CHAPITRE VINGT -TROISIÈME
L^ SEIPTIEIVCE ^^ItTISTEE 1866-67-
I — En vacance — Allocation de $2.000 par la Corporation DE LA CITÉ.
Ce fut vers le 15 du mois d'août que M. le procureur mit devant les membres de la eorporatiou du Collège uu état des finances de l'institution. Il ne ehereha pas à pallier le mal, ni à en exagérer les dangers. Mais M. Panneton s'elibrça de convaincre les membres de la corporation, qu'ils devaient aviser aux moyens de sortir au plus tôt de cette impasse. Il fit voir que l'expérience des deux dernières années ne leur permettait pas de rompter sur les ressources ordinaires du Collège pour en arriver là ; qu'en conséquence, il fallait nécessairement recourir à quelque mode extraordinaire. Tous admirent qu'il était urgent de mettre un terme à une situation si précaire et si gênante pour le bon fonctionnement de l'institution. Mais quel moyen prendre pour arriver au but ? C'était toujours là que se trouvait le nœud gordien de la question. Cependant on résolut de sonder l'opinion publique des trifluvieus sur l'à-propos de maintenir leur collège. Une assemblée générale des citoyens fut convoquée pour le 22 août, à trois heures de l'après-midi. La convocation de cette assemblée donna lieu au "' Journal des Trois-Rivières " de faire les réflexions suivantes :
•' Inulile de dire que cette assemblée a un objet
des plus importants. Elle est faite dans le but d'apporter
Viiiv' heviiviisi' solution à une qm-slion qui intéresse îiaulement tous les c'itoyen.s des Trois-Rivières, celle même de l'existenre d'une institution qu'ils ont eu à cœur de voir fonder en cette ville, et qu'ils doivent pareillement avoir à cœur de voir se maintenir solide et prospère. Ce serait pour les citoyens de cette ville avoir travaillé en vain, ce serait îiA'oir fait des sacrifices en vain, que de reculer aujourd'hui devant la tâche qu'ils s'imposaient si courageusement et si ulorieusement en 1860. "
" Pourquoi les citoyens des Trois-Rivières s'unissaieut-ils tous comme un seul homme lorsque s'agita la question de fonder un collège au milieu d'eux ? C'est qu'ils sentaient, c'est qu'ils étaient persuadés qu'une institution de ce genre aurait les meilleurs résultats pour l'avancement, le progrès et l'honneur de leur ville. Ils voulaient répandre avec plus de x^rofusion au milieu d'eux les bienfaits d'une haute éducation, sachant bien qu'une bonne et saine éducation contribue dans une large mesure à la prospérité de la population où elle exerce sa bienfaisante action. Ils ont, en conséquence fondé un collège qui, sous le rapport de l'enseignement, a déjà obtenu les succès les plus brillants, un collège qui a prouvé, en plus d'une occasion, que l'éducation qu'on y puisait ne la cédait en rien à celle c[ue l'on donne dans les premières maisons du pays."
" Mais il s'est produit quelques difficultés financières auxc[uelles il faut aujourd'hui apporter un remède prompt et efficace. Il ne faut pas, pour l'honneur et l'intérêt de la ville que ces difficultés existent longtemps ou qu'elles conduisent à la ruine une institution fondée sous de si heureux auspices, et dont les commencements ont été si glorieux pour tous ceux qui ont contribué à en jeter la base. Les citoyens des Trois- Rivières peuvent être convaincus c[ue si le collège qu'ils possèdent maintenant venait à se fermer, ce n'est pas probablement de sitôt qu'ils pourraient en fonder un second. Soutenons donc celui que nous avons aujourd'hui. Unissons-nous tous dans un seul et même but, celui d'assurer l'existence de
ce collège. Nous espérons que rassemblée que nous annonçons sera couronnée d'un plein succès."
Le 22 août 1866 ivstera une date à jamais mémorable dans les annales du Collège des Tr ois-Rivières. Ainsi qu'il avait été décidé par le conseil des autorités collégiales, il y eut, ce jour-là, à l'hôtel de ville une assemblée générale de tous les citoyens, convoquée pour les fins que l'on connaît et qui fut présidée par Son Honneur le maire, Mr Sévère Dumoulin.
Après que le président eut exposé le but de l'assemblée. Mr Panneton, supérieur du Collège, prit la parole. Il fit connaître les causes qui avaient amené la crise actuelle, en rappelant la condition exceptionnelle des commencements et des développements de l'institution. Celle-ci n'avait pas, comme la plupart des autres institutions du même genre, commencé avec de riches fondations, capables de répondre à une partie de ses dépenses. Elle n'avait même pu suiA're une marche lentement progressive, proportionnelle à ses moyens. Créée par la nécessité, elle avait dû, dès l'origine, ouvrir cinq classes régulières ; et cependant elle n'avait pas une rente, pas un pouce de terrain, pas même un abri pour recevoir ses membres. Logée dans une maison étrangère, dans une vieille baraque aux réparations essentielles de laquelle il avait fallu mettre des milliers de piastres ; amenée par la force des circonstances à lutter, dès ses commencements, contre d'anciennes et riches maisons ; obligée pour inspirer la confiance et assurer la force des études de s'afiilier à l'Université- Laval dès sa troisième année, de former graduellement une petite bibliothèque, de développer rapidement son cours qui venait justement d'être complété après six ans d'existence seulement, d'augmenter, tous les ans, son personnel enseignant et dirigeant, enfin d'acheter des instruments de physique, etc., etc. ; l'institution s'était trouvée dans une condition financière tout à fait exceptionnelle, si l'on veut bien ne pas oublier qu'elle n'eut jamais d'autres ressources que les pensions des élèves, un maigre octroi du gouvernement, et, par ci parla, quelques rares présents de ses amis Enfin, Mr Panneton démon-
tra à l'évidenco qu'il avait été absolument impossiblo d'évitor la position actuelle des financées du Collège.
