasme au savant helléniste, le 21 février, il est fait allusion au départ du chancelier de Bourgogne pour Cambrai. On sait que le voyage de ce dernier était motivé par les négociations qui précédèrent le traité signé dans cette ville le 11 mars 1317. C'est en lolT également qu'Etienne Poncher alla à Bruxelles comme envoyé du roi de France auprès de l'empereur Maximilien. La date des lettres oîi il est question de cette ambassade ne saurait donc faire l'objet d'aucun doute. Enfin, la seconde lettre de Budé est certainement du 12 avril 1518. Elle fut écrite après l'arrivée du Roi Catholique en Espagne ; or Charles-Quint n'entra dans son royaume quedansle courant de septembre 1517. La solution de ce petit problème de chronologie ne laisse donc place à aucun doute.
Pour ce qui concerne les lettres de 1530 et de 1331, citées aux pages 115-119, il ne saurait être question de les ramener au nouveau style et de les considérer comme ayant été écrites en 1331 et en 1532, avant Pâques. Eu effet, Érasme n'avait plus les mêmes raisons d'adopter un style différent de celui dont il usait ordinairement ; dans le premier cas, il écrivait aux professeurs de Louvain, c'est-à-dire à des compatriotes usant, comme lui, du style
de la Noël, et dans le second il n'avait point de motif de modifier ses habitudes, puisqu'il s'adressait à un disciple. Du reste, les événements prouvent suffisamment que les épîtres reçues par Toussaint n'ont pu être écrites en lo32. Ce personnage fut en effet nommé lecteur royal en 1530 et sa nomination est présentée dans les lettres comme toute récente. ?Ious ferons remarquer aussi que cette partie de la Correspondance d'Érasme a été généralement datée avec plus de soin et d'exactitude que celle qui se rapporte à une période plus ancienne. Ces quelques observations suffisent à montrer avec quelle réserve il faut se servir des dates fournies parles anciennes éditions des correspondances du XYi'= siècle. Comme ces différentes lettres ont pour le sujet qui nous occupe une importance toute particulière, il était nécessaire d'expliquer les raisons qui permettent de les dater avec certitude.
Al'PENDICE B.
Directio7i et administration du Collège,
Il était difficile de tracer au cours de notre récit, sous peine de l'interrompre en maint endroit, un tableau clair et complet des différents changements survenus dans la direction et l'administration intérieures du Collège. Nous avons donné au fur et à mesure les indications essentielles, préférant grouper les renseignements moins importants dans un exposé d'ensemble qui permit de dégager avec netteté le côté administratif de cette histoire. Nous avons dit (p. 122) que la corporation des lecteurs royaux fut placée dès le début sous la haute direction du lecteur particulier du roi, le poète Jacques Colin, abbé de Saint-Ambroise de Tours. Ce personnage intervint d'une façon active, comme on le voit au moment du départ de Danès pour l'Italie (p. 150 et suiv.), dans les questions relatives à l'administration intérieure et au fonctionnement régulier des cours. Si l'on en juge par cet exemple et d'une manière générale par l'assiduité rigoureuse exigée des professeurs. Colin paraît avoir exercé sur ces derniers un contrôle et une surveillance vraiment sévères. A dater de sa disgrâce, survenue vers 1538, il fut remplacé par Pierre Duchàtel, nommé évêque de Tulle dès l'année suivante. Nous avons exposé, à diverses reprises, avec tout le détail désirable, le rôle bienfaisant joué par cet homme remarquable : il est donc superflu d'y revenir ici. Ce qu'il importe d'observer, c'est que ce fut, selon toute vrai-
semblance, à partir de sa nomination en qualité de grand aumônier en 1548, que le Collège des lecteurs fut désormais placé dans les attributions de ce haut dignitaire. Les deux prédécesseurs de Duchàtel dans cette charge, le cardinal de Meudon (1543- 1547) et Philippe de Cossé (1547-1548), ne paraissent en effet avoir exercé sur l'institution aucune juridiction particulière.
Ses successeurs immédiats de 1552 à 1560, Bernard de Ruthie, Louis de Brézé et Charles d'Humières, ne conservèrent sans doute qu'une autorité nominale sur rétablissement. Durant cette période, ce fut le tout-puissant cardinal Charles de Lorraine qui le protégea officieusement (Voy. le chapitre v). En revanche, Jacques Amyot, nommé grand aumônier après d'Humières, manifesta d'une façon appréciable, en plusieurs circonstances, son autorité sur le Collège des lecteurs. Les lettres patentes du 16 février 1574 confirmèrent et précisèrent pour l'avenir, dans le plus granddétail, lajuridiction exercée parle grand aumônier. Voici les passages essentiels de ces lettres publiées par M. Sédillot dans le Mémoire que nous avons déjà eu l'occasion de citer {Bulleiino di hibliografia, etc., l. III) : <( Charles, etc. A nostre amé et féal conseiller et grand aamosnier, maistre Jacques Amyot, evesque d'Auxerre, salut et dilection. Nous avons esté advertys que quelques-uns ayant impélré de Nous par importunité ou autrement les lettres de lecteurs du Roy en nostre Université de Paris, s'y estant ingérez sans avoir premièrement esté esprouvez et examinez et après installez par personnage ayant authorité de nous autres ; ayant par telles surprises places de lecteurs affectées aux sciences mathématiques les ont à leur plaisir sans permission de Nous convertyes en lectures d'autres qualités, que plusieurs lisent quand bon leur semble, faisant de grandes et longues intermissions, lisant ce que bon leur semble et quand bon leur semble, exerceans aucunes vaccations desquelles ne peuvent pas bonnement compatir avecque la lecture ; et tel y en a qui n'a jamais leu et préjudice des studians.... Pour ce est-il que... Nous [vous] avons choisy et esleu pour doresnavant régler, scindiquer et controoler lesdits lecteurs, leur ordonner comment et quand ils devront lire, examiner et approuver ceux qui debvront succéder aux places vacantes, et nommément, en choisir deux que vous trouverez les plus suffisans en la cognoissance des sciences mathématiques pour succéder aux places de Forcadel et de Charpentier nagueres décédez, appelés avecque vous gens de suffisante condition et littérature en tel nombre que bon vous semblera, pour en sçavoir bien juger, affin que, sur vostre rap-
3oO HISTOIRE DU COLLEGE DE FRANGE.
port, nous leur ordonnons et faisons depescher lettres de provision et que par vous ils soient installez en l'exercice desdites lectures. Vous mandons et enjoignons d'arrester entre les mains de nostre receveur de Paris, AP^ Chaillou, les gages de ceux qui feront faute à ce que dessus, ou bien les priver de tout, s'ils se trouvent insuffisans ou recidifs en mesmes fautes, après les avoir par plusieurs fois admonestés sur les advertissemens que vous en aurez par personnes fidelles reseantes en l'Université.... Sy donnons en mandement auxdits lecteurs, qui sont et seront cy après mis et ordonnés auxdites charges, qu'ils ayent à vous reconnoistre pour leur directeur ordonné par Nous, obéissants à vos commandements sans y faire faute, et aux receveurs généraux de nos finances à Paris, qui ont accoustumé de leur payer leurs gages, de ne faire ledit payement sinon avecque ledit certifficat que vous baillerez de leur service et lecture.... Données à Saint-Germain-en-Laye le xvx^ jour de febvrier, l'an de grâce 1574. » (Enregistré en la Chambre des Comptes le l.ï septembre de cette même année.) Amyot conserva la direction de l'institution de- 1560 à 1591. Son successeur, Renaud de Beaune, s'occupa de régler les nombreuses difficultés pécuniaires et autres produites par les troubles de la Ligne. L'ordonnance de septembre 1594, dont il a été question plus haut (p. 229), vint confirmer à propos celle de 1574, en maintenant dans les termes les plus explicites la haute juridiction de l'aumônier royal. En 1601, un arrêt du Conseil, daté du 2 août, prescrivit de nouveau l'observation des rôles relatifs aux lecteurs, ainsi que des arrêts et lettres patentes concernant la corporation. Le grand aumônier recevait en même temps l'ordre de n'admettre aucune résignation de lecteur royal jusqu'à ce que la compagnie se trouvât réduite au nombre ancien. (Archives nationales, E. 3% f" 228.) Le cardinal du Perron, qui remplaça R. de Beaune en 1606, fit preuve à l'égard du Collège des lecteurs de la plus active sollicitude. Il s'efforça, par une suite de choix éclairés, de maintenir le prestige de l'institution. Jérôme Goulu et Nicolas Bourbon lui durent leur nomination. C'est à lui que revient en grande partie l'honneur d'avoir décidé Henri IV à entreprendre la construction du Collège. A sa mort, arrivée en 1618, sa charge fut octroyée au cardinal François de la Rochefoucauld, dont l'administration fut assez eifacée. Ce fut pourtant à ce moment (1026) que fut créée la fonction de syndic du collège. Jean Perreau, Dartis, Morin, Martin Akakia, Abraham Uemi, Cl. d'Auvergne, Doujat, Blondel, J.-B. xMoreau, Gerbais, Courtois, Tavernier se succédèrent dans ce poste jus-
qu'à l'époque où un même titulaire réunit les deux dignités de syndic et d'inspecteur (1689). A dater de 1626, le doyen, dont l'origine remontait aux premiers temps de l'institution, et qui s'était trouvé jusque-là seul chargé de l'administration intérieure de l'établissement, abandonna au syndic une partie de ses anciennes attributions. Il continua néanmoins de présider les assemblées et de paraître dans les cérémonies à la tête des professeurs. Ses fonctions avaient un caractère plutôt honorifique; en revanche, le syndic s'occupait davantage de la police des cours, des questions relatives à l'assiduité des maîtres, à la comptabilité, au matériel, etc. Alphonse de Richelieu, dit le cardinal de Lyon, le frère aîné du ministre de Louis XIII, grand aumônier de 1630 à 1633, contribua beaucoup à rétablir la prospérité du Collège, compromise par les abus exposés au chapitre vu (p. 244 et suiv.). On lui doit la nomination de Gassendi, qui, du reste, prononça son discours d'inauguration en présence du cardinal. Les professeurs célébrèrent en maintes circonstances les marques de bienveillance qu'ils reçurent de leur protecteur. L'administration du cardinal Barberini (1633-1671) qui vint ensuite fut peu féconde. Il ne s'occupa guère des lecteurs que pour leur faire signer en 1671 le formulaire condamnant les propositions de Jansenius. Cette même année, le collège passa dans les attributions du secrétaire d'État ayant la maison du roi dans son département. Colbert se trouva chargé en cette qualité de la haute direction de l'établissement. 11 fit régler la question, restée depuis longtemps en suspens, des survivanciers ou coadjuteurs. Un arrêt du Conseil du 14 juillet 1677 décida que ces derniers ne prendraient rang qu'à dater du jour de leur nomination comme titulaires. Un nouvel arrêt, du 21 juillet 1679, confirma à la corporation le droit de Committimus accordé par François P"".
