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de l'opposition qu'elles rencontrèrent chez les Messieurs de Nicolet, dont plusieurs étaient assez favorables à la mesure, qu'à cause du prix trop considérable qu'ils demandèrent pour leur établissement. Ceux qui étaient tout à fait opposés au projet de l’évêque, avouèrent que ce moyen avait été employé intentionnellement pour rejeter, d’une manière honnête, les propositions du gouvernement, et cela n’est probablement pas loin de l’exacte vérité. Dans tous les cas, Mgr d’Anthédon fut extrêmement contrarié de cet échec, mais il ne perdit pas entièrement l'espoir que des circonstances ultérieures plus favorables ne donnassent une autre solution à cette affaire qu'il regardait comme capitale pour l'intérêt mème du Séminaire de Nicolet,
Pendant que Mgr Laflèche travaillait au transfert de la maison de Nicolet, trois autres affaires, intéressant au plus haut degré le Collège des Trois-Rivières, se traitaient en même temps.
Monsieur Baillargeon, ainsi qu'il l'avait promis à ses collègues de la corporation, s'était mis à l’œuvre pour recueillir la somme nécessaire pour payer la ferme ‘ Barnard.”” TI] avait rencontré la bonne volonté la plus admirable chez tous les citoyens de la ville et de la banlieue des Trois-Rivières. Plusieurs avaient souscrit $100 piastres, un plus grand nombre $50, les moins fortunés 25-20-15 ; tous avaient donné généreusement et suivant leurs moyens. ÂAu mois de mars, la souscription avait atteint le chiffre de 8,864 piastres ; il ne manquait que 2 piastres pour couvrir le prix d'achat de la propriété. Non contents de souscrire généreusement, les citoyens s’empressèrent de solder le montant de leur souscription, et le 18 mars, jour où il fallait déposer à la cour le montant du prix d'achat, pour l'entrée de la demande de jugement en ratification de titre, M. Baillargeon avait en main 3175 piastres et s’il lui manquait encore quelque chose, il failait uniquement l’attribuer à la rigueur des temps et à l'extrême rareté de l'argent. Mais n'est-il pas admirable et vraiment merveilleux de voir une petite ville comme ‘ L»s Trois-Rivières, où les fortunes parmi les catholiques sont si
rares et généralement si petites, donner à une institution qu'elle a, il est vrai, bien des raisons d'aimer et de protéger, la somme énorme de trois mille et quelques cents piastres ! Et cela, quand il y a à peine deux ans, elle votait à la même institution par son Conseil de ville, l'octroi de deux autres milliers de piastres ! Ces chiffres sont assez éloquents par euxmêmes etils crient bien haut. Honneur aux citoyens des Trois-Rivières !
Mais la Divine Providence s'est elle-même chargée de payer aux bienfaiteurs du Collège, la dette de reconnaissance de ce dernier, en répandant depuis ce temps ses, bénédictions sur la ville et surtout, sur les familles qui avaient le plus libéralement donné. C’est depuis cette époque surtout que l'on vit l’aisance et la richesse qui jusque-là semblaient avoir été monopolisées par les anglais, passer des mains de ces derniers dans celles de plusieurs familles canadiennes-françaises
La seconde affaire dans laquelle les plus grands intérêts du Collège se trouvaient en jeu, était justement notre instance à la cour en demande de ratification du titre de notre nouvelle
propriété. Cette affaire rencontrait des difficultés telles que l'on eut lieu de craindre pendant quelque temps qu'elles n’amenassent la résiliation de notre contrat, et ne vinssent à nous priver des droits acquis sur le fameux Longchamp.
En effet, cette propriété se trouvait grevée d’hypothèques de toutes sortes et pour un montant de mille et quelques cents piastres de plus que notre prix d'achat. Aïnsi pour ne parler que des plus intéressés : Madame Barnard avait un douaire de 500 piastres, les Dames Ursulines un constitut de $#800.00, Dame N. Turcotte un constitut de $416.00, la compaguie de prêt (Trust & Loan) une obligation de #3000.00 etc. Or, c'était précisément pour se libérer de cette dernière dette que la famille Barnard avait vendu cette propriété. Malheureusement l'obligation de la Trust & Loan venait la dernière et ne se trouvait couverte que d’un peu plus de la moitié par la balance du prix de vente. Madame Barnard aurait consenti à transporter son douaire sur les
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autres propriétés de la famille, à la condition que les Dames Ursulines en fissent autant pour leur constitut ; mais cellescine voulaient pas renoncer à leurs droits sur la propriété vendue.