Après M. Panneton, M. C. 13. de Niverville dit : qu'il avait travaillé de toutes ses ibrces, pendant la session qui venait de se terminer, à négocier avec le gouvernement l'achat du terrain sur lequel se trouve aujourd'hui l'établissement et que, sans l'agitation fénienne qui menace aujourd'hui le pays, il aurait certainement réussi dans ses démarches ; mais le gouvernement ne veut pas se départir maintenant de (;e terrain, parce qu'il peut en avoir besoin plus tard pour la défense du pays."
M. Niverville avait aussi reçu du ministre chargé spécialement de l'éducation, et du Surintendant lui-même, l'assurance que le Collège des Trois-liivières serait mis sur le même pied que les autres institutions classiques, dans la distribution des octrois.
MM. Yalère Gruillet et Abraham L. Desaulniers prirent aussi la parole dans un sens propre à faire comprendre à l'assemblée c[ue les sacrifices qu'il faut faire pour nos institutions ne sont rien en comparaison du bien c|u'elles procurent à la ville.
Les décisions prises à cette assemblée sont trop importantes ; elles intéressent trop tous les amis du Collège pour qu'on ne me sache pas gré d'en insérer ici le texte entier, tel que je le trouve au procès-verbal de cette assemblée.
" Proposé par C. B, de Niverville Ecr, secondé par Valère Gruillet Ecr. Qu'il soit résolu que cette assemblée juge qu'il est de la plus haute importance de venir en aide au Collège des Trois-Rivières, parce que cette maison d'éducation se trouve actuellement dans une situation finaneièra critique : qu'il est de l'intérêt des citoyens des Trois-Kivières de soutenir par tous les moyens qui sont en leur pouvoir cette institution fondée au prix de sacrifices qui ne peuvent demeurer inutiles, institution qui malgré sa courte existence, malgré le peu de ressources qu'elle ait eu à sa disposition, n'en a pas moins remporté les plus brillants succès littéraires et prouvé
en maintes occasions qu'elle était digne en tout point de la mission c^u'elle est appelée à remplir, et que conséquemment elle mérite les sympathies et la générosité do tous les citoyens de cette ville. Adoptée à l'unanimité. "
" Proposé par G-. S. Badeaux Ecr., secondé par L. U. A.. G-enest Ecr. ; Que les citoyens des Trois-Rivières maintenant réunis en assemblée publitiue, étant d'opinion qu'il faut venir en aide au Collège des Trois-Rivières, prient Son Honneur le maire et Messieurs les conseillers de la Corporation desTrois- Rivières de voter en faveur de cetie institution un octroi qui pourra s'élever jusqu'à deux mille piastres «t de le distribuer de la manière cju'ils le jugeront à pro^^os. Toutefois cet octroi devra être pris sur le revenu actuel de la Corporation et nepas provenir d'une taxe spécialement imposée pour cet objet. Adoptée à l'unanimité."
Pour répondre à ce désir des citoyens exprimé avec tant de spontanéité et à l'unanimité, le Conseil de ville, dans son assemblée régulière du 28 août suivant, sur motion proposée par M. Flavien Lottiiiville, secondée par M. Joseph Dufresne, passa une résolution à l'effet d'autoriser, en faveur du Collège un octroi de deux mille piastres, payable au procureur, en trois versements égaux de 1666.67 chacun, savoir : le premier versement le premier mars 1867, le second le 1er mars 1868, le troisième, le 1er mars 1869.
Une copie de la susdite résolution fut aussitôt transmise à M. J. N. Héroux, procureur du Collège. c|ui à son tour en informa les membres de la corporation, dans une assemblée tenue le cinq septembre suivant.
Il est beau de voir l'enthousiasme et la générosité des citoyens de Trois-Hivières eu cette circonstance. Cet acte de charité et de dévouement leur méritera à jamais la reconnaissance de tous les enfants du Collège St- Joseph. Mais il fait mal au cœur d'avoir à constater que le fanatisme protestant est venu ji'ter une ombre bien triste sur ce magnifique tableau et il n'a pas ienu à ces ennemis de nos institutions catholiciues d'arrêter un mouvement aussi patriotic[ue. En effet,
à pi'iiu' toutes les formalités requises pour mettre à exéeution les vdnix de la population eurent-elles été remplies, que, sous prétexte d'injustiee, d'illégalité et de non-uécessité, les anglais protestants et quelques canadiens catholiques fanatisés contre le Collège s'en viennent, après force cabale et intrigues de toutes sortes, mettre devant le Conseil de ville une requête en opposition à la résolution adoptée unanimement à la séance du 28 août.
Cette persécution, indignement soulevée contre une institution dans lacjuelle plusieurs familles anglaises avaient envoj^é leurs enfants suivre les cours, provoqua une levée de boucliers et des passe-d'armes très sérieuses, où le "Journal des Trois-Rivières " fit bonne justice des préjugés fanaticjues et des arguments faux et haineux des correspondants du "Witness" de Montréal. Il leur reprocha de chercher à soulever les antipathies de race et de religion, de vouloir diviser les catholiques en cherchant à en entraîner avec eux dans leur guerre contre le Collège. Il fit voir l'inconséquence et la mauvaise foi des principaux protestants de la ville cjui demandèrent au Conseil de ville de voter blanc et noir sur deux résolutions parfaitement identic|ue«. (a)
Enfin, la même haine des institutions catholiques, le même esprit de secte qui avait guidé les protestants dans leur opposition au secours Cjue la ville voulait donner au Collège, les poussait également à s'opposer à ce cjue le gouvernement lui vendit le " Platon. " En vérité, on ne pourrait croire à des sentiments aussi peu dignes d'hommes raisonnables et assez intelligents, ce nous semble, pour comprendre au moins leur propre intérêt et l'intérêt purement matériel de la cité, si les articles dévergondés du " "Witness " n'étaient là pour témoigner des dispositions de nos frères séparés.
