CHAPITRE TRI-:NTE-SIXIÊME
X^J^ T:R.EIZIEIyi:E .A-ISTHSTEE 1872-73.
I — En vacances.
Un seul fait absorbe toute l'attention des autorités collé' giales durant les vacances de 1872 : c'est la construction de la nouvelle bâtisse du Collège. La corporation, après avoir délibéré longuement sur cette grave affaire et avoir pourvu, autant que possible, aux moyens de la mener à bonne fin, avait enfin donné feutre prise à M. Thomas Milette, jeune architecte des Trois-Rivières intelligent et habile, mais dépourvu de moyens pécuniaires ; chose, cependant, qui lui eut été fort utile pour commencer une construction de la valeur de celle qu'il entreprenait.
Le contrat fut signé le 7 août et les travaux inaugurés le même jour avec une- certaine solennité. Tout d'abord, il y eut le matin à la cathédrale, une grand'messe pour appeler les bénédictions du ciel sur cette entreprise ; puis, vers le soir, Sa Grandeur Mgr Lafièche, M. le supérieur du Collège, les membres de la corporation, les messieurs de l'évêché et du Collège se rendirent sur le terrain pour commencer officiellement les travaux- Chacun des personnages présents voulut nu'ttre la main à l'ouvVage en sortant des fondations quelcj[ues pelletées de terre.
Le lendemain matin, les ouvriers étaient à l'œuvre et l'entrepreneur promettait de pousser les travaux avec activité.
Au8si vingt jours plus lard, le ".lounial des Trois-Rivièrcs " pouvait donnor l'information suivante : " L'-^s fondations de *' la nouvelle bâtisse du Collège commencent à s'élev«r au- " dessus du sol. Les travaux progressent rapidement. Tous " les jours, nombre de citoyens se rendent sur les lieux pour " voir de leurs yeux les progrès de cette nouvelle fondation à " laquelle ils s'intéressent tant. "
" Les souscriptions, nous dit-on, augmentent tous les " jours. L'appel fait à la générosité des citoyens a été compris " et nous avons lieu d'espérer que le zèle des citoyens ne se " ralentira pas. Une œuvre si bien commencée doit se pour- " suivre et se terminer avec le plus grand succès "
II — La rentrée des élêve.s.
La rentrée des élèves avait été fixée au 3 septembre. Les élèves se présentèrent plus nombreux encore que l'année précédente. Ils semblaient, par leur nombre seul, dire à la corporation du Collège : Hâtez-vous de finir la bâtisse que vous venez de commencer ! Vous voyez combien nous sommes misérablement entassés dans les vieilles casernes.... Combien la plupart de nos professeurs ont à souffrir de n'avoir qu'une tout petite chambre pour leur servir à la fois de salle de classe, de cabinet de travail et de chambre à coucher !
Le personnel n'avait pas subi de pertes considérables durant les dernières vacances. Non seulement les six prêtres qui faisaient partie de la dernière administration, restaient au poste; mais* ils s'adjoignaient deux nouveaux collègues dans la personne de MM. Cloutier et Pager qui, ayant fini leur cours de Théologie, consentaient à demeurer professeurs au Collège. Seuls trois ecclésiastiques, MM. D. Fortin, L. St-Arnaud et Chs Ménard avaient dit adieu à la maison ; le premier étant destiné au saint ministère, avait à se préparer à l'ordination prochaine ; le second manquant de santé; avait besoin de prendre du repos ; le troisième voulait essayer de la vie religieuse.
Le départ de Mr St- Arnaud fut sincèrement regretté des
supérieurs de la maison ; parce que ce jeuue ecclésiastique, par son angélique vertu, par la douceur et l'affabilité de son caractère, par son dévouement à son Aima Mater, était parfaitement bien qualifié pour servir utilement le Collège. Mais l'impitoj'able pulmonie avait déjà commencé son œuvre et les fréquentes hémorragies qu'il avait éprouvées de temps en temps, faisaient présager le travail rapide de la maladie. Ses supérieurs lui conseillaient le repos absolu ; pour lui, désirant continuer ses études théologiques, il crut que le calme du grand Séminaire de Montréal serait favorable à sa santé. Il n'y put tenir que quelques mois au terme desquels la maladie le força d'aller se réfugier à l'Hotel-Dieu où il mourut le 9 février 1873. Ses funérailles eurent lieu à Ste-Greneviève, sa paroisse natale, le 13, au milieu d'un grand concours de parents et de ses amis du Collège des Trois-Rivières.
