CHAPITRE TRENTIÈiME
X^J^ DI^^IEnyLE J^nSTIsTEE 1869-70.
I — En vacance.
Eue importante décision fut prise par la corporation du Collège, au commencement des vacances de 1869. On résolut d'agrandir la maison, pour l'accommoder mieux aux exigences commandées par l'augmentation constante du personnel des professeurs et des élèves. Le plan proposé par M. Richard et qui ne devait être fort dispendieux, était d'élever deux nouveaux étages sur l'aile en bois, bâtie depuis quelques années ; de partager le premier étage, de manière à avoir trois classes d'égale dimension, de 24 x 16 pieds ; de faire deux dortoirs des deux étages supérieurs, en ménageant à l'extrémité opposée aux escaliers, des chambrettes pour le logement des ecclésiastiques surveillants. Quant aux escaliers, celui du premier dortoir serait placé dans le passage de communication entre la salle de récréation et la nouvelle bâtisse, l'autre monterait le long du mur à côté de la porte du premier dortoir. On aurait de plus sur ce petit passage un^e porte de sortie sur la cour de récréation.
Enfin l'intention de M. Richard était de faire disposer la face de la nouvelle bâtisse qui regardait la cour de récréation de manière à en faire un jeu de paume, en y joignant une plate-forme d'une cinquantaine de pieds de long.
Qui fut dit, l'ut fait. M. Richard puissamment secondé nar M. Baillargeon qui suivait ces travaux avec beaucoup
d'intérêt, fit mottre la hai-he eu bois lo 2 août, et le 5 septembre suivant, la nouvelle bâtisse était [)rête à recevoir la communauté. On avait dépensé pour ces travaux environ $1000.00.
Mais la corporation eut alors la doulvur de perdre un de ses membres les plus actifs et les plus dévoués, dans la personne de M. Charles B. de Niverville qui mourut le 31 juillet. M. Niverville représentait la cité des Trois-Uivières au Parlement canadien depuis la mort de M. Turcotte, c'est-à-dire depuis quatre ans et demi environ, mais il n'y avait pas encore trois ans qu'il faisait partie de la corporation du Collège, ayant été appelé à entrer dans ce corps administratif le 15 septembre 1866. Cependant M. de Niverville avait travaillé de toutes ses forces à faire augmenter l'octroi que le gouvernement accordait au Collège des Trois-Kivières, et avant de mourir il eut la consolation d'avoir fait plus que doubler cette allocation. Non content de favoriser le Collège par l'influence de son crédit, il délia plusieurs fois pour lui les cordons de sa bourse et lui fit de magnifiques présents. Reconnaissance donc à la mémoire de ce bienfaiteur !
L'organisation du personnel fut encore le cauchemar de M. Richard, pendant les vacances de 1869. M. Suzor lui avait donné sa réponse définitive le 12 juillet eu lui disant : " la Providence semble vouloir que nous demeurions tous " deux à notre poste. Je dois le croire au moins pour moi, " puisque l'obstacle qui paraissait s'être aplani devant moi, " s'est rjlevé plus fort, et s'oppose encore à mon départ de
" St. Christophe Si plus tard les événements me tra-
" cent, en quelque sorte, la route du Collège des Trois-Riviè- " res, je la suivrai de bon cœur et je m'estimerai toujours " heureux de pouvoir seconder les efforts du vénérable évêque " qui l'a fondé. "
M. Richard s'attendait à cette nouvelle déception et,
d'avance, il avait pris le parti de ne plus chercher, en dehors
des sujets du Collège, des aides pour la direction. Cependant
l'épreuve quïl venait de tenter l'année précédente pour sonder
les aptitudes de quelques-uns de ses jeunes collègues, n'avait pas assez bien réussi pour risquer de fixer définitivement leur sort. Il fallait essayer de nouvelles combinaisons, faire de nouveaux tâtonnements qui n'aboutiraient peut-être pas à un meilleur résultat. Avec l'assentiment de M. Panneton, il crut devoir nommer M. J. Cooke à la charge de premier régent, avec une juridiction quasi-égale à celle d'un sous-directeur. Cette nomination témoignait de la grande confiance cjue ses supérieurs reposaient dans les heureuses dispositions de ce jeune ecclésiastique, et c'est la meilleure preuve que jusque-là, ils n'avaient rien remarqué qui put faire soupçonner ce qu'il adviendrait de lui plus tard.
