L. S. RHEAULT. Ptre.. LS RICHARD. Ptre
Cette pièce si grave et qui porte son commentaire en. ellemême fut portée à Sa Grrandeur Monseigneur Laflèche par le président et le secrétaire de la corporation, MM. Badeaux et Dumoulin.
Monseigneur qui, depuis quelques années, s'intéressait vivement à l'institution, regrettait cependant de la voir encore en partie contrôlée par une corporation laïque. Il songeait aux moyens de faire cesser cette anomalie, quand les membres de la corporation prévenant ses désirs vinrent lui offrir l'institution avec toutes ses propriétés. Sa Grrandeur ne pouvait être que très heureuse de cette détermination des autorités du Collège ; mais avant de donner une réponse définitive,
elle résolut de réunir le Conseil diocésain et de conférer arec ce dernier de ce qu'il y avait à faire.
Or, voi;;i la réponse que Monseigneur des Trois-Rivières crut devoir faire à cette requête des membres de la corporation du Collège.
EvêrJié des Trois-Rknères, 2 décembre 1873.
G. S. BADE AUX, Er.r Médecin,
Président de la C. C. T. R.
Etc., etc., etc.
Monsieur te Président,
Confo''méinent à ce que je vous avais promis, fax sotimis la requête de votre cor/jorafion à mon Conseil et après les explications convenables et un examen attentif de son contenu, il a été décidé unanimement défaire droit à cette demande et d'accepter les offres généreuses qui l'appuient.
En conséquence f(n le plaisir de vous annoncer que je su'S décidé fi ériger le Collège des Trois- Rivières en Séminaire Diocésain.
Je ne doute pas que r adoption de cette mesure ne soit très avantageuse à cette Jeu ne institution et ne contribue granrlement à assurer sou avenir et sa prospérité.
Dans cet esjjoir, je demeure bien cordialement.
Monsieur le Président,
Votre tout dévoué serviteur.
{Signé,} t L. F. Ev. fies Troi^- Rivières.
JII — Nouvelle constitution légale du Collège des^ Trois-Rivières.
Après cette réponse de Monseigneur, il s'agissait pour la corporation de travailler à faire amender sa charte d'incorporation, conformément à la promesse qu'elle en avait faite à Sa Grandeur. Le Parlement de Québec entrait en session le 4 décembre ; il fallait profiter de cette première réunion des
Chambres pour l'aire passer le nouvel acte intéressant le Collège. Monsieur H. G-. Mailhiot était alors membre pour les Trois-Kivières et comme il faisait en môme temps, partie de la corporation du Collcg-e, c'était à lui c(.u'incombait la tâche de préparer et de faire passer la nouvelle charte. Ainsi donc, d'après ses instructions, les membres de la corporation adressèrent, le 13 décembre, aux trois branches de la Législature une requête demandant les amendements qu'ils désiraient voir apportés à leur charte primitive. Et bientôt, grâce au crédit de M. Mailhiot, un acte préparé conformément aux amendements demandés passa par toutes les formalités de notre législation, jusqu'à sa sanction finale donnée par le Lieutenant-Grouverneur, le 28 janvier 1874.
Cet acte modifiant notre constitution première d'une manière radicale, il convient de le citer ici en entier dans sa forme et teneur :
ACTE POUR AMENDER L'ACTE DINCORPORATION DU COLLÈGE DES TROIS-RIVIÈRES. (23 Vict. chap. 133.)
