LOUIS-FRANÇOIS LAFLÈCHE
Pat la Miséricorde de Dieu et la Grâce du St-Siège Apostolique, Evêque de^ Trois-Pdi^ièrea, elc, etc., etc.
A tous ceux qui les présentes verront, Salut eu Notre- Seigneur Jésus-Christ.
Comme la paix et la prospérité de la société humaine, et l'accroissement de notre sainte Religion dépendent principalement de la bonne éducation de la jeunesse, et i)articulièrement des soins donnés à la formation dn Clergé, le Pasteur chargé de conduire sûrement son troupeau dans la voie du salut ne peut avoir rien de plus à cœur que de procurer à la jeunesse de bons établissements, où les enfants, retirés à l'abri des séductions du jeune âge, puissent recevoir une éducation solide et chrétienne, et où tous ceux que leur vocation appelle au service du Seigneur soient solidement formés à la piété et à toutes les vertus, et imbus des lettres et des sciences, principalement des sciences sacrées ; en sorte que par la gravité de leurs mœurs et l'excellence de leur sagesse ils brillent d'une vive splendeur, comme des flambeaux ardents dans la maison du Seigneur, et servent amplement à l'utilité de l'Eglise, à l'ornement et au salut de la société.
Or, si l'on a dû employer la plus grande vigilance et une sollicitude toute particulière pour que tous ceux qui veulent entrer dans la milice du Seigneur reçoivent une éducation pieuse et sainte, et une instruction solide, il n'est personne qui ne sache combien il importe aux intérêts de l'Eglise et de
la société civile, surtout eu ces temps difficiles, que s'accroisse de plus en plus le nombre des bons prêtres qui, brillant de toutes les vertus et armés d'une doctrine saine et solide, sachent s'acquitter avec piété et capacité des fonctions de leur ministère, instruire soigneusement le peuple chrétien, veiller attentivement au salut des âmes, ramener ceux qui s'égarent vers les sentiers de la vérité et de la justice, défendre courageusement et savamment la cause de Dieu et de la sainte Eglise, dévoiler les embûches des hommes perfides, combattre leurs erreurs, réfuter leur démence et leur témérité, et repousser leurs attaques.
Aussi, dans le commencement de Notre Episcopat, entrant pleinement dans les vues et les desseins de Notre Vénérable prédécesseur, et désirant Nous conformer aux recommandations que le St-Siège lui avait faites à ce sujet, Nous avons souhaité ardemment de voir arriver le jour où Nous pourrions ériger, posséder et maintenir dans Notre ville épiscopale un Séminaire diocésain où les jeunes clercs pussent être instruits avec soin dans la piété et l'esprit ecclésiastique, dans les lettres et surtout les sciences théologiques, la connaissance des Saints Pères, de l'histoire ecclésiastique et du droit sacré, et apprendre tout ce qui se rattache au graves fonctions du St-ministère.
Nos espérances se sont fortifiées en voyant surgir et progresser rapidement auprès de Nous le Collège des Trois-Rivières, et aujourd'hui Nos vœux vont se réaliser, puisque la corporation de ce Collège, comprenant bien l'intérêt de la religion, de la société et du Collège lui-même, Nous a, par une requête en date du 15 novembre dernier, spontanément offert le dit Collège avec toutes ses propriétés, Nous priant de vouloir bien l'accepter et lui donner telle organisation que Nous jugerions convenable pour en faire un Séminaire diocésain, conformément aux règles de l'Eglise, tout en continuant d'y donner l'enseig^iemeut collégial, et Nous déclarant que telle avait été l'intention des Fondateurs du dit Collège et de tous leurs successeurs jusqu'à ce jour. Après avoir exposé la chose à Notre Conseil diocésain, et de son avis una-
iiime, Nous avons été heureux d'accueillir favorablemout cette demande, et d'accepter cette offre généreuse. Aujourd'hui les mesures exigées par la loi civile ayant été prises, Nous avons décrété et décrétons de donner régulièrement à ce Séminaire l'existence canoniqua.
