‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 28 sur 84 · PROJET DE REGLEMENT · texte numérisé non relu

PROJET DE REGLEMENT

concernant l'affiliation des collèges classiques

Art. I. Pourra être affilié tout collège classique de cette province dont les élèves seront obligés par les directeurs à subir les deux examens prescrits ]iour l'inscription et le baccalauréat ès-arts, le premier après la rhétorique et le second après la philosophie ; la sanction de cette obligation étant, en règle générale, que les élèves de rhétorique qui n'auront point conservé le tiers de leurs points dans l'examen du mois de juillet, ne seront point admis à entrer en philosophie, à moins qu'ils n'aient repris avec un succès suffisant leur examen après les vacances.

Art. il L'examen se fera conformément au règlement concernant les degrés, tel que publié dans l'Annuaire de 1862-63, et ce règlement ne sera désormais modifié, en ce qui concerne l'inscription et le baccalauréat ès-arts, qu'après avoir pris l'avis des collèges affiliés.

Art. III Le travail écrit des candidats se fera dans chaque collège sous la surveillance de quelqu'un chargé de ce soin par le Recteur ou par le Doyen de la Faculté des Arts, et avec toutes les précautions indiquées soit dans l'art. V. du règlement concernant les degrés, soit dans la Direction imprimée dans l'annuaire de 1862-63.

Art. IV. Le surveillant sera toujours une jjersonne étrangère au collège, et comme il pourrait être difficile au Recteur de trouver autrement assez de surveillants pour tous les collèges affiliés, le Supérieur de chaque collège affilié enverra, sur la demande du Recteur ou du Doyen de la Faculté des Arts, un des officiers ou professeurs de ce collège, pour surveiller le travail des candidats dans un autre collège. Le Supérieur du collège oîi se fait l'examen, pourra, s'il le juge à propos, lui adjoindre une ou plusieurs personnes du collège, à la condition cependant que ces seconds surveillants ne demeurent point seuls durant les séances et que le premier soit toujours responsable.

Art. V. Les examens se feront régulièrement les mêmes jours dans tous les col-

îég^es affiliés, savoir dans la première semaine de juillet et dans la première semaine de septembre et les questions et les matières seront les mêmes partout.

Art. VI. Les juiys seront nommés par le Uecteur confonnément à l'ari. XIV du règlement concernant les degrés. Les professeurs et officiers des collèges affiliés qui en feront partie, lui seront désignés par les Supérieurs respectifs.

Art. vil Le privilège accordé aux élèves des collèges de Montréal, de Nicolet. de St. Hyacinthe, de Sainte Thérèse, de Ste. Anne, de Ste. Marie de Montréal et de l'Assomption, d'obtenir l'inscription sur un certificat d'études faites avec succès, cessera au premier janvier 1866. Pour faciliter l'inscription aux élèves déjà avancés dans leurs études au moment où l'affiliation aura lieu, le Recteur poiuTa convenir avec M. le Supérieur de chaque collège en particulier, de l'époque où chaque examen commencera à être obligatoire dans ce collège et du temps pendant lequel, soit aA'ant, soit même après le 1er janvier 1866, un certificat convenable pourra tenir lieu d'un examen ou même des deux.

Article transitoire du règlement concernant les degrés.

Jusqu'au premier septembre mil huit cent soixante treize, les professeurs et officiers affiliés à l'Université pourront être promus au grade de Maître ès-Arts sans examen, pourvu qu'ils aient été chargés, pendant toute la durée de huit années scholaires, d'un ou de plusieurs des emplois suivants : ceux de Préfet des études, de professeur de Philosophie) de professeur de Khétorique. de professeur de Belles-Lettres, de professeur des sciences mathématiques et physiques, et de professeur de Chimie.

