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Rivières. Il faut croire que ceux-ci avaient bien mérité de leurs supérieurs, pour obtenir presque sans difficultés, cette faveur extraordinaire sur laquelle ils n'osaient plus compter, après les abus qui s'étaient introduits, les années précédentes Quelques indiscrets répandirent le bruit que si la vacance {ut accordée, ce ne fut pas tant pour récompenser les élèves de leur bonne conduite, que pour donner quelques jours de repos aux professeurs,
Dans tous les cas, cette fois, ce furent les éléments qui vinrent parler contre l'octroi de ce congé et rendre la bonne volonté d'un grand nombre absolument stérile, Les vents déchainés et une affreuse tempête de neige rendirent le retour pou : l'heure marqué» physiquemen t impossible. ,
Ce fut au point que M. le directeur se crut obligé de faire ses plus chaleureuses félicitations aux élèves un peu éloignés qui rentrèrent à temps; car pour ceux dont les parents demeuraient en dehors des limites de la paroisse des Trois-Rivières, 11 fallait un courage vraiment héroïque pour tenter de revenir au jour fixé et le petit nombre de ceux qui eurent ce courage, durent prendre plusieurs heures pour parcourir les neuf ou dix milles qui les séparaient de la ville. Ce ne fut que cinq ou six jours plus tard que les élèves les plus éloignés purent enfin revenir, non sans de graves diflicultés à cause du mauvais état des chemins. En attendant, les classes subissaient des dérangements considérables, et l'ordre de la communauté était gravement troublé, au grand chagrin des directeurs qui, bien qu'ils fussent favorables aux vacances du jour de l’an, durent cependant prendre la ferme résolution de ne plus l’accorder, après la nouvelle expérience qu'ils venaient de faire des inconvénients et des désordres qui s'y glissent nécessairement.
Depuis quelques semaines l’opirion publique au Canada et ailleurs, dans tout le monde catholique, était entièrement préoccupée du mouvement des zouaves et de la défense du trône pontifical.
Déjà, dans les journées de Mentana et de Monte-Rotundo, LP
3 et 4 novembre 1867, la petite armée pontificale s'était mosurée avec les forces cinq fois plus nombreuses ac Garibaldi, et avait repoussé victorieusement les envahisseurs La Canada catholiqu?, représenté dans ces héroïques combats par deux de ses enfants, s'émut lui aussi en apprenant les attentats commis contre le domaine de St-Pierre; et le sang canadien qui avait coulé sous les murs de Mentana appelait des vengeurs, qui se levèrent aussitôt, nombreux et déterminés Quelques-uns mêmes s'élancèrent immédiatement sur la route de Rome et voulurent devancer l'organisation du premier corps régulier qu'un Comité spécial formé à Montréal, sous l'inspiration du grand évéque Bourget, travaillait à mettre sur pied. Cette avant-garde de nos braves était composée de MM. AI Prendergast, Gédéon Desilets et Gaspard Haineault.
Bientôt le noble eri des antiques croisés : Dieu le veut! Dieu le veut! retentit par tout le Canada. Les rives du grand fleuve le redirent aux échos des montagnes, et une jeunesse pleine d'enthousiasme et de courage se leva de toutes parts pour répondre à ce religieux et patriotique appel. Pas une ville, pas un village, pas une institution, pas une famille qui n'eut voulu avoir un représentant parmi ces nouveaux croi-
ses.
Le Collège des Trois-Rivières finit par y compter une douzaime de ses élèves, tant anciens que nouveaux ; Epiphane Dusseault, Edouard Brunel, Napoléon Beaulieu, Adélard Loranger, Louis (rarceau, Ernest Noel de Tilly, Elie Lemire. Nap. Desaulniers, Eugène Gervais, Télesphore Gervais, Narcisse Grenier, Joseph Panneton, etc. ete.
