DIRECTEUR DES ECCLÉSIASTIQUES
Comme nous venons de le voir, la corporation avait à coeur de faire terminer leurs études aux élèves qui étaient entrés en Belles-Lettres, la première année. Pour atteindre ce but et éviter l'augmentation trop rapide du personnel, M. Panneton s'était chargé de la classe de Rhétorique, durant l'année qui venait de finij*. Egalement, pour l'année qui allait commencer, il voulait enseigner lui-même la Philosophie intellectuelle, et il comptait sur M. Richard pour l'enseignement des Mathématiques. Cependant, les divers offices de la direction des élèves étaient déjà de nature à donner à M. Panneton un surcroit d'occupation, et il avait un extrême besoin d'un aide capable et dévoué pour se charger de la direction des ecclésiastiques. Ceux-ci augmentaient en nombre ; ils arrivaient plus jeunes et moins formés, et conséqnemment avaient besoin d'une direction plus suivie.
Mgr Cooke comprit cette nécessité, et pour y poiirroir, il n'hésita pas à prendre encore nn des prêtres de l'évêché, et à se priver du ministère et des services de l'un des plus anciens vicaires de sa cathédrale. De même qu'à l'ouverture du Collèg'e, il avait dû, prendre dans sa propre maison le directeur qu'il avait donné aux élèves, de même il dut encore y choisir le prêtre qu'il voulait placer à la direction des ecclésiastiques.
Ordonné prêtre au mois de septembre 1858, après un cours de Théologie de quatre années au Séminaire de Nicolet, Monsieur Joseph Napoléon Héroux avait exercé successivement le saint ministère dans les vicariats importants de Ste. Anne d'Yamachiche, de la Baie du Febvre où il fut desservant pendant quelques mois, après la mort de M. Carrier, et enfin des Trois-Rivières. Il joignait donc aux connaissances théologiques puisées au Séminaire, l'expérience de quatre années d'un ministère excessivement actif et difficile. Il était donc tout à fait apte à remplir la charge importante et délicate que son supérieur voulait lui confier. En outre, les liens de parenté et d'intimité qui l'unissaient à M. Panneton, rendraient à tous deux la besogne moins lourde et le séjour du vieux manoir plus agréable.
Cette nomination de M. Héroux à la direction des ecclésiastiques et à l'enseignement de la Théologie était tout à fait heureuse ; non-seulement pour les raisons exposées plus haut, mais parce qu'elle devait contribuer à donner une importance plus grande et un nouveau relief à l'institution. En outre, M. Héroux venait, par la mort de ses grands parents, de recueillir les biens d'une jolie succession et il pouvait, dans un moment donné de détresse, devenir la Providence du Collège, comme en effet il le fut plus tard. Enfin, comme dernier signe des vues particulières de Dieu dans cette nomination, on remarqua que lui aussi, comme le président de la corporation et le directeur des élèves, portait le nom du patron et du protectevir de l'institution, du Bon S. Joseph.
m — OlKlANISATION GÉNKIIALI-:.
Lff persouuol, prévenu d'aviiiico d'être au poste à l'heure marquée', s'y r^^trouva avec quelques élémeuts nouveaux, iouinie on p^'ut le voir par L\s noms qui suivent :
Monsieur Tabbé J. 1*]. Panneton, Ptre, directeur, préfet des études et professeur de Philosophie.
Monsieur l'abbé .T. N. Héroux, Ptre, directeur des ecclésiastiques et ])rof. de Théologie.
Monsieur l'abbé I^s. ]^othier, Dcre, professeur de Rhétori- <|ue (Eccl. de ôième année).
Monsieur l'abbé Ths. Fréchette, Eccl.. prof, de Belles- Lettres (Eccl. d' lème année).
Monsieur l'abbé Alf. Smith, Eccl.. prof, de Troisième (Eccl. de 4e année).
Monsieur l'abbé L Riihard, P]ccl., prof, de Méthode (Eccl. de 4e anné.^).
Monsieur l'abbé Ths. Quinn, Eccl., prof.de Syntaxe {Eccl. de 3e annén').