Mais l'agitation que les ennemis du Collège avaient voulu créer parmi la population trifluvienne n'eut pas l'effet
(a) C'était une autre requête à la Corporation signée par les principaux protestants pour une demande d'octroi en faveur de l'Asile de la Providence, institution pour le moins aussi catholique que le Collège.
qu'ils en avaient espéré. Au contraire, les articles du " Witness " toujours de plus eu plus compromettants pour les honnêtes protestants, montrèrent aux catholiques d'une manière bien plus évidente que ne l'auraient pu faire les plus forts arguments ad rem, qu'ils devaient rester parfaitement unis et travailler d'un commun accord à l'œuvre si patriotique de leur Collège. Au milieu de ce conflit, le Conseil qui se sentait appuyé sur le sentiment public, demeura ferme dans l'attitude cju'il avait j)rise, et l'octroi voté resta intact. Bientôt le calme fut entièrement rétabli, et les traites du procureur à l'ordre des créanciers du Collège furent acceptées par le trésorier de la corporation de la ville ; et ainsi fut enregistré au crédit et à l'honneur de notre cité, le don magnifique de deux mille piastres.
Cependant les épreuves nouvelles que le Collège venait de rencontrer et les difficultés qu'il avait eues pour sortir d'une impasse vraiment dangereuse, l'appréhension du retour d'une semblable crise, l'attitude ouvertement hostile prise par les protestants, tout cela avait tellement dégoûté quelques membres de la corporation qu'ils en prirent occasion pour donner leur démission et dégager lijur responsabilité dans les affaires d'administration. De ce nombre furent MM. D. Gr. LaBarre et Nap. Bureau ; et comme M. Ez. Hart sorti antérieurement pour les mômes raisons n'avait pas encore été remplacé, trois nouveaux membres furent aggrégés, savoir : MM. Chs Boncher de Niverville, Révère Dumoulin et T. E. Normand.
Tous ces changements se firent au commencement de Tannée scolaire 1866-67, dans trois ou quatre assemblées successives de la corporation. Ainsi, des huit premiers membres qui avaient formé originairement la corporation, il n'en restait plus que deux ; MM. G. S. Badeaux président et Abraham L Desaulniers
Mr Turcotte décédé avait été remplacé par Mr le Docteur A. Du bord,
Mr r. Hubert démissionnaire, remplacé par Mr Tabbé J E. Panneton,
Mr A. Polette démissionuaire, remplacé par Mr l'abbé J. "N. Iléroux,
Mr Ex. Hart démissionuaire, remplacé par Mr C. V>. de
Niverville,
Mr D. Gr. LaBarre démissionuaire, remplacé par Mr Sévèr»' Dumoulin,
Mr J. N. Bureau démissionuaire, remplacé par Mr T. E. Normand.
II — Premier semestre de l'année 1866-67.
La rentrée des classes avait été fixée au cinq septembre, et comme elle coïncidait avec le mouvement d'opposition organisé par le fanatisme protestant, on vit tout de suite que la confiance du public avait été quelque peu ébranlée ; le nombre des élèves fut moindre que l'année précédente.
Cependant il n'y avait pas encore lieu de s'alarmer, et si le vaisseau ne regorgeait pas de passagers, il avait du moins une forte organisation qui le mettait en état de parer aux éventualités de nouvelles tempêtes. Yoici*:
Monsieur l'abbé J. E. Panneton Ptre, supérieur et préfet d -s études.
" " J. N. Héroux Ptre, directeur des ecclésiasti-
ques et procureur.
" " Ls Richard Ptre, directeur des élèves.
*' " Nap. Caron Acol. prof, de Mathématiques.
" " P. E. Dupont Eccl., prof, de Philosophie
intellectuelle.
" " Em, Guilbert Eccl., prof de Rhétorique.
" " John Cooke Eccl., prof, de Belles-Lettres.
" " Ph. Brassard Eccl., prof, de Versification.
" Uld. Tessier Eccl., prof, de Méthode.
*' " P. Champagne Dcre, prof, de Syntaxe.
"" " Ferd. Verville Eccl., prof. d'Eléments.
— -IhO —
Monsieur l'abbé Elp. Grodin EccL, prof, au Cours Commercial. P. S. Dagneault EccL, régent.
Monsieur Grodwin qui tenait une école anglaise en ville, fut chargé par les autorités collégiales de venir donner des leçons de lecture anglaise aux élèves des classes inférieures.
En arrivant au Collège, les élèves a pprirent la mort de deux de leurs confrères, décédés respectivement le 19 et le 28 juillet Le premier, Eugène Dupuis, fils de M. E. Dupuis de cette ville, alla rencontrer la mort au fond du St-Maurice eu prenant un bain. Le second, Sévère Dufresne. fils de M. Frédéric Dufresne de la banlieue, avait succombé à une longue maladie de poitrine.
Aux ordinations des quatre-temps, 22 et 23 septembre, les représentants du Collège des Trois-Rivières furent M. Pierre Champagne qui reçut les ordres du sous-diaconat et du diaconat, et M. Alexis Delphos qui fut promu au sacerdoce. La seconde messe de M. Delphos fut pour les élèves des Trois- Kivières, lesquels surent reconnaître, par la solennité de leurs chants et par les accords de leur musique, la faveur qui leur était accordée ; car c'est toujours un grand et bien édifiant spectacle que celui de voir les saintes émotions d'un nouveau prêtre montant à l'autel !