Cependant ce n’était pas tout de trouver des soldats ; le plus difficile était de défrayer leurs dépenses de voyage et de trouver les ressources nécessaires pour les faire arriver jusqu'à Rome, à dix-huit cents Heucs du pays. Les fortunes des familles, en effet, s'accommodaient mal aux élans de courage et de dé vouement de leurs enfants ; et, si ce n'eut été la foi vive du peuple et la charité des bonnes âmes dévouées au St-Niège. une dizaine de nos zouaves à peine eussent pu ajouter au sa-
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oilice de leur sang et de leur vie celui d’une partie de leur fortune pour solder leurs dépenses de voyage. Mais d'un autre côté, si l'argent eut été plus abondant et n'eut pas fait si souvent défaut, le Canada eut pu doubler, tripler et quadrupler le nombre de soldats qu'il a envoyés à la défense de N.T.S. P. le pape.
Toutefois la ville des Trois-Rivières et son collège, malgré leur pauvreté, voulurent fournir leur contingent pour le premier détachement. MM. James Barnard, Epiphane Dusseault et Edouard Brunel avaient été des premiers à offrir leurs bras et à solliciter fa faveur d'aller se battre pour le pape. Le départ de ces trois trifluviens eut lieu le vendredi, 14 février, et donna lieu à une magnifique démonstration dont les principales étapes furent les adieux aux confrères du Collèæe, la bénédiction solennelle des soldats par l'évêque, à l’église paroissiale, puis la procession triomphale avec fanfare, ban: nières ete., qui les accompagna jusqu'à la station Doucet.
Il me semble que mes lecteurs me sauront,gré de donner ici quelques extraits de la jolie adresse qui fut présentée aux deux zouaves du Collège, par leur confrère M. Ep. Nobert.
“ Mes bons amis. ” “Dans un instant vous allez nous “quitter... laissez-nous done vous présenter nos souhaits,
“ Jaissez-nous vous adresser nos adieux ” !
* Ningulier privilège de cette séparation, elle nous com- * bl: à la fois et de tristesse et de joie. Vous brisez, en effet, “les liens qui nous unissaient à vous; mais aussi, par le plis “ vénéreux de tous les sacrifices, vous vous dévouez au salut ‘d'une cause qui nous est plus chère que la vie. ?
“ Nous vous bénissons de tant de générosité et les dé- ‘monstrations dont vous êtes en ce moment l’objet, prouvent ‘que nous ne sommes pas les seuls à vous bénir. ”
“ Des plages lointaines de l'Italie, une voix puissante
“s'est fait entendre et l'univers s’est ému... Les nations
catholiques ont tressailli et le dix-neuvième siècle a vu se
“renouveler le siècle des croisades. Vous aussi, mes amis,
“ vous l'avez entendu cette grande voix qui domine le monde “et vous avez dit: nous irons à Rome, à Rome l'Eternelle ee “ et nous offrirons à Dieu, au Christ, à son Eglise, nos cœurs
et nos bras.”
“ Dieu le veut ! Dieu le veut ! disaient les croisés et ils ‘allaient à Jérusalem défendre le tombeau du Sauveur. Dieu “Je veut ! répétez-vous après eux, et vous volez à Rome pour “ sauvegarder et maintenir le règne du Christ. ”
pit ‘“ Qui done ose porter sur le trône de Pierre une main
“ sacrilège ? Les empereurs romains ont immolé des millions
‘de martyrs |... les musulmans ont envahi et souillé les
“ Lieux-Naints !.. ; mais ce n'est pas contre l’islamisme, ni
“contre les empereurs romains que vous devrez diriger la
‘ force de vos armes, c’est contre des enfants que l’église à
“ nourris, élevés, environnés de mille rayons de Jumieres,
“ Ces enfants ingrats se sont tournés contre leur mère ; ils
* veulent lui ravir son diadème, la dépouiller de son man-
“ teau royal, s’en partager les lambeaux et livrer le monde au
‘joug de fer de la raison.