Ces trois ecclésiastiques furent remplacés par cjuatre nouveaux dont deux de la maison ; M. 01. Savoie qui avait passé la précédente année au grand Séminaire à Nicolet, et Mr G-. Brunel qui Amenait de terminer ses études. Mr AYalter Alexandre était un ancien élève du Séminaire de Nicolet et Mr .T. Finneran, un ecclésiasticjue du diocèse d'Albany queles directeurs avaient fait venir pour l'enseignement de l'anglais au Cours commercial.
Or, voici quelle était la composition du personnel pour l'année lb72-73 :
Mr le grand vicaire C. O. Caron, supérieur, Mr l'abbé L. S. Rheault Ptre, directeur.
" Ls Richard Ptre, préfet des études et procureur.
" Em. Dupont Ptre, prof de Théologie et de Philoso-
phie.
" Elph. Godin Ptre, préf du Cours commercial.
" Her. Baril Ptre, préfet de religion.
" F. X. Cloutier Ptre. professeur de Rhétorique,
" Gr. Pager Ptre, prof, de Belles-Lettres.
" F, X. E. Dusseault EccL, économe.
Mr l'abbé C. A. Barolet ]!]ccl., premier régent.
" Kd. Bruiiel EeeL, prof, de Troisième.
" L. Z. Chandomiet EccL, prof, de Quatrième.
" Nap. Rivière Eccl , prof, d'auglais eu orne.
*' Edm, G-reuier EccL, prof, de français en 5me et 7me.
" Johu Fijineran EccL, prof, d'anglais eu 6me.
*' Olivier Savoie EccL, prof, de français en 6me et 8me.
*' Walter Alexandre Eccl,, prof, d'anglais en 7me.
" G-eorges Bruuel EccL, prof, de français en 8me.
Tous ces ecclésiastiques, à part le maître de salle et l'économe avaient leurs lits dans les chambrettes des dortoirs et la plupart d'entre eux y devaient exercer la surveillance sur les élèves. Ils devaient en outre partag-er avec le premier régent la surveillance durant les études, les récréations, etc., tout comme le faisaient leurs devanciers. Cependant les professeurs d'anglais qui appartenaient à des évêques étrangers étaient ■exempts de ces corvées,
III— 'Les ordinations de 1872.
Aux ordinations générales des quatre-temps qui eurent Heu dans la chapelle du Séminaire de Nicolet, entre une trentaine d'ordiuauds de tout ordre, Mgr des Trois-Rivières conféra la prêtrise à M. F. X. Cloutier et Gr. Pager, le sousdiaconat et le diaconat à M. D. Fortin. M. Richard était allé en compagnie de M. Grodin, imposer les mains à ces deux ■enfants spirituels, et il obtint de Mgr la faveur de les ramener aux Trois-Rivières, le dimanche soir, pour leur faire dire leur première messe en présence de cette communauté dont ils voulaient rester les membres actifs et dévoués.
La messe fut solennelle, le chant organisé par les élèves des classes de Rhétorique et de Belles-Lettres fut splendide et à la fin de la messe, toute la communauté remerciait Dieu de S"es grâces et de ses bienfaits par le cantique solennel et ma* jestueux, inspiré à S. Ambroise et à S. Augustin.
