CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME
Ij^ siixiiEis^nE ^û^:isrnsrEE issb-ss.
I — Pendant les vacances.
La construction de quelques dépendances de basse-cour eai^ables de loger quelques animaux, plus particulièrement nécessaires aux besoins de la communauté, ne paraissait pas un luxe dont on put se passer indéfiniment. Il y avait déjà assez longtemps qu'on souffrait de cette privation. M. Héroux crut devoir y mettre fin en faisant construire pendant l'été de 1865 une petite étable et une porcherie, le tout enfermé dans un enclos bien simple, dans le genre de celui qui entourait le jardin.
Il prit ensuite ses dispositions pour pourvoir au logement du personnel et des classes ; car les chambres assez nombreuses des vieilles casernes étaient devenues tout à fait insuffisantes pour répondre aux besoins de la communauté, lesquels allaient toujours croissants d'année en année. Il fut donc obligé de louer une maison en ville pour y placer le nouveau cabinet de physique, la classe de physique et, au besoin, une ou deux autres classes A cet effet, il passa un bail à loyer avec Dame Vve Barthe pour sa grande maison en pierre située en arrière de l'église paroissiale, coin des rues St-Pierre et Bonaventure ; car autant que possible, il ne fallaiî pas trop s'éloigner,
La corporation constatant, chaque année, un déficit dans
ses finances avait résolu d'augmenter un peu le prix de la pension, lequel fut porté à la somme de quatre- vingt piastres, au lieu de soixante et douze qu'il avait été jusque là. Eu même temps, pour faire des économies, on réduisit les honoraires des ecclésiastiques de 60 à 50 piastres. Ces deux items avec une moyenne de 20 pensionnaires et de 10 professeurs, réalisaient déjà la jolie somme de $260. En suivant ainsi dans toute l'administration un système d'économie générale, on espérait arriver bientôt à équilibrer les dépenses avec les recettes.
II Mr Richard nommé directeur î
Mais l'événement le plus important de cette vacance, fut la nomination d'un nouveau directeur pour les élèves. Mr Panneton commençait à s'apercevoir qu'il ne pourrait tenir lono-temps au travail assidu et excessif auquel il lui avait fallu se livrer depuis la fondation du Collège. Déjà il ne se sentait plus capable de parer à la variété et à la multiplicité de ses occupations, et il entrevoyait le jour où il lui faudrait absolument prendre sa retraite. Il était donc prudent de ne pas attendre son épuisement complet, avant de partager avec un confrère une partie de la direction soit morale, soit intellectuelle. Il lui semblait qu'il en aurait bien assez de s'occuper des études.
Mais à qui remettre le fardeau de la direction lequel, à raison des rapports journaliers qit'il faut avoir, soit avec les élèves, soit avec leurs parents, est très onéreux et gros de difficultés de toutes sortes. En outre, à cette époque, les maîtres surveillants étant peu nombreux et ayant pevi d'expérience, avaient besoin de l'assistance presque continuelle du directeur. Mais autant le poste était important et délicat, autant il était dilR^ile d'y pourvoir et peu enviable d'y aspirer. Alors, plus peut-être qu'à l'ouvi-rture du Collège, à raison des préjuo'és qu'on ne cessait d'amonceler contre lui et de ses revers de fortune, il eut été difficile de trouver à l'extérieur un homme qui voulut se dévouer à une œuvre sans cesse menacée dans son existence.