Le samedi, 29 septembre, le Collège des Trois- llivières recevait une visite qui mettait les élèves eu grande liesse : Sa G-randeur Mgr Demers, Evêque de Vancouver arrivé la nuit précédente par le bateau venant de Québec, voulut bien dire la messe de communauté. Cette condescendance devait ensraffer les élèves à donner à leurs chants toute l'harmonie possible. Ils firent plus, la fanfare fit aussi entendre ses plus joyeux morceaux.
Vers neuf heures de l'avant-midi, Mgr Demers, accompagné de Mgr Cooke et des prêtres de l'évèché, vint au Collège entretenir les élèves sur les missions de l'île de Vancouver. Sa Grandeur sut intéresser à un haut degré son jeune auditoire, ainsi que tous les prêtres présents à cette causerie. Le
gïniid congé, ce coinplémont naturel de toute fête, toujours si agréable aux jeu)ies élèves, vint encore cette fois couronner les douces jouissances du matin.
Le 7 octobre suivant, dans l'église paroissiale des Troisliivières, Mgr Cooke donna îa tonsure à MM. Pierre Emmanuel Dupont, Uldoric Tcs.sier, Jean Cooke et Elx)liège Grodin, tous anciens élèves et alors professeurs du Collège des Trois- Ivivières. M. dis Lemire, ex-professeur da Rhétorique, reçut aussi le même jour le sous-diaconat.
La retraite annuelle des élèves commença le mercredi soir, 10 octobre, dans l'église paroissiale, sous la direction du Révérend Père Eoyer 0. M. L Ce bon père se douna une peine ■extrême pour faire entrer et pour maintenir dans l'esprit de la retraite son jeune auditoire. Ses instructions excessivement bien appropriées et toujours parfaitement coordonnées entre elles, firent l'impression la plus profonde sur le cœur de nos élèves et obtinrent un succès merveilleux. Monseigneur Cooke donna lui-même la m esse de clôture, et il y fit en même temps les ordinations suivantes : minorés, MM. P. S. Dagneault, Ferd. Yerville, Em. Gruilbert et Napoléon Caron ; diacre, Mr C. Lemire.
Le dimanche soir, le Père Eoyer vint passer la soirée à la communauté, et amuser nos élèves par une causerie familière. En terminant il leur dit que, pour leur témoigner la satisfaction qu'ils lui avaient donnée durant les exercices de la retraite, il leur accordait, avec l'autorisation de Mr le supérieur, un grand congé pour le lendemain, lundi. Il n'en fallait pas autant pour porter à son comble l'enthousiasme et la joie de la gent écolière ; aussi l'octroi dn congé fut-il salué par un tonnerre d'applaudissements.
Le quatorzième anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr Cooke attira, comme de coutume, un grand concours du clergé diocésain. Cependant la messe solennelle ne put être chantée par Monseigneur. Son grand âge et les fatigues qu'il avait éprouvées les trois ou c[uatre dimanches précédents où il avait dû faire des ordinations, ne lui permirent pas de
payer encore de sa personne en cette circonstance. La messe solennelle fut chantée par M. le grand-vicaire Thomas Caron, supérieur du Séminaire de Nicolet ayant pour diacre M. L. Pothier, curé de AYarwick, et pour sous-diacre M. Maj. Marchand, curé de Drummondville. Les assistants au trône étaient M. le grand-vie. Laflèche, M. Gragnon curé de Berthier et M. Aubry curé de St-Léon. Le chant du choeur de l'orgue par les élèves fut splendide. Le concours de la fanfare du Collège, qui exécuta avec beaucoup d'entrain et de perfection plusieurs jolis morceaux, ne contribua pas peu à rehausser l'éclat de cette fête.
Le dimanche, 21 octobre, après les vêpres, la communauté prenait encore, par son chœur de chantres et par sa fanfare, une part très active à la grande cérémonie religieuse qui eut lieu à l'occasion de la bénédiction de la première pierre da Couvent de la Providence. Le dimanche, 4 novembre, nouvelle ordination ; ce sont MM. Pierre Eoberge et Charles Lemire, deux ex-membres de notre personnel, qui sont faits prêtres. M. Lemire célébra sa première messe en présence de la communauté au service de laquelle il avait donné trois ans de professorat.
Vers cette époque, une poésie i>ubliée dans le " Journal des Troie-Rivières, " signé L. A. Georges D. et attribuée à un élève du Collège, provoqua une critique acerbe attribuée à nu autre élève, et il s'échangea entre les deux écrivains et leurs amis des coups de plume plus ou moins aigres-doùx. Les directevrs du Collège durent intervenir pour faire cesser cette petite guerre dont le public commençait à s'émouvoir. Heureusement il n'y eut qu'un peu trop d'encre de versé ! La bonne harmonie et la charité se rétablit aussitôt parmi ces élèves, et tout sentiment de malveillance ou de haine disparut entièrement; et lorsqu'arriva la fête de l'Immaculée- Conception, tous s'efforcèrent de gagner l'indulgence plénière, en s'approchant des sacrements avec grande ferveur et après une préparation de neuf jours.
