‹ Histoire du collège de QuimperChapitre 6 sur 21 · NOBILES CIVES · texte numérisé non relu

NOBILES CIVES

COUISOPITENSES

SOCIETATIS lESV

Mais l'œuvre entière était encore imparfaite puisque l'église sortait à peine de terre en quelques endroits. Aussi les procès entre la ville et les jésuites recommencèrent-ils. Ils n'avaient guère cessé depuis 1622 jusqu'à 1656. Depuis cette dernière époque ils semblent plus envenimés que jamais, et les plaintes des bourgeois et du qlergé diocésain sont des plus amères. Dans un mémoire pour monseigneur de Coëtlogon on lit même ces mots : « Les « jésuites ayant été rendus en la ville de Quimper, pour y « faire bastîr un collège pour l'instruction de la jeunesse, « y ont si bien réussi qu'ils y ont fait plutost une citadelle « qu'un collège » : Et plu^ loin, « on connaît leur façon « d'agir. »

Deux arrêts du conseil privé du roi (après dix-huit

mois de contestation), l'un, du 23 mars, l'autre du 29 décembre 1657, de plus en plus favorables aux jésuites, irritèrent les habitants. Leur syndic eut recours à une petite ruse. L'octroi' qui se renouvelait tous les neuf ans devait être (depuis 16S1) employé à la reconstruction du pont de Locmaria, à la pension des jésuites et aux bâtiments du collège. En rédigeant les nouvelles lettres de ^concession, le 30 décembre 1660, il ne fit aucune mention de celles du 15 novembre 1651 ni du nom des jésuites. Bien plus : les derniers arrêts du conseil ordonnaient que les jésuites seraient payés par les fermiers de l'octroi et de quartier en quartier : le syndic ne donna pas cette fois les octrois à ferme, il les mit en régie, et commit un certain Jacques Lécluse pour les percevoir. Un nouvel arrêt du conseil (18 mai 1661) mit fin à cet état de choses désastreux pour les pères; il fut enjoint qu'ils jouiraient comme par le passé de la moitié de l'octroi, que Lécluse et tous les commis à la recette des droits, et même les cabaretiers^ seraient solidairement condamnés à les satisfaire comme pour deniers royaux.

Ce fut en vain que la communauté en appela au parlement (18 octobre 1665) et se plaignit « que les jésuites « affectaient de traîner en longueur perpétuelle la cons- « truction du collège, pour piller et opprimer la commu- « nauté. » Ce fut en vain qu'elle voulut mettre en adjudication aux rabais ce qui restait à faire. Ce fut en vain que Guillaume Bougeant, sieur de Kernevenou, syndic, « pour se rédimer de la persécution des jésuites, » fit appurer ses comptes par la chambre. Le P. Robinet, alors .recteur, refusa en 1662 un accord par lequel la communauté paierait 3,000 livres pendant dix ans pour être

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dëbarrassëc de tout le tracas des bâtiments. Et à leur tour les bourgeois ne voulurent pas procéder à l'examen des états fournis par les jésuites de remploi des deniers qu'ils avaient touchés dés précédents syndics.

La transaction du 3 août 1666 vint rétablir l'union si souvent brisée. Cette fois le provincial, Jacques Bordier, avait dû intervenir, tant l'affaire était grave. Outre leurs prétentions, ordinaires, les jésuites réclamaient le paiement de 2,000 livres qu'ils avaient pris à intérêt le 3 avriri640, pour bâtir le frontispice de leur collège (1).