Le projet d'affiliation soumis à la corporation du Collège des Trois-Rivières rencontra, sans difficulté, l'assentiment général des membres ; parce qu'ils voyaient, dans l'affiliation un moyen de donner du relief à l'institution, et d'assurer sa réputation en montrant au public que les études qu'on y faisait n'étaient en rien inférieures à 'celles que donnaient les autres institutions classiques. Aussi, l'acceptèrent-ils avec le plus grand empressement, sans en peser les inconvénients, sans eu prévoir les dangers. Cependant, comme les études n'étaient pas encore complètes, Monsieur le Directeur stipula que les élèves de Philosophie ne subiraient le concours, que quand les études auraient reçu leur complément naturel, dans les collections de spécimens et d'instruments nécessaires aux classes de sciences.

Mgr Cooke, redoutant des difficultés consentit un* peu à contre-cœur à l'affiliation de ses collèges ; mais il refusa d'affilier son ffrand séminaire.

Au reste, le sentiment général des collèges de la Province i'iit opposé à rafliliatiou, et il n'y en eut que quelques-uns qui l'acceptèrent de bon gré, dans les conditions posées alors. Ce furent le Séminaire de Québec, celui de Nicolet et de Ste- Thérèse, le Collège de Ste-Anne et celui des Trois-Rivières.

Cependant, au Collège des Trois-Riviêres, les plus anciens professeurs qui se trouvaient assez en état de juger de la rigueur des conditions imposées et qui étaient moins intéressés que les membres de la corporation à faire de la réclame en faveur de l'institution, étaient aussi très hostiles à l'affiliation. Mais leur opposition ne pouvait influer en rien sur une décision de la corporation qui avait reçu la sanction de l'autorité épiscopale. Ils durent accepter de bonne grâce le fait accompli, et ils s'efforcèrent d'en tirer immédiatement le meilleur parti possible, en secondant de tout leur pouvoir les vues de Mr Panneton.

Le diplôme d'affiliation du Collège des Trois-E-ivières porte la date du 12 mai 1863, et ce fut dans sa séance du 14 avril précédent, que le Conseil Universitaire vota cette affiliation, ainsi que celle des Collèges de Nicolet, de Ste-Anne >'t de Ste-Thérèse.

Aussitôt qu'il eût reçu cet important document, Mr Panneton se hâta de le porter à la connaissance des élèves et de les instruire des obligations nouvelles que leur imposait l'affiliation. Il leur donna avis que désormais, à la fin des classes de Rhétorique et de seconde année de Philosophie, ils auraient à subir les épreuves du baccalauréat. Bien qu'il eût obtenu une exemption pour quelques années, il comptait cependant sur la bonne volonté des rhétoriciens pour le concours de cette année même.

Cependant M. Panneton ne voulut pas agir à l'aveugle et risquer la première épreuve, sans avoir auparavant pris les moyens de s'assurer de la force de ses élèves. Ainsi donc, sans faire part à ces derniers de ses intentions, il leur fit subir un examen complet, selon les règlements universitaires, puis il envoya tous ce«< devoirs à M. le Eecteur de l'Université en

ie priant de les faire apprécier par des jurys de correction, absolument selon le mode usité dans les concours. Au bout de quelques jours, M. le Eecteur étant de passage aux Trois- Rivières, fit mander chez M. Panneton nos élèves de Rhétorique et il se prit à les féliciter chaleureusement de leurs succès. Ce fut alors qu'ils apprirent, non sans une extrême surprise, que leurs derniers devoirs avaient été corrigés à Québec ! !.. Après cette expérience qui laissait entrevoir un succès presque certain pour quelques-uns de ses élèves, notamment pour Magloire McLeod dont la composition surtout avait été grandement remarquée, M. Panneton fut dès lors résolu de mener ses soldats au premier tournoi.

VIII — Organisation de la Compagnie de milice.

Le dernier parlement du Canada avait adopté une loi de milice qui réveilla, chez la jeunesse canadienne, l'ardeur guerrière des anciens jours. On vit bientôt, dans la plupart des villages, des compagnies de volontaires régulièrement organisées. Les collèges eux-mêmes ne demeurèrent pas étrangers à ce mouvement et on les vit généralement favoriser les exercices militaires. En effet, la discipline et la bonne tenue du soldat s'associent admirablement avec les formes et le développement purement physique qui doivent rendre l'éducation complète.

