FANFARE
Le 20 décembre au soir, à l'occasion de la St-Thomas, les élèves faisaient leurs souhaits de fête à Monseigneur Cooke. dans une petite séance intime dont le " Journal des Trois- Rivières donne le compte-rendu dans son numéro du 22 : " Hier était la fête patronale de notre vénérable et pieux évê- " que. A cette occasion, les élèves du Collège St-Joseph lui ont " témoigné leur joie et leur reconnaissance par deux magnifi- " ques petits discours prononcés, l'un en français par M. F. '' X. Cloutier, élève de Belles- Lettres et l'autre en anglais, par " le lils de M. Aimé Olivier, marchand de cette ville. Ces " discours renfermaient les sentiments les plus touchants et " formaient les vœux les plus ardents pour notre bien-aimé " pontife... V..
" Lo thaiit des élèves a aussi été magnifique. Une chan- " son très appropriée à la fête, composée et mise en musique^ " par INI. Ivichard, directeur du Collège a eu un bon succès, '• La compagnie des élèves était sous les armes et a fait les " exercices à la carabine avec beaucoup de régularité. Une " petite pièce comique dont les acteurs étaient MM. .T. Cooke '' et 01. Camirand nous a fait bien rire. "
" La bande du Collège qui n'est formée que depuis cjubI- " c[ues mois, nous a donné une belle preuve du bon talent de " tous ceux qui la composent, et surtout de celui qui sait la " diriger si habilement. Au moyen de cette bande, le Collège " ne peut ajouter Cjue beaucoup d'éclat à toutes ses fêtes. " Nous devons une mention toute spéciale à M. Alphonse " Camirand qui a exécuté les roulades de la Tyrolienne, de " manière à ravir les applaudissements de tous les assistants. •' Sa Grrandeur, après avoir remercié les élèves des bons senti- " ments qu'ils venaient de lui témoiguer, s'est retirée accom- " paguée d'une vingtaine de prêtres venus des paroisses '' voisines. "
C'est la première de nos fêtes collégiales où il soit fait mention d'une fanfare. A ce j)ropos, il me faut dire un mot des commencements et de l'organisation de ce corps de mu.sique.
Nous devons la première idée de la formation d'une fanfare aux Messieurs Camirand, Alphonse, Olivier et Philippe, tous trois, élèves de Sherbrooke et c[ui, avant de venir au Collège, avaient fait partie d'un corps de musique organisé à la maison paternelle même, chez Monsieur Hercule Camirand. Dès l'année précédente, en venant au Collège, ils avaient apporté avec eux une clarinette, un cornet eu B, un alto et une contre-basse. Avec ces instruments dont ils avaient commencé à connaître le jeu et le mécanisme, ils s'amusèrent d'abord ensemble dans les loisirs de leurs récréations, en jouant de petits morceaux d'une harmonie simple et facile que leur préparait tout exprès leur ancien maître de musiqur' à Sherbrooke, M. Shiller. Bientôt le goût et des aptitudes musicales se manifestèrent aussi chez d'autres élèves, et à la fin de
l'année scolaire, les directeurs voyant ces dispositions promi- * rent anx Messieurs Camirand, s'il revenaient au Collège l'année suivante et apportaient avec eus leurs instruments, cju'ils les aideraient à compléter et à organiser une fanfare assez nombreuse pour pouvoir interpréter toutes sortes de morceaux.
Donc, dès le commencement de l'année, avec l'approbation et l'encouragement des directeurs, les élèves ouvrirent, parmi les principaux citoyens des Trois Rivières, une liste de souscriptions ayant pour objet l'achat de quelques instruments absolument nécessaires. Cette souscription donna 52.00 piastres avec lesquelles nos musiciens purent acheter quelques instruments de seconde main, notamment un soprano, un cornet en Bb, un alto, et deux barytons. Mr Héroux pour sa part fournit la grosse caisse.