La charge d'inspecteur fut créée le 23 janvier 1688 sous l'administration du marquis de Seignelay (1684-1690). L'abbé Gallois, premier titulaire de cette charge, y réunit en 1689 la fonction de syndic, occupée en dernier lieu par Tavernier. Ses successeurs, Etienne Baluze (1707-1710) et J.-B. Couture, cumulèrent de même les deux emplois. Le comte de Pontchartrain, son llls Jérôme, le marquis de la Vrillière, le comte de Maurepas se trouvèrent successivement chargés de la direction de la maison de la place de Cambrai. Après la mort de Couture, le roi crut devoir choisir le syndic en dehors du Collège. La corporation s'inclina non sans regret devant ce choix, qu'elle ratifia en élisant l'abbé Clément (1732-1733),auquelsuccédaAntoineLancelot en 1733. A la mortde
ce dernier, les choses rentrèrent dans l'ordre ; la charge d'inspecteur-syndic fut attribuée sans difficulté à l'abbé Vatry, professeur de grec (1741). Après le comte de Maurepas, le comte d'Argenson (1749-1757), dont la bienveillance à l'égard du Collège ne se démentit jamais, puis le comte de Saint-Florentin, reçurent la direction du Collège royal au nombre de leurs attributions. Ce dernier personnage la conserva jusqu'en 1775. Nous avons signalé plus haut (p. 266) son rôle au moment de la reprise de la construction de l'établissement. Les professeurs furent de sa part l'objet de nombreuses marques de faveur. A partir de 1773, MM. de Malesherbes, Amelot, de Breteuil, de Viiledeuil administrèrent le collège jusqu'en 1789. De 1769, date de la retraite de l'abbé Vatry, jusqu'à la Révolution, l'abbé Garnier conserva les fonctions d'inspecteur; Lalande lui succéda en 1791. Bosquillon fut adjoint à l'illustre astronome comme co-syndicde 1796 à 1797. Lalande proposa à la fin de 1795 de transporteries cours du Collège dans les bâtiments du collège des Quatre-Nations. Il avait réclamé en 1794 la création d'un cours d'allemand pour Eisenmann. Du 19 janvier 1799 au 29 octobre 1800, une commission de trois professeurs remplaça l'inspecteur (voy. p. 305-306); à cette dernière date Lefèvre-Gineau fut nommé seul administrateur, charge qu'il conserva jusqu'au moment de sa destitution, à la fin de 1823. Les administrateurs qui se sont succédé depuis cette époque à la tête du Collège de France sont les professeurs suivants : Silvestre de Sacy (1823-1838), Thenard (1838-1840), Letronne (1 840-1848), Barthélemy-Saint Hilaire (1848-1832), de Portets, intéiimaire (1832-1853), Rinn (1853-1854), Stanislas Julien (1854-1873), Laboulaye (1873-1883). M. Renan est resté en charge depuis le 19 juin 1883 jusqu'au 2 octobre 1892. 11 serait injuste de ne pas mentionner à côté de ces noms celui de M. SédiUot, resté secrétaire pendant plus de quarante ans. Le rôle du doyen dans l'administration n'ayant guère d'importance qu'au point de vue de la représentation, il n'était pas à propos d'y insister dans cet exposé. Voici depuis Génébrard la liste de ces dignitaires, telle qu'elle résulte des recherches de M. Sédillot : Génébrard, l'ellerin,]\lonanlheuil, d'Amboise, Morel,P. Séguin, Vignal, Riolan, de Flavigny, Doujat, d'Auvergne (1688), Moreau, Godouin, Dippy, La Hire (1718), Préaux, Rollin, Lemerre, Vatry. A dater de 1626, ce fut plutôt un titre qu'une fonction.
Appendice C.
Jean Cheradame.
La question de savoir si Cheradame a été réellement professeur royal a déjà préoccupé les différents historiens qui ont eu Foccasion de traiter de ce personnage. A notre avis il ne saurait y avoir aucun doute à cet égard, Cheradame ayant pris le titre de lecteur du roi dans le plus important de ses ouvrages, le Dictionnaire grec publié en lb43 sous ce titre : Lexicopator ctymon ex variis doctissimorum hominum lucubrationibus, per Joannem Cheradamum, Eloquiorum sacroriim regium Lutetise professorem congestum, Paris, Rolant et Gourmont, à l'enseigne des Trois couronnes d'argent, 1543, in-f", 1910 colonnes. (Voir la description de ce volume dans le Répertoire des ouvrages pédagogiques du XVI^ siècle, fascicule u" 3 des Mémoires et documents sco/titrts publiés par le Musée pédagogique, p. 1 52-133.) Le travail de Cheradame était précédé de trois préfaces, une adressée à Etienne Poncher, une au roi et une troisième à Guillaume Petit. Il est inadmissible que dans un ouvrage destiné aune si grande diffusion et dédié, de plus, à trois personnages qui suivaient de si près les destinées de l'institution, Cheradame ait usurpé un titre qui ne lui appartenait pas. Cette question mise de côté, reste le problème de la date. Malheureusement, entre les années 1538 et 1546, nous n'avons pas de liste exacte et officielle des lecteurs. Or en lo46 Denis Coroné ou Charron figure, sous le nom de Corron, dans l'énuméiation des lecteurs comprise dans les lettres de committimus accordées par le roi, pendant que le nom de Cheradame ne se trouve point dans celte li^te. Comme ils étaient l'un et l'autre hellénistes, il y a donc tout lieu de supposer qu'ils n'ont pas professé ensemble, puisqu'il y avait déjà, par ailleurs, deux autres maîtres de grec, Toussaint et Strazel, ce qui eût porté à quatre le nombie des lecteurs pour cette seule langue. Il faut donc admettre que le premier a succédé au second. La seule autorité invoquée par Goujet {Mémoire, I, 434) et par Weil {De Gulielmo Pos'elio, p. 27) pour faire de Coroné le successeur de Postel est celle du rival de Ramus, Charpentier. Ce dernier formule, en effet, cette assertion dans ses Orationes contre Ramus et dans son ouvrage Carionis Chronica, 1337, page 330. Mais on sait combien, pour cette période, de tels renseignements sont sujets à caution. La chronologie des premiers professeurs a donné lieu, même chez les
35i HISTOIRE DU COLLÈGE DE FRANCE.
écrivains du xvi<> siècle, aux erreurs les plus singulières. Les contemporains ont été les premiers à se tromper sur cette matière. Il n'y a donc pas lieu de s'arrôler à ce témoignage. Pour nous, ce double fait ne saurait faire aucun doute ; Cheradame a été nommé professeur royal, déjà assez avancé en âge, et il a succédé à Postel. Il ne resta en charge que très peu de temps, et fut remplacé par Coroné.
Appendice D.
Les leçons, d'ouverture.
Les discours d'installation furent, nous l'avons dit, en usage dès le début. Ils attiraient généralement un grand concours d'auditeurs. Chacun d'eux constituait pour le public savant et lettré un événement d'importance. Les personnages les plus en vue de la cour se faisaient un devoir d'assister à ces cérémonies. Elles avaient presque toujours lieu plusieurs mois après la nomination. Il fut de règle pendant longtemps d'ajouter aux remerciements de circonstance un éloge plus ou moins étendu du roi fondateur. Souvent aussi un rapide historique de l'institution, ou d'intéressantes appréciations sur des prédécesseurs illustres trouvaient place dans ces harangues. Nous citerons comme rentrant dans cette dernière catégorie les discours de Monantheuil, ceux de Lambin (1368), «touchant l'établissement grâce auquel la barbarie et l'ignorance des bonnes lettres ont été bannies de la France tout entière », de Bressieu, de Raffar, de Grangier, de Duval, de Guijon et de Guillaume Massieu (1710). Quelques-unes de ces'leçons renferment sur certains professeurs des éloges et des jugements assez analogues à ceux de nos discours académiques. Ces discours recurent pour la plupart les honneurs de l'impression. Le nombre des publications auxquelles ils donnèrent lieu est d'autant plus considérable qu'il est nécessaire d'y ajouter les leçons d'apparat faites par beaucoup de professeurs, après une interruption prolongée de leurs cours. Signalons encore — et ce ne sont pas les moins curieux — les discours prononcés par certains maîtres au retour de longs voyages ou de missions savantes remplies sur l'ordre du gouvernement royal. Ce sont de véritables récits ou des rapports détaillés offrant un intérêt scientifique des plus sérieux. Citons, entre autres, ceux de Latomus et d'ArnouI de L'Isle. En somme, la nature de ces publications est assez variée. On y trouve presque toujours, à côté
d'une rhétorique qui a le mérite d'être de circonstance, une foule de renseignements utiles que l'historien a le devoir de ne point négliger.
Appendice E.
Une leçon de Ramus.
« C'est dans l'après-midi en général qu'il faisait sa leçon au Collège de France, Il y consacrait une heure, mais il s'y préparait avec le plus grand soin. Tout en travaillant, il jetait les yeux sur une glace ronde, qui était placée en face de lui, et dont la bordure verte reposait sa vue fatiguée. Nancel prétend avoir surpris son maître étudiant dans cette glace les attitudes, les gestes et les airs de visage qui lui paraissaient le plus convenables pour le débit de ses discours. Si l'on en croit Plutarque, Démosthène en faisait autant.
« Pendant sa leçon, Ramus avait auprès de lui un de ses élèves, qui était chargé de lui donner les livres pour les citations, et de l'avertir, en le tirant par sa robe, des fautes qui pouvaient lui échapper. Il écoutait volontiers les critiques ; il priait même ses amis de lui en adresser, et ils n'y manquaient pas. Les uns, par exemple, trouvaient qu'il souriait trop constamment ; d'autres , comme le docteur Quentin, lui reprochaient d'élever par trop la voix, lorsque, vers la fin d'une argumentation, il s'écriait à plureprises : Ergo, ergo! De retour chez lui, il rédigeait à la hâte et en abrégé les points principaux de sa leçon ; ces notes étaient ensuite remises au net par ses meilleurs élèves. » (Waddington , op. cit., p. 312.)
Appendice F.
Les architectes du Collège de France.