Le dimanche suivant, 28 septembre, dans l'église parois-
siale des Trois-Rivières, c'était le tour des ecclésiastiques trifl.u\àens d'être présentées aux saints ordres. Mgr donna la tonsure cléricale à Mess. Léon Alphonse Rivière, Arthur Olivier Savoie, Greorges Brunel et Walter Alexandre ; les ordres mineurs à MM. F. X. E. Dusseault, P. Edm. G-renier, C. A. Barolet et E. Brunel. (a)
Ce même jour 28 septembre, la communauté recevait la visite très distinguée de Mjrr Faraud, ancien compagnon de mission de Mgr Laflèche et aujourd'hui évêque chez les sauvages de la rivière McKenzie. Sa G-randeur, accompagnée de Mgr des Trois-Rivières et des prêtre» de l'évôché, fut reçue avec tout le respect et la déférence dus à un illustre missionnaire et à un prince de l'Eglise ; mais elle prenait nos élèves à l'improviste et ceux-ci ne purent que saluer Sa Grrandr'ur par un joyeux air de fanfare. Cependant, elle voulut entretenir assez longuement nos élèves de ses missions et elle sut les intéresser grandement par les détails piquants qu'elle leur donna de la vie du missionnaire dans les lointaines régions du Nord-Ouest.
IV — Les fêtes du mois d'octobre.
La fête de Mgr Laflèche, le 4 octobre, fut célébrée ave.les démonstrations ordinaires de joie et de bonheur. Monseigneur eut la bienveillance de venir au Collège le trois octobre au soir, pour recevoir les hommages de ses enfants. Les étudiants du cours latin les lui présentèrent dans la langue do l'Eglise, ceux du cours commercial, dans la langue réputée celle du commerce en Amérique; mais les élèves des deux cours se réunissaient dans une expression commune de sentiments, dans une jolie adresse française.
La musique et la tîhant donnaient la note joyeuse de la fête ; mais l'admirable réponse de Sa G-randeur aux différentes adresses, demeurera comme le souvenir le plus durable de
(il) Lo inûnn- jour MM. N:i;». SWJyc ot C Adt^lard BullciiMic doux ccilcsiastitiues de Nicolet rei;urent la piotrise Le diinanclie précédent, M. Norbert Du,t;u:iy, e.\-zouavLlH)ntitical, un autre eeclésiastique de Nieolet, avait aussi été fait prêtre.
vi'S instan ts loujours si nipidcs. Pour compléter le procrramme Mgr vint K' k-ndemaiii mutin diro la messe de communauté et donner lu pi'rmission de couronner le tout pur un magnifique grand congé.
Les loisirs du mois qui sépara la fête d-> Mgr Laflèche de celle de M. le Gd vie. C. 0. Caron, notre estimé supérieur, lurent employés à luire les préparatifs de cette dernière. Dans rinterralle, la communauté eut les exercices de sa retraite annuelle qui lui furent donnés, cette fois encore, par M. le chmoine Fabra de Montréal. Au cours de ces exercices, Mgr donna la confirmation à 27 jeunes élèves du Collège.
Le diniaui'he, 13 octobre, toutes les illustrations musiL-ales de la Province de Québec qui s'étaient donné rendez-vous aux Trois-Rivières pour le grand concert d'inauguration de l'Hôtel-de-ville, as:5istaieiit à la mess3 à la cathédrale, et le -chœur du Grésu de Montréal, aidé de quelques artistes de Québec et des Trois-Rivières, chanta la messe impériale de Haydn. Ce fut magnifique ; mais, à mon avis, nulle beauté n'égala ou même ne put approcher la beauté vraiment ravissaute des répons de la préface et en général du chaut sacré, chantés par ce grand chœur avec accompagnement d'orgue et d'orchestre. Jamais je n'ai entendu rien d'aussi impressionnant, ni d'une majesté aussi sublime ! Ainsi nos élèves eurent la bonne fortune d'entendre un écho splendide du fameux concert d'inauguration de l'Hôtel-de-ville donné, en grande partie au bénéfice du Collcge. La recette versée entre les mains de Messire Baillargeon comme profit net du concert et de la quête à la cathédrale le dimanche fut de 1-315.00 !
Y— La fête de M. le Supérieur.
