‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 41 sur 84 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

Appréciation générale de la Sixième année.

Le développement progressif du Collège des Trois-Eiviè" l'es au milieu d'épreuves sans cesse renaissantes, est un fait qtti parut toujours aux amis de cette institution comme une des marques les plus évidentes de son utilité et de sa nécessité. Quiconque, en effet, euit l'histoire de cette maison, voit sans cesse se dérouler sous ses yeux, ces péripéties d'une œuvre toujours éprouvée et toujours providentiellement protégée.

Cette année encore^ la maladie de M. Panneton, compliquée d'embarras financiers très gr;\ves, devait ce nous semble amener Une crise fatale. Cependant la communauté, par le nombre plus considérable de ses membres, par le concours actif de ses différentes sociétés dans les fêtes multiples qui s'étaient présentées, par la beauté et la variété de ses grandes séances littéraires, par le succès de ses rhétoriciens au concovirs du baccalauréat ; par tout cela, dis-je, la communauté affirmait plus que jamais sa vitalité, sa force et ses progrès, au grand étonnement et à l'admiration de tout le monde.

Mais qu'au milieu de ses succès, le Collège ait rencontré quelques misères intérieures, faisant ombre au tableau, quoi de surprenant en cela ! je dirais avec plus de justesse, quoi de plus naturel ! Quand il souille continuellement un vent d'orage, est-il surprenant qu'il y ait des nuages au ciel ? Ces

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îuiages portcraiont même quclquelois la ruiidrc. {|n'il ne lavidrait pas eu être surpris !

Lorsqu'uu jeuue pilote voit sou vaisseau battu par la tempête, il ue craiut rieu taut qu'il peut compter sur la fidélité de sou équipag-e. Il peut braver longtemx)S la fureur des flots, si la plus prompte obéissance répond à tous ses commandements, si la plus exacte discipline est toujours rigoureusement observée. Si, au contraire, le moindre symptôme de mutinerie, de désobéissance ou même de simple nonchalance vient se manifester à son bord, alors il n'y aura plus de sûreté pour soii navire, et pour l'empêcher d'aller donner contre les écueils, il faudra à ce capitaine une main plus ferme, une vigilance plus attentive. Il sera peut-être obligé même de mettre de côté ces matelots infidèles c|ui refusent d'exécuter ses ordres. Alors qu'une vague plus haute vienne balayer le pont et emporter à la mer ces mutins qui ne voulurent pas suivre les ordres du capitaine leur enjoignant de se tenir fortement attachés au vaisseau, on plaindra à peine ces malheureux du sort funeste qui leur arrive et auquel ils se sont volontairement exposés.

Tel fut le malheur c[ui arriva à deux ou trois élèves dans le cours de l'année ciui venait de s'écouler. Ayant refusé de suivre les avis du directeur qui leur recommandait bien souvent de se tenir toujours fortement attachés à la loi du Bon Dieu et à la règle de la maison, ils furent violemment emportés à la mer par les vagues toujours montantes de leur orgueil et de leur obstination. A part ces quelques rares exceptions, le nouveau directeur fut bien satisfait de la conduite générale de la communauté. Les autres élèves lui donnèrent beaucoup de contentement et semblèrent avoir à cœur de lui rendre le plus léger et le plus doux possible le fardeau de la direction.

Le nombre des élèves qui fréquentèrent le Collège durant cette année, s'éleva à cent vingt-sept, répartis dans les classes comme suit : en Philosophie dix, en Ehétorique treize, en Belles-Lettres neuf, en Versification douze, en Méthode seize, en Syntaxe quatorze, en Eléments vingt et un, au Cours commercial trente-deux.

En faisant l'appel des anciens élèves au comraeucerneiit de l'année, on constata que vingt-cinq manquaient et étaient allés rejoindre leur cent-uu confrères déjà en recherche d'une position sociale dans le monde. La communauté nouvelle était donc composée de quatre -vingt-c[uatre anciens élèves et de quarante-trois nouveaux.

Là-dessus, il y avait 16 pensionnaires, 77 quart-pensionnaires et 34 externes. La ville des Trois-Rivières fournissait toujours près de la moitié de ce contingent. C'étaient cette année 60, les 67 autres venaient des quatre coins du Bas- Canada. L'on ne comptait que deux élèves protestants, tout le reste était catholique.

Le rapport du Procureur au Surintendant de l'Instruction Publique donne l'état des finances en trois chiffres très significatifs : Recette, $4450.00 ; dépense, $5300 00 ; dettes passives, $2900.00 ! î

Enfin les ennemis du Collège allaient triompher ! Cette situation financière était désespérée et le seul moyen sur lequel on avait compté pour consolider la dette, — l'achat du Platon — avait malheureusement échoué î

Que restait-il à faire ? sinon fermer la maison, vendre son mobilier et ses livres pour en distribuer le prix aux créanciers. Mais fallait-il perdre le fruit des sacrifices déjà faits ? Fallaitil renoncer à une entreprise en faveur de laquelle la voix de la Providence semblait s'être déclarée plus d'une fois ? Fallait-il anéantir une œuvre qui déjà avait donné ses fruits et qui en promettait bien davantage pour l'avenir ? Et cette année même, où le cours venait justement de se compléter, sur cinq finissants, quatre allaient embrasser l'état ecclésiastique ! Quelle magnifique moisson et quel encouragement ! Déjà l'on en aurait presque fini avec la difficulté de recruter le personnel, puisque chaque année, le Collège devrait donner quelques nouvelles vocations !

Les écoliers étaient entrés en vacance sans soupçonner les profondes angoisses de leurs directeurs et sans appréhension aucune pour l'avenir. M. le supérieur toujours confiant en

la l'rovitU'iue. en prenant coug-é d'eux à la lin de Tannée, avait déterminé la longueur de leurs vacances et recommandé à leurs parents de les ramener sans faute au jour fixé pour la rentrée des classes. Devront-ils cependant jamais revenir ? Problème diiR<ile à résoudre et dont la solution reste le secret de l'avenir '

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