CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
L^ nsTETJ'^iEnynE /^isriNrEE isss-s©
I — Les vacances.
M. Pauneton, en partant dès le premier jour des vacances avec l'intention de prendre une année de repos, laissait M. Richard seul prêtre au Collège des Trois-Rivières. Que l'on juge de la gravité et du nombre des occupations qui, par le fait, retombaient sur les épaules d'un seul homme. Il lui fallait à la fois agir comme supérieur, comme directeur, comme préfet des études, comme procureur, comme économe, que sais-je ! Il avait à surveiller les travaux d'une ferme, des comptes à collecter, des réparation'^ à faire faire aux vieilles casernes II lui fallait pourvoir au nettoyage de la maison et à l'entretien des meubles. II devait préparer incessamment le rapport annuel S faire au gouvernement. Enfin il avait à s'occuper de l'organisation du personnel pour la prochaine année, à commencer par un directeur pour linir par quatre ou cinq professeurs.
En effet MM. F. Verville et P. S. Dagneault avaient fait leur temps de service, et ils devaient aller au grand Séminaire pour se préparer plus prochainement aux Saints-Ordres. M. Gédéon Brunel avait aussi d'excellentes raisons pour aller au grand Séminaire, et M. Aug. Duval retournait dans le diocèse de Québec auquel il appartenait.
Cependant les nouvelles reçues de M. Godin, depuis trois
mois aux Etats-Uuis à la recherche de professeurs d'anglais, n'étaient pas du tout favorables. Après s'être adressé successivement à plusieurs évoques, il en était arrivé à la conclusion qu'il lui serait impossible de trouver des professeurs ecclésiastiques, et il était entré en négociation avec- deux jeunes laïques, MM. Linnendoll et Clune ; mais il attendait l'assentiment de ses supérieurs avant de conclure les engagements. Dans l'intervalle, il résolut de tenter un dernier effort auprès de l'archevêque de New- York, Mgr McCloskey. Il fut plus heureux dans cette dernière démarche. Deux ecclésiastiques, MM. O'Brien et AYells, consentirent à venir enseigner l'anglais, pour avoir la chance d'étudier le français tout en faisant leur théologie. Ils exigeaient les mêmes honoraires que les autres ecclésiastiques.
De son côté, M. Richard, en apprenant l'inutilité des premières démarches de M. Grodin, s'était adressé pour les mêmes fins et sans plus de succès aux évêques de Toronto, de Kingston et d'Ottawa, Mais la question principale qu'il s'agissait pour lui de résoudre, c'était de trouver un confrère qui voulut partager avec lui le fardeau de Tadministration du CoUèg.'.
Voici donc comment il rend compte à M. Panneton de ses démarches et de leur insuccès.
" J'ai demandé M. Lottinville : sa réponse, basée sur les
" conseils de quelques curés ses amis, a été négative Je
" me suis adressé à M. Gruilmette, j'ai même fait des instances " et j'ai appris de sa propre bouche qu'il était et voulait demeu- " rer l'ennemi de notre Collège. J'ai demandé M. Marcotte, mais " en vain et M. Rheault aussi."
" Mgr Cooke a demandé M. A. Mayrand, M. T. Gouin,
" M. Legris et bien d'autres encore L'autre jour, j'allai
" chez Mgr Laflèche pour l'avertir que j'avais l'intention de " m'adresser à M. Smith, Mgr m'a dérouté en me disant qu'il " avait promis à M. Boucher de lui laisser encore son vicaire " cet automne. "
Le supérieur du Collège, comme on le voit, avait une charge difficile à remplir ; mais il faut avouer que les diver-
Bes occupations qu'il pouvait offrir à uu confrère, n'avaient rien cle bien enviable, et n'étaient pas' de nature à provoquer la moindre ambition. Ces difficultés de trouver un nouveau directeur rappelaient assez celles que Mgr Cooke avait rencontrées lors de l'ouverture du Collège ; mais celles-ci paraissaient plus graves encore, parce qu'elles provenaient cette fois, non pas de l'antipathie que ces prêtres avaient pour le Collège, car la plupart lui étaient dévoués, mais de l'incerti-' tude et des dangers de l'avenir. M. Richard devinait aisément le vrai motif des refus qu'il éprouvait partout, et il n'était pas le dernier à admettre son extrême gravité. Si donc il ne s'est pas découragé au milieu d'épreuves aussi grandes, et de tant de contrariétés, il le doit uniquement à S. Joseph, le glorieux oatron du