On a vu (p. 154 et suiv.) que les « pourtraicts et desseings » du Collège dressés sur l'ordre de François P"" avaient été perdus. On ne peut donc déterminer auquel des grands architectes de l'époque cette importante construction avait été confiée. Nous sommes plus favorisés pour ce qui concerne le bel édifice entrepris sous Henri IV (p. 235). La vue générale de l'œuvre pro jetée par Claude de Chastillon nous a été, en efîet, conservée, dans son recueil si curieux intitulé : Topographie française ou
3b6 HISTOIRE DU COLLÈGE DE FRANCE.
représentation de plusieurs villes, bourgs, chasteaux, maisons de plaisance, ruines et vestiges, etc., Paris, 1641-1647, in-f°. Cette vue, que Ton trouvera reproduite en tête de notre volume, est intitulée : Le grand Collège roial basti à Paris du règne de Henri-Ie-Grand, 4"= du nom, roy de France et de Navarre, par C. Chastillon, 1612. Elle se trouve à la planche 8. Si les plans de Chastillon avaient été exécutés, Paris eût possédé un magnifique monument de plus. On sait que cet habile arcliitecle était né à Chàlillonsur-Seine, en lo47. II fut l'un des constructeurs les plus en vogue du temps de Henri IV. Il donna en ICOi les plans de la place Royale et en 1608 ceux de la place Daupliine. Il mourut en 161o. On trouvera dans les Dictionnaires biographiques des architectes français de Lange etdeBauchal la liste de ses principales œuvres. Au commencement du xviii" siècle, il y eut, nous l'avons dit (p. 252), un nouveau projet : mais, bien que les plans nous aient été conservés, ils ne présentent pas un intérêt suffisant pour qu'il soit à propos d'y insister. La construction élevée cinquante ans plus lard par Chalgrin est assurément beaucoup plus digne d'attention (voy. p. 266 et suiv.). Chalgrin (Jean-François-Thérèse), né à Paris en 1739 et mort en 1811, acheva l'église Saint-Sulpice et commença l'arc de triomphe de l'Étoile avec Raymond. On sait que les bâtiments élevés par lui furent remaniés au commencement de ce siècle par Vaudoyer, nommé en 1800 architecte du Collège de France et de la Sorbonne et chargé, en 1804, de l'installation de l'Institut au palais des Quatre-Nations. Ils disparurent à peu près complètement lors de la reconstruction entreprise successivement par Hippolyte Lebas et par Letarouilly (179o-18d5). Ce dernier architecte fut chargé en 1832 d'étudier un projet de restauration du Collège. Les plans qu'il présenta furent approuvés. C'est à lui que sont dus le prolongement et l'achèvement de la façade sur la place de Cambrai ainsi que la construction des pavillons donnant sur la rue Saint-Jacques et du portique placé entre les deux cours. Il a été question il y a quelques années d'un agrandissement considérable de l'édifice, mais les propositions présentées à ce sujet n'ont pas abouti jusqu'à présent. L'ensemble des plans relatifs à la reconstruction du Collège de France de 1809 à 1838 est conservé aux Archives nationales sous la cote N. III Seine, 1126, sous ce titre : Plans généraux et particuliers du Collège de France : élévations, coupes, façades, plans de l'intérieur, charpentes, terrains acquis successivement, alignements avec les rues voisines, projets d'amélioration intérieure; le tout (avec un plan de l'ancien collège de Cambrai) dressé de
APPENDICES. 3o7
1809 à 1838 par divers architectes, Vaudoyer (1819), Lebas(1824) et Letarouilly(1834 à 1838), provenant de F'^ 14H (56 pièces).
Appendice G.
Isaac Casaubon, professeur royal en lettres grecques.
Nous n'avons pas hésité à placer le grand helléniste Isaac Casaubon au nombre des professeurs royaux (voy. p. 230 et notre liste). Ce personnage ne figurait cependant, jusqu'à présent, sur aucune liste. Il est donc nécessaire d'exposer plus à loisir les raisons qui nous ont porté à l'admettre au nombre des hôtes de la maison de la place de Cambrai. Henri IV, ayant entendu beaucoup parler dans son entourage du mérite et de l'immense réputation de Casaubon, désira vivement l'attirer à sa cour. C'était au moment où le monarque cherchait à donner un nouveau lustre au collège de ses lecteurs et à répondre à l'appel chaleureux de Monantheuil. Sur son ordre, de Vicq fut chargé d'amener Casaubon à Paris. Ce dernier arriva dans la capitale au mois de septembre 1598. Le roi lui fit un accueil des plus gracieux et lui promit formellement de l'admettre au nombre des lecteurs royaux. Il s'occupa en effet de lui donner les moyens de venir s'installer définitivement à Paris et de lui faire attribuer une pension. «Je suis bien ayse, écrivait-il à Sully, que vous ayés pourveu à ce que le s'' de Casaubon aye de quoy amener sa famille à Paris; quant à pour sa pension, j'y adviseray lorsque vous serés près de moy. » (Lettre du 9 octobre 1598, Lettres missives, V, p, 47.) L'helléniste retourna à Montpellier oii il arriva à la fin d'octobre. Le 3 janvier 1598 lui parvenait une lettre du roi lui enjoignant de se rendre immédiatement à la cour :
"A .\Ions'' de Casaubon, professeur de lettres humaines. — Mons"" de Casaubon. Ayant délibéré de remettre sus l'université de Paris, et d'y attirer pour cest effect le plus de sçavans personnages qu'il me sera possible, saichnnt le bruict que vous avés d'estro aujourd'huy des premiers de ce nombre, je me suis résolu de me servir de vous pour la profession des bonnes lettres en la dicte université, et vous ay, àceste fin, ordonné telappoinctement, que je m'asseure que vous vous en contenterés. Portant vous ne fauldrés, incontinent la présente receue, de vous préparer à vous acheminer par deçà, pour vous y rendre le plus tost que vous le pourrés commodément faire; et affin que l'obligation que vous avés d'enseigner en ma ville de Montpellier ne vous puisse rete-
nir ou retarder, j'escris présentement aux consuls d'icelle, qu'ils ayent à vous en tenir quicte et deschargé, et à vous assister de ce qu'ils pourront en vostre voyage, pour les frais duquel j'ay donné l'ordre que vous entendrés par les lettres du s' de Calignon, conseiller en mon conseil d'Estat, sur lequel m'en remettant, je ne vous en diray point icy davantage. Sur ce, je prie Dieu, Mons"" de Casaubon, qu'il vous ayt en sa saincte garde. « Escript à Paris, le iii= jour de janvier 1399.
« FoRGET. HENRY. ..
{Lettres missives, V, p. 80.)
Sur-le-champ Casaubon se mit en route ; mais ayant appris à Lyon la prochaine arrivée du roi dans cette ville, il se décida à y attendre le souverain. Il profita de cette circonstance pour aller à Genève, dans le but de faire valoir les droits plus que douteux de sa femme sur une partie de l'héritage de Henri Estienne. Revenu à Lyon, il s'y arrêta encore quelques mois dans le but de hâter l'impression de son édition d'Athénée. Il n'arriva à-Paris que le 6 mars 1600. Il s'y trouvait à peine depuis quelques semaines, lorsqu'il reçut de Henri IV, le 28 avril, un billet daté de Fontainebleau le priant de gagner cette ville dans le plus bref délai possible. Il s'agissait de le mettre au nombre des commissaires protestants de la conférence qui allait avoir lieu entre Duplessis-Mornay et Du Perron. On sait l'histoire de cette mémorable dispute théologique. (Voy. la France protestante des frères Haag, 2' édition, art. Casadbon.) Les conséquences qu'elle entraîna pour l'helléniste furent des plus fâcheuses. Le jugement favorable qu'il avait rendu en faveur de Du Perron souleva contre lui de grandes animosités dans le camp de ses coreligionnaires. Dès lors il se trouva en butte aux plus grandes difficultés. Après avoir quitté un moment Paris, il revint s'installer dans la capitale au mois de septembre. Dans le courant de l'année 1601, il fut adjoint au garde de la Bibliothèque du roi, Jean Gosselin. En décembre 1604, à la mort de ce dernier, il fut pourvu définitivement de ce poste important. Ici se pose la question de savoir si le roi avait réalisé sa première promesse et si celte nomination de bibliothécaire n'était pas destinée à remplacer celle de lecteur royal, que les circonstances n'avaient pas permis de rendre définitive. La réponse à cette question n'est pas douteuse. Casaubon avait été nommé professeur royal en lettres grecques avant d'être pourvu de la charge de garde de la Bibliothèque du roi. Ce sont précisément les deux actes relatifs à cette dernière nomi-
nation qui attestent d'une façon formelle la réalité delà première. Le plus ancien de ces actes, daté du 18 décembre 1604, qualifie Casaubon de professeur royal en lettres grecques. C'est là son litre officiel, celui que le roi lui reconnaît en lui octroyant sa nouvelle fonction. Il en est de même dans les lettres de surannation datées du ISjuillet 1606. Casaubon continue d'être désigné comme professeur de grec : ce qui indique bien que la qualité de bibliothécaire ne lui avait pas fait perdre celle de lecteur royal. (Voy. ces deux actes dans Delisle, le Cabinet des manuscrits, t. III, p. 354- 335. Voir aussi sur Casaubon bibliothécaire le même ouvrage, t. I, p. 197.) Il n'y a donc aucune incertitude à cet égard : l'illustre helléniste a appartenu au Collège royal; il faisait partie de cette corporation avant le mois de décembre 1604 et il ne l'avait point quittée au milieu de l'année 1606. A quelle époque fut-il investi de cette charge? Selon toute vraisemblance, dès son retour dans la capitale, avant la fin de l'année 1600. La plupart des écrivains qui ont traité de ce personnage ont prétendu que le roi, sur les instances des jésuites, qui en avaient, parait-il, référé au pape, avait reculé devant l'exécution de ses promesses, renonçant à faire de cet hérétique un professeur public. Suivant ces écrivains, il ne l'aurait jamais nommé en cette qualité et la charge de bibliothécaire n'aurait été qu'une compensation accordée au savant protestant. On vient de voir que rien n'était moins exact. Nous croyons, au contraire, que Casaubon fut pourvu de la charge de lecteur dès la fin de l'année 1600, ou au commencement de 1601 et qu'il la conserva jusqu'au moment de la mort de Henri IV, époque à laquelle il passa en Angleterre. Mais il est évident, d'autre part, que s'il obtint du gouvernement royal la fonction et la pension, il professa peu et que le parti religieux qui avait cherché à détourner le roi de lui conférer les privilèges du professorat réussit à gêner singulièrement l'helléniste dans l'exercice de sa charge. Quoiqu'il en soit, ce qu'il importe essentiellement de constater, c'est que Casaubon, contrairement à l'opinion commune, a été l'un des hôtes illustres de la maison de la place de Cambrai.