Monsieur l'abbé Ls. Côté, Eccl., prof, des Eléments (Eccl. de Ire année).
Monsieur l'abbé J. Bte. Marcotte, Dcre., Régent (Eccl. de 4e année).
M. L. O. Grariépy, laïque, professeur de music[ue (piano).
M. Lawler restait dans les mêmes conditions que les années précédentes par rapport à la communauté.
Chacun s'installa tant bien que mal ; M. Panneton dans la chambre au dessus de la cuisine ; M. Héroux dans les anciens appartements de M. Panneton ; M. Pothier dans la chambre de l'angle nord au second étage, avec lit et matériel de classe ; M. Marcotte et M. Fréchette dans la chambre de l'angle ouest. Mais M. Fréchette eut sa classe au premier étage, immédiatement au dessus de sa chambre à coucher.
M. Smith chargé du dortoir St-Joseph, eut la chambrette
du côté du fleuve pour y coucher, et la chambre du milieu au premier étage pour y faire la classe.
M. Richard eut à partager avec M. Smith hi surveillauce du dortoir St- Joseph, et disposait pour sa classe de la chambre du premier étage, angle uord.
M. Quiun fut nommé surveillant dans le nouveau dortoir et eut sa classe dans la nouvelle chambre du second étage, vis-à-vis de l'étude. Enfin, M. Côté partagea avec M. Quinn la surveillance du petit dortoir, et fut obligé de faire la classe des Eléments à la salle de récréation.
Les différentes besognes-d'assistant-surveillant à la récréation, à l'étude et ailleurs furent partagées ad iuruinn entre tous les professeurs de classe, avec des dispositions à peu près analogues à celles des années précédentes.
L'ouverture des classes avait été fixée au trois septembre et les élèves arrivèrent, à cette date, aussi nombreux cjue la précédente année Dès le lendemain, ils étaient pourvus des livres nécessaires, et dès lors, les exercices scolaires ramenaient à l'heure précise, la même série d'événements que l'élève voit se dérouler sous ses yeux chac[ue année.
L'académie reprit aussi S3S travaux et ses séances régulières. Mais à côté de cette première société littéraire qui mettait toujours beaucoup de décorum dans ses séances, il s'en forma une autre, aux allures plus libres, qui eut pour but spécial l'étude de l'histoire. Cette dernière société qui prit le nom de " Comité d'histoire," se réunissait plusieurs fois i)ar semaine, pour discuter les questions historiques en suivant un ordre chronologique. Les élèves des classes de Rhétorique, de Belles-Lettres et de Troisième étaient particulièrement priés d'assister à ces séances littéraires et plusieurs surent en tirer un excellent parti, comme on en verra la preuve dans les concours de baccalauréat.
Aux ordinations des quatre-temps de septembre qui eurent lieu au Séminaire de 'Nicolet, comme à l'ordinaire, le Collège des Trois-liivières fut représenté par M. Kheault, ex-
]>Tolossour (a) do Vorsifu^atioii, qui fut ordonné prêtre, et par M. .T.-l>te Marcotte qui reçut succesisivement les ordres mineurs, le sous-diaconat et le diaconat.
La seconde messe de M. Ilheault fut pour la communauté trilluvienue au service de laquelle il s'était dévoué pendant deux ans. Le plaisir fait aux élèves par -ce témoignage de sympathie, n'eut son entière expansion que quand M. le directeur, accédant à une requête très-motivée comme savent en faire les élèves, annonça que cet heureux événement serait célébra par un p3tit congé. Il y avait, ce jour-là, de passage aux Trois-Rivières, une grande et très-intéressante ménagerie que les élèves eurent la permission d'aller visiter. Ainsi, ils employèrent une partie de leur congé à faire une étude d'histoire naturelle. Plusieurs virent là, pour la première fois, d'énormes éléphants admirablement bien dressés et un hyppopotame d'une grosseur prodigieuse, sans compter un grand nombre d'autres sujets plus ou moins intéressants du règne animal.