Les élèves du Collègve'St- Joseph, associant dans une commune fête, leur bien-aimé supérieur M. le Gr. V. C. O. Caron et leur dévoué protecteur M. Charles F. Baillargeon, n'avaient rien négligé pour donner à leurs démonstrations de respect, de reconnaissance et de filial amour, tout l'éclat possible. Le ■dimanche soir, 3 novembre, dans différentes adresses admira-
bleiïieut bien tournées, ils déposaient leurs hommages aux pieds des héros de la fête et leur disaient tout ce qu'un bon cœur, aidé d'une intelligeni^e cultivée par l'étude pouvait inspirer de plus tendre, de plus délicat, de plus sincère, de plus affectueux. Mais ce n'était là pour ainsi dire que le prélude de la démonstration qui devait se terminer lundi soir, par une grande séance dramatique et musicale. J'emprunte au Journal des Trois-Rivières du 7 novembre, le compte rendu de cette fête de famille : " Lundi dernier était un jour de grande
"réjouissance pour les élèves du Collège Ces soirées
" données au CoUèg'e, sont toujours charmantes ; ainsi nous " les présente la fraîcheur dont les entourent nos souvenirs, " surtout à mesure que le temps nous éloigne des années de " collège. L'exiguité du local ne permettant point de faire '■ de nombreuses invitations, la fête garda le caractère de l'iu- " timité.
" Assistait sa Grandeur Mgr des Trois-Rivières et à sa " droite M. le supérieur, les Mess, de l'évêché et les Mess. " de la maison, quelques anciens et amis. La séance fut '• ouverte par une cantate intitulée " Fête Patronale '' exécu- '■ tée avec entrain par des voix fraîches et belles.
" Ensuite on joua une magnifique piè^e tragique, " VEx- " jdation. " De toutes celles qu'on joue ordinairement dans " les collèges, cette pièce est assurément une des plus belles. ' Le thème est la délivrance d'un jeune comte tenu secrèts- " meut prisonnier par l'usurpateur du château de son père, " délivrance opérée par deux chevaliers, dont l'un avait contri- " bué à la destruction de la famille comtale, et revenait de " terre sainte pour réparer son crime en sauvant le jeune " comte. L'action s'y développe avec un intérêt admirable- " ment soutenu jusqu'au dénouement, et fournit les scènes " les plus touchantes, les plus belles.
" Nous pouvons dire à la louange des acteurs qu'ils ont " parfaitement rendu la pièce. Voici les noms de ceux qui se " sont acquittés ave«^ tant de talent des principaux rôles. Les '• deux chevaliers par MM. Aug. Beaudry et J. Grenest, le
"jeune comte par M. Ir. Diibord, ru.suri)at('ur Flavy et son " complice Rinaldi, par MM. 0. Pleau et L. Lassalle ; Beppo " un ancien homme d'arme du chevalier Lorédan et au dévoue- '• ment duquel est dû en grande partie le succès de l'entre- " prise, parfaitement rendu par M. Nar. Grenier.
" L'intermède fut agréablement rempli par un duo " L Hirondelle " où MM. Lottin ville et Pratte chantèrent dé- " licieusement, et une patite comédie anglaise " Wanted a " maie cook. " Cette pièce fut enlevés et souleva une hilarité " générale avec des tonnerres d'applaudissements. Nous n'a- •' A'ons rien vu jouer avec plus de naturel et d'entrain que " cette petite pièce. L'honneur en revient à MM. Th. Crooke, " Mackinson, Costello et Roux.
" On était à se remettre un peu des rires provoqués par " la comédie, cjuand M. Mackinson, portant le costume na- " tional irlandais, reparut sur la scène et entonna la chanson " comique " On the rocki/ road. " Ce fut encore un quart " d'heure de gaieté délirante. Nous renonçons à dire tout le " cachet, la couleur locale jusque dans l'accent et les gestes, " que M. Mackinson sut mettre dans cette chanson. Il fut " rappelé et applaudi à outrance.
" La séance se termina par une autre pièce comique fran- " çaise " Le brelan de Savants " qui n'en céda rien aux pre- " mières. Les acteurs de cette charmante pièce furent MM. P. " Cloutier, J. Jacques, Gr. Lamothe, F. Duplessis, H. Poisson " D. Houde qui tous se sont acquittés à merveille de leurs " rôles."
" En dernier lieu, un grand morceau de chaut " Sur la ''montagne,''' parfaitement exécuté sous l'habile direction de " M. Eichard "
VI — Un premier bazar en faveur du Collège.