C'est pourquoi, pour mieux profiter de ces faveurs signalées de la Divine Providence, et Nous acquitter plus parfaitement de Notre charge pastorale, pour la plus grande gloire de Dieu, pour le bien de la religion et le salut des âmes, et aussi dans l'intérêt temporel de la société. Nous érigeons à perpétuité par les présentes, ordonnons et constituons le dit Collège des Trois-Rivières en Séminaire diurémin, sous le nom de Séminaire des Trois-Rivières, destiné à l'éducation collégiale et ecclésiastique de la jeunesse et des clercs ; Nous lui donnons pour Patron et principal Protecteur, le glorieux Saint Joseph, Patron de l'Eglise Universelle ; et Nous voulons qu'il soit entièrement soumis à Nous et à Nos Successeurs, conformément aux prescriptions et aux règles du Saint Concile de Trente et des conciles provinciaux de Québec sur les Grands et Petits Séminaires.
Le S. Concile de Trente (Sess. XXIII, cap. 18. Ce Refor.) ordonne la formation de deux Conseils pour aider l'Evêque dans l'administration du Séminaire, l'un pour le spirituel et l'autre pour le temporel. En attendant qu'il nous soit possible de former ces conseils en la manière prescrite. Nous pourvoirons à la conduite et à l'administration de ce Séminaire à l'aide de Nos Conseillers ordinaires pour le spirituel, et avec le concours des membres de la Corporation légale pour le temporel, et Nous lui donnerons en temps opportun un règlement spécial pour en assurer la bonne administration, la régularité et la prospérité.
Donné aux Trois-Rivières sous Notre seing, le sceau du diocèse et le contre-seing de Notre secrétaire eu la Fête de S. Joseph, le dix-neuvième jour de mars mil huit cent soixante et quatorze.
(Signé,) t L. F. Ev. des Trois-RivièrÈs.
(L. S.) Par Monseigneur,
Ed. Ling, Ptre, Secrétaire.
Ce décret fut signifié à tous les fidèles du diocèse par une lettre pastorale qui fut lue dans les églises, le dimanche 22 mars. Cette lettre donnant un exposé succinct des événements qui avaient préparé et amené l'érection du Séminaire^ ce serait s'exposer à d'ennuyeuses répétitions que de la citer ici en entier. Je ne puis cependant résister à la tentation d'en faire un court extrait pour justifier, par cet important document, l'appréciation que nous avons faite de l'action et du concours de Mgr Cooke dans l'œuvre de la fondation du Collège.
" Il (Mgr Cooke) vit cependant avec plaisir se former " dans la ville des Trois-Rivières, par les soins et la bonne vo- " lonté des citoyens, sous sa direction et avec son concours, " un Collèg'e pour l'enseignement classique de la jeunesse, à " l'instar de celui de Nicolet. Malgré l'impossibilité où se "' trouvait le digne évêque d'aider matériellement, cet établis- " sèment naissant, malgré les craintes de plusieurs sur l'utili- " té d'une fondation qu'ils trouvaient prématurée dans les " circonstances difficiles où se trouvait le diocèse, le Yénéra- " ble Prélat, dans sa foi vive et sa confiance sans bornes en la " Providence, aimait à y voir le germe d'où pourrait sortir '■ plus tard son Séminaire diocésain. Aussi voulut-il prendre " part à sa fondation, en le prenant sous sa haute protection " et lui donner l'appui de son influence en lui fournissant le " personnel de l'enseignement. Il voulut en présider lui- " même l'ouverture par la célébration des saints mystères et " par une bénédiction toute spéciale qu'il lui donna en sa " qualité d'évêque diocésain. Ce fut dans cette inauguration " qu'il mit cette institution sous le patronage et la protection " spéciale de St- Joseph, Protecteur et Père nourricier de la " Ste-Famille. "
L'érection du Collège des Trois-Rivières en Séminaire diocésain fournit au " Journal des Trois-Rivières " l'occasion de publier un article extrêmement remarquable sur l'action sociale des Séminaires, et sur les bienfaits moraux et matériels que de telles institutions apportent à l'Eglise et à la société. Pour le Collège des Trois-Rivières, les résultats qu'il a déjà
donnés, ont été en raison des épreuves qu'il a subies ; mais s'il a pu résister aux plus violentes tempêtes, c'est qu'il a toujours su s'appuyer sur l'autorité épiscopale. C'est que ses fondateurs et ses directeurs toujours entièrem<'nt soumis à la volonté de l'évèque puisaient une force irrésistible dans leur obéissance et dans la confiance qu'ils reposaient en la sagesse de leur chef et de leur Pasteur
Il terminait ainsi: "En résumé, l'érection du Séminaire " des Trois-Rivières est un événement des plus heureux pour " la ville et le diocèse. Et cet acte important demeurera dans " la carrière de notre digne évêque comme l'un des monu- " ments les plus achevés de sa sagesse et de sa sollicitude " pour le bien spirituel et temporel de ses diocésains.