La retraite annuelle eut lieu dans la seconde semaine du mois d'octobre. Les exercices en furent donnés par le Révérend P. Point de la Compagnie de Jésus. A l'issue de la retraite, 19 octobre, Mgr Cooke conféra la tonsure à MM. Thomas Fréchette et Louis Côté, et les ordres mineurs à MM. Alf. Smith, Ls. Richard et Ths. Quinn.
Après la retraite, les semaines et les mois s'écoulèrent dans un calme profond, et nul incident ne vint briser l'uniformité de la règle ni le retour invariable des exercices journaliers. Ainsi passèrent les dernières semaines d'octobre, tout le mois de novembre et une partie du mois de décembre.
Cependant la fête de S. Thomas approchait, et les élèves auraient bien désiré faire à Mgr Cooke une démonstration digne du rôle que Sa Clrandeur jouait à l'égard de la communauté, mais Monseigneur goûtait peu ces grandes démonstra-
(a) M. Rheault fut iiummé au vicariat de la cathédrale et depuis fut toujours attaché à l'évêché, soit comme vicaire, soit comme procurem-, soit enfin comme curé d'office. Nous le verrons aussi plus tard devenir directeur du Collège.
tious et ne voulait pas s'y prêter facilement. Force fut donc aux élèves de répéter tout simplement le programme des années précédentes. La St-Thomas tombant le quatrième dimanche de l'avent, ils voulurent anticiper de trois jours la célébration de cette fête de famille, et le 17 décembre au soir, ils allaient présenter leurs liommag-es à levir bien-aimé père et pasteur.
La communauté fut reçue dans les appartements de M. le grand vicaire Laflèche ; mais toute la démonstration se réduisit à une courte adresse et à quelques strophes d'un chant de circonstance. Toutefois, Monseigneur Cooke ne manquait jamais d'envoyer à ses bons enfants quelques gallons de mêlasse pour les défraj/er à la tire ! C'était une coutume que les élèves affectionnaient beaucoup, et c'était un moyen de passer très agréablement le grand congé qui couronnait la léte.
IV — Noël et la nouvelle année.
Bientôt les fêtes de Noël ramenèrent sous les yeux charmés des élèves, les splendeurs et les magniliceuccs des cérémonies pontificales, en même temps qu'elles réchaufiiiient dans les cœurs attiédis par la légèreté et l'indifférence, l'amour de l'Enfant-Dieu. Ces fêtes de Noël sont celles que la jeunt^sse affectionne par dessus tout. Il y a chez elle comme un instinct inné qui lui fait comprendre que le Bon Jésus doit avoir pour elle des grâces spéciales, puisque, c'est sous la figure d'un petit enfant plein de douceur et d'amabilité qu'il apparaît aux yeux étonnés du monde.
Et pour ne parler que de la force et de l'entraînement des exemples qu'il donne, quoi de plus propre, en efî'et, à encourager à l'obéissance et aux petites mortifications de la règle, que les humiliations, les abaissements et les souffrances de ce Dieu naissant sous le chaume d'une étable, et soumettant sa volonté et sa souveraine indépendance sous la captivité de quelques langes et sous la dépendance de deux créatures trèsparfaites, il est vrai, mais d'une sagesse et d'une science infiniment inférieur*^ à la sienne !
Voici lo premier jour de la nouvelle année ! Ce jour est toujours salué avec bonheur par l'ardente jeunesse, c'est le jour des joyeux souhaits, c'est le jour des belles étrennes ! Une nouvelle année qui arrive, c'est pour l'enfant comme une aimable bienfaitrice «jui vient à lui les bras chargés de dons magnifiques ! Elle lui en apporte de tous genres, et, avec une inépuisable libéralité, elle les répand avec abondance sur son corps et tous ses organes, aussi bien que sur son âme et toutes ses facultés. Oh î oui, l'enfant a mille fois raison de courir joyeux au devant de l'année qui arrive, parcequ'elle apporte à sou corps des forces et une vigueur nouvelle, à son intelligence, des secrets et des trésors jusqu'alors ignorés, à son cœur, des grâces et une ardeur plus fortes pour vaincre ses mauvais penchants et développer le germe de ses bonnes dispositions !
