‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 78 sur 96 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Au moment où surviennent les grands changements politiques que l'année 1815 vit s'accomplir, le Collège de France se trouvait mieux préparé que jamais, grâce au nombre et à la valeur de ses maîtres, à remplir avec un éclat et une autorité incomparables le rôle qui lui était dévolu depuis son origine dans le haut enseignement de notre pays. La cause qu'il avait défendue pendant trois siècles avec tant de constance et d'énergie était maintenant gagnée : la liberté était définitivement conquise dans le domaine des choses de la science et de la pensée, et malgré la réaction que rétablissement d'un nouveau régime semblait présager, il n'était pas à craindre que la haute culture souffrît jamais sérieusement des tentatives dirigées contre elle. Désormais la fondation du Père des lettres poursuivra sans encombre ses destinées, et s'il est arrivé trois ou quatre fois en ce siècle que la dignité et l'indépendance de ses membres aient été mises en péril, on ne saurait soutenir que les mauvais jours des siècles précédents se soient, en aucun cas, représentés pour le Collège. La réprobation unanime soulevée dans les milieux éclairés par les actes arbitraires commis à l'égard de Tissot, Michelet, Quinet et Renan a contribué à affirmer, avec une force nouvelle, la vitalité des principes qui président à son organisation.

En somme, il faut reconnaître que les mesures de ce jxenre, si regrettables qu'elles fussent, ont été cxcep- (ionnelles et que la liberté de la compagnie n'en a que momentanément souffert. Les garanties accordées depuis, autant que la crainte de l'opinion publique, les rendront désormais impossibles, même dans le cas d'une réaction momentanée. Le gouvernement de la Restauration lui-même a si bien com.pris la grandeur et l'utilité du vieil établissement, qu'il s'empressa, à peine installé dans la capitale, d'introduire dans les cadres deux nouveaux enseignements, ceux des langues sanscrite et chinoise, l'un et l'autre dignes de trouver droit de cité dans la maison de la place de Cambrai. La monarchie de Juillet se préoccupa toujours, avec la plus grande sollicitude, de maintenir intactes les prérogatives du Collège et d'accroître son prestige scientifique. De nombreuses fondations de chaires furent dues à son initiative : l'économie politique avec J.-B. Say, l'égyptologie avec Champollion, l'histoire des législations comparées avec Lerminier, l'embryogénie comparée avec Coste, l'histoire naturelle des corps organisés et inorganiques, avec Duvernoy et Élie de Beaumont, les mondes slave et germanique, les littératures méridionales avec Mickiewicz, Chastes et Quinet, voilà autant d'heureuses conquêtes réalisées par le Collège durant ces dix-huit années. Sous le second empire — et nul ne songera à s'en étonner — le gain fut moindre. La littérature du moyen âge, l'archéologie romaine, la chimie organique et la grammaire comparée — celle-ci transférée de la Faculté des lettres — furent des acquisitions précieuses, qui ne sauraient cependant faire oublier les révocations injustifiables prononcées par le même gouvernement. La seconde république a repris, comme il lui appartenait, les grandes traditions de respect et de bienveillance que lui avait léguées son aînée à l'égard

Page 1