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II. La discussion dans les journaux

Cependant le public commençait à prendre an sérieux cette grave question. Bientot s'éleva une opposition ardente et forte. Les nombreux amis du Séminaire de Nicolet, et tous les prêtres du diocèse en masse, ne dissimulèrent pas leur hostilité à ce projet. La lutte ne tarda pas à s'engager dans les journaux.

D'une part, elle fut conduite par Mr À. L. Desaulwrer:x avocat de talents et d'avenir. Dans une série d'articles publiés dans l'“Ære Nouvelle”, journal bi-hebdomaduire édité alors aux Trois-Rivières, et signés “ Un père de famille”. il dessina nettement la situation, fit valoir victorieusement les droits qu'avait notre ville à être dotée d’un collège, et suggéra les moyens de résoudre les difficultés proposées par les adversulres,

Ceux-ci eurent pour organes tantôt “ La Gasette de Sorel, ”? tuntot “ La Gazelte des Trois-Rivières”, petite feuille qui parut alors pendant quelques mois. Le euré de St-Thomas de Pierreville, Monsieur l'ablé J. Maureault, parait avoir été leur principal champion. Cependant le correspondant de La Gazette des Trois-Rivières fit aussi paraître sur la question des articles fort remarquables, de nature à ébranler fortement l'opinion publique et à la tourner contre la fondation du nouveau collège.

Ponr donner une idée de cette importante discussion, je résumeral ici les principales raisons invoquées de part et d’autre. Le Père de famille” prétendait, comme il a déjà été dit,

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que la population triffuvienne comprenant beaucoup de gens de profession et de commerce, ne pouvait pas naturellement fournir des bras pour l’agriculture, et que la plus grande partie de sa jeunesse était obligée de faire des études classiques. Cependait 11 constatait que le nombre des enfants qui pou- “aient aller chercher leur éducation aïlleurs, dans les institutions déjà fondées de Québec,-de Nicolet et de Montréal, était trées-petit, à cause de l'éloignement de ces institutions et de la médiocrité générale des fortunes.

I ajoutait que la ville des Trois-Rivières étant le centre commercial et judiciaire d’un grand district, offrait une grande facilité de communication à tous les habitants du diocese, et pouvait raisonnablement avoir la prétention de devenir aussi un centre intellectuel et scientifique, et de ne pas rester toujours inférieure aux autres principales villes du Bas- Canada,qui avaient leur Séminaire depuis déjà bien longtemps.

Enfin un titre qui primait tous les autres et qui les résunait en quelque sorte tous, c'était que la ville étant devenue le siége d’un évêque, 1l était parfaitement conforme au droit ecclésiastique que l'évêque eut son Néminaire pres de lui.

Le correspondant de “ La Gausette de Sorel” objectait : qu'une seule institution de haute éducation était suffisante pour les besoins du diocèse ; que laisser un collège s'élever à côté du Séminaire de Nicolet, c'était mettre en danger une grande et belle institution qui avait rendu d'immenses services à Ja Religion et à la Patrie; que, dans tous les cas, cela ne pouvait que lui nuire considérablement, en lui enlevant un bon nombre d'élèves ; que ce serait un malheur pour la société, puisqu'on allait voir se multiplier encore davantage les aspirants aux diverses professions libérales qui déjà étaient encombrées.

Il ajoutait que la position du Néminaire de Nicolet, au milieu d'une belle campagne, offrait plus de garanties pour la moralité des élèves, la dis‘ipline et le bon ordre; qu'enfin la fondation d’un collège elassique aux Trois-Rivières, n'avait aneune chance de succès, en dehors de la coopération et du concours de l’évèque, et que celui-ci d'un autre côté ne pou-