M. Cooke, comme ancien professeur de Belles-Lettres, garderait l'enseignement et les applications du cours de littérature, pour ne pas compromettre les intérêts de cette classe- M. Tessier continuerait à remplir la charge d'économe et serait chargé en même temps dj toutes les autres matières de la classe de Belles-Lettres. C'était une combinaison malheureuse qui devait aboutir à un fiasco presque complet.
Ces premières dispositions une fois prises, il fallait trou- A^er des professeurs pour le cours commercial. M. Richard croyant sûrement trouver dans les élevés des écoles normales,^ des sujets parfaitement qualifiés pour faire ces classes,, s'adressa au principal de l'Ecole Jacques-Cartier, M. l'abbé A. Chandonuet pour en obtenir un professeur d'anglais. M. le principal, après lui avoir donné quelque espoir d'une réponse favorable, finit par l'informer que les prix que nous offrions, n'étaient pas acceptables pour messieurs les normaliens ! Sur ces entrefaites un jeune homme, orig'inaire des Trois-Rivières et demeurant à Montréal qui venait de terminer ses études au Collège de Ste-Thérèse, s'était adressé à Mgr des Trois-Rivières pour eu obtenir la permission de prendre la soutane. En apprenant cela, M. ]tichard retint les services de ce nouveau lévite pour le Collège des Trois-Rivières. Son nom était Irénée Grirard et il était porteur des plus magnifiques certificats.
Ce jeune homme, à son tour, apprenant que nous avion.'^
besoin d'au profossour d'aiig-lais, nous fit savoir qu'un ecriesiastiqui' de Ste-Thérès;^ tout à l'ait qualifié pour cela, M. L. A. Noliu, accepterait SLUis dont.' nos condi tions, si elles lui étaiL'ut laites. En eff^t, comme nous étions déridés à donner des honoraires assez considérables à notre professeur d'ang'I'ais, nous préférions, pour plusieurs bonne s raisons, employer un professeur ecclésiastique plutôt c[u'un professeur laïque.
La plus difficile était d'arracher M Nolin au Collège de vStc-Thérèse qui comptait bien le retenir à son service. Mais comme ce séminaire ne voulait pas faire de précédents en accordant des honoraires plus considérables à l'un de ses ecclésiastiques, et comme d'un autre coté, M. Noliu à raison de la situation particulière où se irouvait sa famille, avait grand besoin de toucher un' salaire plus rémunérateur, il crut que la Providence venait à sou secours quand il reçut les offres du Collège des Trois-Rivières, il sollicita donc de l'Administrateur du diocèse de Montréal, M. le grand vicaire Truteau, la permission d'aller aux Trois-Rivières, et il donna sa réponse à M. Richard, vers le 24 du mois d'août.
L'acceptation de M. Noliu mettait le sceau à l'organisation du personnel du Collège, pour l'année 1869-70. Voici :
Monsieur l'abbé J. E. Panneton, Ptre supérieur (absent, part définitivement le 13 juin)
" " Ls. Richard, Ptre directeur, procureur, pré-
fet des études, professeur de Théologie.
Nap. Caron, Ptre, professeur de Physique.
" " Em. Gruilbert, (ordonné le 19 septembre) pro-
fesseur de Rhétorique.
" "P. E. Dupont (ordonné prêtre le 20 mars) pro-
fesseur de Philosophie.
Uld. Tessier (ordonné prêtre le 20 mars) professeur de Belles-Lettres et économe.
'■ John Cooke, Dcre. premier régent et assistprof. en Belles-Lettres.
Monsieur l'abbé Elp. Godin, Eccî. professeur de Chimie et de
Mathématiques.
" " Herm. Baril, Eccl. professeur de Versification
et bibliothécaire.
" 'F. X. Cloutier, Eccl. professeur de Méthode.