D'où vient cependant que ce jour partout si beau, apparaît quelcj[uefois, au collège, avec un certain caractère de triste mélancolie ? Ah ! c'est que dans l'âme de c|uelc[ues élèves, ridée de la famille absente évoque des souvenirs cjuelque peu pénibles. On voudrait, en ce jour, recevoir la bénédiction de son père et les délicates attentions de sa mère, on voudrait goûter avec les petits frères et les jeunes sœurs les joies pures du foyer paternel Et ces pensées assombrissent les fronts et vont c^uelquefois jusqu'à faire oublier C[U.'au collège, on forme aussi une grande et belle famille dont le supérieur est le père. Qu'arrive-t-il alors à ces pauvres écoliers c[ui manquent de la force d'âme nécessaire pour dominer cette voix de la nature, par la voix plus autorisée et plus forte de la grâce et du devoir, et qui s'abandonnent inconsidérément à ces impressions trop sentimentales? Ils tombent malades de cette étrange maladie que l'on a appelée, avec tant de raisons, " Le mal des fêtes ou du nouvel an. " C'est une maladie qui n'est pas du tout dangereuse pour le corps ; mais pour le cœur, et surtout pour l'intelligence, elle a souvent des effets désastreux dont un étudiant ne se relève jamais ; surtout quand il va, au renouvellement de chacjue année, passer deux ou trois semaines à la maison paternelle, sous prétexte de
traiter cette maladie ou de cherjhor les moyens d'eu guérir [ Dans les premières aimées du Collège, soit que le plus grand nombre des élèves eussent leurs parents en ville, soit que les constitutions ou les caractères fussent plus vigoureux, on semblait ignorer absolument cette funeste maladie : ou du moins, les cas qui s'en produisirent furent excessivement rares.
Le premier de Tan au collège ne manque pas d'agréments et de charmes, et il est assez intéressant pour un obsn-vateuide voir les scènes originales et pittoresques qui s'y passent. Tout d'abord, chacun, des élèves ne manque pas de saluer totts .se.s confrèrea selon la formule antique, léguée par nos pères : " Bonne et heureuse année et le Paradis à la fin de voh jours. " Or. comme tous les élèves se rencontrent eu même temps à la récréation cjui suit le déjeuner, on se figure aisément la coufusion, le désordre, l'enchevêtrement, le chassé-croisé de toutes ces poignées de main qui s'échangent, de ces nuées de souhaits qui remplissent l'air. Le ilôt de ce petit peuple qui va, qui vient, qui se croise et s'agite en tous sens, qui grossit à mesure que rentrent les élèves qui ont leur pension au dehors, paraîtrait une vraie tour de Babel à un étranger ignorant de nos habitudes.
Bientôt cependant, sur cette mer agitée, le calme se fait sou.dain. La cloche annonce la visite de M. le Directeur. C'est le père qui vient bénir ses enfants. C'est le prêtre qui vient appeler sur son troupeau, par les vœux les plus ardents du cœur, toutes les grâces et tous les dons que Ton peut désirer et souhaiter. C'est le directeur qui vient montrer à ses élèves le chemin du vrai bonheur, auquel tendent tous les vœux qui s'échangent en ce jour.
Aussitôt la visite du directeur terminée, les élèves de chaque classe vont rendre leurs hommages à leurs professeurs respectifs. Tout cela est parfaitement dans l'ordre • car, dans la grande famille de toute la communauté, chaque classe forme une famille plurf petite dont le professeur est le chef. L3s liens qui unissent tous les membres de cette famille
sont plus étroits et plus intimes, et ils tendent à se n^sserrer toujours (lavantag-e par ces rapi^orts journaliers que les élèves fl'uue même classe ont entre eux et avec leur professeur ; en .sorte qu'ils sont appelés et ils sont véritablement des confrèrea.
En délinitive, au milieu de toutes ces distractions qui s'entremêlent aux exercices religieux ordinaires, le jour de Tan passe au collège aussi joyeusement et avec non moins d'agréables émotions que si l'on était à la maison paternelle.