A riutériour du Collège, M. Panneton n'avait pas d'autres confrères prrtres que M. Héroux et M. Richard. Lh pr<-mi('r était déjà chargé de la procure, de l'enseignement de la Théologie et de la direction des ecclésiastiques, il n'était guère possible d'ajouter encore la direction des élèves à ses occupations si graves et si variées. Le second était professeur de Philosophie intellectuelle et de Mathématic^ues avec quatre heures de classe par jour. C'était déjà plus cjue suffisant pour absorber tous s.^s loisirs, cependant M. Panneton méditait le projet de lui donner encore la direction des élèves. Il avait reconnu en son jt;une confrère certaines aptitudes qui lui faisaient espérer que celui-ci réussirait passablement à la besogne dont il voulait le charger. D'abord M. Richard se plaisait à la vie de communauté et il était tout dévoué aux intérêts du Collège des Trois-Rivières. On savait même qu'il avait résistée la tentation de quelques amis de l'extérieur qui l'avaient engagé à en sortir. Il aimait à voir souvent les élèves et à passer ses récréations avec eux. Enfin il avait une santé robuste, capable de résister longtemps au travail et aux mille tracasseries de la direction.
Mais d'un autre côté, il était bien jeune encore et en plus d'une occasion, il n'avait pas caché ses répugnances pour une semblable besogne. Surtout il n'avait jamais pu prendre au sérieux les ouvertures qu'on lui avait déjà faites à ce sujet. Aux avances qu'on avait tenté de faire, il avait répondu en toute franchise : QuHl n'était pas fait pour être capitaine ni pour commander, main seulement pour travaiiler sous C autorité d'un chef, et d'un supérieur !
M. Panneton craignant un échec, se concerta avec M'j-r Cooke pour arriver plus sûrement au but qu'il se proposait. Il n'eut aucune peine à obtenir l'assentiment de l'évêque à la nomination projetée ; il pouvait môme au besoin invoquer un ordre formel de la volonté épiscopale. Cependant il voulut auparavant épuiser les moyens de persuasion pour amener M. Richard à accepter la charge de directeur. M. Panneton soumit donc sérieusement la question à son confrère. Il lui exposa en toute franchise les motifs qui l'avaient déterminé à
prendre cette décision . C'était tout d'abord l'intérêt de la maison qui exigeait que la direction fut bien plus suivie qu'elle ne pouvait l'être en restant entre ses mains ; il devait ensuite ménag-er le peu de santé qui lui restait pour suffire à la part d'occupations qu'il se réservait. Pour répondre aux principales objections de M. Richard, il rappela à ce dernier que lui aussi avait été nommé directeur bien jeune, cj[u"après tout, il restait encore le premier et celui sur lec[uel pèserait toujours la plus grande somme de responsabilité. Je sais, lui dit-ii, que les ecclésiastiques c[ui ont pleine confiance eu vous, seront très heureux de votre nomination et que les élèves eux-mêmes en seront très contents. Enfin il fit si bien, plaida sa cause avec tant d'éloquence et de sincère conviction, que M. Richard se laissa gagner et donna bien trop facilement
peut-être son consentement ! M. Panneton pensait encore
à part lui C|ue, si d'un côté la position cju'il offrait à son jetme confrère était plus redoutable qu'enviable, de l'autre, c'était un témoignage de grande confiance auqtiel M. Richard ne potirrait rester indiffèrent, et l'acceptation par ce dernier de la charge de directeur aurait pour effet de fixer à jamais sa destinée et de l'attacher irrévocablement au Collège des Trois- Rivières.
Donc, le trois septembre 1865, M. Richard fut aA'ec l'agrément de Mgr Cooke, proclamé directeur dti Collège des Trois- Rivières et M. Panneton prit le titre de supérietTi.
La rentrée des élèves eut lieu le six septembre et comme potir justifier Mr Hérotix davoir pris ses dispositions d'avance, ils furent plus nombreux que jamais.
111— OlWANISATION GÉNÉRALE.
Les élèves, en arrivant, trouvèrent le personnel organisé avec les dispositions suivantes :
Monsieur l'abbé .1. E. Panneton Ptre, supérieur et préfet des éttides. " " .1. N. Héroux Ptre, procureur, dir. des ecclé-
siastiques et prof de Théol.
IMonwiour Tabbé Ls. Ilichard l'tiv, directeur des élèves ei proi'. de riiilosophie.