V — Formes diverses de la charité pour venir en aide AU Collège des Trois-Eivières.
Pour ne pas interrompre le récit des faits se rapportant à l'érection du Séminaire, nous avons été obligé d'en omettre d'autres d'une importance moindre, mais qui cependant ont leur place marquée dans ce travail. Maintenant donc nous allons retourner quelque peu en arrière, et cueillir dans le champs de l'année scolaire 1873-74 quelques-unes des fleurs que nous avons remarquées sur notre passage. Nous allons, si c'est possible, recomposer le magnifique bouquet que nos bienfaiteurs offrirent à S. Joseph ou, pour parler sans figures, nous allons rappeler les souvenirs gracieux des actes de dévouement et des sacrifices de toutes sortes que s'imposèrent nos amis pour nous aider à bâtir.
Nous avons déjà dit que le nombre de nos bienfaiteurs était trop considérable, pour qu'il nous fut possible de donner même leurs noms.
Nous avons cependant la confiance que Pange gardien de notre institution et notre puissant protecteur S. Joseph, qui connaissent toutes ces mains généreuses qui se sont ouvertes pour venir en aide au Collèga des Trois-Rivières, ont tenu un compte bien exact de tout ce qui a été fait pour nous,
et que déjà, ils ont acquitté eu grâces spirituelles et même en biens temporels, une bonne iDartie de la dette de reconnaissance que nous avons contractée à l'égard de toutes ces âmes charitables.
Mais si les noms de nos bienfaiteurs ne doivent être écrits qu'aux archives du Ciel, leurs œuvres du moins doivent être consignées soigneusement dans l'histoire, pour l'édification de leurs enfants et des générations futures, et surtout pour la glorification de S. Joseph qui sut en faire les instruments de sa vigilante protection à l'égard du Collège.
Nous avons déjà vu avec c|uelle générosité et quel empressement les citoyens des Trois-Rivières avaient, dans les quelciues mois d'un hiver extrêmement rigoureux, remis entre les mains de M. Baillargeou de quoi payer la ferme dite " Le Longchamp. " Depuis qu'il fût question de bâtir le nouveau Collège, les aumônes, par mille canaux divers, n'ont cessé de couler entre les mains de celui qui s'était fait l'âme de cette gigantesque entreprise. D'abord ce furent les anciens élèves qui apportèrent à leur " Aima Mater " les prémices de leurs travaux et le fruit de leurs premières économies Entraînés par ce noble exemple, tous les chefs de famille vinrent à leur tour apposer leurs noms sur les listes de souscriptions ouvertes par M. Baillargeon, et tous acceptèrent d'assez bonne grâce la quotité que d'avance il avait déterminé^^ pour chacun de ses paroissiens ! Ensuite ce fut le tour des dames trifluviennes qui, en otitre du bazar annuel des Sœurs de la Providence, s'imposèrent la pénible tâche d'en organiser un second pour le Collège qu'elles donnèrent au mois de novembre 1872. Puis s'étaient les élèves du Collège eux-mêmes qui fournissaient lettr quote-part, en donnant à la fin de l'année scolaire 73, une grande séance dramatique et musicale.