‘# Non, une telle flétrissure ne sera pas imposée à l’huma- Ut “nité ! Partez, fils du Canada ; fils des croisés, partez ! tout de “vous y sollicite, votre foi, votre amour, votre nom, votre C0 “origine. Allez humilier l’orgueil de l’impie ; qu’il appren- r'es ‘ne à trembler devant vous, comme autrefois le musulman fes
* trembla devant les * fils de la Croix.” Et si votre sang “ coule pour cette cause, si Dieu agrée ce sacrilice, que votre : | “ sang soit comme une semence de nouveaux défenseurs... fl |} “ Mais déjà le temps presse, il faut nous dire un dernier co! | “adieu. La tristesse saisit notre cœur, le vide s'opère dans Tri “notre âme. Il vous faut partir, partir pour aller brave rie “ mille dangers, envisager de près la mort pour la gloire du tri Christ et le salut du monde. Que Dieu vous récompense de ve : “ ce sublime dévouement, qu'il vous comble de ses faveurs liq y ! “et de ses bénédictions, et qu'il vous accorde toujours le cou- me “ rage qui vous est nécessaire. pié du
* Du courage !.. oh oui ! il vous en faut du courage !...…
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“ Quitter un père, quitter une mère, quitter des amis, quitter “Ja patrie. Ah !comme tout cela tient au cœur par des liens ‘secrets et puissants ! Aujourd'hui, nous pouvons le dire, ‘vous avez vaincu la nature, c'est votre foi qui triomphe.
“ Adieu ! adicu ! généreux confrères, accomplissez jus- ‘qu'à la fin votre sublime sacrifice, ?........ or
* Allez à Rome, bien-aimés confrères, nous vous accompa- ‘#nons de nos souhaits et de nos vœux. Allez représenter la ‘nationalité canadienne française dans ce grand conflit que ‘J'enfer Jivre aux enfants de Dieu. Kous Iles regards de ‘l'Église et sous l'étendard de la France, vous devrez sentir ‘votre courage s'affermir, vous devrez combattre avec ardeur, ‘ combattre et mourir en héros. ”
Je voudrais pouvoir donner aussi la réponse pleine de loi et de courage que M. E. Duasseault fit à cette touchante adresse. On y verrait comment un soldat chrétien sait allier, dans son cœur les sentiments de la piété filiale envers ses parents et ses directeurs, l'affection la plus sincère envers ses amis, avec le dévouement dû à l'église et à son chef. Qu'il me suflise de dire que toute cette scène avait quelque chose de profondément impressionnant, et, n'eut été un chant de circonstance qui couronna cette démonstration, les larmes seraient restées la dernière formule des adieux des directeurs, des professeurs et des élèves.
Les générations futures qui liront l’histoire des zouaves canadiens auront bien de [a peine à croire à tout ce qu'il a fallu d'abnégation, de dévouement et de sacrifices à nos jeunes compatriotes pour aller s'enrôler sous la bannière de Notre Très Saint Père le Pape ; et surtout elles ne comprendront rlen aux démonstrations extraordinaires, aux acelamations tiomphales qui ont signalé leur départ et leur passage à travers les Etats-Unis et la France ; et par lesquelles les catholiques de ces pays voulaient protester de leur sincère attachement à leur mère, la Sainte Eglise, de leur amour et de leur piété filiale envers le chef de cette église, le Saint Vieillard du Vatican.
Non contents d'envoyer quelques-uns de leur confreres à Rome, les élèves du Collège voulurent pourvoir en partie aux frais de leur voyage. À cet ellet, 1ls organiserent deux grandes soirées dramatiques et musicales qu'ils donnèrent dans là salle du Collège, le 18 et le 19 mars, à l'occasion de la fête de M. le supérieur. Voici comment le ‘“ Journal des Trois Rivières ” rend compte de ces soirées :
‘“ Les deux séances dramatiques et musicales données par les élèves du Collège des Trois-Rivières, au bénéfice des zouxves pontilicaux, ont pleinement réussi. La salle était remplie à chaque soirée d'un auditoire d'élite qui a pris le plus vif intérèt aux drames que l’on a exécutés. On y remarquait Na Grandeur Mgr d'Anthédon, Mr le grand vicaire €. O. Caron. Mr N. Hléroux curé de Ste-Victoire, les prêtres de l'évêché. Non Honneur le maire Sév. Dumoulin et plusieurs des prineipaux citoyens de la ville.”