Les députés (2) consentirent, outre le paiement de la pension de 2,600 livres, à abandonner la moitié de l'octroi d'avril, juillet et octobre de Tannée pour le principal et les intérêts des 2,000 livres, et enfin à abandonner encore, à partir de ce jour, la moitié des revenus de l'octroi jusqu'à concurrence de 57,000 livres (soit 3,200 livres par an.) Cela devait durer dix-neuf ans. Au bout de ce temps tout serait parfini au collège, et l'église livrée quatre ans après le dernier paiement. Il était encore convenu qu'on ferait mettre les armes de la ville aux lieux lifô plus éminents de l'église (les croisées et les yoûtes) comme fondatrice du collège. Les jésuites étaient libres de disposer des autels, ^t d'y faire mettre telles armes et écussons que bon leur semblerait. De plus il leur serait permis de clore l'issue qui était entre leur^jardin et la muraille de la ville : issue qui

(1) Cet emprunt avait été aulorisé dans une assemblée de la communauté tenue chez le sieur Pérard, Qjianoinc, à condition qu'on mettrait ou frontispice les armes du roi ; celle de Mgr le cardinal, gouverneur de la province; de Mgr l'évoque; de M. le gouverneur de la ville et celles de la ville.

(2) C'étaient Guillaume Bougeant, syndic; Christophe Cariou, sieur de La Tour; Guillaume du Stangier, sieur de chef de Bois; Guillaume Pérard, sieur de Kersula, et Jean Nédélcc, sieur de Kerambris, anciens syndics.

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avait ddjà été (et devait être encore) la cause de maints procès (t).

En faveur de cet arrangement et comme gracieuseté, le provincial remettait à la communauté « toutes les pensions « et salaires du prédicateur dus jusqu'à ce jour. »

Tout paraissait parfaitement réglé"; le plan de l'église, dûmeiit signé et paraphé avait été remis au syndic. Pourtant les difficultés se représentèrent encore. Elles ne devaieat finir qu'à l'achèvement des constructions. Le 27 septembre 1674, contrairement à la transaction, les jésuites n'avaient encore donné ni le devis de leur église (2), ni le compte des deniers qu'ils y avaient employés; le procèsverbal ne fut fait que le 26 septembre 1675 par François Le Goazre, sieur'de Kervélégan, doyen des conseillers au siège présidial de Quimper. La valeur des travaux exécutés montait à 30,022 livres (environ 63,000 francs de notre monnaie). En 1688 l'édifice aurait dû être achevé; les 57,000 livres étaient dépensées, et on n'était arrivé qu'à l'entablement. // restait encore à faire la voûte, le portail, là charpente, Ja couverture et le dedans. Il fallut bien que les jésuites s'adressassent à Louis XIV. Aussitôt-une ordonnance royale (23 février 1688) [prescrivit provisoirement la contiîiuatîon du paiement des 3,200 livres pendant six ans : Un arrêt du conseil d'état^ du même jour, ordonnait que l'on fit un nouveau procès-verbal et que les armes du

(1) Il y avait entre le jardin du collège et le mur de- ville, ou N., une rue aboutissant à VO à St-Antoine, et à TE à la loup Bilian; elle était Cermée par deux portes qu'on n'ouvrait que les jours de foires et de marchés. Il y avhit deux clefs, Tune entre les mains du recteur du collège, l'autre entre les mains du gouverneur. On croit que c'est cette rue qui portait le nom de rue Treuss,

(2) L'église du collège est bâtie sur l'emplacement de la maison noble de Penerven, acquise par les Jésuites (16 octobre 1666) au prix de 1800 livres de raessire François de Kergoel.

roi fussent placées sur la porte principale de Téglise. ConformémcQt à ces instructious, le 4 décembre 1691, la ehambre des comptes de Bretagne députa à Quimper maître François Bouin, seigneur de Reins, conseiller du roi, etc. Il partit de Rennes en compagnie de maître Georges Le Compte, sieur de la Gaiilardière, avocat, le mercredi 30 avril 1692, arriva à Quimper le 4 mai suivant, « et descendit à Tbôtellerie où pend pour enseigne la « Croix blanche. »

L'expertise fut faite avec le plus grand soin par maître Vincent de la Boixière, écuyer, sieur de Rulazarou, maitre Julien Le Mauic, sieur de Keranguen, jet René Dumaine, sieur de Bellevue; le R. P. Poncet, recteur du collège, et le syndic en charge, noble homme Jean-Baptiste Malherbe, sieur de Quistinic, y assistaient. Cela dura huit jours (1). On avait dépensé déjà 73,726 livres 15 sols.