Appendice H.
De Launay et Baluze. L'enseignement du droit au Collège royal au x\n^ siècle.
Aux termes d'un arrêt du Conseil du 23 mars 1680, le roi avait ordonné « que dans toutes les facultez de droit canonique et civil
de son royaume, il seroit estaldy des docteurs agrégez, qui seroient choisis parmy ceux qui feroientla profession d'enseigrierle droit, et que leurs fonctions et rétributions seroientprochainement réglées ». En conséquence, un second arrêt, du 16 novembre suivant, nomma un certain nombre de docteurs agrégés dans la faculté de droit canonique et civil de l'Université de Paris. De plus, en vertu de l'article 14 de l'édit de 1679, le roi nomma, aux termes de ce même arrêt du 1 6 novembre, le sieur De Launay, ancien avocat au Parlement, à la charge et chaire de professeur en droit français de la faculté de Paris, ordonnant que dans les assemblées et délibérations de ladite faculté, ce professeur aurait voix délibérative et qu'il tiendrait séance entre le doyen et le second professeur. Mais il était décidé qu'il ne pourrait occuper la dignité de doyen ni participer aux émoluments des six professeurs de la faculté. Ses cours devaient durer une heure et demie . Clause très caractéristique de l'arrêt. De Launay était tenu de dicter et d'expliquer en français le droit français contenu dans les ordonnances du roi et dans les coutumes. Les candidats aux fonctions d'avocat seraient dans l'obligation de suivre ce cours, au moins pendant une année. Le nouvel enseignement constituait un changement considérable dans les études juridiques. Le droit national enseigné dans la langue nationale, c'était là toute une révolution. Le roi se réservait d'une façon absolue la nomination du titulaire. La position de ce nouveau professeur était sans doute mal définie; on ne saurait cependant, à aucun titre, le rattacher au Collège royal. Les auteurs qui ont donné à De Launay la qualité de professeur royal ont donc commis une confusion. L'arrêt du 16 novembre 1G80, si explicite à cet égard, se trouve aux Archives nationales, E 1802, f° 185.
Une autre question se pose touchant une autre branche de l'enseignement juridique du Collège royal pendant la même période. Il s'agit de la création de la seconde chaire de droit canon, réalisée par Louis XIV. On connaissait mal jusqu'ici les raisons de cette institution et les circonstances qui l'avaient accompagnée. La date même à laquelle elle avait été accomplie était restée incertaine. Un acte officiel inédit que nous avons retrouvé dans les registres du secrétariat de la maison du roi (Archives nationales, 0' 33, f° 283) permet, comme pour la chaire de droit français, de résoudre complètement ce petit problème, en éclairant en même temps un point assez obscur de la vie d'un illustre érudit. Ce ne fut pas en 1670, comme l'ont affirmé tant d'écrivains, mais seulement près de vingt ans plus tard, en 1689,.
que la seconde chaire de droit canon du Collège fut instituée en faveur d'Etienne Baluze. Le texte même de la lettre de provision accordée au nouveau professeur indiquera plus clairement que tout autre développement comment fut accomplie cette création : « Louis, etc. A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Le soin particulier que nous avons toujours pris de faire fleurir les arts et les sciences dans nostre royaume, nous auroit porté en Tan 16o4, pendant que les estudes de droit florissoient dans l'université de nostre bonne ville de Paris, d'ériger en chaire royale une des trois chaires de professeur en droit canon en ladite Université ; mais depuis que nous avons restably les estudes de droit par nostre edit du mois d'avril 1679, nous voyons avec plaisir que le nombre des escoliers y est si fort augmenté que les six professeurs qui y sont estai)lis peuvent à peine suffire pour faire les leçons, ce qui nous a fait prendre la résolution d'establir ladite chaire de droit canon dans nostre Collège royal, afin qu'à l'avenir il y ait deux professeurs de cette science, ainsy que des autres. Et voulant en pourvoir une personne scavante et qui ait toutes les qualitez requises pour s'en bien acquiter, nous avons fait choix de nostre cher et bien amé maistre Eslienne Baluze, docteur en droit canon en ladite Université de Paris, de la suffisance et capacité duquel nous sommes informez et ayant donné des preuves en diverses occasions, mesme par l'impression de plusieurs ouvrages qui ont eu l'approbation du public et luy ont acquis beaucoup de réputation. A ces causes et autres considérations à ce nous mouvant, nous avons de nouveau en tant que de besoin érigé et érigeons ladite chaire de professeur en droit canon en nostre Collège royal vacante parle décez de Pierre Halley et d'icelle pourveu,par ces présentes signées de nostre main, ledit sieur Baluze pour par luy l'exercer audit Collège royal et en jouir et user aux honneurs, aulhoritez, prérogatives, prééminences, privilèges, franchises et libertez et autres avantages dont jouissent les autres professeurs audit Collège royal et aux appointements de 600 1. ainsy qu'en jouissoit ledit feu Halley et ce tant qu'il nous plaira, sans néantmoins qu'en conséquence des présentes provisions, le nombre des six professeurs qui enseignent le droit civil et canonique dans les Escoles de droit suivant nos déclarations puisse estre diminué. Voulant que la place que tenoit ledit deffunt Halley dans lesdites Escoles soit mise au concours, ainsy que les chaires des cinq autres professeurs qui enseignent auxdites Escoles. Si donnons en mandement », etc. {Formule ordinaire des provisions pour la charge de lecteur, etc.)
Cette lettre est datée du 30 décembre i689. Remarquons à ce propos que diverses tentatives furent faites par la suite pour obtenir du gouvernement royal Tintroduction dans le Collège de diverses autres branches du droit, notamment du droit public- ou du droit de la nature et des gens. Ce dernier obtint enfin droit de cité, lors des changements réalisés à la suite des lettres patentes de 1772. (Voy. Arch. nat., 0' 624.)
Appendick I.
Lettres de provisions données aux professeurs.
Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. La charge de professeur en .... de notre Collège Royal étant vacante, par le décès du sieur .... Nous avons fait choix pour la remplir, du sieur .... dont la capacité et les bonnes qualités Nous sont connues; à ces causes, Nous lui avons donné et octroyé, et par ces présentes signées de notre main, donnons et octroyons la charge et chaire de Professeur en ... . dans notredit Collège vacante comme dit est, pour par lui l'avoir et exercer, en jouir et user, aux honneurs, autorités, prérogatives, prééminences, privilèges, franchises, libertés, gages, droits, revenus et émolumens accoutumés et y apparteiians, tels et semblables qu'en a joui ou dû jouir ledit sieur .... et ce, tant ce qu'il nous plaira. Si donnons en mandement à notre très cher el bien amé .... Grand-Aumônier de France, qu'après qu'il lui sera apparu des bonnes vie et mœurs dudit sieur .... et qu'il aura pris et reçu de lui le serment en tel cas requis et accoutumé, il le mette et fasse mettre et installer de par Nous en possession el jouissance de ladite charge et du contenu ci-dessus le faire jouir et user pleinement et paisiblement, obéir et entendre de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra, es choses qui la concernent. Mandons aussi aux Gardes de notre Thrésor royal, chacun en Tannée de leur exercice, que lesdits gages et droits ils ayent à payer audit sieur N .... à l'avenir pour chacun an, aux termes et en la manière accoutumée, suivant nos états. Car tel est notre plaisir. En foi de quoi. Nous avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné à .... le .... du mois de ... . l'an de grâce . . . . et de notre règne le ... .
La prestation du serment faisait l'objet d'un acte distinct, dont voici la teneur :
Aujourd'hui .... jour de ... . l'année .... Monsieur .... pourvu par le Roi de la charge de professeur en .... au Collège royal, a prêté le serment de fidélité qu'il doit à Sa Majesté, à cause de ladite charge, entre les mains de N... Grand-Aumônier de France, et ce, en la manière accoutumée. Fait à . . . . lesdits jour et an que dessus.
Appendice J.
Armoiries.
Des armoiries furent accordées au Collège de France le 18 janvier 1699. C'est à partir de ce moment que l'on fit figurer sur tous les actes, certificats et publications de l'établissement les armes dont voici la description : D'azur à un livre ouvert d'argent sur lequel sont écrits ces mots Docet omnia, le livre accompagné de trois fleurs de lis d'or dont deux en chef et une en pointe. Ces armes figuraient, au xvni<' siècle, au-dessus de la porte d'entrée. Un rapport de l'inspecteur voyer chargé de surveiller l'exécution de l'arrêté municipal relatif à la suppression des armoiries indique qu'elles s'y trouvaient encore à la fin de l'année 1792. (Voy. les Armoiries de la ville de Paris, Impr. nat., 1875, t. II, p. 124.)
Appendice K.
Les traitements au xvi« siècle.
Les 4o0 livres assignées comme traitement à chaque lecteur, dès le début de l'institution, constituaient un salaire relativement considérable pour le temps. Cette somme, si elle avait été payée régulièrement, aurait permis aux professeurs royaux de tenir un rang des plus honorables. On peut, en effet, considérer le chiffre fixé par François l" comme équivalent à peu près aux appointements actuellement assignés aux professeurs du Collège de France, c'est-à-dire à la somme de 10 000 francs de notre monnaie. Cette évaluation est, comme de juste, assez approximative, mais elle parait très acceptable, si l'on s'en rapporte aux valeurs comparalives de l'argent, telles qu'elles ont été déterminées par les plus récentes recherches.
Appendice L.
Les affiches et programmes du Collège de France.
Nous avons eu Toccasion de donner (p. 144 et 14o) le texte de la plus ancienne affiche du Collège et (p. 292) celui de raffiche de 1794. 11 est utile de l'emarquer à ce propos que l'emploi de la langue française dans les programmes des cours de l'établissement date seulement de 1791. Jusque-là ils avaient été constamment rédigés en latin. L'énuméraliou des cours était précédée d'un petit préambule qui, à partir du règne de Louis XIII, associa le nom de Henri IV à celui de François !'='■ et célébra le vainqueur de la Ligue comme le secoml fondateur du Collège royal :
« Deo volente, Regia Schola Galliarum, quama Francisco primo litterarum parente inslitutam, et ab Henrico Magno féliciter iustauratara, velut ampluiu litterarum at([iie omnis generis doctrinae promptuarium, omnibus aperit Régis liberalitas », etc.