Ephrem Nobert, E^cl. professeur de Syntaxe,
" "' Gr. Pager, Eccl. professeur d'Eléments.
"' ■■ Irénéj Grirard, EjcI. professeur de français
au Cours com. (quelques mois).
" ■■ L. Alph. Nolin, Eccl. professeur d'aug'lais an
Cours commercial.
F. X. Triidel, Eccl. professeur de français, après le départ de M. I. Girard.
" " Ep. Dussault, Eccl. (prend la soutane le 17
avril) second régvnt.
II — Les événements de septembre 1869.
M. Eichard se voyant entouré de la brillante escorte d'officiers ci-dessus nommés, qui paraissaient tous décidés à marcher noblement au combat, entreprit courageusement la nouvelle campagne qui s'ouvrit le 8 septembre.
Sous le drapeau du Collège, accourut se ranger une jeunesse plus nombreuse qu'elle n'avait jamais été jusque-là. Sans doute que les nouvelles données par les journaux des Trois-Eivières : " que cette aunéi les élèves allaient trouver " plus de confort et d'agrément, à raison de l'agrandissement " de la maison et de la construction du jeu de paume " furent une invitation assez encourageante pour déterminer un plus grand nombre de parents à nous envoyer leurs enfants. Du reste, les événements qui s'étaient produits l'année précédente avaient eu quelque retentissement et ils avaient eu pour effet de convaincre le public que désormais, il n'y avait plus de danger pour la vie de l'institution.
La moisson sacerdotale, recueillie dans le champ de l'é-
12,-liso trilluvioinie aux qualr('-t('nii)s d<> soptombiv h^Gl», l'ut abondaule cl richo. Dans la chapelle du îSémiiiaire de Nicolet et des mains de Mgr d'Anthédon, sept nouveaux lévites recevaient l'onction sainte avec le i)ouvoir et la mission d'aller travailler à la vigne du Seigneur. C'étaient MM. Ferdinand Verville, Cxédéon Brunel, Emmanuel (î^uilbert, Alphonse Ganvrcau, liilaire Thibodeau, Elle Raiche et Amable Lebrun. Trois d'entr'eux avaient eu avec le Collège dt's Trois-Rivières d(^s rapports intimes qui les liaient pour toujours à la bonne comme à la mauvaise fortune de l'institution. L'uù d'eux même, M. Em. Gruilbert ne reconnaissait pas d'autre Aima Mater et. sous ce rapport, il était les prémices du Collège, bien qu'il fût le quatrième prêtre, élève de la maison ; les autres ayant étudié ailleurs i^lus ou moins longtemps. Aussi sa première messe fut-elle pour nos élèves, le lundi, 20 septembre. Le lendemain, c'était au tour de M. G. Brunel de venir offrir le saint sacrifice en présence de ses anciens élèves et confrères d'étude. M. Yerville n'eut qu'tm peu plus tard l'occasion de faire sa visite à la communauté qui avait, pendant trois ans, bénéficié de ses services comme professeur, comme surveillant et chef de la fanfare.
Aussitôt après son retour de Nicolet, le 21 septembre, Mg-r Laflèche vint faire la visite ofiicielle des classes et affirmer de nouveau, par cet acte important du bon pasteur qui veut connaître ses brebis, qu'il s'intéressait tout particulièrement à son petit troupeau du Collège des Trois-Rivières.
M. le directeur désirant mettre ses élèves dans les meilleures conditions possibles, pour rendre plus efficaces leurs travaux intellectuels et le bon vouloir des surveillants pour le maintien de la discipline, fit donner la retraite annuelle à la communauté dans les premiers jours du mois d'octobre, du 5 au 8. Ce fut le Rév. Père Doucet de la compagnie de Jésus qui prêcha cette retraite et il y obtint de bons succès, grâce à son éloquence persuasive et forte, mais parlant toujours plus à l'esprit qu'au cœur.
A la clôture de la retraite, Mgr d'Anthédon donna la
tonsure cléricale à MM. Iréuée Grirarcl et L. Alphonse Nolin, professeurs du Collège des Trois-Eivières, et à M. Eichard Barry de Boston, professeur au Séminaire de Nicolet.