La St-Thomas, fête patronale de Mgr Cooke, donna lieu à une jolie démonstration de la part des élèves du Collège. Le
OAQ
mercredi, 10 décembre, à cinq heures de l'après-midi, Sa G-randenr accompagnée d'un grand nombre des messieufs du clero'é, S3 rendit au Collège où elle fut reçue au son d'une musique harmonieuse. M. F. X. Cloutier ouvrit la séance par une petite adresse en latin ; ce n'était pas pour demander congé, bienque la tradition eût appris aux élèves que Monseigneur aimait qu'on lui demandât cette faveur en latin. Cette fois ce fut pour demander une faveur d'un ordre plus élevé, je veux parler des bénédictions abondantes que l'Eglise met dans les mains de l'évêc^ue ; et voilà pourcjuoi, pour solliciter cette fjiveur, l'on avait emprunté la langue de l'Eglise.
M. René Dupont, élève de Philosophie, vint ensuite donner en français le principal discours de la fête, lecjuel contenait l'expression des sentiments d'une vive gratitude et d'une profonde vénération. A la suite de ces deux premières adresses, l'on chanta sur un air de A. Rolland, une chanson composée par un élève de la maison. Les miliciens eurent leur petite part dans le programme de la fête, et ils s'en acquittèrent avec beaucoup de précision et d'honneur.
A propos du congé, Monseigneur reçut en anglais de la part de M. Alfred Griroux, de New- York, une supx)lique Cjui allait à ne demander rien de moins que de renvoyer à plus tard ce jour de repos. La bénédiction que l'on venait de recevoir, disait-on, rappelait une autre bénédiction que l'on désirait aller recevoir au commencement de la nouvelle année ; en conséquence, on priait Sa Grrandeur de renvoyer à cette époque le complément obligé de sa fête, le grand congé.
Monseigneur remercia de tout cœur les élèves des vœux qu'ils formaient pour lui, et leur dit qu'il était satisfait, tant de leur conduite sous le rapport religieux que des succès remarquables qu'ils avaient remportés dans les concours ; il ajouta qu'il était heureux d'accorder une réponse favorable à leur requête. Sur la demande de quelques amateurs, M. Alphonse Camirand mit le bouquet à la fête en chantant " la Tiirol'enne ". Avant de quitter la scène, ce dernier élève remercia Mgr Cooke des bonnes paroles qu'il venait de leur
adresser, et delà bieuveillauce avec laquelle il avait agréé leur dem«inde.
La fête de Noël fut, comme de coutume, l'occasiou d'une éclatante démonstration de la piété des fidèles. La communauté fit tous ses efforts pour rendre la solennité la plus belle possible. Eappellerai-je ici les douces émotions que provoque toujours la messe de minuit ? émotions auxquelles les enfants sont particulièrement sensibles ! En effet, se lever au beau mili3u ai la nuit, dans la profond.nir du premier sommeil, alors que les rêves d'or dà la première enfance ramènent à l'imagination les circonstances d'une première visite à la crèche de l'Enfant- Jésus. Sortir aussitôt sous le souffle d'un froid glacial, se rendre à l'église à la demi-clarté de la lune ou à la lueur vacillante des étoiles, entendre dans le silence solennel de la nuit le carillon des cloches sonnant à toutes volées et appelant à la crèche les adorateurs de l'Eufant- Dieu, y voir accourir ces foules nombreuses et recueillies qui bientôt remplissent les nefs du temple saint, être témoin des cérémonies augustes et subir les douces impressions des (;hants si pieux et si naïfs des bergers ; tout cela a un cachet particulier d'étrangeté sublime et d'éternelle nouveauté, qui fait cju'on se complaît toujours iniiniment dans le retour de cette grande solennité.
III — Le .tour dp: l'an 186Y.
Le lundi, 31 décembre, il y avait au Collège, de bonne heure le matin, un mouvemcMit tout à fait inaccoutumé. Les élèves avaient mis un empressement exceptionnel à faire leur toilette, et cependant l'on remarquait qu'ils y avaient apporté un soin tout particulier. Leurs désirs semblaient prendre des ailes ; car trois minutes après être descendus des dortoirs, ils étaient tous prêts à faire leur prière du matin, dans laquelle sans doute ils eurent bien quelques distractions involontaires La prière fut immédiatement suivie de la Sainte messe, et dès lors ils étaient prêts à partir !
En effet, c'était congé et congé extraordinaire portant
avec lui la permission générale de courir au foyer pateruel pour y solliciter la bénédiction du bon papa, y recevoir les caresse^ d'une tendre mère, babiller pendant deux jours avec les sœurs et les petits frères. Donc il n'y a pas de temps à
perdre. Yite ! arrive postillon ! Il n'était pas huit heures
encore à l'horloge du règlement, que déjà toute la communauté dispersée aux quatre vents du ciel courait allègre et joyeuse sur les huit routes qui sortent de la ville. Une fois la maison vide d'élèves, les surveillants et les professeurs purent à leur tour, prendre leur volée. Donc, le jour de l'an au matin, le Collège resta silencieux et triste comme le corps d'où l'âme s'est envolée. Mais lui aussi devra ressusciter le ' troisième jour, car le congé doit finir le mercredi soir, et gare aux membres qui retarderaient de venir s'ajuster aux autres à l'heure déterminée, il pourrait en résulter de grandes souffrances pour le corps, peut-être l'impossibilité de réunir jamais ces membres épars et perdus !
La limite de la faveur accordée avait été fixée à six heures après-midi, le mercredi. Or il arriva, au grand chagrin du directeur, que dix ou onze élèves manquaient au rendezvous à l'heure marquée. C'était déjà l'abus qui venait gâter et déprécier une chose excellente en soi ; mais rendue presqu'inévitablemeut mauvaise par la légèreté et l'imprudence de quelques élèves, aidées de la mauvaise volonté de quelcjues parents. Cependant pour ne pas faire croire à une désobéissance plus grande qu'elle n'a été, il faut dire cjue le lendemain matin, à l'ouverture de la classe, il ne manquait plus que cinq retardataires. Ce nombre était encore trop grand, quand tout le monde devait être au poste.