A dater de 1715, le nom de Henri IV disparut, pour faire place à une mention d'un caractère plus général, associant tous les successeurs de François P"" à la gloire de ce roi et signalant collectivement leurs bienfaits. Le préambule fut alors modifié de la manière suivante :
« Deo volente, Regium Franciae CoUegium quod conquisitis undique viris doctrinae laude florentibus, velut araplum omnis sapientiae promptuarium, Franciscus primus litterarum parens instituit et caeteri deinceps regesnunquam intermissaliberalitate faverunt », etc.
Appendice M.
Privilège des professeurs touchant r impression de leurs œuvres.
C'est dans les premiers mois de 1754 que fut accordé aux professeurs royaux un privilège spécial pour l'impression de leurs discours et de leurs ouvrages. Enregistré à la Chambre des libraires, le 16 juillet 1734, ce privilège était donné pour quinze années consécutives à partir du 1" mai. Cette faveur étail, en réalité, très appréciable, puisqu'elle soustrayait les lecteurs aux tracasseries et aux vexations qu'entraînait souvent la demande du permis d'imprimer. Leur indépendance en matière de publications et par là même leur indépendance scientifique était ainsi
sauvegardée dans une mesure relative. Le privilège fut renouvelé en 1769, puis prorogé en 1776, pour une durée de douze ans. En 1775 Fimprimeur De Pierres fut spécialement attaché à la compagnie. Un moment, cette dernière avait songé à attacher une imprimerie spéciale à l'établissement, mais ce projet n'eut aucune suite, pas plus que celui de fonder un prix annuel et de créer une bibliothèque. L'imprimeur officiel de la corporation fut autorisé à placer les armes du Collège au frontispice de ses publications. L'assemblée des professeurs s'était réservé le droit d'autoriser ou de rejeter les propositions de ses membres, concernant les publications d'ouvrages. Il se produisit, au sujet de ce droit de contrôle, divers incidents caractéristiques signalés par M. Sédillot. Ainsi en 1776, l'abbé des Hauterayes ayant présenté un mémoire sur VAjwcalypse, les commissaires nommés parles professeurs, Bosquillon et Vauvilliers, firent à la publication de ce travail une opposition des plus vives. Par suite d'une étrange distinction, on jugea que des opinions qui eussent paru indifférentes dans la bouche d'un homme du monde devenaient, selon les paroles d'un Père de l'Église, un crime dans la bouche d'un prêtre. Bien que, de l'aveu des commissaires, la discussion de M. des Hauterayes n'embrassât que le sens littéral du livre sacré, « ce qui est incontestablement un objet de pure critique », l'assemblée décida de refuser l'autorisation. En une autre circonstance elle déclara que l'ouvrage de l'abbé Chesnier : Méthode aisée d'apprendre à lire dans les écoles publiques et dans l'enseignement privé, n'était pas de nature à paraître avec l'autorisation de la compagnie (1780). D'autres livres destinés à l'instruction primaire reçurent cependant vers la même époque un accueil plus favorable (1779 et 1786). La corporation donna, en effet, son approbation aux manuels de MM. de Montmignon et Pain: la Prononciation des langues rendue sensible par des signes simples et familiers, el la Première Instruction rendue facile et agréable aux enfants.
Appendice N.
Les archives du Collège.
La question des archives du Collège n'est pas sans présenter quelques obscurités. Il est évident que l'établissement, ne possédant pas de propriétés particulières, ne s'est jamais trouvé dans la nécessité de conserver avec soin de nombreux titres et registres. Il n'avait pas, comme les autres collèges de la docte mon-
tagne, à revendiquer des droits ni à tenir une comptabilité exacte de revenus et de redevances de toutes sortes. L'entretien des bâtiments et le payement des lecteurs incombant aux caisses royales, le Collège n'avait pas davantage à tenir de comptes de dépenses. On ne saurait douter néanmoins qu'il n'ait possédé, jusque dans la seconde moitié du xviu*^ siècle, une certaine quantité de documents relatifs à ses conflits avec l'Université, aux nominations et aux privilèges des professeurs, et surtout aux réunions de la compagnie. Certes il serait bien extraordinaire qu'une corporation dont la vie intérieure était si active n'eût pas songé à tenir de registres de procès-verbaux relatant l'objet de ses délibérations et les décisions prises. Nous en sommes néanmoins réduit aux conjectures sur ce point. L'abbé Goujet déclare, en effet, dans l'avertissement de son M>hmire historique, qu'il na pu avoir communication d'aucun des documents conservés au Collège royal. Voici ses propres paroles: « Le motif qui m'a fait différer [la publication du Mémoire] ne saurait être blâmé. Je désirois de rendre cet ouvrage le moins imparfait qu'il me seroit possible. C'est dans cette vue que j'ai prié plusieurs des plus illustres professeurs du Collège royal, qui veulent bien m'bonorer de leur amitié, de me procurer la communication des titres et actes, soit imprimés, soit manuscrits, qui les concernent, et qui peuvent être en dépôt dans les archives de leur maison. Je sçais que ceux à qui je me suis adressé ont eu la bonté d'en faire plusieurs fois la demande : mais, par des raisons qu'on m"a laissé ignorer, et que je suppose solides, leurs sollicitations sont demeurées sans succès. J'ai longtemps attendu que la lum.ière partît du lieu d'où j'espérois de la voir sortir; et j'ai attendu en vain. Il a donc fallu me contenter des sources oii j'avais déjà puisé, et de celles que de nouvelles recherches pouvaient encore me faire découvrir.... C'est en consultant tous ces monuments que j'ai tenté de me procurer des éclaircissemens que j'aurois eus sans tant de lecture et de peine, et sans doute aussi avec plus d'abondance, s'il m'eût été libre de pénétrer dans les archives mêmes du Collège dont on m'a engagé d'écrire l'histoire.... Je souhaite que mon travail ne soit pas inutile; et je prie MM. les professeurs royaux d'être persuadés que le refus peut-être trop persévérant qu'ils ont fait de me seconder, ne diminuera jamais rien de l'estime sincère que j'ai pour leurs personnes et pour leurs talens. J'espère pareillement qu'ils exxuseront les fautes dans lesquelles j'aurois pu tomber, et que, m'étant efforcé de faire le moins mal que j'ai pu, ils m'aideront enfin à faire mieux. »
L'al.bé Goujet s'exagérait sûrement l'importance des archives du Collège ; il croyait à l'existence de titres nombreux, de collections de pièces, elc. La vérité, c'est que rien de tout cela ne se rencontrait dans l'établissement. Son caractère particulier aussi bien que son histoire prouvent, d'une façon certaine, qu'il n'a jamais dû posséder de fonds d'archives, au sens propre du mot. Le meilleur argument qu'on puisse donner en faveur de ce fait, c'est qu'il n'existe aucun témoignage positif relatif à ces archives. Personne ne les a vues; l'abbé Goujet lui-même ne donne que des indications vagues à leur sujet, il ignore exactement de quelles pièces elles se composent et n'en désigne aucune en particulier. Les professeurs, dans l'intimité desquels il vivait, n'en savaient pas davantage, puisqu'ils n'ont réussi à lui donner aucun renseignement précis à cet égard. On parlait de ces archives sur un ton mystérieux, mais nul n'était en état de les décrire. Notre conclusion est donc que la disparition de ces documents — sauf peut-être celle des procès-verbaux, dont l'existence n'est d'ailleurs pas démontrée d'une façon sûre — n'a pas grande importance. Il ne résulte de cette lacune aucun préjudice sérieux pour ce qui concerne l'histoire du Collège. Toutes les pièces essentielles, on l'a vu, nous ont été conservées par ailleurs, dans les registres du Trésor des Chartes, dans les comptes de l'épargne, dans les registres du Conseil du roi ou du Parlement, dans ceux de la maison du roi ou dans des recueils manuscrits. Les Archives nationales renferment, en somme, les matériaux inédits de cette histoire. Il est vrai que ces matériaux se trouvent dispersés, mais il n'était nullement impossible de les grouper. La lumière a pu être faite sur tous les points que les documents imprimés ne permettaient pas d'éclaircir.
Il faut remarquer, du reste, que la conservation des papiers relatifs au Collège a été de tout temps mal assurée. Nous voyons, par exemple, en 1688, le syndic Gerbais s'élever avec beaucoup d'énergie contre les prétentions de l'un de ses prédécesseurs, Clément d'Auvergne, qui s'obstinait à garder chez lui les documents concernant l'histoire de l'institution. A diverses reprises, des abus de pouvoir analogues furent commis par les dignitaires. C'est évidemment pour ce motif que le projet de règlement rédigé au xvni" siècle, auquel nousavons déjàfait allusion (p. 234), entrait dans de minutieux détails à ce sujet. Les professeurs avaient compris la nécessité de sauvegarder, par des prescriptions sévères, la conservation de leurs archives, trop souvent détenue s par des membres peu scrupuleux de leur corporation. Au xix« siècle, le même
368 niSTOIRE DU COLLÈGE DE FRANCE.
fait se renouvela, paraît-il, et M. Scdillol(op. ci7., p. 1 08) a accusé formellement Lefèvre-Gineau, administrateur depuis 1791 jusqu'à 1824," d'avoir anéanti tous les papiers relatifs à sou administration: correspondance, pièces officielles, registres de présence, programmes, etc. ; les réclamations qui lui furent adressées, et qui furent renouvelées auprès de sa famille, après sa mort arrivée le 3 février 1829, restèrent sans résultat ». Heureusement, la lacune créée par cette suppression était beaucoup moins grave que ne le pensait M. Sédillot. Les Archives nationales conservent, en effet, un nombre de pièces assez considérable pour que l'histoire du Collège pendant cette période puisse être écrite avec tout le détail suffisant. C'est, en effet, dans ce dernier dépôt que nous avons retrouvé la plupart des documents qui ont fourni les matériaux des chapitres vni et ix relatifs à la Révolution et à l'Empire. On comprend qu'à la suite de tant de vicissitudes, les archives proprement dites du Collège soient aujourd'hui des moins importantes. Elles ne contiennent aucun titre et, d'une manière générale, aucune source d'information qui mérite d'être signalée.
Appendice 0.
Les objets d'art du Collège de France.