Les travaux continuèrent, et une sorte dVntente sembla régner celte fois entre les parties si souvent belligérantes. Le 16 mars 1695, la communauté qui avait des charges extraordinaires (2) envoya des députés aux Jésuites pour obtenir une surséance de deux ans au paiement des 3,200 livres annuelles. Ces derniers y consentirent avec empressement, ce qui leur valut les plus vives félicitations du marquis de Nointel, consçiller du roi, etc., commissaire départi par S. M. pour l'exécution de ses ordres é\i Bretagne. Malgré ces sacrifices si souvent renouvelés et

(1) Fuir, pièces justificatives^ no 11.

(2) Elle devait payer 8,400 livres et deux sous par livre pour les charges de colonel, major, capitaine -et lieulenunts des compagnies de bourgeois réunies au corps de la communaulé, par arrêt du conseil du 14 septembre 1694, plus 3,000 livres et deux sous par livre pour la charge de contrôleur des deniers d^octroi, aussi réunie à la communauté par arrêt du 14 décembre 1694.

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imposés, en 1700 (I) Tcglise n'était ni voûtée, ni pavée: il n'y avait ni vitres, ni portes, ni autels, ni chaire, ni tabernacles, ni confessionnaux, etc. Il est à croire que tout s'arrangea pour le mieux (2), car l'église achevée, meublée et ornée fut inaugurée le I" décembre 1747 et la dédicace en eut lieu quelques jours après. Il restait encore à faire les petites voûtes des galeries. Elles furent terminées en 1748, comme on peut le voir à la date que porte la clef de voûte de l'une des galeries du sud. Cette construction avait énormément coûté à la ville et les jésuites n'en devaient pas jouir longtemps. Toutefois ils félicitèrent la communauté (3) « d'avoir élevé au Seigneur « un temple ^ussi magnifique et sans rien outrer le plus « beau de la province. » On oubliait les anciennes querelles, et on faisait preuve d'un goût plus que douteux en architecture, bien que cette église ne soit pas sans valeur (4). (Elle est sur le plan de l'église du noviciat des jésuites à Paris.)

(i) Procès- verbal fait \o 28 sep I ombre par François de la Pierre, seigneur de Talhouët, etc.

(2) Peut-être est ce pour payer les travaux ultérieurs que les jésuites empruntèrent 20,000 livres de M. André-Pierre Auvray, écuyer, conseiller secrétaire du roi, etc., représenté par Me Galliot Mandat, conseiller du roi, à Paris, le 30 juin 1720. Cet emprunt, destiné a couvrir les anciennes dettes du collège, était remboursable en quarante paiements égaux annuels de 500 livres. Le dernier paiemeiit eut lieu le 25 décembre 1760.

(3) Foir, pièces justificatives, m 12.

(4) J'oubliais de vous parler de la belle église du collège ; la façade en est simple; elle est formée de quatre pilastres d'ordre toscan, surnïonlés de pilastres d'ordre ionique ; l'intérieur de ce temple, de la plus grande simplicité, n'a de remarquable que ses cornicbes d'ua grand style et la voûte principale en pierre de taille, ouverte dans. la partie la plus élevée, comme le Panthéon, formée de cercles réguliers dont la coupe plait à rœil, en prouvant le talent de l'architecte qui l'a combinée.

Canibry : Catalogue des, objets échappés du vandalisme dans le Finistère, an 3, page 24.

Elle était, je crois, sous le vocçible de Saint-Ignace. On peut encore distinguer sur la grande porte de l'ouest celte inscription à demi-effacée :

Sto IGNATIO

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