Dans le cours de l'été et de l'automne 1873, ce furent principalement des citoyens étrangers à la ville, quelques amis de l'éducation et stirtout un certain nombre de membres du clergé diocésain qui continuèrent à verser dans la bourse de M. Baillargeon. Au mois de décembre, quelques anciens
élèves, aidés de leurs ainis, doiinùreut à l'hôtel-de- ville uuc soirée dramatique qui rapportait encore la jolie somme de $125.00,
Au commencement de janvier 1874, chose plus admirable encore et digne d'être écrite en lettres d'or, ce sont 1(;8 tout petits enfants de l'école de Mademoiselle Jelfrard qui, désirant eux aussi, apporter leur petit sou à leur bon curé pour l'œuvre du Collèg ', donnent sous forme d'étrennes à S. Joseph une petite séance payante qui rapporte cent beaux écus.
Mais ces recettes, malgré leur grande valeur extrinsèque, étaient bien minimes à côté des dépenses énormes déjà faites sur la nouvelle bâtisse et de celles plus grandes encore qui restaient à faire. Les dames charitables des Trois-Rivières ont compris cela et elles se sont mises à l'œuvre pour préparer un nouveau bazar qu'elles donneront au commencement de février. Pour assurer plus efficacement le succès de leur entreprise, elles feront en sorte que tous les effets du bazar leur soient fournis en pur don et qu'il ne soit fait aucune dépense. Puis elles seront si bien secondées dans leur zèle et leurs efforts par toutes les âmes charitables, que ce bazar sera le plus grand succès du genre jusqu'alors obtenu aux Trois- Rivières. Il rapportera une recette jusqu'alors inouie dans les fastes de la charité triliuvienne ! Il donnera la magnifique somme de 11800.00 ! ! Aussi M. le curé en témoignera chaleureusement sa satisfaction et sa reconnaissance aux citoyens des Trois-Rivières, et c'est pour les bénir et les remercier encore que je rappelle ici ces faits admirables.
La ferveur du zèle et l'ardeur de la charité publique à l'égard du Collège reçurent un nouveau stimulant dans l'institution canonique qui lui fut conférée le 19 mars 1884 et dans cette bénédiction spéciale que Mgr Laâèche avait daigné lui accorder à cette occasion. A partir de ce jour, il sembla à tous nos amis que les dons qu'ils faisaient au Séminaire prenaient plus particulièrement le caractère d' œuvres pies.
Les Dames Ursnrliues furent les premières à apprécier la grandeur et l'importance de l'œuvre que Mgr avait accomplie
en érigeant son Séminaire diocésain, et les premières aussi, elles Yonlurent prendre part à cette bonne œuvre en cédant à la nouvelle corporation une terrain d'une grande valeur, situé entre la rue St-François-Xavier et le terrain du Collège, comprenant trois lots à bâtir. Nos lTo6-lY5T-lt58 du cadastre officiel de la cité des Trois-Rivières, et estimés ensemble à environ $1200.00. Ce fut au commencement du mois de mai 1874, que les Dames Ursulines firent au Séminaire cette importante donation qui les place parmi nos plus insignes bienfaiteurs.
VI — Divers.
Les académiciens chômèrent la fête de leur patron, le 10 mars, par une jolie séance littéraire qui fut présidée par Sa Grrandeur Mgr Laflèche, assistée de la plupart des prêtres do l'évêché et de tous ceux du Collège. La salle des séances avait été élégamment décorée et sur le mur dominant l'estrade destinée aux officiers on lisait l'inscription suivante à la louange de S. Thomas : Effulsit sicut sol in domo Dei. Les musiciens et les chantres avaient prêté leur concours pour donner à la démonstration un caractère plus solennel et plus imposant. Lé panégyrique de S. Thomas fait par le président de de la société, M. A. Beaudry fut remarquable d'invention et d'élocution. Ajoutons à cela que Mr Beaudry déclamant avec une voix toujours sympathique et un geste naturel sut intéresser fort ses auditeurs. Je serais peut-être plus exact en disant qu'il sut les charmer. Après ce premier discours, un autre académicien, Mr Prosper Cloutier lut une étude fort intéressante sur le moyen âge ; et ses considérations pleines de justesse et de conviction lui valurent ainsi qu'au président, les félicitations de Sa Grandeur qui se montra fort satisfaite de cette petite séance littéraire.