La 28 septembre fut encore une de ces dates glorieuses que les zouaves du diocèse des Trois-Rivières vinrent inscrire en lettres d'or aux fastes de notre histoire nationale. Ce jourlà, vingt et un nouveaux croisés qui devaient parùr pour Rome avec le ciuc|uième détachement, s'étaient réunis dans la ville épiscopale pour commencer en cpielque sorte leur état de service sous l'œil et avec la bénédiction de leur premier pasteur, et pour entendre louer de sa bouche éloquente la o-randeur de l'œuvre qu'ils allaient continuer à Rome à la suite de leurs devanciers.
Commencée à l'église paroissiale par une allocution de Mgr Laflèche, un salut solennel et une dernière bénédiction de l'évêque, la démonstration se continua au Collège, dans une agape fraternelle et une joyeuse veillée, eu attendant l'arrivée du bateau cjui devait conduire à Montréal ces généreux soldats du pape.
Une foule immense se pressait sur les cjuais au moment du passage du vaisseau pour acclamer do nouveau ces braves, faire des vœux pour le succès de leur noble entreprise et leur dire un dernier adieu.
La mort de M. de Niverville et la nomination de M. Sévère Dumoulin au Shérifat, avait de nouveau laissé vacant le mandat de député de la ville des Trois-Rivières, à la chambre locale. M. H. G. Mailhiot et C. B. G-enest se disputèrent chaudement la succession de M. Dumoulin. La ville des Trois-Rivières fut dans une agitation continuelle jusqu'au 18 octobre où la victoire de M. Geuest vint mettre un terme à la lutte.
m.— Départ- dk Mau Laflèche pour le Concile du
Vatican.
Deux jours plus tard, les partis opposés s'unissaient dans une commune démonstration en l'honneur de Mirr Laflèche.
à Foecasion do son départ pour le Concile du Vatican. On avait aussi remis à ce jour la fête de l'anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr Cooke. Cette double circonstance avait attiré aux Trois-Rivières la grande majorité dvs prêtres du diocèse. Ils voulaient à la fois, présenter leurs hommages à l'auguste fondateur du diocèse à qui l'âge et les infirmités commandaient désormais le repos, et qui venait de remettre l'administration du diocèse à Monseigneur d'Anthédon, et ofirir à celui-ci leurs sympathies et leurs vœux pour le succès de son voyage.
Tout d'abord, il y eut grand'messe solennelle avec chant du " Te Deum " pour remercier le bon Dieu de toutes les faveurs accordées au diocèse et à son chef vénéré. Puis, après le banquet de la fête, le clergé présenta à Mgr Laiièche une adresse fort remarquable par l'élévation et la noblesse des sentiments. La réponse de Monseigneur fut empreinte de la plus vive émotion.
Dans l'après-midi, vers trois heures, Monseigneur vint faire ses adieux au directeur, aux professeurs et aux élèves du Collège. La salle de ré3réation avait été bien décorée et sur le mur du fond on lisait l'inscription " Patri nostro udutem.'" Il y eut adresse en prose et en vers, puis un morceau de chaut et de la bonne musique.
Entreprendre d'analyser l'adresse qui fut lue par M. V. McLeod, ce serait la défigurer entièrement. Donnons-en plutôt cjuelques extraits : " Monseigneur, Permettez qu'au " moment du départ de Votre Grandeur pour la \ille Eter- " nelle, vos enfants du Collège St-Joseph vous fassent part " des sentiments qui les animent."