Attendu que l'Acte d'incorporation du Collège des Trois-Rivières, (23 Vict. chap. 133) peut être modifié et amendé avantageusement pour répondre avec plus d'efficacité aux besoins que nécessitent les développemeïits de cette institution, en rendre l'administration plus régulière et plus facile, et pour assurer son avenir et sa prospérité, en la mettant sur le même pied que les autres collèges ou séminaires de la province ; Sa Majesté, par et de l'avis et du consentement de la Législature de Québec, décrète ce qui suit :
lo Le personel actuel de la dite corporation du Collège des Trois-Rivières sera, et est par le présent remplacé ])ar les personnes occupant ou devant occuper les chaires et offices suivants, et par leurs successeurs dans les dites charges et offices, savoir : révêque catholique romain du diocèse des Trois-Rivières, qui sera le président-né de la dite corporation, le grand-vicaire du dit évoque résidant aux Trois-Rivièrcs, le curé ou le prêtre desservant de la paroisse de l'Immaculée-Conception de la Ste Vierge des Trois-Rivières, le supérieur de la dite institution et le directeur du grand séminaire, ces deux derniters nommés par le dit évêque et exerçant les dites fonctions avec sou approbation, le directeur du petit séminaire, le procureur et le préfet des études, ces trois derniers nommés par les autres membres de la dite corporation; et exerçant également leurs dites fonctions avec l'approbation du dit évêque.
2o La dite corporation du Collège des Trois-Rivières sera désormais désignée et connue sous le nom • de " le Séminaire de Saint-Joseph des Trois-Rivières," ou " le Séminaire des Trois-Rivières,'" et aura un sceau à lui propre.
3o La dite corjx»ration, d«nt le quorum sera formé d'au moins cinq membres, aura
le pouvoir de faire et passer h s règles, les règlements et statuts qu'elle jugera à propos d'adopter, pour la bonne administration des affaires de la dite institution, et pour en promouvoir les intérêts ; mais les dites règles, règlements et statuts seront soumis à l'approbation et sujets au veto du dit évêque.
4o La dite corporation pourra re<;evoir des legs, dons et fondations, et acquérir, tenir et posséder des biens meubles et immeubles de quelque nature que ce soit, pour l'instruction de la jeunesse, l'usage et les fins de la dite corporation : et elle pourra vendre ou autrement aliéner les dits biens et en acquérir d'autres, à quelque titre que ce soit pour les mêmes fins ; mais les ventes et aliénations ne pourront se faire que du consentement du dit évêque. Néanmoins le revenu annuel des biens de la dite corporation, non compris le terrain strictement nécessaire à l'occupation et usage des profi;sseui-s et élèves du dit Collège ou Séminaire, ne devra pas excéder la somme de douze mille i)iastres.
5o Toutes les clauses et dispositions du susdit " Acte d'incorporation du Collège des Troi.s-Rivières,'' (2:5 Vict. chap. 133) contraires ou incompatibles avec les dispositions du présent acte, et nobimment les sections 2 et 4, du dit acte, sont par le présent abrogées et supprimées à l'effet de donner aux fins et dispositions du présent acte leur plein et entier eft'et.
Cet acte sauctiouué le 28 janvier 1874 ne devait venir en force que soixante jours pins tard, c'est-à-dire, le 29 mars.
Cette nouvelle constitution sans doute n'était pas encore parfaite et il est probable (Jue l'expérience lui fera trouver encore quelques défauts ; mais elle corrigeait au moins les vices les plus saillants de celle du 19 mai 1860. Elle rendait aux membres de la Corporation la liberté d'administrer leurs biens à leur guise, et puis, si elle délimitait encore les revenus annuels de l'institution, au moins elle fixait un montant qui put rencontrer, à quelque chose près, les besoins ordinaires d'une année.
Au reste, non seulement elle modifiait notablement les conditions d'existence de la maison, mais elle en changeait jusqu'au nom. Désormais ce ne sera plus le Collège des Trois-Rivières, mais le Séminaire des Trois-Rivières.
La corporation du Collège ayant accompli toutes les formalités requises pour faire reconnaître légalement le Séminaire diocésain que l'Evèque avait promis d'ériger, c'était maintenant à Sa Grandeur de remplir l'engagement pris dans sa lettre du 2 décembre et de donner l'institution canonique au Collège des Trois-ltivières.