Le premier d'avril, l'Eglise de Nicolet rendait les derniers devoirs à son pasteur, le Rév. Mess. Fortier archiprêtre ; le 29 du même mois, c'étaient les paroissiens do St-Théodore d' Acton qui, à leur tour, conduisaient à sa dernière demeure leur regretté curé, M. J.-Bte Marcotte, ancien professeur et ancien régent
du CollègM^ des Trois-E-ivières. M. Marcotte avait été un de ceux qui eurent à partager les privations, les ennuis et les travaux des premiers jours du Collège et il lui avait donné quatre années de sa vie. Il n'en fallait pas davantage pour l'attacher inébranlablement aux destinées de l'institution, et depuis lors, il n'a cessé de partager les tristesses et les joies, les épreuves et les espérances du Collège des Trois-Rivières. Les bonnes nouvelles que lui apportaient les journaux des Trois-Rivières durant les années 72 et 73 firent la consolation de ses derniers jours ; mais il aurait bien désiré voir au moins une fois avant de mourir, le beau monument que la corporation était à élever, sous le patronage de S. Joseph, à la gloire de la Religion et de la Patrie.
Il n'eut pas cette satisfaction. Après une longue et cruelle maladie, soufferte avec la résignation d'un saint, il s'endormit avec calme dans le Seigneur, le 26 avril 1874. Il était dans sa trente-septième année. Il avait peu longtemps vécu ; mais sa carrière avait été bien remplie et il laissait après lui des oeuvres qui devaient perpétuer le souvenir de son nom et de son dévouement pour l'Eglise. Que tous nos anciens qui furent ses collègues ou ses subordonnés, qui connurent par conséquent la bonté de son cœur, et la fermeté de son caractère lui donnent un pieux souvenir, quand ils liront ces lignes que l'auteur dédie à l'ami le plus sincère et le plus constant qu'il ait jamais rencontré sur le chemin de la vie !
A partir du commencement du printemps jusqu'au mois de juillet, la ville des Trois-Rivières fut livrée à une troupe d'incendiaires qui, chaque jour ou plutôt chaque nuit, renouvelaient leurs exploits et finirent par jeter tous les citoyens dans une alarme continuelle. Ils détruisirent un grand nombre de propriétés isolées de plus ou moins de valeur, et n'eut, été la vigilance extraordinaire que chacun apportait à protéger sa propriété et les mesures énergiques prises par les autorités pour prévenir ces crimes, il y aurait eu bien d'autres incendies désastreux. Parmi les principaux bâtiments que ces malfaiteurs tentèrent de détruire, je citerai l'Ecole des Frères le couvent des Dames Ursulines et la résidence de M. T. E.
Normand. Chez les Frères, l'incendie fut découvert à temps pour sauver la maison et pour faire constater d'une manière tout à fait certaine qu'il était le fait de quelc[u'incendiaire. Aux deux autres endroits, les eiforts qu'on fit pour mettre le feu, furent sans résultat.
Ce furent probablement ces mêmes bandits cjui mirent le feu aux hangars de l'évêché, à l'étable du Collège sur le Platon et à une autre grange près de la nouvelle bâtisse du Séminaire.
Le 1er juin, jour anniversaire de la bénédiction de la pierre angulaire du Collège, par une coïncidence extrêmement remarquable, les maçons posaient, ce jour-là, la dernière brique à la dernière tourelle et terminaient ainsi les travaux de maçonnerie. A cette même date, le toit avait déjà revêtu une grande partie de sa couverture de métal et trois des pavillons s'élançaut gracieusement dans les airs, donnaient à l'édifice une apparence des plus belles.
La diligence avec laquelle les travaux avaient été conduits, était de nature à réjouir grandement les citoyens des Trois-Rivières, particulièrement ceux qui avaient fait le plus de sacrifices pour cette œuvre dont ils entrevoyaient aujourd'hui le succès certain.
Dans son numéro du 8 juin, " Le Journal des Trois- Rivières," sous le titre " Unouvrage cfm-t'' publiait l'article suivant :
'• Samedi dernier, au nouA'eau Séminaire, on a posé au " dessous de la niche qui orne la façade du pavillon central, *' un marbre blanc portant emblèmes et inscriptions. Cet ou- " vrage d'art non moins remarquable par le fini des détails " que par l'harmonie de l'ensemble est un morceau vraiment " achevé.