M. Panneton, a,yaut une santé toujours très faible, avait été obligé de prendre de nouveau un repos absolu, et il dut s'en remettre entièrement à M. Richard pour la surveillance des classes et pour les examens du premier semestre. Afin donc de rendre la besogne moins fatiguante, celui-ci résolut de diviser les examens et de les faire subir partiellement, au fur et à mesure, qu'une classe se trouvait préparée sur une matière. . Ce système avait l'avantage de charger moins la
mémoire des élèves, il rendait aussi moins onéreuse pour le préfet des études, robligation de s'assurer par un minutieux examen de la capacité de chaque élève. Toutefois, vers la fin de janvier, le travail du premier semestre était entièrement terminé dans chacune des classes, et voici pour l'examen la moyenne des succès obtenus : En Philosophie bien, en Rhétorique très bien, en Belles Lettres très bien, en Yersification bien, en Méthode bien, en Syntaxe très bien, en Eléments bien, au Cours Commercial bien; moyenne générale bien.
Ce résultat était très satisfaisant, surtout si Ton considère les dérangements considérables que, pour diverses raisons, les classes avaient éprouvés, et surtout celui qui était résulté de la maladie et de l'absence de M. Panneton.
lY — M. LE Grand Vicaire Laflêche nommé evêque d'Anthedon.
Le 18 janvier 1867 fut marqué par un événement fort important pour le diocèse, jpour la ville et le Collège des Trois- Rivières : ce jour là, Mgr Cooke recevait de Eome les bulles qui nommaient M. le grand Aàcaire Laflêche son coadjuteur cwnfidurû i>nœemone, avec le titre d'évêque d'Anthedon in»partibus infidelium. Cette nomination que tous les diocésains, sans exception, prêtres et fidèles, appelaient de leurs vœux les plus ardents, fut saluée par un immense cri de joie et de reconnaissance. Elle fut universellement agréée avec une satisfaction et une confiance qui évidemment s'appuj^aient sur le mérite, les vertus, la science et l'éloquence de ce digne prêtre. Cependant cette bonne nouvelle fut suivie d'une anxieuse attente que certaines indiscrétions de journaux mal renseignés rendirent encore plus cruelle : Monsieur le grand vicaire Lallèche, répétait-on, n'accepterait pas aujourd'hui une dignité qu'il fuyait, il y a dix ans passés ! !
Dieu qui parlait par la voix de son vicaire, qui suppliait par celle de l'évêque diocésain, qui faisait instance par celle de tout le peuple fidèle, triompherait-il des répugnances invincibles que M. le grand vicaire Laflêche avait pour la
tlii^iiitè épiscopale ? Qui diva les déchiremeuts et les combats do (',<'tt(' lutte sui)ivau' entre la conscience d'un devoir imposé par les supérieurs, et la perspecti\^e d'un fardeau qu'il ne <royait pas pouvoir porter ! La croix fut acceptée et le sacre fut iixé au 25 février suivant. L'expression de la joie publique trouva un écho fidèle dans presque tous les journaux du pays, lesquels, en annonçant cette bonne nouvelle, publièrent des notices biographiques toutes plus élogieuses les unes que' les autres.
Les fêtes de la consécration de Mgr. Laflèche furent vraiment grandioses, et laissèrent dans l'âme de tous ceux qui en furent les témoins d'impérissables souvenirs. Il y avait alors à la cure des Ïrois-Rivières un homme fort habile dans l'organisation de démonstrations de tout genre, et qui, payant toujours de sa bourse et de sa personne, avait le talent de soulever l'enthousiasme, mieux que cela, de porter invinciblement à l'action ; j'ainomiué monsieur l'abbé C. FI. Baillargeon. Tout d'abord il voulut procurer au nouvel évëque un trousseau digne de sa brillante renommée, et digne en m.ême temps de la haute dignité de l'épiscopat. Les diverses associations, les communautés, les parents et les amis, tous rivalisèrent de zèle et de générosité, les dons furent d'une beauté et d'une magnificence quasi-royale. Ensuite, la réception des évêques et du clergé diocésain et étranger aurait été tout à fait digue de la circonstance, n'eut été le malencontreux contretemps causé par le retard du train spécial amenant les illustres voyageurs de la station d'Arthabaska, le dimanche après-midi.
Le pont de glace était formé depuis quelque temps vis-àvis le haut de la ville, en sorte qu'il y avait entre celle-ci et la station du sud une traverse un peu longue mais passablement sûre. Un grand nombre de citoyens, ayant la musique du Collège en tête, s'étaient donné rendez- vous à la gare pour y attendre l'arrivée du train. Mais celui-ci retardant beaucoup, plusieurs prirent le parti de s'en revenir, pour ne pas se laisser surprendre par les ombres de la nuit, au milieu d'une tempête de nord-est qui brisait continuellement la glace. Quand
le train rentra eu gare vers cinq heures et demie, il y restait comparativement peu de monde, et les nouvelles que l'on donna aux voyageurs relativement à la longueur et aux dangers du chemin sur la glace, eu déterminèrent quelques-uns à prendre les canots. Ceux qui redoutaient trop cette navigation, préférèrent prendre les voitures, au risque de faire un détour de six à sept milles, pourvu qu'on les conduisit sûrement aux Trois-Rivières.