L'affaire avait été entrée en cour le 13 mars. Celle-ci nomma des arbitres-experts qui donnèrent leur estimation le 6 avril pour le montant de $3200.00; c'était $200 de moins que le prix du contrat. Alors la compagnie “ Trust and Loan ” se déclara satisfaite du prix de vente, et consentit à transporter le reste de son hypothèque sur les autres propriétés de M. Barnard.
Le jugement de distribution des fonds et de ratification de titre fut rendu le 12 avril. Il fut alloué $2,200 à la * Trust 4: Loan” (Mme Barnard ayant renoncé à son douaire en faveur de la compagnie) $800 aux dames Ursulines, et le reste, $416, à Dme N. Turcotte qui reçut immédiatement la somme de $141 en argent comptant; le reste, $275, lui fut payé par un billet de la corporation du Collège, portant intérêt de six pour cent, en attendant que Monsieur le curé des Trois-Rivières put faire rentrer la balance de la souscription.
Monsieur C. B. Genest, avocat de cette ville, avait été chargé par la corporation du Collège, de conduire toute cette délicate affaire, et il s'acquitta de sa tâche avec un soin extrême et une grande habilité qui lui fit beaucoup d'honneur. Si donc le Collège est aujourd’hui paisible possesseur d’une magnifique propriété. il le doit en partie à ce Monsieur qui, du reste, se montra dévoué et généreux jusqu’au bout, en donnant gratuitement ses services dans cette cause si importante et si grosse de conséquence pour le Collège Aussi celuiel garda-t-il à M. Genest une profonde reconnaissance qu'il associe à celle plus grande encore qu'il doit à M. Baïllargeon, reconnu pour avoir été l’âme et la main dans toute cette affaire. »
Comme commentaire des faits ci-dessus, je me contente de citer Mr Panneton: ‘Les nouvelles que vous me donnez “de la ferme sont des plus réjouissantes et vous concevez
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“ sans doute combien j'y suis sensible, Ce n'est pour moi “rien de moins que la réalisation d'un beau rêve que j'avais “ formé un jour. Toutefois ce rêve n’est accompli qu’en partie, ‘il n'aura son entière réalisation que lorsque nes yeux con- ‘templeront un magnifique collège élevé sur la propriété ‘acquise... Mr Baillargeon aura bien mérité de la patrie ‘ dans cette affaire. Les sacrifices personnels qu'il a faits, le ‘zèle qu'il a déployé dans la collecte de la souscription ‘ devront lui valoir à jamais la reconnaissance des citoyens ‘et des diocésains les plus intéressés à l'existence du Col- ‘‘ lèg'e. ”
Enfin la troisième affaire qui intéressait si gravement l'institution se traitait entre Mr Richard et Mr Nuzor, et il ne s'agissait de rien moins que d’amener ce dernier au Collège, comme supérieur et directeur des ecclésiastiques. Déjà, quelques mois auparavant, Mgr Laflèche avait fait entendre à Mr Richard que Mr Suzor n'aurait peut-être pas beaucoup d’objections à accepter une position dans le Collège, et il avait été fait à ce, monsieur des propositions qui n'avaient pas été absolument rejetées. En effet, Mr le curé de St-Christophe éprouvait dans l’administration de sa paroisse des déboires et des contretemps qui le-fatiguaient beaucoup et qui le dégoûtaient du saint ministère. Il avait entrepris le voyage de Rome pour se distraire et se reposer. À son retour, les sympathies particulières qu’il témoigna au Collège furent remarquées de tout le monde, et personne ne fut surpris quand plus tard on apprit qu'il s'agissait sérieusement de sa nomi-
nation comme un des directeurs de la maison. 1 eut plusieurs lettres échangées à ce sujet en s et Mr Richard. Mr Suzor fit même une visite spé aux Trois Ibivières
pour les mêmes fins. L'affaire paraissst toucher à une solution prochaine et favorable ; mais les retards apportés à son règlement définitif par les communications que Mr Richard dut faire à Mr Panneton sur le sujet avant de rien régler, el les difficultés que Mr Suzor rencontra de son côté pour s’arracher à sa paroisse, traînèrent les négociations en langueur, et
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finirent par amener un dénouement tout autre que celui que Mr Panneton et les emis du Collège avaient espéré.