" Le marbre est long de quatre pieds et haut de deux et " demi. Le dessein est en relief. Au centre du champ en " forme d'ovale, apparaît la croix. Deux lis se croisent par " dessous le nœud de la croix pour laisser leurs tiges fleuries " retomber élégamment de chaque côté au-dessus des ini-
" tialos de S. Joseph, patroii du Séminaire Le millésime 1872 " est gravé an bas de la croix, et au-dessus, cette inscriptiou " dédicatoire " Religioni et Ptitriœ. Comme on le voit, ce marbre " a pris, en quelque iaçon un lang-as»/^ religieux pour redire à " tous que le" Séminaire des Trois-Rivières, sous la protection " de S. Joseph et par la croix qui a sauvé le monde, désire se " dévouer tout entier à former pour la lieligion et la Patrie " des hommes ornés do toutes les vertus dont le lis est le plus " pur emblème.
" Ce marbre si riche et si magnifique a été donné au " Séminaire des Trois-Rivières par MM. Alph. Camirand aA"o- " cat, Olivier Camirand médecin et Philippe Camirand tous " trois de Sherbrooke et anciens élèves du Collège. Ces trois *' messieurs ont offert ce don généreux à M. L. Richard, " leur ancien directeur, comme un témoignage de la respec- " tueuse et profonde reconnaissance qu'ils ont conservée pour " sa personne et pour l'institution qui leur a donné l'éduca- *' tion classique.
" Dans les quatre angles du marbre on a gravé cjuatre " feuilles d'érable avec les initiales des trois donateurs et celles " de leur ancien directeur "
VII — Une scène collégiale.
Le 11 juin, arrivent au Collège quatre forts colis venant d'Europe. Ce sont des livres de prix, des classic[ues, 'des ornements d'Eglise et des instruments de fanfare. Nos musiciens sont d'un empressement fiévreux autour de ces colis pour ouvrir incessamment celui qui contient les instruments tant convoités. Bientôt ils n'ont pas assez d'yeux pour admirer ces brillants saxhorns qui arrivent des fabric|ues de Paris ! Les embouchures ne s'adaptent pas assez vite pour les essayer et pour jouer les retournelles qui viennent en foule à leur imagination ! C'est un pêle-mêle, c'est un tohu-bohu, c'est une cacaphonie épouvantable ! Ou crie, on s'appelle — Ho ! Ho ! Narcisse as-tu vu ton soprano ? — Mais non ! donne-moi le donc. — Grustave ? montre-moi donc ton baryton ? — Togué ?
Togué ? tiens ! voici ton cornet ! — Qu'est-ce que tu dis de ton contr'alto, Harnois ? — Proce ? Proce ? Oh ! quelle magnifique contre-basse ! — G-eorge ? Lise ? Franck que pensez-vous de vos instruments ? — Achille ? voici ton trombone ! — Daniel ! tu as un joli alto, joue nous donc un solo ? — Elie ? vas-tu nous en faire maintenant de beaux solos de basse ? — Oh ! oh ! mais voici un drôle d'instrument, c'est tout à la fois un cornet et un contr'alto! — Pour qui celui-là? — Mais tu ne sais donc pas que c'est pour notre professeur, M. Ls Larivé ? — Et cet autre cornet ? — C'est pour notre directeur M. Edm. Grenier.
Enfin voici que chaque musicien est pourvu de l'instrument de son choix et à l'instant, sur un mot d'ordre reçu du chef, on exécute avec un entrain et une harmonie jusqu'alors inconnu l'air national " Vive la Canadienne. "
Cette magnifique fanfare que viennent de recevoir nos musiciens est un présent de Sa Grandeur Mgr Laflèche qui désire que l'on se prépare à fêter dignement la prise de po.s session du nouveau séminaire, laquelle aura lieu le 30 juin prochain.
En attendant, les fêtes de la St-Louis et de la St-Jean- Baptiste se ressentent un peu de l'enthousiasme de nos virtuoses, et ceux-ci désormais se font un jeu de surmonter les plus grandes difficultés de la musique !