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vait en faire une œuvre diocésaine, puisque le diocèse avait PT déjà des charges plus lourdes qu'il n’en pouvait porter. y | Comme on le voit, les polémistes ne manquaient pas de À è « 1 4 bonnes raisons pour ou contre la nécessité et l’opportunité pu |

d'un collège classique aux Trois-Rivières, et il n’y a pas lieu de s'étonner que la lutte ait été vive et longue. Conduite de part et d'autre par des hommes de talent et de conviction, elle fut d'abord sérieuse, digne et vraiment intéressante pour le gré publie. Mais, malheureusement, comme il arrive bien sou- de vent dans ces combats de la plume, la passion finit par s’en | + à mêler, et la discussion loyale et honnête dégénéra bientôt en personnalités injurieuses qui firent oublier la question en litige ; puis cette discussion, en se prolongeant outre mesure avec ce caractère d'acrimonie, finit par aigrir les partis opposés et ne contribua pas peu à créer ce malaise qui a existé si : longtemps entre les deux maisons, malgré les rapports de confraternité et d'amitié qui unissaient les deux personnels.

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Je me contente de rappeler ici l'appréciation assez générale que le publie à faite de cette discussion, l'impression qu'elle à laissée dans les esprits et l'effet le plus apparent qui en est résulté. Je sais bien que les intentions des polémistes n'étaient pas mauvaises. Que le Néminaire de Nicolet, qui comptait déjà plus de cinquante années d'existence, et dont les états de services s'étendaient à toute une génération ait trouvé de chaleureux défenseurs de ses intérêts, quoi de plus naturel et de plus convenable ! |

Ÿ De son côté Le Père de famalle, en tenant continuellement en éveil l'attention du publie sur cette question, espérait par là la voir arriver plus promptement et plus sûrement à une L 14 solution favorable à ses vues. I finit même par se persuader 2: qu'en effet ses écrits avaient été décisifs, et devaient rapporter s à leur auteur le principal mérite dans la fondation du collège. 14 | Du moins, c’est une prétention qu'il n’a cessé de faire valoir, va î chaque fois que l’occasion s'en est présentée. $ Tout en reconnaissant le mérite de Mr Desaulniers, je : me permettrai de faire observer que son action dans la presse, comme promoteur et défenseur du projet le fondation, n'ayant 12 “ y dc

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joint été une action immédiate et efficace, réglant du coup {4 question, n'a pu, sans autre titre, lui donner le droit d'être compté parmi les fondateurs du collège. Il a, comme du reste bien d'autres l'on fait avec lui, apporté par ses écrits une pierre à l'édifice qu'on voulait élever, C'est trop de vouloir par là en être le principal architecte,

Du reste, si d'un côté les écrits du ‘“ Père de famille,” tant qu'ils demeurérent dans les bornes d’une juste modération et d'une charitable logique, furent ntiles au Collège des Trois- Rivieres, d'un autre coté, ils ui devinrent nuisibles du moment qu'on y vit l'oubli des convenances et le manque de respect à des personnes revêtnes du caractere sacerdotal. De sorte qu'en définitive, cette discussion dans les journaux à peu servi la cause soit de l'un, soit de l'autre parti, Au contraire, elle a nui aux deux institutions qu'on prétendait protéger,

Elle à nui au Collège des Trois-Rivières, parcequ'en présence de l'attitude si hostile de quelques prôtres, et de la manière si pen digne dont leurs adversaires les avaient traités, tout le reste du clergé se vit forcé de se tenir dans la plus orande réserve, et ainsi furent retardées des adhésions et des syvmpathies, je pourrais même dire des encouragements directs, de la part de certains curés qui avaient tout intérêt à favoriser le nouveau collège.

Elle à nui au Néminaire de Nicolet, en ce qu'elle à rendu impossible la combinaison qui avait pour objet de faire du nouveau college une succursale de l'ancien, où seraient enseignées les langues et la littérature seulement. Cette combinaison avait l'approbation de Mgr Cooke, et elle aurait été toute à l'avantage du Séminaire de Nicolet,

Mais il n'entrait pas dans les plans de la Providence que le Collège des Trois-Rivières fût ainsi constitué dans un état de dépendance et de tutelle qui lui aurait ôté tout esprit d’initiative, qui aurait paralysé son action propre, l'aurait empéché de grandir et d'arriver à ces développements extraordinaires qui font aujourd'hui l'admiration de tous,

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