Vers le même temps, 14 mars, Mgr d'Anthédon, se rendant aux légitimes instances de Mr Richard, conféra l’ordre de. la prêtrise à Mr Napoléon Caron qui continua son enseignement aux élèves de Philosophie, tout en rendant de nombreux services à Mr le directeur.
VII—JUBILÉ SACERDOTAL DE PIE IX ET NOMINATION DE M@R D'ANTHÉDON À L'ADMINISTRATION DU DIOCÈSE.
Le onze avril fut un jour de fête pour toute la catholicité qui célébrait ce jour-là, dans l’allégresse et la reconnaissance, le jubilé sacerdotal de Pie IX. Ce fut aussi en particulier la date d'un heureux événement pour l’église triflavienne, puisque le digne évêque des Trois-Rivières appelait ce jour-là, Mer d'Anthédon à l'administration du diocèse.
Disons un mot de l'écho que les noces d’or de Pie IX eurent au Collège. Le soir, il y eut sance littéraire et musicale dans la salle de récréation qu'on avait magnifiquement décorée pour la circonstance. Sur le fond du mur se détachait en lettres d'or, l'inscription : ‘ Vivat Papa Noster.” Plus bas l'on avait suspendu un globe surmonté de la tiare et des clefs, pour indiquer que le catholicisme et la papauté dominent le monde. Assistaient à cette séance, Sa Grandeur Mer l'Administrateur et tous les prêtres de l'évêché, MM. G. Badeaux président de la corporation, E. Gérin, P. E. Panneton, Ph. Gravel et quelques anciens élèves.
M. E. Grenier, élève en philosophie, qui avait été chargé des frais de cette séance, lut une intéressante biographie de Pie IX. Son travail, fruit de beaucoup de recherches, fut bien goûté de l'auditoire. Après cette lecture, Mgr Laflèche adressa quelques mots à l’assemblée, fit allusion au prochain
concile général dans lequel il croyait voir la brise rafraîchis- :
sante qui chasserait à jamais les tempêtes du règne si tour-
menté de l’immortel pontife ; il finit en exhortant les élèves à
sappliquer à l'étude de la religion et de l’histoire de l'Eglise.
Plusieurs beaux morceaux de chant, entre autres une hymne à Pie IX imité du “ Rwle Britannia de Rolland, ” furent exécutés par les élèves durant cette séance qui fit passer d’agréables moments à tous ceux qui y assistèrent (a).
La nomination de Mer Laflèche comme administrateur du disvèse devait marquer l’époque d’un rapprochement plus accentué et plus évident de Na Grandeur vers le Collège des Trois-Rivières. Comme première marque de ses bonnes dispositions envers notre maison, avant d'entreprendre la visite pastorale ordinaire, dans les paroisses du diocèse, Mgr voulut en faire une spéciale au Collège des Trois-Rivières. Le IR mai au matin, Na Grandeur laissant là ses occupations si importantes et si nombreuses, s'en vint prévenir M. Richard qu'elle déshait visiter toutes les classes. C’est en effet ce qu'elle fit avec une grande bienveillance et une minutieuse attention, interrogeant les élèves et leur donnant des conseils pleins de sollicitude et d’une paternelle affection. M. Richard pouvait à peine en croire à ses oreilles, et dans l’intime de son âme, il éprouvait une jouissance qu'il n'avait pas connu: jusque-là. Désormais il n'y aurait plus de danger pour le Collège de ce coôté-là, et il en bénissait le Bon Dieu.
Le 22 mai, Mer d'Anthédon conférait la tonsure cléricale à MM. François-Xavier Clouticr et Georges Pager ; et le 26. il partait pour sa visite pastorale.