Surtout ils mettent tous une bonne volonté admirable pour apprendre au plus tôt un grand morceau composé par Mr. Larivé, et quia pour titre '' Hommafj^e à 3Tg-r Lajièche.'' C'est comme une hymne d'actions de grâces à l'adresse du bienfaiteur insigne de la finfare.
VIII — Prise de possession du nouvel édifice du Séminaire.
Enfin le 80 juin arriva, et ainsi qu'il avait été annoncé, la séance de la distribution des prix se fit dans la grande salle du nouveau Séminaire, laquelle fut à peine assez spacieuse pour contenir la foule empressée qui désirait assister à cette fête, toujours intéressante pour les parents et pour les amis de l'éducation. Cette année, à l'attrait ordinaire qui attirait
le public, se joignait l'événement de la prise de possession, en quelque sorte officielle, du nouvel établissement. Aussi voyait-on s'épanouir sur toutes les figures une joie inaccoutumée, et tout le monde paraissait heureux de constater que ce splendide édifice allait être bientôt terminé.
La salle était élégamment décorée, (a) Le théâtre était d'un goût à la fois simple et riche. Mais oe qui attira particulièrement les regards, ce fut les portraits de feu Mgr Thomas Cooke et de feu l'Honorable J. E. Turcotte. C'était en vérité un acte de profonde délicatesse que d'offrir aux yeux du public reconnaissant, les figures de ces deux illustres personnages au concours spécial desquels on doit la fondation du Collège des Trois-Rivières.
Avec quel bonheur ces hommes ne reverraient-ils pas aujourd'hui leur œuvre agrandie et plus prospère que jamais ! Avec quelle joie ne remercieraient-ils pas ceux qui ont pris part au succès de leur œuvre et en particulier le fondateur du Séminaire, le très digne évéque des Trois-Rivière^ !
Ces deux portraits d'un travail de maître, sont l'œuvre de M. l'artiste Rho.
Sa G-randeur Mgr Lafièche présidait la séance au milieu d'un concours extraordinaire des membres du clergé et des amis de l'éducation.
Après une joyeuse fanfare exécutée par les élèves, M. Grustave Lamothe, élève en Rhétorique, fit le discours d'ouverture. M. Lamothe s'acquitta de sa tâche avec un rare bonheur. Il déclama avec beaucoup de naturel et de facilité un discours non moins brillant par le fond que par la forme.
Le chant de la cantate " V ouverture des vacances'' fut fort goûté. Il est vrai de dire que la musique et la poésie expri-
(a) Le compte rendu de cette séance est extrait de la petite brochure qui fut publiée en 1874 en souvenir de l'inauguration du Séminaire.
maieut parfaitement bien les sentiments si vifs et si variés qui s'emparent du cœur de l'écolier lorscju'il
•• Voit avec bonheur
Venir le temps de la vacance,
Où joyeux il s'élance
Vers ces champs si connus et .~i chers û son cœur. "
Les chœurs vifs et animés ont été rendus avec beaucoup de sûreté. Les soli et les duos nous ont permis de remarquer bien des voix riches et sympathicjues. Cette belle cantate a été composée et mise en musique au Séminaire même.
Les élèves ont représenté un drame intitulé " Archiba/d Cameron of LocheUl. " Cette pièce est un épisode de la guerre de sept ans en Canada. Elle a été composée par un des prêtres du Séminaire. Le fond de l'action a été tiré des " Anciens canadiens " ouvrag"e si avantageusement connu dans le pays. Ce drame tout national et palpitant d'intérêt a obtenu un succès complet.
L'auteur a su habilement nouer à l'action principale des scènes où sont parfaitement dépeintes les mœurs aimables et joviales des anciens canadiens. Il nous a donné aussi une idée parfaite des coutumes singulières des sauvages.
Ce drame a été représenté à merveille. Plusieurs acteurs ont fait preuve d'une grande souplesse et d'une grande habileté tant dans le comique que dans le tragicjue. Ceux qui ont pris part à la représentation sont : MM. A. Beaudry, V. Cloutier, H. Gouin, N. Grrenier, L. Lassalle, N. Duplessis, Chs Cormier, E. Mayrand, E. Pager. E. Méthot, D. Houde, D. St- Quentin, A. Boucher, G. Lamothe, L. Bergeron.