Quelques jours plus tard, du 11 au 16 novembre, dans la nouvelle et magnifique salle de l'Hotel-de-ville, les dames charitables des Trois-Rivières, tenaient sous le patronage de Messire Baillargeon, un grand bazar en faveur du Collège.
Eieu n'avait été épargné pour rendre les soirées intéressantes, y attirer toutes les classes de la société et rendre pour tous, la charité agréable et facile. Il y avait de la musique, du chaut, des tableaux vivants etc, etc. Chaque soir, c'était tout un programme nouveau. En outre, M. le curé avait fait appel à la bonne volonté de tous les citoyens. Il avait rappelé aux riches que le plus sûr moyen de conserver leur fortune et de l'augmenter encore, était d'en faire une part eu bonnes œuvres et en particulier dans ces fondations pieuses qui rendraient à la ville en avantages matériels et moraux de toutes sortes et sans cesse renouvelés, le peu qu'on aurait fait pour elles. Aux pauvres, il avait donné comme moyen infaillible d'attirer sur leur travail et leurs entreprises les bénédictions du Ciel, le sacrilice joyeux d'une obole en faveur d'une œuvre dont bénéficieraient leurs enfants. Il avait fait appel à ramourpropre même de toute la génération actuelle eu Itii disant que c'était un privilège glorieux que d'être appelé à contribuer à la fondation d'un collège, d'une institution destinée à la formation intellectuelle et morale de la jeunesse. Nos généreux ancêtres eussent été flattés et heureux de mettre la main à une aussi bonne œuvre. Nos arrières-neveux nous béniront de leur avoir légué un monument vraiment digne de la A'ille et d'avoir travaillé à fonder une institution où ils puiseront um^ édu<ation solide et chrétienne.
Mais on était alors à l'époque la plus critiqtie de l'année, où l'argent se fait plus rare, où les affaires sont plus languissantes! Que vont faire les citoyens ? Vont-ils rester sourds à l'appel chaleureux de leur curé V etix toujours si empressés de l'aider dans toutes ses entreprises et en particulier dans l'œuvre du Collège ? Non, non, ils montreront tme fois de plus ce qu'ils savent déployer dt^ dévouement pour tine œuvre à laquelle ils s'intéressent tous au plus haut degré. Ils iront en foule porter leur aumône ati bazar et ils la feront si large que les dames directrices de l'œuvre remettront à la fin, entre les mains de M. le curé la jolie somme de |;7ôO.OO, toutes dépenses payées. Celles-ci malheureusement ne furent pas assez contrôlées et furent un peu trop considérables.
Ija lin de la bdU' saison, dans la secondi; qniiizaim- du mois de novenibr»^ força lu (■ov])oratioii àsiispendro les travaux do la nouvelle bâtisse jusqu'au printemps prochain. Le soubassement était alors presque terminé. Déjà l'on pouvait juger des proportions harmonieuses de l'édiliee et de sa majesté sévère, v^a façade tournée vers le sud-est se développait sur une longueur de 220 pieds, entre deux tourelles saillantes de dix pieds et un corps central aussi saillant de cinq pieds. Sii, largeur commune était de GO pieds; mais h's saillies des tourelles donnaient aux extrémités une largeur de 80 pieds. La bâtisse, bien que tout à fait dépourvue d'ornemeuts, avait dans l'harmonie seule de ses lignes beaucoup de grâce et d'élégance. Le rez-de-chaussée construit avec des blocs de granit de 12 pouces de large, ayant ses angles en pierre taillée, ainsi que l'encadrement des ouvertures, avait une apparence de solidité remarquable, et telle qu'il convenait, pour y asseoir trois et quatre étages, ainsi que le demandait le plan projeté. La partie de l'édifice déjà construite faisait ardemment désiré de voir le reste s'élever au plus tôt et était pour tous un encouragement à souscrire généreusement à la bonne œuvre.