" " Nap. Carou Eccl., prof, de Physique.
" dis. Lemire Eccl., pix)!'. de lihétorique. " " Em. Gruilbert Eccl., prof, de Belles-Lettres.
'■ Ph. Brassard Eccl., prof, de Versification. Créd. Brimel Eccl , prof, de Méthode.
" " P. Champagne Eocl., prof, de Syntaxe.
'• " Ferd. Verville Eccl., prof, des Eléments.
" " Pierre Roberge Eccl., régent.
Monsieur J. Bte Lamothe laïque étudiant, prof, au Cours commercial.
Quatre professeurs, ou régents de la précédente année scolaire manquaient à l'appel, savoir : MM. Ls Côté, On. St- Cyr, Alexis Delphes et Ir. Bourque. On sait déjà que ce dernier était mort le 7 avril ; indiquons maintenant la direction prise par les trois autres. Mr Ls Côté, après avoir été employé successivement aux classes d'éléments, de syntaxe et de belleslettres, passait du Collège des Trois-Ri vièVes au grand Séminaire de Québec, pour de là, entrer au noviciat des'EP. Pères Jésuites où il est devenu un des pères missionnaires de la compagnie. Mr On. St-Cyr avait rencontré tant de contrariétés et de déboires à enseigner dans un Collège où il avait été appelé contre sa volonté et ses sympathies, c[u'il prit le parti d'abandonner l'état ecclésiastique pour ne ]3as s'exposer à la répétition d'une semblable corvée. Plus tard, il entra dans l'ordre des Religieux de Ste-Croix, devint un de leurs prêtres les plus zélés, et après quelques années de service, il alla mourir au Collège de Memramcook, Nouveau-Brunswick. Mr A. Delphos fut fait prêtre et appelé d'abord à l'évêché où il exerça successivement les fonctions de secrétaire et de vicaire.
Aux grandes ordinations qui eurent lieu à Nicolet le 23 et le 24 septembre, le Collège fut représenté par deux de ses professeurs, MM. P. Roberge et A. Delphos qui reçurent successivement les ordres mineurs, le sous-diaconat et le diaconat.
et aussi par uu de ses élèves, Mr P. S. Dagiieault qui ivçnt la tous Lire.
La retraite auuuelle des élèves, confondue avec un jubilé extraordinaire accordé par notre St-Père, Pie IX, commença le dimanche soir, 24 septembre et fut prêchée par Mr le grand vicaire Laflèche qui obtint un succès comme jamais prédicateur n'en avait encore obtenu avec nos élèves.
Le mois de septembre n'était pas encore fini que déjà Mr Panneton à bout de forces et impuissant à lutter contre le mal, fut obligé d'abandonner entièrement toute occupation sérieuse et de se mettra sous les soin» du médecin ; en sorte que la surveillance des études retomba sur les épaules de Mr Richard. Mais comme celui-ci ne pouvait suffire à tout, il fut décidé qu'il quitterait l'enseignement de la classe de Philosophie et que l'on réunirait les élèves commençants avec les élèves finissants sous les soins de Mr Nap. Caron, professeur de Physique. Ces nouveaux arrangements furent promulgués à l'issue de la retraite, le 28 septembre.
Le Collège, dçjà si fortement éprouvé par la maladie de son supérieur, le fut encore par celle du maître de salle. Mr Pierre Roberge avait une santé délicate ; toutefois, il avait pu tenir à la besogne toute la précédente année, sans qu'il parût en souffrir. Il avait repris ses travaux avec courage, au commencement de la nouvelle année, mais il éprouvait une faiblesse des poumons qui allait s'aggravant de jour en jour. Dès le sept octobre, on dut lui donner un assistant dans la personne de Mr P. S. Dagneault qui fut rappelé du grand Séminaire de Nicolet. Mais le médecin de Mr Roberge fut d'avis qu'il abandonnât tout travail, et le 15 octobre, il quittait défi nitivement le Collège pour aller dans sa famille prendre les soins que requérait son état. Grâce à ces bons soins et au long repos qu'il alla prendre chez son parent, Mr Ladrière, curé de l'Ile-Verte, il put rétablir sa sauté et se préparer aux travaux du saint ministère.