Ainsi pourvue d'instruments, la fanfare s'organisa avec Mr Olivier Camirand. clarinettiste, pour chef. Mr Ferd. Yerville, ecclésiastique surveillant aux exercices, soprano, Ph. Camirand, Cornet solo Bb, Joseph Hamel, 1er alto. Edm. Orenier, 2e alto, Ths Desaulniers, 1er baryton, R. Cooke, barytonbasse, Alph. Camirand, contre-basse, L. St- Arnaud, grossecaisse. Ce fut Mr Shiller, par l'intermédiaire des Messieurs Camirand, qui fournit avec beaucoup de libéralité, les premiers morceaux de musique et cj^ui les préparait en raison du nombre des instruments et de la capacité des jeunes artistes.
l.a fête de Noël et la messe de minuit en particulier, furent solennisées avec une pompe extraordinaire, grâce au concours apporté par le chœur des élèves.
Les sept jours qui séparent Noël du jour de l'an parurent aux élèves presque aussi longs que sept semaines. C'est qu'en effet, ce jour-là, on leur avait fait une gTande promesse qu'ils avaient hâte de voir se réaliser. Les directeurs voulant leur donner un témoignage non équivoque de la satisfaction qu'ils éprouvaient de leur bonne conduite, avaient résolu de leur accorder, non sans certaines conditions, la faveur extraordinaire d'aller passer le jour de l'an à la maison paterueUe.
ïj'occasion était des plus favorables, lojour do Ta^i tombant io lundi et le deux janvier étant con2:é de rèi^'le, les élèves pouvaient avoir une vacance de trois jours, sans perdre une «lasse. Qu'on juge donc de leur impatience et de leur désir de voir arriver l'heure du départ. Comme les heures et les minutes avaient été exactement comptées! Donc, le samedi, 30 décembre, immédiatement après la classe de l'après-midi, la communauté s'éparpillait joyeuse aux quatre vents du ciel. L'histoire ne dit pas qu'il y eût des mécontents, ni que certains élèves préférassent passer ces trois jours au Collège plutôt que d'aller chez leurs parents.
Une des plus rigoureuses conditions mises à la concession de cette faveur, était que tous reviendraient sans faute le deux janvier au soir. En conséquence tout le monde fut fidèle au rendez-vous à l'heure marquée par M. le directeur, et celui-ci ne put s'empêcher de faire ses félicitations à ses enfants de cette preuve nouvelle qu'ils lui donnaient de leur bon esprit et de leur entière obéissance. Il les engagea à reprendre j'ouvrage avec un courage et une énergie toute nouvelle, afin de se bien préparer aux examens.
Ceux-ci ne tardèrent pas à commencer et le résultat fut très satisfaisant. Voyons plutôt les moyennes : en Philosophie très bien, en Rhétoricjue satisfaisant, eu Belles-Lettres bien, en Versification très bien, en Méthode bien, en Syntaxe bien> en Eléments très bien, au Cours Commercial satisfaisant.
Pendant le congé du 10 janvier, il s'est passé un incident que le "Journal des Trois-Rivières " raconte comme suit: " Mercredi dernier, jour de congé, les élèves du Collège des " Trois-Rivières étaient à patiner sur le fleuve à une quinzai- " ne d'arpents de la ville, vis-à-vis l'ancien moulin à vent, " lorsque tout à coup, un large banc de glace se détache de " la rive, emportant avec lui six patineurs qui n'avaient pu " abandonner assez tôt la dangereuse embarcation. G-raude " fut l'épouvante au moment du départ, les six patineurs lais- " sèrent bien vite leurs courses au patin et firent entendre des " cris de détresse. Heureusement, le vent n'était pas très
" fort, le banc de glace descendit le fleuve lentement, ce qni " permit de sauver du naufrage, au moyen de canots et sans " aucun danger, les six navigateurs improvisés. "
C'étaient J. Cooke, Uld. Tessier, H. Baril, Jos. Hamel, Ph. Camirand et Chs Saucier. Ils trouvèrent bien longue la demi-heure qii'il leur fallut passer sur cette banquise dont le vent détachait des morceaux de temps en temps. Il fallait venir donner l'alarme en ville et demander du secours à quelques-uns des canotiers qui avaient leurs embarcations vis-àvis la rue du Platon. Nos naufragés arrivaient donc presqu'en face de l'hôtel Farmer quand ils furent retirés de leur île flottante.