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dignité épiscopale ? Qui dira les déchirements et les combats de cette lutte suprême entre la conscience d’un devoir imposé par les supérieurs, et la perspectivé d'un fardeau qu'il ne croyait pas pouvoir porter ! [La croix fut acceptée et le sacre fut fixé au 25 février suivant. L'expression de la joie publique trouva un écho fidèle dans presque tous les journaux du pays, lesquels, en annonçant cette bonne nouvelle, publièrent des notices biographiques toutes plus élogieuses les unes que les autres.
Les fètes de la consécration de Mgr. Laflèche furent vraiment grandioses, et'laissèrent dans l'âme de tous ceux qui en furent les témoins d'impérissables souvenirs. Il y avait alors à la cure des Trois-Rivières un homme fort habile dans l’organisation de démonstrations de tout genre, et qui, payant toujours de sa bourse et de sa personne, avait le talent de soulever l'enthousiasme, mieux que cela, de porter invinciblement à l’action ; j'ai nommé monsieur l'abbé C. F1. Baillargeon. Tout d’abord il voulut procurer au nouvel évéque un trousseau digne de sa brillante renommée, et digne en même temps de la haute dignité de l’épiscopat. Les diverses associations, les communautés, les parents et les amis, tous rivalisèrent de zèle et de générosité, les dons furent d’une beauté et d’une magnificence quasi-royale. Ensuite, la réception des évèques et du clergé diocésain et étranger aurait été tout à fait digne de la circonstance, n’eut été le malencontreux contretemps causé par le retard du train spécial amenant les illustres voyageurs de la station d’Arthabaska, le dimanche après-midi.
Le pont de glace était formé depuis quelque temps vis-àvis le haut de la ville, en sorte qu'il y avait entre celle-ci et la station du sud une traverse un pen longue mais passablement sûre. Un grand nombre de citoyens, ayant la musique du Collège en tête, s'étaient donné rendez-vous à la gare pour y attendre l’arrivée du train. Mais celui-ci retardant beaucoup, plusieurs prirent le parti de s’en revenir, pour ne pas se laisser surprendre par les ombres de la nuit, au milieu d’une tempète de nord-est qui brisait continuellement la glace. Quand
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le train rentra en gare vers cinq heures et demie, il y restait comparativement peu de monde, et les nouvelles que l'on donna aux voyageurs relativement à la longueur et aux dangers du chemin sur la glace, en déterminèrent quelques-uns à prendre les canots. Ceux qui redoutaient trop cette navigation, préférèrent prendre les voitures, au risque de faire un détour de six à sept milles, pourvu qu'on les conduisit sûrement aux Trois-Rivières.
Donc les quelques cinquante équipages qui se trouvaient à la gare à l'arrivée du train se divisèrent en trois groupes : les uns, en petit nombre, se hâtant vers les canots, les autres suivant avec de grands risques les sinuosités dangereuses de la mare; d'autres en plus grand nombre, allant croiser le fleuve à trois milles plus haut. Il était près de neuf heures quand tout le monde fut rentré en ville. Or, si l'on veut bien ne pas oublier que le vent du nord-est soulevait une épouvantable poudrerie, on se fera une idée des désagréments de cette promenade, en particulier pour nos musiciens qui arrivèrent au Collège transis de froid, et non sans avoir subi de sérieux accidents. (a)
Mais on ne fut que mieux préparé à prendre un sommeil réparateur, propre à disposer aux nouvelles fatigues du lendemain.
La messe de consécration fut chantée à neuf heures par Mer Baillargeon, Evèque de Tloa, assisté de son grand vicai re, M. Cazeau, de M. le grand vicaire Thomas Caron et de M. Martineau, curé de St-Charles, de M. H. Suzor, curé de Nt- Christophe et de M.J. B. Chrétien, curé de Ste-Flore. Les évêques assistants du nouvel élu étaient Mgr,Linch de Toronto et Mgr C. Larocque de Nt-Hyacinthe. En outre, nos selgneurs Horan de Kingston et Cooke des Trois-Rivières assistaient parés au chœur, que remplissaient plus de 150 membres du clergé diocésain et étranger.
(a) Alphonse n'a pas oublié sa funeuse versade dans laquelle sa contre-basse eut tant à souffrir! Car comme il avait roulé de toute sa pesanteur, du haut en bas d'un énorme banc de neige, avec sa contre-basse dans les bras, il ne faut pas demander si celle-ci s'est relevée aplatie et défigurée !
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La cathédrale était ornée avec beaucoup de goût, et une remarquable inscription se détachait sur de magnifiques draperies au dessus du grand arc-doubleau qui sépare l'autel du sanctuaire : % Délectus Deo et hominibus. ” Cette inscription fournit à l’orateur du jour, Monsieur le grand vicaire C. O. Caron, un thème magnifique à exploiter et il sut le faire avec uu rare bonheur. La péroraison de ce remarquable discours fut d'une grande sublimité et d'une haute éloquence, et elle laissa sous le coup de l'émotion la plus vive l'immense auditoire qui encombrait la cathédrale.
Le chant et la musique furent en harmonie avec la grandeur du jour, et contribuèrent pour beaucoup à donner de l'éclat à cette importante solennité. Le chœur des élèves, aidé du concours de quelques anciens confrères, exécuta en particulier avec succès à l’offertoire le grand et diflicile morceau de Lambillotie qui a pour titre : © cor amoris victima.