" Ces sentiments sont de caractère opposé ; mais ils s'unis- '' sent bien souvent dans le cœur de l'homme: la joie et la '■ tristesse. Nous sommes joyeux de voir que vous allez être '■ du nombre de ces neuf cents vieillards, partis des îles et " des continents lointains pour aller témoigner de l'antique " et immortelle foi de l'Eglise, au sein des sociétés mourantes " de l'Europe. Nous sommes joyeux de voir que vous serez
" du nombre de ces prélats émiueuts qui représeiiterout daus " les grandes assises de l'humanité la j.'une Eglise du Caua- " da. Le flambeau qui éclaire aujourd'hui la société canadien- " ne a été allumé, il y a un peu plus de deux siècles, à la " lampe suspendue sur le tombeau des apôtres ; et vous allez " là sur ce même tombeau, montrer au monde que si des peu- " pies abusent de la lumière, le Canada sait en profiter
" S'il ne vous est pas donné, à cause de votre âge déjà " avancé, de voir toutes les splendeurs du jour dont le Concile '• est l'aurore, vous pourrez calculer d'avance Ls immenses '• résultats de ce sénat de l'humanité. Le bonheur qu'éprou- " vera alors votre cœur de pasteur et d'évêque, nous le parta- " gérons ; car, dans la famille, les joies sont communes. Voilà " pourquoi, Mgr. nous croyons qu'il nous est permis de nous "réjouir aujourd'hui
" Mais il est, nous l'avons dit, un autr ' sentiment qu > " nous n;' pouvons dissimuler.
'• Vous allez, Monseigneur, vous éloigner de nous pour '• plusicur.* mois, peut-être pour plus d'une année, et pendant " ce temps, votre main ne se lèvera pas sur nos têtes pour " nous bénir. Nous serons comme des orphelins. Mais nous " vous suivrons par la p.msée et si loin que soit notre père, il " aura nos cœurs avec lui
Cette adresse était accompagnée d'un léger cadeau.
Dans sa répons >, Mgr parla en termes éloquents de la o-randeur du pro'-hnin Coni^ile et des heureux effets qu'il devait avoir.
Le soir à 7 heures, nouvelle démonstration religieuse à la raihédrale; allocution vraiment remarquable de Mgr Laflèche, retour triomphal à l'évêché et adresse des citoyens par M. Moise Desilets, président du comité spéMal formé pour pré]'>arer cette fête.
Tout ce spectacle avait quelque chose de vraiment grand et témoignait mieux que l'éloquence des paroles, des sentiments de foi et d'amour de la population trilluvienne envv-rs
lu Saiute-Eglist', de vénévation cl du piété liliiilo envers «on pasteur. Au passage du bateau, à un.» lieu re fort avancée de la nuit, un grand nombre da citoyens étaient encore là sur les quais pour dire un dernier adieu à l 'illustre voyageur et recevoir une dernière bénédiction.
Le samedi suivant, !Sa Grrandeur prenait le steamer Nedoriaii en compagnie de Nos Seigneurs Baillargeon, Horan, Larocque et Looteus. Les vœux et les prières de tout un peuple les aceompag'uaii'nt ; aussi le voyage fut-il très heureux, comm' l'attestaient les lettres reçues plus tard.
IV — Betour de m. Panneton.
Après seize mois d'absence, M. Panneton commençait à souffrir, en outre de sa dysj)epsie, d'une nostalgie très forte et sa dernière lettre à M. Eichard annonçait son intention de rentrer aux Trois-E-ivières vers la fin de l'automne. Depuis, il avait gardé un silence profon d et comptait bien arriver à l 'improviste et causer une surprise à son monde ; mais il comptait uu peu sans son hôte.
En passant à Québec, il voulut aller saluer ses amis du Séminaire et c'est justement là qu'il alla tomber dans le piège, tendu par son confrère. M. Eichard était convenu avec ces messieurs que, s'ils avaient connaissance du passage de M. Panneton à Québec, de vouloir bien le lui faire savoir par un télégramme.
Donc, le mercredi trois noA'embre, après que M. Panneton eut pris le bateau pour Trois-Eivières, en sef félicitant d'avance de la bonne surprise qu'il allait nous causer ; un de ses amis du, Séminaire de Québec, prévenait M. Eichard de son arrivée pour le soir même et c'était précisément M. Panneton qui allait être mystifié.