Los examens du premier semestre eurent lieu au temps fixé l'année précédente, c'est-à-dire, vers la fin de janvier. Le résultat obtenu fut caractérisé comme suit : eu K-hétorique moyenne des succès, très-bien, en Belles-Lettres, très-bien, en Troisième bien, en Méthode bien, en Syntaxe bien, en Elément bien. Ce qui donnait une moyenne générale caractérisée par le c|ualificatif "60» ". Aussi Mr le directeur en témoigna-til sa grande satisfaction, lorsqu'il eut à faire connaître le résultat de cet examen. Eu faisant ses félicitations aux classes plus avancées qui avaient soutenu leur rang et leur position en obtenant les meilleurs succès, il en prit occasion pour stimuler encore davantage l'ardeur et l'émulation chez les élèves des classes inférieures.
Le dimanche, 1er février, les élèves chantres furent appelés par Mgr Cooke à occuper le chœur de l'orgue de la cathédrale, sous la direction de Mr Richard. Les anciens chantres avaient été congédiés à la suite d'une désobéissance grave c|ui leur avait fait encourir la juste disgrâce de l'évêque.
La dernière semaine du mois de février fournit aux élèves l'occasion de suivre les exercices de la neuvaine de St-François-Xavier. Les exercices étaient donnés, avec un succès extraordinaire, ]Dar Mr le grand vie. Laflèche.
V — La fête de s. Joseph.
Le mois de mars était arrivé. .Déjà, l'on commençait à entrevoir la fête de S. Joseph toujours si pleine d'émotions, toujours si impatiemment attendue, et qui, cette année,
devait être encore plus mémorable que de coutume. En effet. à tous les motifs de réjouissance que l'on avait déjà, s'en ajouterait un nouveau ; ce jour verrait encore la fête de Mr le directeur des ecclésiastiques, Mr l'abbé Joseph Nap. Pléroux.
Dès le 15, l'Eglise faisait, avec grande pompe, la solennité de la fête du S. Epoux de Marie. Elle prévenait en quelcj[ue sorte les aspirations des élèves et les avertissait de se tenir prêts. En effet, mercredi soir le 18, les sentiments de respect, d'affection, de reconnaissance envers les vénérés directeurs du Collège trouvent leur expression, non seulement dans de brillantes adresses, mais encore dans des chœurs joyeux et plus particulièrement dans une magnifique soirée dramatique qui fut donnée avec un grand succès.
Le lendemain, c'est jour de grand congé et par conséc[uent de douces jouissances pour tous les élèves. Ceux des paroisses voisines courent faire une visite au foyer paternel, embrasser la bonne maman, babiller quelcjues heures avec les petits frères, puis reviennent au poste, à l'heure marquée par le directeur. Ceux cj[ui restent au Collège ont, cette anné.\ la bonne fortune d'avoir une glace nouvelle et sûre sur toute la larueur du St-Laurent. Celui-ci vient, depuis quelques jours à peine et tout exprès pour la St-Joseph, de revêtir son manteau de cristal, l^es amateurs du patin pourront s'en donner à cœur-joie, depuis huit heures du matin jusqu'à six heures du soir !
Pâques tombe cette année le 4 avril. Cette fête, par le mystère qu'elle rappelle, occupe le premier rang parmi les fêtes religieuses, elle symbolise aussi la résurrection des âmes et les joies du Ciel. Mais comme elle coïncide avec les beaux jours du printemps, elle marciue encore l'époque de la résurrection de la nature. Enfin elle fixe pour les élèves du Collège le retour des grands congés. Aussi est-ce toujours et partout avec de grandes démonstrations de bonheur et de joie qu'on salue l'aurore de c.e beau jour. Comme première expression de leur allégresse, les élèves trifluviens prépareront cette année, pour la messe de Pâques, de magnifiques mor-
veaiix do chant, et le suecès avec leqii'4 ils les exécuterout ne coutribuera pas peu à faire oublier rancien chœur.
VI — Anniversaire de la fête " au Sucre ".