IV — iNAUdURATION DU SÉMINAIRE DES TrOLS-RiVIÈRES
Mgr Lailècho, intimement persuadé de l'assistance souvent merveilleuse que 8 Joseph avait accordée à l'institution, avait d'avance choisi le 19 mars, jour de la fête de ce grand saint, pour la date de l'émission du décret canonique d'érection. En choisissant ce jour pour accomplir un des actes les plus solennels et les plus importants de l'administration épiscopale, Mgr voulait à la fois consacrer le souvenir de la protection passée de S. Joseph et s'assurer un nouveau gage de sa protection future.
Tous les amis de la maison hâtaient donc de leurs vœux l'arrivée de ce jour béni qui devait en quelque sorte marquer pour le Collège l'époque d'une seconde naissance.
Le 17 mars, la corporation du Collège des Trois-Rivières tint, sous la présidence de Messire Baillargeon, (M. Badeaux président était retenu chez lui par la maladie), sa dernière assemblée à laquelle elle convia Sa G-randeur Mgr des Trois-Rivières et tous les autres messieurs désignés dans la nouvelle charte comme devant former la future corporation du Séminaire des Trois-Rivières. Dans cette assemblée, Mgr informa officiellement les membres des deux corporations que le jeudi suivant, 19 mars, elle érigerait canoniquement son séminaire diocésain. Il y fut aussi décidé que le président et le secrétaire, advenant le terme de leurs offices, remettraient à la nouvelle corporation tous documents, papiers, titres de propriétés, livres de comptes, registre des délibérations, etc., etc. et qu'ils donneraient aux nouveaux membres toutes les informations nécessaires pour leur faire connaître leurs biens et leurs obligations.
Enfin l'aurore du 19 mars se leva radieuse et pleine d'espérances sur la cité trifluvienne et eu particulier sur le Collège. Tout le monde était dans la jubilation et l'allégresse et la parure extraordinaire qu'avait revêtue notre belle cathédrale, annonçait plus qu'une joyeuse fête et une grande solennité. C'était tout un événement d'une immense importance qu'on allait y célébrer. C'était l'inauguration du Séminaire qui
allait s'y faire dans une imposante cérémonie religieuse, présidée par Sa Grrandeur Mgr des Trois-Rivières. La messe solennelle, recommandée par les autorités du Collège et les membres de l'Union St-Joseph, fut chantée par M. Rheault, directeur, les élèves sous la direction de M. Eictiard s'étaient chargés de la partie musicale et ils s'acquittèrent fort honorablement de cette tâche difficile.
A l'évangile, Mgr monta en chaire. Après avoir adressé d'éloquentes paroles aux membres de l'Union St-Joseph, Sa Grrandeur fit connaître l'heureux événement qui rendait à jamais mémorable le 19 mars 1874.
" C'est de ce jour, dit Mgr, que j'ai daté le décret qui érige " canouiquement le Collège des Trois-Rivières en Séminaire " diocésain. Cette fête de St-Joseph voit donc s'accomplir " l'un des actes les plus importants que j'aurai sans doute à " remplir dans le cours de mon administration. A l'exemple " de mou vénéré prédécesseur j'ai placé avec une grande con- •' fiance le Séminaire des Trois-Rivières sous la protection de '' S. Joseph, patron de l'Eglise universelle. J'espère beaucoup " en l'avenir de cet établissement. "
Puis Sa Grandeur s'adressant directement à la commuté lui recommanda de grandir, sous l'œil de S. Joseph et à l'exemple de l'Enfant Jésus, en âge, en sagesse et en vertu.
Monseigneur, en terminant, appela de toute l'ardeur de son âme les bt'nédictions célestes sur le nouveau séminaire.
Ceux qui, ayant été les témoins de l'inauguration du Collège par Mgr Cooke l-e G septembre 1860, furent encore présents à l'inauguration du Séminaire le 19 mars 1874, furent frappés de la similitude des idées exprimées par les deux prélats eu ces deux circonstances si éloignées l'une de l'autre par le temps et cependant si proches par leur nature et leur objet. Monseigneur Laflèche, en exhortant les élèves à imiter l'Enfant Jésus grandissant sous le regard et la protection de S. Joseph, en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes était, sans en douter l'écho extréliiinnent fidèle des paroles de son illustre prédécesseur. Il ren-