‘“ Après l'exécution d’un magnifique morceau par la bande du Collège, on à chanté une ode en l'honneur de M.J.E Panneton, supérieur de la maison dont on célébrait la fête. ”
# M. C. Milot est venu ensuite raconter l'hisoire de Bonuparte. Il a remporté un plein succès. L'auditoire a bien ri et l'a fréquemment applaudi Le drame “ Les jeunes Captifs” a été joué avec beaucoup de perfection. M. R. Cooke qui remplissait le rôle de Rodoljo, chef des brigands, s’en est habilement acquitté. Il y avait de la terreur dans sa voix, dans sa figure, dans son maintien, dans tous ses mouvements Pietro son eutenant, représenté par M. F. X. Cloutier a été bien rendu. Energique quand ii le fallait, doux et humain quand sa pensée se reportait sur le malheureux sort des jeunes captifs, M. Cloutier subissait ces impressions contraires sans aucune difficulté, avec beaucoup de naturel. ”
“ MM. A. Olivier et G. Pager se sont, eux aussi, acquittés de leur rôle avec beaucoup d’habilité. Les jeunes captifs Frédéric et Alfred joués par MM. L. St-Arnaud et C. Valentine, ont fait verser des larmes. Il était difficile de représenter avec plus de candeur et d’une manière plus touchante ces
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deux jeunes enfants, enfermés dans une sombre caverne et suppliant à genoux Pietro de leur rendre la liberté.”
“La chasse aux ‘sards chantée par un grand chœur à été bien œoûtée MM. Mar:hand et OÙ Navoie ont été applaudis dans l'exécution de leur duo. ”
M. L. St-Arnaud a été admiré dans * Les adieux du jeune martyr." La comédie * Le marquis de Carabas à eu un succès non moins grand que la tragédie * Des jeunes caplifs." M. C. Milot qui remplissait Le principal role de ce drame, a eu ovcasion d'y faire briller tout son talent. MM. Xav. Baril, J. Jacques, À. Olivier, R. Cooke, F. X. Cloutier, Ed Grenier et G. Pager ont représenté leurs personnages avec braucoup de naturel. Ce drame à très bien amusé l'auditoire. ?
“M. Ph. Désilets a été applaudi à différentes reprises dans la chanson comique qu'il à donnée avee beaucoup d’'ai- LE] sance.
“Le chant “La retrale des montagnards” à été exécuté avec beaucoup d'ensemble, beaucoup d'harmonie et a dignement couronné cette agréable séance qui à pleinement satisfait l'auditoire.
* La fanfare du Collège à joué pendant la soirée plusieurs airs avec un succès qui à étonné bien des connaisseurs.”
Les recettes se sont élevées à S100, nous dit-on.”
Huit jours après le départ des zouaves, quelques amis du Collège et plusieurs anciens élèves donnèrent un grand concert au palais de justice, au prolit de l'institution. Le succes artisique de nos amis fut complet et la recette, qui avait atteint le chiffre de $225 piastres, parut si magnilique aux directeurs du Collège qu'ils crurent de leur devoir d’en remercier publiquement les citoyens des Trois-Rivières.
Le premier avril, dans la grande salle de l’école des Frères, au profit de l'œuvre des zouaves pontificaux, il y eut une autre soirée dramatique et musicale qui fut tout à la fois l'écho du concert donné au palais de justice et des séances données au Collège.
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Le trois mai, les élèves du Collège avaient à enrégistre la mort d'un ancien confrère, Victor Girard, qui était enlevé au printemps de Ja vie par une maladie de quelques jours seulement.