Donc les quelques cinquante éc|uipages qui se trouvaient à la gare à l'arrivée du train se divisèrent en trois groupes ; les uns, en petit nombre, se hâtant vers les canots, les autres suivant avec de g-rands risques les sinuosités dangereuses de la mare ; d'autres en plus grand nombre, allant croiser le fleuve à trois milles plus haut. Il était près de neuf heiires quand tout le monde fut rentré en ville. Or, si l'on veut bien ne pas oublier que le vent du nord-est soulevait une épouvantable jfoudrerie, on se fera une idée des désagréments de cette promenade, en particulier pour nos musiciens qui arrivèrent au Collège transis de froid, et non sans avoir subi de sérieux accidents, (a)
Mais on ne fut que mieux préparé à prendre un sommeil réparateur, propre à disposer aux nouvelles fatigues du lendemain.
La messe de consécration fut chantée à neuf heures par Mgr Baillargeou, Evéque de Tloa. assisté de son grand vicai re, M. Cazeau, de M. le grand vicaire Thomas Caron et de M. Martineau, curé de St-Charles, de M. H. Suzor, curé de St- Christophe et de M. J. E. Chrétien, curé de Ste-Flore. Les évêques assistants du nouvel élu étaient Mgr Linch de Toronto et Mgr C. Larocque de St-Hyacinthe. En outre, nos seigneurs Horan de Kingston et Cooke des Trois-liivières assistaient parés au chœur, que remplissaient plus de 150 membres du clergé diocésain et étranger.
(a) Aliihoiise n'a pas oublié Siv fameuse vrrsale dans laquelle sa contre-basse eut tant à souffrir 1 Car eoninie il avait roulé de toute sa pesanteur, du haut en bas d'un énorme banc do neige, avec sa contre-basse dans les bras, il ne faut pas demander si celle-ci s'est relevée aplatie et défigurée !
Lu lathédrale était oniéi; avi'c beaucoup de goùl, cl une V.'maïquable inscription se détachait sur de magnifiques draperies au dessus du grand arc-doubleau qui sépare l'autel du sanctuaire : " Di/ertus Dm et homimhus. " Cette inscription lournit à l'orateur du jour, Monsieur le grand vicaire C. O. Caron, un thème magnihcjue à exploiter et il sut le faire avec un rare bonheur. La péroraison de ce remarquabh; discours fut d'une grande sublimité et d'une haute éloquence, et elle laissa sous le coup de l'émotion l'a plus vive l'immense auditoire c[ui encombrait la cathédrale.
Le chant et la musique furent en harmonie avec la grandeur du jour, et contribuèrent pour beaucoup adonner de l'éclat à cette importante solennité. Le chœur des élèves, aidé du concours de quelques anciens confrères, exécuta en particulier avec succès à l'offertoire le grand et difficile morceau de Lambillotte qui a pour titre : O cor aniuris vidiina.
Après la messe, il y eut, à l'évêché, adresse des citoyens des Trois-E/ivières, par Son Honneur le Maire, adresse de l'Union St-Joseph par son président, M. A. Dubord, adresse du Barreau par le bâtonnier, M. A. D. Bondy. A chacune de ces adresses, Monseigneur répondit avec beaucoup de tact et une éloquente émotion.
Le dîner se prit dans la grande salle de l'école des Frères. Plus de 160 convives assistaient à ce banquet de fête qui eut aussi ses petits incidents. Vers la fin du dîner, une députation des élèves des bons Frères vint présenter une jolie adresse à lac[uelle Mgr répondit avec le même bonheur que d'habitude. Puis, il remercia en termes très afièctueux Mgr l'évêque consecrateur, les j)rélats étrang-ers et tout le clergé qui était venu en foule à son sacre, malgré les difficultés et les inconvénients du voyage à cette saison.
Mgr de St-Hyacinthe se levant alors, dit : "' Monseigneur, " eu venant assister à votre sacre, nous n'avons pas eu de " souffrances à éprouver, car les choses avaient été trop bien " faites pour cela ; mais, Mgr, eussions-nous eu quelques dif- '■' ficultés, quelques souffrances, nous aurions passé facilement
" à travers ces épreuves, vu qu'en nous rendant à votre cousé- " cration épiscopale, nous assistions à une cérémonie cj^ui nous " donnait pour confrère un prêtre aussi distingué par ses " vertus que par ses talents brillants. "
Ces paroles qui interprétaient si bien les sentiments de toute l'assistance furent saluées par des applaudis^sements prolongés. Il est, en effet, remarquable de constater combien le sentiment public applaudissait à l'élévation de M Lafiè:he à la dignité épiscopale.
" Le Journal des Trois-Rivières, " dans son compte-rendu de la cérémonie du -sacre, s'exprime ainsi : " On avait hâte " d'arriver à ce jour, parce Cju'il devait nous apporter la réali- " sation des vœux les plus ardents des citoyens de cette ville, " des habitants di^ ce diocèse, et de tous les catholiques du "pays. .Carie désir de voir le nouvel évèque revêtu de la " dignité épiscopale ne se bornait pas à cette ville ni au dio- " «""èse, mais à tout le pays. C'est ce que nous disait en efF^t '' bien éloquemment la nombreuse et imposante réunion " d'hier "
Après avoir fait le tableau de cette magnifique réunion de prélats, de notabilités du clergé et du peuple, il ajoute : " Ah ! c'est que l'élévation de Mgr Laflèche à la dignité épis- " copale était plus qu'un fiiit particulier à cette ville et à ce " diocèse, c'était un événement d'un intérêt général, un événe- " ment dont le retentissement devait s'étendre à tout le '• pays "
Dans l'adresse de l'Union St-.Toseph se retrouve la même idée exprimée sous une autre forme : " Eu acceptant la charge " de l'épiscopat, vous avez fait plus que vous rendre aux dé- " sirs de vos supérieurs ecclésiastiques, vous avez comblé les " vœux des catholiques non pas seulement de ce diocèse, mais " du pays tout entier. Une telle unanimité devra, nous l'es- " pérons, contribuer à alléger le fardeau c|ui vient de vous " être imposé."