Le Collège de France actuel possède plusieurs bustes et tableaux, la plupart modernes, qu'il ne sera peut-être pas inutile d'énumérer, en raison des souvenirs historiques qu'ils rappellent. Signalons d'abord la statue en marbre de Guillaume Budé, œuvre du sculpteur Max. Bourgeois, élevée dans la petite cour qui s'étend du côté de la rue Saint-Jacques. Six bustes de professeurs ont été placés il y a quelques années dans cette même cour, ce sont ceux de Danès, Vatable, Fine, Turnèbe, Ramus et Gassendi. Il existe d'autres bustes, dispersés dans les vestibules, mais pour la plupart peu remarquables. Dans la salle du conseil, où se tiennent les assemblées des professeurs, quelques portraits ont été réunis, à savoir ceux de Danès, de Budé, de Louis XIV, ainsi qu'un beau buste de François P"" sur la cheminée. Le mur du fond opposé à cette dernière est occupé tout entier par une vaste composition signée Lethière-GuilJon, et représentant François I'='' fondant l'institution des lecteurs royaux. Son auteur, Lethière (Guillaume-Guillon), né en 1760 à la Guadeloupe, est mort à Paris le 21 avril 1832. Signalons encore un beau portrait de Laboulaye,
le précédent administrateur. En sortant de la salle des séances, on voit, dans le couloir qui y donne accès, une autre composition, également de grandes dimensions, représentant la réception des lecteurs royaux par Henri [V. Près de là se trouve la bibliothèque, dont l'usage est réservé aux professeurs. Remarquons que le Collège possède plusieurs collections scientifiques importantes, de minéralogie, de géologie, etc. Rappelons enfin que, devant la porte principale, sur le perron monumental qui conduit de la rue des Écoles au Collège, s'élève la statue en bronze de Claude Bernard, œuvre du sculpteur Guillaume, titulaire actuelle de la chaire d'esthétique.
Appendice P.
De l'hébreu dans les collèges de l'Université.
Il est intéressant de rechercher à quelle époque l'enseignement de l'hébreu, combattu et repoussé avec tant d'acharnement par l'Université au xvi« siècle, a réussi à se faire une place, sans doute bien modeste et bien insuffisante, dans les programmes de VAlma Mater. La proscription dont la langue sacrée avait été frappée dura deux siècles. Elle ne cessa que dans le commencement du xvxii^ siècle, grâce aux eiïorts des lecteurs royaux, qui obtinrent, non sans de grandes difficultés, d'enseigner dans les collèges de l'Université les éléments de la langue et de la littérature hébraïques. La même corporation qui, à l'époque de la Renaissance, aA'ait lutté si vigoureusement en faveur de la haute culture, s'occupait maintenant de faire bénéficier les écoliers des conquêtes réalisées par elle, au prix d'une si longue patience. L'honneur de cette réforme doit être attribué à Etienne Fourmont, professeur d'arabe au Collège royal (171o-174o), orientaliste d'un réel mérite, à qui sa passion pour les études bibliques valut de nombreux désagréments. Il se fît d'abord expulser du collège des Trente-Trois parce que le supérieur s'était aperçu qu'il cultivait la langue hébraïque et qu'il cherchait à en inspirer le goût à ses compagnons. L'administration du collège justifia son renvoi en déclarant qu'un pareil homme était suspect et dangereux au premier chef pour la tranquillité intérieure de rétablissement. Fourmont alors se retira au collège de Moiilaigu, puis à celui de Navarre. Devenu lecteur royal, il s'occupa de faire admettre officiellement dans les collèges universitaires l'enseignement qui lui avait attiré ses précédentes
humiliations. Il obtint de professer les éléments de l'hébreu au collège d'Harcourt, mais le retentissement qu'il donna à cette innovation faillit en amener la suppression (mars 1718). Les partisans de la routine Tattaquèrent devant l'assemblée de l'Université et ce ne fut qu'après une discussion très animée que le principal du collège d'Harcourt, Dagoumer, put prendre sur lui de maintenir l'autorisation donnée précédemment. La pièce qui nous apprend les détails de cette affaire (publiée dans Jourdain, Histoire de Wniv. aux xvii" et xvm*' siècles, pièce justif. CLxiv) fait connaître que des tentatives avaient déjà été faites par Edmond Pourchot, ancien recteur et syndic de l'Université, pour inaugurer des cours d'hébreu au collège Sainte-Barbe, selon la méthode de l'abbé Masclef, puis par Pierre Billet au collège du Plessis-Sorbonne. Mais elles n'eurent poinl Timportance de celle de Fourmont. Remarquons encore que, lorsque, en 1721, des cours de turc et d'arabe furent organisés pour les Enfants de langues, dans le collège des Jésuites, ce fut également à un professeur royal, M. de Fiennes, que fut confiée l'inspection de ce nouvel enseignement. (Voy. Jourdain, op. cit., p. 320.)
Appendice Q.
De l'activité scientifique des prof esseurs du Collège de France pendant la Révolution.
11 n'est pas téméraire d'affirmer que le Collège de France a été pendant les années les plus orageuses de la Révolution le centre de la vie intellectuelle de la capitale. Un foyer d'études d'une activité extraordinaire, étant donnée la gravité des circonstances, s'y maintint jusqu'au bout. Ce fut vraiment le privilège de cette époque unique, d'éveiller et de surexciter au plus haut point les bonnes volontés de toute nature. Nous avons parlé des séances de rentrée. Elles témoignent déjà suffisamment de la variété des travaux poursuivis dans l'enceinte du Collège, en dépit des préoccupations de tout ordre qui auraient pu les arrêter. Nous voyons que lors de la rentrée de novembre 1791, Gail lit deux Idylles de Théocriie; Lalande un Exposé des progrès de rustronomie;Vaib])é Couruand, un ancien oratorien, le premier ecclésiastique qui ait publiquement renoncé au célibat, un Essai sur l'art dramatique; Lévesque, Quelques réflexions sur la politique de Louis XI. La séance fut tumultueuse, mais la corporation avait assez de bon sens et d'énergie pour ne pas s'effrayer des clameurs de quelques fa-
natiques. C'est précisément au plus fort de la tourmente révolutionnaire que l'activité déployée par les professeurs a quelque chose de surprenant, presque de grandiose. Le Collège, se sentant menacé, lutte avec une admirable énergie contre les manœuvres de ses adversaires. Il adresse de longues et savantes observations sur la nature de son enseignement au comité d'instruction publique de la Convention. Comme l'a fait remarquer M. Sédillot [op. cit., p. 149), tous les maîtres redoublent de zèle et d'ardeur. Gail annonce la traduction des Idylles de Théocrite avec le texte et des notes; Cournand, la traduction d'Hérodote; Lévesque, la fin du Dictionnaire des beaux-arts de VEncydopédie ; Lalande, la troisième édition de son Astronomie; Dupuis commence l'impression de son célèbre ouvrage sur YOrigine de tous les cultes. Comme certains cours n'ont qu'un auditoire par trop restreint, les professeurs de langues orientales cherchent partout déjeunes orientalistes, M. de Villebrune commence l'étude de l'arabe. C'est à ce moment que Lalande écrit son mémoire explicatif contre les projets de démembrement du Collège (cf. plus haut, p. 289). On a vu, par Taffiche de 1794, que l'enseignement du Collège continuait d'être, à cette époque critique, aussi varié et aussi sérieux qu'il était possible. Nous avons parié de la séance de rentrée de cette année-là. Celle de 1795 ne fut pas moins brillante. Bouchaud y exposa le plan de son cours du droit de la nature et des gens, Lalande fit l'histoire de l'astronomie pour l'année 1793. Cournand lut un fragment de son poème Des quatre âges de la vie humaine; Sélis, un discours à la louange de Delille, puis une dissertation sur les Fables et spécialement sur Philémon et Baucis; Gail, la traduction d'une partie de la Mythologie de Lucien; Portai et Bosquillon, des mémoires sur les fièvres de la Vendée et sur les vésicatoires; Caussin, la traduction d'un poème arabe; enfin Rivière s'efforça de démontrer que plusieurs passages d'Homère, difficiles à comprendre, s'expliquaient très bien au moyen de l'hébreu. La séance de 1796 fut remplie par des lectures fort intéressantes, mais ces dernières donnèrent lieu à de nombreuses discussions.il fut même décidé, à la suite de ces incidents, que les mémoires seraient soumis à l'assemblée des professeurs avant d'être lus en séance publique. En 1797, des lectures sont faites par tous les professeurs en vue : Poissonnier, les deux Lalande, Dupuis, Gail, Caussin, Bosquillon, Cousin et Cournand. La séance d'ouverture de 1798 témoigne que le zèle des professeurs ne s'est point relâché. Lalande y prononce l'oraison funèbre de Poissonnier, puis trace un exposé des travaux astronomiques accomplis
en Tan VI. Gail disserta sur la république de S^iarte, Diipuis sur l'origine des Pc'Iasges d"Éthiopie, Cousin sur la bienfaisance et les hospices. Bosquillon commenta le premier aphorisme d'Hippocrale, Cournand lut enfin le chant de la Jeunesse, de son poème des Quatre âges (Sédillot, op. cit., p. loo). Ces indications suffisent à montrer que si le Collège a réussi à subsister, au milieu de la destruction radicale des anciennes institutions, il avait singulièrement mérité, par son attitude courageuse, l'exception faite en sa faveur.
Appendice R.
Le Collège depuis 1815.
Bien que cette période de l'histoire du Collège ne rentre pas dans le cadre de notre étude, nous avons cru néanmoins nécessaire d'en donner une esquisse rapide, complément naturel des pages qui précèdent. La première Restauration s'honora en créant les deux chaires dechinoisetde sanscrit. Mais les révocations arbitraires de Tissot et de Lefèvre-Gineau (1823) jettent plus tard une fâcheuse ombre sur ces dispositions bienveillantes. De plus, les nécessités budgétaires avaient amené une réduction des traitements des professeurs, lesquels étaient descendus à èiOGO francs, chiffre qui ne fut modifié que beaucoup plus tard (1861). En 1823, une commission chargée d'élaborer de nouveaux règlements est nommée par le gouvernement. Le 16 juillet 1829 une ordonnance approuva les travaux de cette commission et mit en vigueur une nouvelle organisation. Le droit de présentation était laissé à l'assemblée des professeurs, mais le ministre gardait la faculté d'approuver ou de repousser les propositions présentées par la compagnie. La monarchie de Juillet se montra toujours favorable au développement du Collège. Elle créa un nombre relativement considérable de chaires, toutes des mieux choisies (voy. l'Appendice S). En 1831, le Collège, qui jusque-là ressortissait au ministère de l'intérieur, fut momentanément rattaché au ministère des travaux publics. Depuis 1832, il a été placé définitivement dans les attributions du ministère de l'instruction publique. En 1846, le cours de Quiuet est suspendu. La révolution de 1848 s'occupa beaucoup du Collège, qui se trouva mêlé durant plusieurs années aux plus graves difficultés. Un décret du gouvernement provisoire, du 7 avril 1848, supprime les chaires du droit de la nature et du droit des gens, d'économie politique, des législations comparées, de langue turque et de poésie latine. En même temps la chaire
de mécanique, devenue depuis 1806 la chaire de physique expérimentale, est rétablie et onze cours nouveaux sont fondés, destinés parliculièrement aux élèves de l'École d'administration. Cette École, fondée par le décret du 8 mars 1848, devait assurer le recrutement des diverses branches d'administration dépourvues] usqu'alors d'écoles préparatoires. Ses élèves furent assujettis à suivre l'enseignement du Collège et prirent même le titre d'élèves du Collège de France.
