V-—LE SECOND SEMESTRE
Le mois de février s'écoula sans amener aucun incident digne de remarque. Par contre, le mois de mars vint chargé d'événements de toutes sortes. Tout d'abord, ce fut la mort de Monsieur l'abbé François Desaulniers, le plus ancien et l'un des plus savants professeurs du Néminaire de Nicolet. Cet homme qui avait consacré toute sa vie à l’enseignement avait, en quelque sorte, mérité la reconnaissance de toutes les maisons d'éducation du pays par les services qu'il avait rendu à la science. Aussi ses funérailles réunirent-elles un nombre considérable de prêtres et de citoyens éminents, presque tous ses anciens élèves.
De temps immémorial, les exercices de ja neuvaine de N, François-Xavier se donnent régulièrement dans l’église des
Trois-Rivières durant la première semaine du caréme. Cette année, elle fut prèéchée avec un succès extraordinaire par le Révérend P. Bournigal, O. M. I. Les élèves assistaient aux exercices du soir et ils subissaient, en dépit de leur légereté, les effets de l’éloquence persuasive et entraînante de l’illustre prédicateur.
Le vendredi, 17 mars, immédiatement après la classe du matin, il y a grand émoi parmi les élèves et les professeurs du Collège des Trois-Rivières. Ils viennent d'apprendre que Mr Héroux, débarqué à Portland trois jours auparavant, arrive ee jour même par le train du chemin de fer nouveau qu'on appelle l'embranchement d'Arthabaska. En un instant, tout le monde est sur pied, tous nos militaires ont l'arme au bras et Mr Héroux est reçu au milieu des plus vives acclamations et sous le salut de nos carabiniers. Il est aussitôt introduit dans la salle de récréation et 1l y reçoit de la part des élèves une adresse de bienvenue à laquelle 11 peut à peine répondre, tant est grande l'émotion qu'il éprouve de se retrouver au milieu des siens. Mais il promet à la communauté de lui raconter plus tard, en détail, tous les incidents de son voyage. (a)
La fête patronale du Collège, tombant un dimanche cette année, les élèves s'efforcèrent de la rendre la plus solennelle possible. Non contents de cela, ils assistaient encore le lendemain à une autre messe solennelle commandée par l'Union Nt-Joseph. Le soir de ce même jour, lundi, ils se réunissaient autour de leurs bien-aimés directeurs, Messieurs Joseph E. Panneton et Joseph N. Héroux, pour leur faire une splendide fête. Aux adresses et aux chants de circonstance, ils ajoutèrent une jolie soirée dramatique à laquelle assistaient Mgr Cooke. tout le clergé de la ville et les principaux citoyens,
À quelques jours de là, les élèves du Collège des Trois- Rivières pouvaient constater que la vie n’est qu'une alterna-
(a) Ce récit que Mr Héroux donna aussi a l'institut canadien des Trois-Rivières, après l'avoir tout d'abord communiqué aux élèves du Collège, fut ensuite publié dans le Journal des Trois-Rivières (première année.)
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üve de jours de joie et de jours de tristesse, et encore ces derniers sont-ils toujours plus nombreux: en effet, le Collège faisait une perte d'autant plus sensible qu'elle était plus prompte et plusinattendue. Monsieur Irénée Bourque, Ecel. premier maître de salle succombait, après quelques jours de maladie seulement, à des fièvres tellement malignes qu'on fut obligé de l'enterrer le plus tôt possible, à cause du danger de la contagion. Décédé le vendredi matin, 7 avril, ii dut ètre enterré le lendemain après-midi, alors que son service avait été fixé au lundi suivant pour nous permettre d'informer ses parents. Car sa maladie avait été si prompte, que ses parents qui demeuraient au sud du fleuve, à deux milles à peine au-dessous de la ville, n'avaient pu être prévenus. Au reste, on était au temps de la débâcle, c'était la veille mème, le 6 avril, que la glace avait commencé à s'ébranler devant les Trois-Rivières, et les communications avec le sud étaient fort difficiles.
Mr Ponrque fut done enterré le samedi soir, en présence de quelques confrères seulement, car on était tellement effrayé de cette mort soudaine, qu'on ne trouva pas prudent pour la communauté d'assister aux funérailles. Cependant un service solennel fat chanté à la cathédrale le lundi suivant qui se trouvait, cette année là, le lundi de la semaine sainte.
M5 Pourque fut particulièrement regretté de ses supérieurs. ('étitt un modèle de fidélité et de dévouement, et il remplissal ta churge délicate avec beaucoup de succès. S'il n'eut pas ‘té moissonné si tôt, il eut pu devenir un très excellent prêtre, Comme il était aidé dans sa :harge de régent par Mr Pierre Roberge, celui-ci resta seu’ ; nt le reste de l'année, et à son tour il fut aidé par les maîtres de classe.
VILA DÉBACLE.
Ceux qui furent iémoims de la débâcle de l'année 1865, n'onblieront ixnais les scènes terribles dont elle fut accompagnée, L'eau An feuve St-Laurent avait atteint une hauteur démesurée er etie qu'on ne l'avait jamais vue jusque là, de
mémoire d'homme. En plusieurs endroits son niveau dépassait de douze, de quinze et même de vingt pieds, celui des basses eaux en été. Plus de la moitié d2 la ville des Trois-Rivières était submergée. L'eau couvrait tout le quartier Nt-Philippe et une partie du quartier Nt-Louis; elle inondait les rues du ‘Fleuve”, Craig, Notre-Dame, Badeaux, St-Philippe, Royale, Nt-Olivier, Nt-Antoine, St-Gaorvas, Nt-Roch, etc, ete. Dans la banlieue et dans tout le district ds Trois-Rivières, l’eau s'étendait à plusieurs milles de chaqu? côté du fleuve et submergeait aussi un nombre considérable d2 fermes et de bâtiments de toutes sortes.
Oril arriva que le 12 avril, vers midi, éclata tout à coup un vent d’ouragan qui soulevait sur cette vaste mer des ragues énormes auxquelles rien n> pouvait résister. La glace du lac St-Pierre, forte d2 plusieurs pieds d'épaisseur, dut bientot céder à la violence de la tempête et la débäcl: générale se fit avec une invincible fureur. Qui pourra dire toutes les scènes d’angoisses, d'horreur et d'agonie qui s: passèrent alors dans toutes les maisons é’helonnées sur les bords désolés de notre grand fleuve, et qu: venaient soulever et ébranler des vagues furieuses. En lisant les journaux du temps, nous ne voyons se dérouler sous nos yeux qu'une petite partie de ce drame épouvantable qui dura plusieurs heures.
La communauté triflavienne, du haut de sa terras ?, coutemplait avec effroi, mais avec une certaine cr'1o sité, ce spec. tacle grandiose et terrible. Bientôt, elle vit passer les preniières épaves des bâtiments renversés sous l'effort des vagues, c’étaient ceux de deux maisons du haut de la rue Notre-Dame, Ces débris de la fureur de la tempête passèrent ainsi pendant trois jours en face des Trois-Rivières, en m ême temps que les banquises du lac, attestant que de nombreux désastres avaient été causés sur différents points des deux rives. Il n’est pas de localité qui n'eut à déplorer quelques pertes de vie. Mais ce fut particulièrement dans les îles du haut du lac Nt-Pierre que la tempête causa plus de dégats, fit plus de victimes, et où les scènes les plus tragiques furent plus nombreuses et plus épouvantables.