Au commencement de décembre, Mgr Laflèche annonçait par une circulaire à son clergé, son prochain départ pour Home. Il y allait plaider, contradictoirement aux vues de Mgr Taschereau, les droits de Montréal à avoir une université «•atholique. (a)
(a) L'histoire religieuse du pays aura ici des pages intére.ssantes à raconter. Elle n'oubliera pas les grandes fêtes données à Montréal, à l'ocuasion du jubilé sacerdotal de Mgr Bourget, ni l'incident particulier du sermon du Rév. P. Braun. Ce sermon qui fut comme une épouvantable décharge de mitraille au milieu du camp catholique libéral, prit aussitôt les proportions d'un événement de la plus grande importance et provoqua une levée générale de boucliers jiarmi tous les partisans du libéralisme que l'on vit attaquer brutalement dans la presse le sermon d'un prêtre prononcé en présence même de son évoque ... li to'it pour ■î'iimntrer qn'i!. ny a pis ds libérallsm'i ';n Canada !...
A cet incident vint bientôt s'ajouter la demande par les jésuites, à la Législature de Québec, le pouvoir de conférer les dégrés universitaires... 11 n'en fallut pas davantage pour engager F Université-Laval à remuer ciel et terre, pour empêcher la furinatiou d'une université catholique à Montréal. Mgr Taschereau partit immédiatement pour Rome afin de plaider la cau.se de Laval. Sur la demande très pressante des intéressés et en particulier du vieil évèque Bourget, Mgr Laflèche s'était décidé à faire, lui aussi, ]f> voyage de Rome. Le R. P. Braun et le curé de Notre-Diime de Grâce, M. l'abbé Maréchal devaient l'y accompagner.
Avant sou départ, le 15 décembre, il ordonna prêtres MM. D. Fortin et Hercule Trottier. Il partit des Trois-Rivières le 16, et bien qu'il eût été arrêté d'avance qu'il n'y aurait aucune démonstration à son départ, au moment où Sa Grandeur devait se rendre à l'église paroissiale des Trois-Kivières pour V dire les prières de l'itinéraire, une grande foule composée de l'élite des citoyens se pressait aux abords de l'évêché pour présenter ses hommages à Sa Grandeur et lui souhaiter bonheur et succès dans son voyage. Mgr se rendit à l'église, à travers cette foule sympathique et silencieuse et, après les prières ordinaires, il se recommanda aux pieux souvenirs des assistants et il les bénit avec une profonde émotion.
Ainsi Tannée 1872 finissait dans les tristesses du départ du premier pasteur obligé de s'éloigner, pour un temps indéfini de son cher troupeau et de braver les dangers et les incertitudes d'un long et pénible voyage.
L'année 1873 commença avec un grand calme au sein de la communauté trilluvienne. Le premier janvier ne fut distingué des autres jours de l'année que par l'échange des souhaits et peut-être par les inutiles désirs d'un certain nombre déjeunes écoliers de se retrouver ce jour-là au foyer paternel. Le congé s • passa cependant au milieu des plus joyeux amusements. Les amateurs du patin en particulier, purent s'en donner à cœur-joie, le pont de glace venait justement de se faire devant la ville, tout exprès pour ce jour.
YII— Une lettre du St-Père.
En partant pour Rome, Mgr avait été chargé de la part des directeurs, professeurs et élèves du Collège des Trois- Rivières de porter à N. S. P. P. Pie IX, une modeste aumône et une humble adresse où étaient exprimés les sentiments de leur pieux dévouement à la personne sacrée du pontife qui gouverne la barque de Pierre avec tant de sagesse et de courage, les protestations de leur sincère attachement au siège
apostolique et de leur fidèle soumission à tous ses enseig-nements. Ils y exhalaient aussi leur douleur et leur sympathie, en présence de la persécution d(^ plus en plus acharnée à laquelle le Saint-Siège se trouvait eu butte. Ils formaient des vœux pour le retour de jours meilleurs et demandaient en finissant la bénédiction apostolique pour eux et leurs familles.
Le Saint-Père eut l'insigne bonté de donner à cette adresse la réponse suivante dont je suis fier d'inclure ici en entier le texte, ad perpétua tn rei memoriam, et aussi parceque ce furent les étrenues les plus magnifiques qu'ait jamais reçu notre communauté au commencement d'une nouvelle année.
A nos chers fils le Supérieur, les Directeurs, les Maîtres et les Elèves du Collège St-Joseph des Trois-Rivières, au diocèse des T. R. en Canada.