Au moment donc où le bateau touchait le qua^ des Trois- Eivières, des acclamations chaleureuses et un joyeux air de fanfare faisaient savoir aux autorités du vaisseau qu'un personnage important qu'elles n'avaient peut-être pas remarqué, se trouvait à bord. Plusieurs sans doute, malgré leurs inves-
figatious, ne pnrent sayoir quel était le uom et les qualités de ce personnage, puisque le supérieur du Collège lui-même était loin de se douter que cette démonstration se faisait pour lui.
Quel ne fut donc pas sou étonnement, en mettant pied à terre, de tomber dans les bras de son Lonfrère et ami qui l'attendait là, avec les ecclésiastiques et un certain nombre d'élèves. Quelle joie pour toute la famille de revoir son chef et son père depuis si long'temps absent, et pour celui-ci, quel bonheur aussi de se retrouver au milieu de ses enfants. Ces sentiments de joie commune ne purent trouver alors d'autre
expression que des larmes d'une douceur extrême ! Ou
se rendit immédiatement au Collège, car c'était l'heure du repos. Force fut de remettra au lendemain les réjouissances du retour.
Le quatre novembre fut donc jour de grand congé et ce à double titre ; il fallait fêter M. l'Administrateur du diocèse en sa fête patronale de la St-Charles, et il fallait se réjouir du retour de notre supérieur. Durant ce congé, les élèves eurent sans doute, des jouissances capables de remplir deux ou trois jours de grand congé ordinaire, tant ils avaient de vénération et d'estime pour M. le grand vicaire C. O. Caron, et surtout tant ils éprouvaient de bouh 'uret de joie de revoir leur bienaimé supérieur.
Hélas ! i.ette joie fut de bien courte durée M. Panneton était loin d'être guéri du mal dont il souffrait. Il nv tarda pas à -constater que le séjour du Collège lui était dommageable, et dès lors, il devint convaincu qu'il n'était plus apte à y remplir aucune fonction et n'aA^ait plus assez de force pour lui rendre quelque service. Il si* remit donc à voyager.
A ce fâcheux contre-temps qui causait beaucoup d'ennuis et de regrets à M. Richard, vint s'en adjoindre un autre moins grave à la vérité, mais d'un résultat pratique plus embarrassant. Un des professeurs, M. Irénée Girard, d'une santé faible et délicate, avait déjà épuisé ses forces et quittait le Collège, le 24 novembre. Pour pouvoir le remplacer immé-
diairm ni, M. liiclund dut s'adivsser à Tun des élèves finissants, M. F. X. Trudc'l qui céda, avec un peu de répugnance aux instances de son supérieur ; mais < et élève savait qu'en aix-eptaut la charg-' de professeur, il rendait un immense .service à l'institution et il avait un trop bon cœur pour s'y refuser.
V — Erection de la Congrégation de la Ste-Vieuge.
L'3 (îollègo des Trois-ltivières existait depuis bientôt dix ans ; d.'S assoL-iations littéraires, militaires, musicales y florissaient depuis plusieurs annéas, seules les confréries pieuses n'y avaient pas encore été régulièrement organisées. M. Richard désirant combler cette lacune résolut d'y faire ériger canoniquenient la congrégation de la Ste- Vierge. Il ne voyait pas de moyen plus sûr ni plus efficace pour combattre l'indifférence, promouvoir la ferveur et la piété chez son petit troupeau, que d'y développer le culte i^articulier de Marie Immaculée et ce fut sous le titre même et le patronage de l'Immaculée Conception Cju'il voulut mettre la nouvelle société.
Ayant donc préparé, avec beaucoup de soins, les voies à la formation de cette pieuse association, en en faisant bien connaître l'esprit et les règles dans une suite d'instructions, il obtint de Monsieur l'Administrateur du diocèse, le 28 novembre 1869, l'émission du décret canonique érigeant la Congrégation de Notre-Dame dans le Collège des Trois-Rivières, et le lendemain, il faisait commencer la neuvaiue préparatoire à la première réception. Comme nous venons de le voir, la fête de l'Immaculée Conception, 8 décembre, avait été choisie pour fête patronale de la société et M. Richard tenait beaucoup à en faire l'inauguration solennelle ce jour-là même.