Un décret du 8 avril 18i8 nomme les titulaires des chaires nouvellement créées. Ce sont MM. de Lamartine, Jean Reynaud, Armand Marrast, Faustin Hélie, Serres, Decaisnes, Bineau, Franqueville, Garnier-Pagès, Cormenin, Ledru-RoUin etPoncelet. Mais l'innovation ne dure pas. Après quelques réunions, on s'occupe au mois de juin de régler le programme des cours, et le 24 décembre 1848 un arrêté du président de la république rétablit l'ancien état de choses. Le même arrêté nommait MM. Michel Chevalier, de Portets, Lerminier, Alexandre Desgranges et Tissot aux chaires supprimées; mais on reconnut par ailleurs que ces professeurs n'avaient jamais perdu leur qualité et qu'ils étaient seulement réintégrés dans leurs chaires. Le Collège fut l'objet d'attaques fort vives à l'Assemblée nationale, oii il trouva d'ardents défenseurs dans la personne de deux de ses membres, MM. Barthélemy-Saint Hilaire et Quinet. M. Burnouf, administrateur intérimaire chargé de convoquer les professeurs à la réunion fixée au 7 janvier 1849, s'abstint d'y appeler les professeurs de l'École d'administration. Celle-ci, du reste, organisée par arrêté du 10 avril précédent, ne tarda pas à disparaître. Le coup d'État de 1851 eut, pour l'autonomie du Collège, les plus fâcheuses conséquences. Le décret du 9 mars 1852 attribuait, en effet, la nomination et la révocation des professeurs au président de la république. Le ministre avait le droit de présenter un candidat, en dehors des noms choisis par le Collège et par l'Institut. Les révocations de Michelet, Quinet et Mickiewicz furent le résultat immédiat de cette transformation arbitraire de l'organisation du vieux Collège. En même temps M. Barthéleray-Saint Hilaire est considéré comme démissionnaire pour refus de serment. Le règlement promulgué le 8 octobre 1857, tout en prétendant investir l'assemblée des professeurs d'un droit d'administration presque absolu, stipule, d'autre part, que rien ne pourra se faire sans l'approbation minislérielle. On sait les désordres auxquels donna lieu le cours de Sainte-Beuve, nommé à la chaire de poésie latine le 13 décembre 1854. La destitution de M. Renan, en 1864, souleva une répro-
bation unanime de la part du monde savant et libéral. Ce fut une atteinte que rien ne justifiait — le gouvernement n'avait pas même osé motiver le décret de destitution — contre le privilège le plus essentiel du Collège, celui qui avait servi de base à son institution. Au fond, la cause de Tillustre professeur était la même que celle des maîtres poursuivis en 15.34 devant le Parlement parla faculté de théologie. L'appui du roi et de toute la classe éclairée leur valut un triomphe éclatant qui afTermit pour l'avenir l'indépendance de l'établissement, au point de vue scientifique. (Voyez, sur les circonstances qui ont accompagné ce mémorable conflit, les brochures de M. Renan n'unies dans les Questions contemporaincs, p. (91 -251.) L'organisation du Collège de France est actuellement réglée parle décret du 1" février 1873. {Bulletin administ. de l'inst. pubL, année 1873, p. 309.)
Voici les principales dispositions de ce règlement, telles que M. Conipayré les résume dans l'article qu'il a consacré au Collège dans la Grande Encyclopédie :
« Ce décret a établi des règles libérales, qui donnent toutes les garanties possibles à l'indépendance des professeurs. L'article 18, que d'ailleurs on n'aura probablement jamais à appliquer, dans une compagnie composéed'hommes distingués ou éminents, prévoit le cas 011 l'enseignement d'un professeur deviendrait « l'occa- « sion de plaintes ou de désordres graves ». Le professeur doit alors être appelé devant l'assemblée de ses collègues, qui entend ses explications et donne son avis sur la peine qui peut être appliquée: avertissement, prononcé par l'assemblée elle-même; suspension, qui ne peut excéder un an, prononcée par le ministre ; révocation, prononcée par décret avec rapport motivé du ministre. On se rappelle que le décret de destitution de M. Renan, en 1864, n'était pas motivé, outre que l'assemblée des professeurs n'avait pas été consultée.
«Le Collège de France s'administre en réalité lui-même, et bien que de récentes mesures aient accru l'indépendance des autres établissements d'enseignement supérieur, des Facultés de tout ordre, le Collège reste encore, entre toutes les parties de notre système d'instruction publique, le corps le plus autonome. L'assemblée des professeurs titulaires est presque souveraine maîtresse. C'est elle qui présente au ministre une liste de trois candidats, parmi lesquels le ministre choisit l'administrateur et le viceprésident de l'assemblée, nommés par décret pour trois ans. C'est elle qui élit annuellement son secrétaire. C'est elle qui propose, concurremraeutavec la classe corespondante de l'Institut, descan-
didats aux chaires vacantes. C'est elle encore qui donne son avis sur l'opportunité des suppléances, sur le choix des suppléants et des remplaçants. Les suppléants ne sont nommés que pour une année, mais leur nomination peut être renouvelée : ils reçoivent la moitié du traitement net des professeurs. Les remplaçants sont en quelque sorte des suppléants provisoires, le professeur ne pouvant se faire remplacer pendant plus de deux semestres consécutifs: ils ne reçoivent que le tiers du Iraitement. L'organisation intérieure dépend, elle aussi, de l'assemblée, qui « dé- « termine l'ordre et la succession des leçons, les jours et heures « où elles doivent être données, en prenant soin de les distribuer « de telle sorte que les leçons de même nature soient données suc- «cessivement et puissent être suivies avec facilité par le public ». « Les seules obligations impérativement établies par le règlement de 1873 qui modifie, dans une certaine mesure, le règlement antérieur, c'est que tout professeur est tenu de faire deux leçons par semaine, et quarante leçons au moins dans l'année. Avant la leçon, chaque professeur inscrit son nom sur un registre de présence : obligation déjà imposée au svni'= siècle; en 1728, il était ordonné que l'inspecteur du Collège, choisi d'ailleurs en dehors du corps des professeurs, devait remettre aux mains du concierge «■ un livre paraphé de lui, sur lequel les professeurs seraient te- «nus d'inscrire leur nom avant chaque leçon ». Les cours, divisés en deux semestres, commencent le premier lundi de décembre, sont interrompus pendantla quinzaine de Pâques et se terminent au plus tôt le 20 juillet, et au plus tard le 30 du même mois. »
Le traitement des professeurs est fixé actuellement à 10 000 francs. Le budget total du Collège, qui était de 280 500 francs en 1868, de 446 280 francs en 1878, de 499 000 francs en 1890, s'est élevé pour l'année 1892 à la somme de 509000 francs. Ajoutons enfin que plusieurs institutions accessoires, telles que le laboratoire de physique biologique créé le 13 janvier 1882, la station de chimie végétale, instituée le 17 janvier 1883, le laboratoire de médecine expérimentale, sont venues dans ces derniers temps accroître les ressources scientifiques de l'établissement.
Appendice S.
Chaires créées depuis 1814.
1814, 29 novembre. — Création de la chaire de langues et littératures chinoises et tartares- mandchoues.
376 niSTOIRE DU COLLÈGE DE FRANCE.
1814, 29 novembre. — Création de la chaire de lanj^ue et littérature sanscrites.
1831, 12 mars. — Création de la chaire d'économie politique (chaire supprimée durant quelques mois en 1848).
— — Création de la chaire d'histoire des législations
comparées. (Même remarque.)
— — Création de la chaire de philologie et archéolo-
gie égyptiennes, sous le titre de chaire d'archéologie, transformée sous son nouveau titre le 8 février 1860, 1837, 8 décembre. — Création de la chaire d'histoire naturelle des corps organisés, par substitution à la chaire d'anatomie supprimée en 1832.
— — Transformation de la chaire d'histoire natu-
relle en celle d'histoire naturelle des corps organisés.
1840, 19 avril. — Création delà chaire des langues et littératures
d'origine slave. (Mickiewicz, en sa qualité d'étranger, ne put être nommé que chargé de cours. Voy. Revue internat, de V enseignement, 1890, t. II, p. 113 et suiv.)
1841, 28 juillet. — Création delà chaire de langues et littératures
d'origine germanique.
— — Création de la chaire de langues et littérature
de l'Europe méridionale. Unie en 1853 à la précédente sous le titre de langues et littératures de l'Europe moderne, rétablie le 28 janvier 1876.
1844, 2 septembre. — Création de la chaire d'embryogénie comparée.
1853, 11 janvier. — Création de la chaire de langue et littérature françaises du moyen âge.
1861, 27 février. — Création de la chaire d'épigraphie etantiquités romaines.
1861, 14 juin. — Transformation de la chaire d'astronomie en chaire de mécanique céleste. Ce dernier titre a été remplacé depuis (décret du 28 mai 1885) par celui de mécanique analytique et mécanique céleste.
1864, 1" juin. — Création de la chaire de grammaire comparée,
transférée de la Faculté des lettres.
1865, 8 août. — Création de la chaire de chimie organique. 1871, l'^'" octobre. — Création de la chaire d'histoire des doctrines
économiques, titre transformé, le 17 mai 1 885, en celui de géographie, histoire et statistique économique. 1874, l^"" janvier. — Création de la chaire de philosophie moderne.
1874, l*"" janvier. — Création de la chaire de philologie et archéologie assyriennes.
187o, il août. — Création de la chaire d'anatomie générale.
1876, 28 juillet. — Transformation de la chaire de chimie en
chaire de chimie minérale.
1877, l^"" janvier. — Création de la chaire d'épigraphie et anti-
quités grecques.
1878, 26 mars . — Création de la chaire d'esthétique et histoire de
l'art.
1880, 10 janvier. — Création de la chaire d'histoire des religions. 1882, 2 janvier. — Création de la chaire de langues et littératures
celtiques.
1885, 23 janvier. — Transformation de la chaire de poésie latine
en chaire d'histoire de la littérature latine.