De bonne heure au printemps, les élèves du Collège des T rois-Rivières avaient formé une compagnie avec MM. Magloire McLeod, Joseph Bureau et Emmanuel Dupont pour officiers, et ils avaient commencé les exercices préliminaires de la tenue du soldat, des pratiques gymnastiques et des premières évolutions. Ce fut une fêle quand, le 17 juin, arrivèrent les armes, accoutrements, munitions, etc., etc. Ils se mirent aussitôt aux exercices du port d'arme, avec une ardeur telle, que quelques jours plus tard, à la St-Jean-Baptiste, la compagnie figurait avec honneur dans les rangs de la procession, et contribuait pour une large part à rehausser l'é^'lat d<3 la démonstration de ce jour.

Eli cette mrmo lète de S. Jean-Bai^tiste, messieurs les académiciens doimèreiit une grande séance littéraire, pour lélébrer les gloires de la Patrie et donner une libre expansion aux sentiments nationaux. Dans la soirée, un magnifique feu d'artifice fut lancé du haut du " Platon " en face du '' boulevard ", et il fut donné aux élèves d'y assister.

IX — Le premier concours.

Le mois de juillet était arrivé, et l'on touchait à repique de la première grande épreuve du baccalauréat. Le petit Collège des Trois-E-ivières avait préparé, pro forma, son contingent de candidats pour le r^idoutable concours. L îs séances eurent lieu le 6, 8 et 9 juillet, sous la surveillance de Monsieur l'abbé L. J. Piché, prêtre du Collège de Ste-Thérèse.

A.vec le Séminaire de Québec, il y eut le Collège de Ste- Anne et celui des Trois-Rivières qui entrèrent en lice. Il n'y eut en tout que trente concurrents pour la classe de Rhétorique. Sur ce nombre, il y eut sept bacheliers, tous du Séminaire de Québec. Le premier des Trois-Rivières, Mag. McLeod arriva au dixième rang avec une somme de 89.9 points ; il venait immédiatement après le premier du Collège de Ste- Anne. Le second de nos candidats, Lucien Turcotte obtint 78.0 points et se trouva classé au 17e rang ; le troisième F. X. Turcotte occupait le 20e rang avec 76.7. Notre quatrième concurrent Nap. Caron, obtint une inscription honorable.

Mais ce dernier élève s'était trouvé dans des conditions exceptionnellement défavorables pour entreprendre un pareil concours. D'abord, il avait fait toutes ses classes de grammaire et de littérature sous un maître privé, et par conséquent, il n'avait pas la pratique de ces examens sérieux à faire dans un temps donné. Ensuite, entré au Collège pour y faire sa rhétorique, il y avait à peine quelques semaines qu'il suivait les cours réguliers de cette classe, quand il se vit contraint par une maladie très grave de s'absenter pendant plusieurs mois. Ainsi, pendant que deux de ses confrères plus capables que lui et qui n'avaient pas ses excuses.

n'osaient tenter les redoutables épreuves, lui s'avançait bravement au combat, et uniquement pour faire plaisir à son Dire(^teur, il entreprenait une lutte tout à fait inégale d'où il sortit fort honorablement comme nous venons de voir.

Le résultat de cette première épreuve, considéré dans son ensemble et euég'ard au peu de temps que les élèves avaient eu pour se préparer à cet examen extraordinaire, était des plus satisfaisants. Même, en considérant les succès particuliers obtenus sur certaines matières, x^^î" exemple sur la composition littéraire, matière principale du concours, il y avait presque lieu de s'enorgueillir. Il si trouvait en etfet que sur cette matière, Mag. McLeod arrivait au 4e rang et Lucien Turcotte au 6e ; sur l'histoire universelle, MoLeod obtenait également le 4e rang. Or, un pareil résultat était nonseulement très encourageant, mais il donnait la preuve publique la plus évidente que notre cours d'étude n'était en rien inférieur à celui des autres grandes maisons classiques dont plusieurs n'avaient pas osé tenter cette première épreuv^e, en s'appuyant sur la raison, bien plausible du reste, que le temps compris entre la date d'affiliation et celle des examens avait été trop court. Mais le Collège des Trois-Rivières s'était trouvé absolument dans les mêmes conditions d'infériorité relativement au Séminaire de Québec, et ceci pouvait expliquer facilement la faibless<e des élèves sur certaines matières, notamment sur le grec.