Or donc, en la fête de l'Immaculée Conception, le 8 décembre 1869, à la basse messe du matin, trente-quatre membres de la communauté triflu\ ienne, tant professeurs qu'élèves, faisaient leur acte solennel de consécration à la Ste- Vierge et entraient les premiers dans la congrégation. Le même jour, les premiers officiers étaient choisis conformément aux règles.
Ce furent MM. Uld. Tessier Dcre, préfet, Edm. Gfreuier, élève finissant, premier assistant, Léopold St- Arnaud, second assistant et Pierre McLeod, secrétaire. Quelques jours plus tard, deux nouvelles réceptions de membres portaient les congréganistes à quarante-huit.
Aussitôt que la société fut ainsi régulièrement organisée, elle s'adressa par une lettre de s,^s ofiiciers, en date du 26 janvier 1870, au Père général de la Compagnie de Jésus, pour demander son affiliation à la Frima Priinaria du Collègv Romain ; per yrrae^tntev, lias h'tteras instanter liitmi/ifenji/e petimi/s mnsociationem huicV'Rl^lM Peimari^ omnium aodalitatinn. C'était une condition essentielle pour avoir le bénéfice de toutes les indulgences attachées à la société.
Trois mois plus tard, une lettre de Mgr Lafièche annonçait à M. Richard que sa supplic|ue avait été exaucée, que le bref d'afiiliation de la congrégation trifluvienne à la Prima Primaria avait été signé par 1.^ Très-Révérend Père Petrus IJeckx. général de la Compagnie de Jésus, le 25 février et que. à dater de ci» jour, les congréganistes dti Collège des Trois- Rivières avaient pu jouir de tous les privilèges et indulgences accordées par les Souverains Pontifes à la Première Principale du Collège Romain.
Depuis lors, cette admirable société a continué à se déveh)pper parmi les élèves tri/luviens et elle n'a jamais cessé de produire des fruits abondants de sanctilicUion chez tous ses membres, et en particulier, chez ceux qui s'appliquent avec l)lus de soin à se pénétrer bien de son esprit et qui ensuivent plus fidèlement les règles.
En choisissant le jour de l'Immaculée Conception pour l'inauguration de la Congrégation, M. Richard avait encore eu pour but de commémorer par un événement religieux excessivement saillant dans la vie d'une communauté, un autre fait important et autrement extraordinaire dans l'histoire même de l'Iîlglise.
Ce jour-là donc, à Rome, dans la basilique du Vatican, au milieu des splendeurs les plus grandioses du culte catholique.
avoc un concours inoni d > peuples représentants toutes les nations de la terre, sous la présidence même de l'Immortel Pie IX et l'assistance de près de huit cents dignitaires de l'Eglise, s'ouvrait le dix-neuAdème concile œcuménic|ue où devaient se traiter les plus graves intérêts de l'humanité, qui devait chercher et trouver un remède aux innombrables maux de la société moderne et faire briller aux yeux de tous les hommes affamés de justice et de liberté, le flamb3au de la vérité, seul gage de la vraie liberté " Ei veritas libernvit vos.''
Désormais donc, le souvenir de ce grand événement rappellera toujours aux élèves des Ïrois-Rivières, les heureux commencements de la Congrégation. Le soir de ce jour à jamais mémorable, comme expression de l'allégresse générale des catholiques, bon nombre des citoyens des Trois-Rivières, illuminèrent leurs demeures. Au collège en particulier l'illumination fut splendide. Le lendemain, jeudi, c'était jour de grand congé et pour causé ! ! !
La fête de Mgr Cooke fut chômée le 14 dé:;embrv\ Comme Monseigneur, à raison de son grand âge, ne pouvait plus guère c[uitter,i ses appartements, le Collège lui députa un certain nombre d'élèves avec les musiciens et les chantres, pour aller lui souhaiter sa fête à l'évêché. M. Pierre McLeod prononça, au nom de la communauté, un discours rempli des plus beaux sentiments de piété filiale. Monsieur l'Administrateur répondit à cette adresse au nom de Monseigneur. Le chœur des élèves exécuta ensuite deux morceaux de chant appropriés à la circonstance.