— 28 janvier. — Transformation de la chaire d'éloquence
latine en chaire de philologie latine.
1887, 6 décembre. — Transformation de la chaire de droit de la nature et des gens en chaire de psychologie expérimentale et comparée.
1890, 30 janvier. — Transformation de la chaire de langue de littérature turque (ancienne chaire de langue turque de 180o à 188o) en chaire d'épigraphie et antiquités sémitiques.
1892, 30 janvier. — Création d'une chaire d'histoire générale des sciences.
— 19 avril. — Transformation de la chaire d'histoire et de mo-
rale en chaire de géographie historique de la France.
Signalons, en terminant celte énumération, quelques changements peu importants dans les titres de chaires, changements qui n'en modifiaient pas sensiblement l'esprit: en 1833, transformation de la chaire de littérature française en chaire de langue et littérature françaises modernes; en 188o, le mot « littérature » a été introduit dans l'intitulé des chaires de langues et littératures de la Perse, de langues et littératures hébraïque, chaldaique et syriaque, de langue et littérature arabes.
Appendice T.
Liste chronologique des professeurs du Collège de France.
L'établissement de cette liste a présenté de réelles difficultés. Ce n'est qu'au prix de longues et minutieuses recherches que
nous sommes parvenu à dresser cette nomenclature, la première (le ce genre qui ait été constituée. Le Collège de France lui-même ne possède pas, dans ses archives, de catalogue complet et critique de ses anciens professeurs. Nous avions d'abord songé à reproduire simplement ici la liste qui figure sur les tablettes de marbre placées le long des murs de la petite cour du Collège, située du côté de la rue Saint-Jacques, mais un examen sommaire nous a rapidement conduit à renoncer à celte idée. Remarquons d'abord que ces marbres ne fournissent, pour les professeurs des trois siècles précédents, que les dates de nomination et nullement celles non moins importantes de la cessation de fonctions; de plus il nous a été donné de constater qu'un certain nombre des dates données sont sujettes à caution et que la nomenclature des lecteurs elle-même présente de graves lacunes, pendant que certains noms s'y trouvent indùm.ent portés '. D'autre part, la nature de la chaire occupée par chacun des titulaires n'a pu être indiquée faute de place. Or il était indispensable, à notre avis, de préciser dans quelle branche de l'enseignement chaque maître avait professé. Enfin, il restait à compléter la liste des professeurs du xix^ siècle, en y ajoutant les noms des titulaires nommés depuis 1834 — époque à laquelle s'arrêtent les marbres — et par là même les noms des professeurs actuellement en exercice 2. Pour toutes ces raisons, la nomenclature qui suit peut être considérée comme nouvelle et comme complétant et rectifiant, sur un grand nombre de points, les données chronologiques relatives aux professeurs du Collège de France. Le Mémoire de l'abbé Goujet, qui donne les dates des profes-
1. Les titulaires de la chaire de Rainus ont été exclus sans motif de cette liste. D'autres professeurs, dont cependant la nomination ne saurait faire l'objet d'aucun doute, ont été également omis. Il suffira de citer : ( heradame et Casaubon, pour le xvie siècle, Fontaine, Pierre Padet, Michel Séguin, Guillaume Belet, etc., pour le xvu^ siècle, Girault de Kéroudou pour le xvni^ siècle, d'Ansse de Villoison pour celui-ci. Cei tains noms sont mal orthographiés, Cournaud pour Cournand, Sallien pour Sallier, Benêt de Montcarville au lieu de Bidet, de Villerfroy pour Villelroy. Les inexactitudes de dates sont très nombreuses : certaines d'entre elles s'appliquent à des professeurs de ce siècle. Letronne est donné comme ayontenseigné jusqu'en 1838 aulieude 1848. Le médecin Halle figure deux fois sur les listes. Retz de Rochefort est cité comme ayant professé la médecine de 1793 à 1810, alors qu'il n'a jamais appartenu au Collège de France.
2. La liste a été complétée pour la période moderne à l'aide du Bullelin administvalif du ministère de IHuslructioii publique et du Journal officiel.
seurs antérieurs à l'oS, devait être également contrôlé de très près. Pour ce qui concerne le xvi<= siècle, la plupart des indications données par lui sont contestables. De plus, ses renseignements ont été parfois groupés avec si peu d'attention qu'il lui arrive de donner en tète de l'article biographique d'un professeur des dates diflérentes de celles qui sont fournies dans le corps même de l'article. Dans d'autres cas, les dates citées par lui ne reposaient sur aucun fondement sérieux. Nous avons tenté de combler toutes ces lacunes à l'aide de recherches faites dans les registres du secrétariat de la maison du roi, conservés dans la série 0 des Archives nationales, où étaient enregistrées toutes les lettres de provisions octroyées aux professeurs royaux, lors de leur nomination. Ces lettres, dont nous avons retrouvé un grand nombre au prix de minutieux dépouillements, ont été d'une singulière utilité pour trancher des difficultés que les autres documents ne permettaient pas de résoudre. Elles ont contribué, en particulier, à éclaircir toute l'histoire de la nomination de Baluze et à rectifier la date de la création de sa chaire, au sujet de laquelle Goujet s'était trompé de dix-neuf ans. Les circonstances dans lesquelles Charles Rollin fut appelé à ensei* gner au Collège royal étaient restées également assez obscures. Les affirmations de Goujet sur cette question offraient d'évidenles contradictions. Marc-Antoine Hersan, qui fut le prédécesseur de Rollin en qualité de coadjuteur de Gerbais, ne fut point en charge de 1695 à 1697, comme le rapporte l'auteur du Mémoire historique, mais de 1686 à 1688, ce qui explique la nomination accordée, le 22 avril de cette dernière année, à Rollin, alors professeur au collège du Plessis-Sorbonne. Hersan, chargé de remplacer Jean Gerbais, hors d'état de remplir ses fonctions en raison des travaux qu'il avait entrepris par ordre du clergé de France, se démit luimême, au bout de deux ans d'enseignement, en faveur du jeune professeur de rhétorique, son ancien élève. Rollin reçut ainsi la survivance de la chaire d'éloquence latine « pour en jouir et user, ■disaient les lettres patentes, aux honneurs, aulhoritez, prérogatives, prééminences, privilèges... émolumens accoustumez... sans qu'avenant le décez de l'un ou de l'autre, la charge puisse estre déclarée vacante ny impefrable sur le survivant, attendu le don que nous lui en faisons dez à présent, ny qu'il soit tenu de prendre de nous d'autres provisions », etc. (0 ' 32, f° 103).
Cet exemple suflit à montrer l'utilité des éléments chronologiques puisés dans cette série de registres. Sans leur aide, il serait impossible de suivre les transformations de chaires, déjà
fréquentes au xyiii"^ siècle, en vertu de ce principe que le roi s'est réservé la faculté « de changer l'objet d'enseignement des chaires qui paraîtraient le moins nécessaires au plan d'instruction auquel le collège est destiné » (0' H9, f° 201). C'est ainsi que furent organisés la plupart des enseignements innovés en 1773, ceux, par exemple, de la mécanique, du droit des gens et de la littérature française, branches « qui manquaient à l'éducation publique » (voy. 0^ 118, fos 221, 270, 273, etc.). Les Almanachs royaux ont été mis également à contribution. Néanmoins il est bon de remarquer que leurs listes ne sont pas toujours tenues au courant et qu'il ne faut point s'y fier d'une manière constante. Pour n'en citer qu'une preuve, nous ferons observer que les Almanachs de 4788 et de 1789 ne font pas figurer Dupuis, l'auteur de VOrigine de tous les cultes, parmi les professeurs royaux, alors que cet écrivain avait été nommé à la chaire d'éloquence latine dès le mois de septembre 1787, date indiquée par les marbres et confirmée par les lettres transcrites dans les registres des dépèches de la maison du roi (0^ 408). Pour ce qui concerne plus spécialement le xvi^ siècle, un certain nombre d'actes authentiques inédits nous ont permis defaireàlachronologie des lecteurs des modificationsimportantes, déjà sigalées dans le cours de l'ouvrage. On ne pouvait songer à donner en même temps le détail des raisons qui justifiaient le choix de telle date adoptée de préférence à telle autre. Un exposé de ce genre eût nécessité un certain nombre de dissertations minutieuses qui n'avaient pas leur place ici. Il était, en effet, parfois difficile de déterminer exactement à quelle époque chaque professeur a réellement cessé ses fonctions : beaucoup d'entre eux ayant eu descoadjuteurs ou survivanciers, et d'autres ayant, pour différentes raisons, cessé de professer quelques années avant leur mort, sans qu'on puisse toujours préciser exactement à quel moment leur démission officielle ou tacite a été donnée. D'autre part, il était nécessaire, en certains cas, de faire partir les années d'exercice d'un professeur de sa nomination comme survivancier, puisque c'était vraiment à dater de ce jour qu'avait commencé son rôle actif. Ajoutons que les noms des suppléants proprement dits, c'est-à-dire de ceux qui ne sont jamais devenus titulaires, ne figurent pas dans la liste, puisqu'ils n'ont fait partie de la compagnie qu'à titre temporaire*. On trouvera vis-à-vis du
1. Il est cependant regrettable de ne pouvoir citer parmi ces derniers un certain nombre de noms illustres, tels que ceux de Le Verrier et deCauchy; mais on comprend qu'il ne pouvait être question de faire ua choix.
nom de chaque lecteur l'indication de la chaire occupée par lui. Nous avons expliqué, à diverses reprises, pour quelles raisons il n'était pas possible de songera dresser pour chaque chaire la liste de ses titulaires successifs. Comme il y eut pendant longtemps plusieurs chaires pour un même ordre d'enseignement, il est évident que la succession des lecteurs est souvent impossible à établir, surtout pendant les deux premiers siècles. Notons en terminant que la chaire dite de philosophie grecque et latine a longtemps été occupée par des hommes qui traitaient de matières exclusivement scientifiques, tels que Du Haniel, Yarignon, Privât de Molières ; on voit même dans certaines nominations, dans celles de Du Pin et de Michel Morus, par exemple (1703), cette chaire désignée sous le nom de chaire de physique, lequel était plus exact que son titre traditionnel (0^ 47). Notre liste doit renfermer çà et là des inexactitudes ; elles étaient inévitables; nous espérons néanmoins qu'elle sera consultée avec utilité.
P. Danès 153C— 1534 Grec.
J.Toussaint 1530—1547 Grec.
A. Guidacerius 1530 — 1540 Hébreu.
F. Vatable 1530 — 1547 Hébreu.