Ou a remarqué l'éclat et la variété des costumes parfaitement bien adaptés à chacun des rôles. On nous informe que les costumes sauvages qui ont tant intéressé, ont été prêtés par le Rév. M. Mâlo, curé de Bécancourt, qui possède une très jolie collection d'antiquités canadiennes.
Un discours sur l'éducation fut prononcé par M. Aug. Beaudry, élève en philosophie. Cette importante question de
l'éducation a été traitée à un point de vue aussi nouveau qu'éminemment chrétien
M. Beaudry i:>arle avec naturel, intelligence et conviction. Il a été écouté avec le plus profond intérêt.
Les élèves canadiens du Cours commercial nous ont donné une preuve de leurs succès dans la langue anglaise en jouant une comédie intitulée : " A sea-of troubles.''''
Cette pièce à tiroir a été tout à fait bien représentée par MM. C. Beaudet, J: Jourdain, E. Déguise, A. Desaulniers, H. G-ravel, J. Dubord, N. Belcourt et C. Maigret.
Le Cours commercial au Séminaire St-Joseph a pris beaucoup d'importance depuis quelques années. Il y a actuellement sept ecclésiastiques occupés dans ce département. On voit par là que rien n'est négligé pour donner au public la plus grande satisfaction.
La distribution des prix se fit avec célérité. Un bon nombre d'élèves furent couronnés au milieu des applaudissements de leurs parents et des amis de l'éducation. Les prix d'excellence furent respectivement remportés selon l'ordre des classes par MM. D. Houde, P. Cloutier et Aug. Beaudry ; Gust. Lamothe et Ir. Pratte ; Henri Grouin, G-eorges Moreau et Narc. G-renier ; D. St-Quentin et Elie Pager ; Vict. Pager et Joseph Desaulniers ; Eloïde Déguise et Cl. Maigret, Joseph Sauvageau et Herc. G-renier ; Auguste Fortin et Ph. Labranche, Pierre Bussière et Nap. Jourdain. En Rhétorique, le prix de déclamation décerné dans un concours qui avait eu lieu \^ veille de la séance publique, fut mérité par MM. Chs Cormier et Nérée Diiplessis. Les prix étaient en général des ouvrages de choix.
Les élèves chargés de leurs récompenses chantèrent la troisième partie dl3 la cantate. Un solo qui a ému jusqu'aux larmes est l'adieu du finissant chanté par M. Prosper Cloutier. L'invocation à S. Jos^eph, patron du Séminaire, faite par des voix sympathiques produisit aussi dans les âmes une touchante et délicieuse émotion. C'était toute une communauté
qui, au moment de s'envoler hors du toit collégial, se plaçait sous la garde et la protection du grand S. Joseph. Cette cantate est sans contredit un morceau d'art dont la répétition plaira toujours.
Le corps de musique a exécuté pendant la séance plusieurs morceaux de grande musique. Nous devons une mention toute spéciale de la grande et belle marche composée par M. Louis Larivé organiste de cette ville. Cette marche a pour nom : Hommage à Mgr Lajièche.
Après la distribution des prix, M. le supérieur, le Très- Rév. Chs. 01. Caron adressa des remerciements aux anciens membres de la corporation du Collège, dont le zèle et la générosité ont tant contribué au progrès du nouvel établissement ; puis aux amis de léducation, aux parents des élèves et à tout l'auditoire.
Sa G-randeur Mgr. des Trois-Rivières daigna aussi adresser quelques mots aux élèves pour les inviter à bien profiter du repos des vacances.
Il fit remarquer en termes éloquents, que le progrès extraordinaire du nouvel établissement était une preuve que la Providence A'oyait cette œuvre d'un œil favorable ; et il termina en invitant les citoyens à s'unir à lui pour offrir à Dieu des actions de grâces.
L'assemblée s'est retirée tout à fait satisfaite et emportant les plus beaux souvenirs de cette séance. Nous nous réjouissons grandement de voir notre Séminaire progresser d'une manière si rapide et sous tous les rapports. Que ceux qui le dirigent d'une manière si habile et surtout si utile pour la Religion et la Patrie reçoivent dans leurs propres succès la récompense de leurs louables efforts.