Mr Richard devenu en quelques jours seulement, directeur, préfet des études et en quelque sorte, maître de salle.
parce qu'il lui iallait suppléer à rinexpérieuce et au déiaul d'autorité dun nouveau rég'ent, crut devoir profiter de ces divers incidents pour réunir les ecclésiastiques et leur donner quelques avis en rapport avec les circonstances. Il leur rappela donc qu'ils devaient s'appliquer à l'accomplissement de leurs devoirs avec un soin d'autant plus grand, qu'ils se trouvaient privés de la direction si sûre et si intelligente de Mr Panneton. Faisant allusion aux petites misères passées, il leur fit voir que le secret de vivre heureux et content est de chercher toujours et en toutes choses la volonté du Bon Dieu, et de s'appliquer à vivre en bonne intelligence avec tout le monde. Il leur fit comprendre que bien souvent il y allait ,de l'intérêt même de la santé, de garder cette disposition habituelle de l'âme. Rien ds plus fatiguant et de plus dommageable que la défiance avec les supérieurs, le défaut d'égards et de charité avec les égaux et les inférieurs, qu'un caractère soupçonneux, qu'une humeur morose et toujours ennuyée. Enfin, il leur indiqua les mesures de prudence qu'il fallait prendre, les excè'; qu'il fallait éviter pour conserver leurs forces et leur santé.
L'anniversaire de la consécration épiscopale d'^ Mgr Cooke réunit encore autour de la personne vénéi"ée de l'évêque un brillant concours. Ce fut aussi pour la communauté l'occasion de la visite très distinguée de Mr le grand-vicaire Raymond, supérieur du Séminaire de St-Hyacinthe. Les paroles pleines de sympathie et d'encouragement que Mr le Supérieur adressa à nos élèves, en rappelant qu'il avait consacré toute sa vie à la belle œuvre de l'éducation, proclamaient bien haut le vif intérêt qu'il porte toujours et partout aux collégiens.
Cette courte visite fit une bien salutaire impression et laissa un souvenir très agréable au sein de la famille trifluvienne.
Le 22 octobre, dans l'église paroissiale des Trois- Rivières, Mgr Cooke conféra la tonsure à MM. Ferd. Yerville, Grédéon Brunel, Emmanuel Gruilbert et Napoléon Caron, et les ordres mineurs à MM. Pierre Champagne et Philémon Brassard, tous
professeurs du Collège des Trois-Eivières. Les ordinands et les personnes qui entouraient et servaient Monseigneur Cooke à cette ordination n'oublieront jamais les incidents dont elle fut marquée
La monotonie des exercices quotidiens et l'invariabilité de la règle ne furent point troublées durant le cours du mois de novembre. Pendant ce mois, l'engrenage de la machine collégiale ne rencontra aucun obstacle et son bon fonctionnement ne subit aucune interruption. C'est à peine si deux ou trois cas de manquements à la règle furent référés au directeur. C'était fort heureux, car son attention était entièrement absorbés par la surveillance des classes, et par la recherche de moyens propres à promouvoir et soutenir l'ému-, lation. De là, des concours entre classes voisines, des examens particuliers sur certaines matières plus importantes, etc., etc.
La fête de l'Immaculée-Conception devant désormais, à raison des grâces extraordinaires à elle attachées, tenir une place importante parmi les fêtes religieuses du Collège, la communauté s'y prépara par une grande neuvaine, afin de se })ien disposer à bénéficier de l'indulgence plénière accordée avec tant de bienveillance par N. S. P. P. Pie IX.
IV— Fête de Mgr Cooke et commencements de la