Après la messe, il y eut. à l’évêèché, adresse des citoyens des Trois-Rivières, par Son Honneur le Maire, adresse de l'Union Nt-Joseph par son président, M. À. Dubord, adresse du Barreau par le bâtonnier, M. A. D. Bondy. À chacune de ces adresses, Monseigneur répondit avec beaucoup de tact et une éloquente émotion.
Le dîner se prit dans la grande salle de l'école des Frères. Plus de 160 convives assistaient à ce banquet de fête qui eut aussi ses petits incidents. Vers Ja fin du dîner, une députation des élèves des bons Frères vint présenter une jolie adresse à laquelle Mgr répondit avec le même bonheur que d’habitude. Puis, il remercia en termes très affectueux Mor l’évêque consécrateur, les prélats étrangers et tout le clergé qui était venu en foule à son sacre, malgré les difficultés et les inconvénients du voyage à cette saison.
Mgr de St-Hyacinthe se levant alors, dit : *‘ Monseigneur, ‘en venant assister à votre sacre, nous n'avons pas eu de “souffrances à éprouver, car les choses avaient été trop bien “faites pour cela; mais, Mgr, eussions-nous eu quelques dif- ‘“ ficultés, quelques souffrances, nous aurions passé facilement
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“à travers ces épreuves, vu qu'en nous rendant à votre consé- “ cration épiscopale, nous assistions à une céréinonie qui nous “ donnait pour confrère un prétre aussi distingué par ses “ vertus que par ses talents brillants.”
Ces paroles qui interprétaient si bien les sentiments de toute l'assistance furent saluées par des applaudissements prolongés. Il est, en eflet, remarquable de constater combien le sentiment public applaudissait à l'élévation de M Lafltè:he à la dignité épiscopale.
“ Le Journal des Trois-Rivières, ” dans son compte-rendu de la cérémonie du sacre, s'exprime ainsi: “On avait hâte *“ d'arriver à ce Jour, parce qu'il devait nous apporter la réali- * sation des vœux les plus ardents des citoyens de cette ville, “des habitants de ce diocèse, et de tous les catholiques du “pays. Carle désir de voir le nouvel évèque revêtu de la *“ dignité épiscopale ne se bornaïit pas à cette ville ni au dio- ‘ vèse, mais à tout le pays. C’est ce que nous disait en effut “bien éloquemment la nombreuse et imposante réunion Mer ue
Après avoir fait le tableau de cette magnifique réunion de prélats, de notabilités du clergé et du peuple, il ajoute : * Ah! c'est que l'élévation de Mgr Latlèche à la dignité épis- “ copale était plus qu'un fait particulier à cette ville et à ce * diocèse, c'était un événement d’un intérêt général, un événe- “ment dont le retentissement devait s'étendre à tout le GA: 0 MSA
Dans l'adresse de l'Union St-Joseph se retrouve la même idée exprimée sous une autre forme : “ En acceptant la charge * de l’épiscopat, vous avez fait plus que vous rendre aux dé- ‘ sirs de vos supérieurs ecclésiastiques, vous avez comblé les ‘vœux des catholiques non pas seulement de ce diocèse, mais “ du pays tout entier. Une telle unanimité devra, nous l’es- “ pérons, contribuer à alléger le fardeau qui vient de vous * être imposé.”
La première visite de Na Grandeur, après le splendide banquet qui suivit la cérémonie du matin, fut pour les direc-
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teurs et pour les élèves du Collège des Trois-Rivières. La salle de réception avait été décorée avec soin, les élèves avaient revêtu leurs uniformes militaires et avaient, musique en tête, salué l'illustre visiteur par des salves répétées. L'adresse de circonstance fut présentée par M. N. Martel, élève de Philosophie. En voici quelques extraits : andre ‘ C’est surtout dans ces temps malheureux où l'impiété se dresse partout menaçante, qu'il nous faut des chefs courageux et forts, prudents et expérimentés dans la lutte.”
“ Qu'il nous soit permis de le dire, Monseigneur, vous réunissez ces précieuses qualités, et en vous nommant à l’épiscopat, l'on n’a fait qu'agrandir votre sphère d'action, utiliser plus amplement vos lumières et vos vertus, et fournir de nouveaux aliments à votre zèle.”
“ Nous le comprenons, si l'épiscopat est un honneur, il est aussi un fardeau. Votre Grandeur a pu hésiter en face de cette immense responsabilité, mais la volonté de Dieu s'était fait connaître, vous nous avez donné l'exemple d’une grande obéissance.”
“L'huile sainte a coulé sur votre front, vous avez été oint au nom du Seigneur et la gloire du sacerdoce 2 été couronnée en vous par une autre gloire qui la revêt d'un éclat
ineffable. ? -
* Désormais, Monseigneur, vous serez le père des fidèles. Mais la sollicitude d’un père s'étend particulièrement sur ses plus jeunes enfants : nous osons donc. Mgr, réclamer pour nous une large part de votre sollicitude et de votre protec- (2 FRA TSE
Dans sa réponse, Sa Grandeur saisissant cette dernière pensée, la commenta longuement et déclara qu'elle étendrait davantage ses attentions" sur la jeunesse, mais surtout sur la
jeunesse de nos collèges que la Divine Providence destine à
des positions si importantes et si délicates. Puis elle recommanda aux élèves d'être bien dociles aux enseignements qu'on s’efforçait de leur inculquer pendant leurs années de collège, afin de devenir plus tard de véritables défenseurs
Vs
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