Le souvenir des agréments goûtés, l'année précédente, dans la grande fête au sucre était encore trop vivace dans l'esprit des élèves pourqu'ils ne fussent pas tentés d'en faire l'anniversaire. Le temps était propice, mais les sucriers l'étaient moins. Ceux-ci posaient des conditions qu'il n'était pas possible d'accepter. Cependant M. Panneton qui tenait à témoigner sa satisfaction de la bonne conduite des élèves. proposa un moyen terme qui fut adopté sans opposition. Il fut décidé qu'on ferait une bonne provision de sucre et qu'on irait la manger chez M. Rivard à Ste-Marguerite. Ce monsieur serait chargé de préparer la treniftette et la tire selon le mode habituel des plus habiles confiseurs. Donc le 15 avril jour de congé, le soleil se lève plus radieux que de coutume, la brise est fraîche, le temps est beau, les cœurs sont jo5*eux. c'est la fête " au sucre ". Aussitôt après le déjeuner, la communauté sort de la ville en rangs pressés. Les bras sont chargés de paniers pleins des provisions C{ui doivent faire le menu du dîner. Après une demi-heure de marche le long du coteau, la communauté fait halte sous une allée de petits pins bordant la côte dans un t^ndroit d'où la vue embrasse, dans un même panorama, la magnifique plaine de la banlieue en face, les mille toits de la ville à gauche, l'immense horizon qui s'étend sur le lac St-Pierre à droite : c'est le lieu choisi pour y passer la journée. A deux pas de là, est la demeure de M. Hivard, et la fameuse cambuse où devra être préparée la bonne trempette pétille déjà en face de la maison.
La journée fut magnifique '^i le programme de la fête put être rempli jusque dans ses plus minutieux détails, car nul incident désagréable ne vint troubler les douces jouissances de ce jour. Quand le soir arriva, il sembla aux jeunes élèves que le soleil s'était hâté plus que de coutume, de descendre derrière les grands arbres qui bordaient l'horizon à l'occident.
La comrauiianté rentra au Collège, entièrement satisfaite des agréments du congé et parfaitement reposée des travaux de l'étude.
Le lundi suivant, 20 avril, la communauté était réveillée en sursaut à trois heures du matin, par le son toujours lugubre du tocsin sonnant aux trois cloches de l'église paroissiale ; et, en même temps, une lueur sinistre venait éclairer, comme en plein jour, tout le dortoir St- Joseph : un incendie venait d'éclater dans le voisinage du Collège, sur la rue du Platon, dans une maison occupée par un M. Harrison, ferblantier et trafiquant de vieux chiifons.
Impossible de retenir au dortoir les élèves qui, en deux minutes, furent tous sur pied. Au reste, le vent donnait du côté du Collège et tout l'espace qui le séparait du foyer de l'incendie était garni d'une grande quantité de bois de chauffage sur lecjuel tombait déjà des tisons enflammés ; ce qui pouvait fournir un nouvel aliment au feu, et l'amener, par un large chemin, jusqu'au Collège. Les élèves descendirent dans la cour et pendant que les uns éloignaient le bois, d'autres plus forts venaient à la rescousse des pompiers qui n'avaient alors à leur disposition que des pompes à bras.
Bientôt, de la maison où il s'était allumé, le feu passa dans les vieux hangars c^ui se trouvaient adossés au Platon, et qui étaient remplis de ballots de guenilles. Du moment que le feu fut pris dans cet amas de vieux linge, il ne fut plus possible de l'éteindre et, pendant plusieurs jours, les élèves eurent à souffrir de l'odeur infecte qui s'exhalait de ce foyer toujours fumant. Une des compagnies de pompiers avait laissé sa pompe sur le Platon, et comme la neige alors fondante fournissait de l'eau en abondance, les élèves employèrent plusieurs récréations à pomper sur ces ballots sous lesquels couvait toujours un feu caché, et ils finirent par les inonder entièrement.
VII — Affiliation du Collège des Tkois-Ivivières a L'Université Laval.
Cependant la question de rafliliatioii des collèges de la Province à l'Université-Laval s'agitait depuis plusieurs mois déjà. M. le Ivecteur était en correspondance avec les supérieurs des diliérentes maisons pour traiter de cette délicate affaire, et il travaillait à l'aire accepter le projet de règlement, préparé par le Conseil Universitaire, pour servir de base à cette affiliation. Nous donnons ci-dessous ce projet de règlement, en nous gardant de tout commentaire :