La première visite de tSa Grandeur, après le splendide banquet qui suivit la cérémonie du matin, fut pour les direc-
tours ot pour les élèves du Collège des Trois-Rivières. La salle de réception avait été décorée avec soin, les élèves avaient revêtu leurs uniformes militaires et avaient, musiqae en tête, salué l'illustre visiteur par des salves répétées. L'adresse de circonstance fut présentée par M. N. Martel, élève de Philosophie.
En voici quelques extraits : " C'est surtout dans
ces temps malheureux où l'impiété se dresse partout menaçante, qu'il nous faut des chefs courageux et forts, prudents et expérimentés dans la lutte."
" Qu'il nous soit permis de le dire. Monseigneur, vous réunissez ces précieuses qualités, et en vous nommant à l'épiscopat, l'on n'a fait qu'agrandir votre sphère d'action, utiliser plus amplement vos lumières et vos vertus, et fournir de nouveaux aliments à votre zèle."
" Nous le comprenons, si l'épiscopat est un honneur, il est aussi un fardeau. Votre G-randeur a pu hésiter en face de cette immense responsabilité, mais la volonté de Dieu s'était fait connaître, vous nous avez donné l'exemple d'une grande obéissance."
" L'huile sainte a coulé sur votre front, vous avez été oint au nom du Seigneur et la gloire du sacerdoce a été couronnée en vous par une autre gloire qui la revêt d'un éi-lat ineffable. "
" Désormais, Monseigneur, vous serez le père des fidèles... Mais la sollicitude d'un père s'étend particulièrement sur ses plus jeunes enfants : nous osons donc. Mgr, réclamer pour nous une large part de votre sollicitude et de votre protection "
Dans sa réponse. Sa Grrandeur saisissant cette dernière pensée, la commenta longuement et déclara qu'elle étendrait davantage ses attentions sur la jeunesse, mais surtout sur la jeunesse de nos collèges que la Divine Providence destine à des positions si importantes et si délicates. Puis elle recommanda aux élèves d'être bien dociles aux enseignements qu'on s'efforçait de leur inculquer pendant leurs années de collège, afin de devenir plus tard de véritables défenseurs
de la Religiou et de la Patrie. Vous teuez daus ros maius* les armes du soldats (a) et l'on vous prépare à manier l'arme de l'écrivain. SaA'ez-vous bien qu'entre ces deux ^choses il n'y a pas une grande distance, et cjue bien souvent c'est la plume qui remue les armées ? Travaillez donc, nourrissez vos cœurs et vos intelligences de saines et véritables doctrines qui seules feront votre force, la force de votre patrie et partant celle de votre religion ; car les noms de patrie et de religion sont inséparables. Ah ! j'ai connu de ces hommes qui, après avoir foulé aux pieds les principes que nous puisons dans nos collèges, se sont toiirnés contre leur patrie et contre leur religion. Evitez de marcher sur leurs traces ..J'aurai sans doute
le bonheur d'imi)Oser les mains à plusieurs d'entre vous ; et lorsque daus mes visites pastorales j'irai les retrouver, avecquel plaisir je les verrai, s'ils sont toujours ouvriers diligents et fidèles, constamment occupés à cultiver la vigne du Seigneur.
Cette magnifique réponse fut couverte par les applaudissements prolongés des élèves et des messieurs du clergé. Aussitôt M. Isaac Desauluiers Ptre, professeur de Philosophie au Séminaire de St-Hj^acinthe, prit la parole ; voulant, comme il le dit, profiter de la jn'emière circonstance favorable pour féliciter publiquement Sa Grrandeur, non-seulement eu son nom, mais au nom du Séminaire de St-Hyacinthe dont il faisait partie. Cette maison, ajouta-t-il, avait appris avec une grande joie sa nomination à l'épiscopat, parce qu'il avait des titres nombreux et incontestables à cette éminente dignité. Ici l'orateur fit une fine allusion au précieux ouvrage que Sa Grrandeur avait publié l'année précédente. Par tous ces travaux, a-t-il dit, vous avez été non-seulement utile à l'Eglise et au pays, mais vous avez comblé une immense lacune, et vous nous avez même le premier indiqué la route qu'il nous fallait suivre à l'avenir
Après ces éloges chaleureux, les élèves chantèrent une ode composée pour la circonstance. Je voudrais pouvoir la
(;i) 11 iw faut pas oublior que notre compagnie se trouvait sous l.s armes
donner ici on entier, mais je sens que j(; me suis trop lon*^temps arrêté déjà. Je me contenterai d'en eiter la première strophe, pour donner une idée du morceau.
Quels fiis joyeux vicmiout ù mon oreille? Ciel ! de quels dons nous favorisez-vous ? S'opère-t-il pour nous quelque merveille ? Pourq uoi ces chants si pompeux et si doux ? Sonnez ! sonnez ! harpes du sanctuaire ! Applaudissons ! L'arbre dont un rameau Nous protégeait d une ombre tutélaire, Vient de voir naître un rejeton nouveau !
Pendant ce chant qui fut exécuté avec succès, Sa Grrandeur hxissa' voir sur sa figure les marques d'une vive émotion, et nul doute que l'impression favorable qu'elle reçut, en cette solennelle circonstance, ne soit restée profondément gravée dans son âme, et n'ait commencé à dissiper les préjugés qu'elle avait entretenus jusque-là contre le Collège des Trois-Itivières.