X — La distribution des prix.

La séance solennelle de la distribution des prix eut lieu, mardi avant-midi 14 juillet, dans la grande salle de l'école des Frères. Comme toujours, il y eut une assistance très nombreuse et très distinguée qae présidait Sa Grrandeur Mgr Thomas Cooke.

La première partie de la séance fut remplie par le concours des rhétoriciens pour le prix d'élocution. Les compétiteurs étaient Mag. McLeod, Lucien Turcotte, Nap. Caron. Géd. Brunel, Ed. r)adeaux et Wil. Bald. La palme fut vive-

ment disputée ; mais, en définitive, Lucien Turcotte obtint hi majorité des suffrages. Toutefois Mag. McLeod le suivait d'assez près, pour que l'un des votants crut convenable de demander qu'il lui fut permis de payer un second prix à M. McLeod.

Après le concours des rhétoriciens, les élèves-acteurs jouèrent la tragédie de Tlunnas Blorus. Cette pièce qui avait été représentée avec beaucoup de succès, un peu plus d'un an auparavant à la fête de M. Panneton, fut rendue, cette seconde fois, avec une pertecliou cju'il n'est pas donné souvent à de jeunes écoliers de pouvoir atteindre. On sentait que chacun des acteurs était parfaitement maître de son rôle ; et des bravos souvent répétés témoignaient de l'entière satisfaction de l'auditoire. Celui-ci ne s'était pas encore remis des grandes émotions causées par le tragique dénouement de ce drame, cjuand un autre groupe d'acteurs vint dérider toutes le.^ figures, en donnant quelques-unes des scènes les plus comiques des Plaideics de Racine. Nous n'avons que faire de dire c^ue cette petite pièce fut bien goûtée ; le succès des acteurs comiques est toujours assuré devant un auditoire de rieurs comme "le sont généralement les Canadiens.

Enfin le moment solennel est arrivé, on procède à la distribution des couronnes. Les prix d'excellence furent respectivement remportés en Philosophie par F. X. Turcotte, en Rhétorique par Mag. McLeod et Nap. Cormier, en Belles- Lettres par Chs. Dumoulin et Em. Gruilbert, en Troisième par Herm. Baril et Joseph Bureau, en Méthode par Joseph Hamel et Epiphane Dusseault, en Syntaxe par F. X. Cloutier et Edouard Brunel, en Eléments par P. McLeod et Edm. Grrenier. Outre ces treize élèves qui étaient arrivés au premier et au second rang dans leurs classes respectives, il y eut encore trente-cinq lauréats dont les noms furent proclamés pour prix et mentions honorables et vingt-deux autres pour mentions honorables seulement. Soixante et dix élèves emportant avec eux ces témoignages publics de leurs succès et de leur travail, quittaient donc le collège avec la légitime satisfaction d'avoir rempli fidèlement leurs devoirs. C'est, du reste, le fait que

constate avec plaisir mousieur le Directeur, eu amioncant l'ouverture des vacances.

La séance fut terminée par une courte mais chaleureuse allocution de l'Hon. J. E. Turcotte, président de la corporation.

La partie musicale fut remplie par M. L. O. Gariépy, aidé de quelc[ues-uns de ses élèves, notamment de F. X. Turcotte, Ph. Camirand et Alb. Olivier.

Le chœur des élèves exécuta avec succès quelques morceaux de chant montagnard. A midi, les vacances étaient ouvertes et les élèves prenaient leur essor vers le toit paternel.

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