Collège qui montra alors plus c|ue jamais son action providentielle et sa bienveillante protection sur notre maison. Car, lorsc^u'il considère aujourd'hui froidement cette situation si critique dans laquelle il s'est trovivé et la responsabilité effravante qui pesait sur ses épaules, M. Richard ne peut comprendre comment il a pu tenir sur la brèche, sans éprouver jamais de défaillances, sans soupçonner même la grandeur des périls qu'il affrontait. Nul doute qu'il sentait alors, sans s'en rendre bien compte, cette action de la Providence c[ui lui apparaît si évidente aujourd'hui. Toujours est-il que, pendant que d'un côté tous ses plans relatifs à l'organisation de la tête de la communauté étaient impitoyablement déjoués, ceux au contraire c^ui regardaient l'ajustement des membres ne souffraient pas de difficultés. Ainsi les vides créés par les professeurs démissionnaires allaient être aisément remplis. Cependant les projets de nomination préparés par M. Richard, conlirmés par M. Panneton et approuvés par Mgr Cooke, appelaient au service du Collège, outre un nouvel ecclésiastique donné par les finissants de la dernière année, M. Ephrenr Kobt^rt, deux autres élèves MM. F. X. Cloutier et Gr. Pager auxquels il restait encore une année d'études à faire. Comme ces deux élèves étaient les seuls finissants pour la prochaine année, et comme leur vocation ecclésiastique paraissait assez certaine, M. Richard obtint facilement de Mgr la permission
d'employer ces deux élèves comme professeurs. Le plus diliicile était d'obtenir l'assentiment de ces derniers ; car c'était le sacrifice d'une année de liberté qu'on leur demandait, et l'offrande volontaire d'une année de durs labeurs que leur Aima Mater réclamait d'eux. Pleins de générosité et de dévouement, ils donnèrent leur consentement avec plaisir, et avec un empressement qui fut fort agréable à leur directeur et le dédommagea un peu des refus qu'il éprouvait ailleurs.
Au milieu des graves préoccupations qui absorbaient l'attention et le temps du nouveau supérieur pro iempore, celuici n'oubliait pas de tenir la corporation au courant de toutes les afiaires qui pouvaient l'intéresser. Dans ce but, il la réunissait le 17 juillet pour lui communiquer une lettre de M. le docteur A. Dubord, offrant sa résignation, et il engageait les membres qui avaient jeté les yeux sur lui j)our remplir le vide causé par cette démission de M. Dubord, à prier plutôt le curé des Trois-Rivières, Monsieur l'abbé C. F. Baillargeon, d'entrer dans la corporation. " Ce serait, " leur disait-il, "le " moyen d'intéresser ce prêtre plein de zèle et d'activité à la " cause du Collège. Quant à moi, le titre que vous voulez me " donner ne pourra rien ajouter aux obligations qui me lient " déjà envers l'institution, tandis qu'au contraire, vous avez " absolument besoin, dans les circonstances actuelles, du con- " cours du curé des Trois-Rivières. "
L'événement justifia les prévisions et la confiance que Mr Richard reposait en Mr Baillargeon, mais celui-ci ne voulut pas accepter la charge de membre de la corporation du Collège des Trois-Rivières avant d'y avoir mûrement réfléchi, et avant d'avoir pris l'avis de ses amis et de ses supérieurs.
Dans cette même assemblée du 17 juillet, on vota une motion d'urgence touchant l'affaire de ratification du titre d'achat de la ferme Barnard. et Mr Ab. L. Desaulniers fut chargé de faire les premières démarches à cette fin. Enfin Mr Richard fut nommé procureur du Collège, en remplacement de Mr Panneton.
Dans une autre assemblée, tenue le 28 juillet, les comptes
du Collège sont soumis aux membres de la corporation et approuvés, le rapport au gouvernement est adopté, et, pour ouvrir les portes du Collège à un plus grand nombre d'élèves, il est décidé que les enfants de la ville ne pourront qu'être externes ou tout au moins ne seront admis comme internes qu'à la condition de coucher chez leurs parents.
Enfin dans une troisième assemblée tenue le 31 août, Mr BaiHargeon donna sa réponse définitive, en acceptant la charffe qu'on lui offrait, et il déclara cju'il voulait se mettre immédiatement à l'œuvre, en entreprenant la lourde tâche de demander et de recueillir des souscriptions pour payer la ferme " Barnard. "