CHAPITRE QUARANTIÈME
Appréciation générale de l'année scolaire 1873-74.
Le grand événemeut de l'aunée fut sans contredit l'érection canonique du Séminaire diocésain. Cet acte qui, au témoignage de Mgr Laflèche lui-même, était un des plus importants de son administration, couronnait magnifiquement l'œuvre de Mgr Cooke, et l'affermissait à jamais, en l'agrandissant et en la complétant. Désormais, l'avenir du Collège, en se perdant dans la mission plus noble et plus grande d'un Séminaire se trouvait assuré pour toujours. "Nous érigeons à " perpétuité, dit le décret, le Collège des Trois-Rivières en
" Séminaire diocésain destiné à l'éducation collégiale et
" ecclésiastique de la jeunesse et des clercs. " Donc plus de ces poignantes incertitudes qui, bien souvent sont venues assaillir les directeurs et les promoteurs de l'œuvre, alors que, dans les jours d'épreuve et de combat, ils comptaient si peu d'auxiliaires et n'étaient pas sûrs de leur lendemain ! Qui pourra jamais dire ce qu'éprouvèrent de satisfaction et de bonheur tous ceux qui s'intéressaient à notre établissement ? quand ils le virent ainsi l'objet des attentions particulières de Mgr Laflèche, quand ils le virent s'élever à l'importance et à la dignité d'une institution diocésaine.
Si la reconnaissance des citoyens des Trois-Rivières fit décerner à Mgr Cooke, avec justice et vérité, le titre de Fondateur du Collège, parce que Sa G-randeur couvrit toujours ce dernier de la protection de son nom et surtout parce que, dès l'origine, elle prit pour sa part de lui fournir le personnel de
la direction et de Teuseignement ; quel nom conviendra-t-il de donner à Mgr Lafloche pour avoir à jamais assuré la permanence à la fondation de Mgr Cooke. et pour avoir, en quelque façon, donner une vie nouvelle à une institution sans cesse défaillante, mais toujours infiniment vivace. Mgr Laflèche fut à l'égard du Collège plus qu'un insigne bienfaiteur, il fut son second fondateur. Plus puissant à lui seul que les deux premiers fondateurs, il pouvait à un moment donné, lui fournir une assistance plus efficace.
Tout d'abord, l'institution du Séminaire diocésain eut pour efiet d'ouvrir au crédit de l'établissement un champ plus vaste et plus fécond qui lui permit de faire les emprunts nécessaires pour continuer les grands travaux commencés, et de récolter avec plus d'abondance dans les bourses des âmes charitables qui semblaient n'attendre que cela pour favoriser l'institution. Ainsi c'est à cette époque qu'il faut placer la formation de deux bourses, par un brave curé d'une petite paroisse du nord. Un autre curé du sud M. Narcisse Pelletier, curé de Stanfold instituait, par .sou testament, le Séminaire des Trois- Rivières, son héritier pour la moitié de sa succession.
Il est aussi un autre nom que je dois signaler à la bienveillante attention de tous les enfants de la maison, parce que je le trouve mêlé à l'un des faits les plus providentiels qui se soient produits durant la construction du Séminaire.
Nous étions en 1874, l'industrie et le commerce avaient donné à l'argent une valeur extraordinaire. Quiconque avait quelque capital pouvait aisément lui faire rapporter vingt, trente, cinquante pour cent. Les banques n'escomptaient qu'à dix ou douze, et les particuliers n'avaient aucune dilficulté à prêter leur argent à huit ou neuf pour cent. Cependant il n'était pas possible que la corporation du Séminaire *'mpruntât à des taux aussi élevés, et pourtant elle se trouvait dans la nécessité de faire des emprunts.
M. Baillargeon était justement à faire part à son ami, M. Desilets, de l'embarras dans lequel il se trouvait à ce sujet,
qnand ce dernier exprima ropiiiion que l'on pourrait proba* blemeut, dans l'espace de quelques mois, trouver dans sa pa- 3\3isse des sommes eonsidérables pour lesquelles on n'exigerait pas plus de six ou sept pour cent d'intérêt. M. Baillar* geon en ayant manifesté sou étonnement et son incrédulité, M. Désilets s'engagea aussitôt à fournir la preuve de son affirmation, si la corporation persévérait dans son intention de faire de tels emprunts. Parmi les membres du clergé diocésain, M. Désilets avait été un des premiers à comprendre la nécessité et l'importance du Collège des Trois-Rivières ; mais ses revenus curiaux avaient toujours été trop modiques pour lui permettre de l'aider de ses deniers. Il s'était contenté de le servir par l'influence de son crédit auprès des autorités religieuses et civiles, et plus d'une fois, ses services avaient été fort utiles à l'institution. Aujourd'hui il comprenait que l'occasion était bonne, pour lui venir efficacement en aide sous le rapport financier. S'il lui épargnait seulement deux pourcent d'intérêt sur une somme de quatorze à quinze mille piastres dont la corporation avait besoin, ce serait une aide de $300 par année qu'il fournirait par ce moyen au Collège. Et si ce capital restait seulement une dizaine d'années dans de telles conditions, cela finirait par sauver des milliers de piastres à la jeune institution. Il se mit donc à l'œuvre avec un zèle et un dévouement admirable ; et, grâce au crédit dont il jouissait auprès de ses paroissiens, il ne tarda pas à en convaincre plusieurs qu'ils devaient prêter leur argent au Séminaire des Trois-Itivières à un taux raisonnable, et qu'en agissant ainsi, ils mettraient leur argent en lieu sûr et auraient en outre le mérite d'aider à finir le Séminaire diocésain. Au bout de quelques jours, M. le Curé du Cap remettait aux mains de M. BalUargeon des sommes considérables qui furent portées en moins d'un an, au delà de -flô.OOO.OO, avec lesquelles on put mettre l'ilitérieur de la maison en état de recevoir les élèves. Merci ! mille fois merci à cet ami dévoué ! !
Ayant donné à l'institution du Séminaire et aux faits qui s'y rattachent l'attention qu'il convenait de leur donner, venons-en maintenant aux statistiques par lesquelles nous avons
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contume de finir Thistoire de chaque année. Voyons tout d'abord quels sont les enfants de la famille trifluvienne qui sont allés grossir le nombre de leurs confrères déjà lancés dans le monde. Je constate qu'ils sont très nombreux ; il n'y en pas moins que soixante-seize qui ont quitté le Collège durant le terme scolaire 72-73.
La plupart sont fort peu avancés dans lenrs études ; il y en a même plus de la moitié qui n'ont fait qu'un an de Collège. Il ne faut donc pas s'étonner si nous ne rencontrons que fort peu d'hommes de profession parmi ce gToupe d'anciens élèves. Trois ou quatre à peine se trouvaient suffisamment préparés pour tenter les épreuves d'un examen pour l'admission à l'étude d'une profession, c'étaient M. Hercule Poisson, qui choisit la médecine, MM. Joseph Jacques et J. M. Mc- Dougall qui prirent le droit et M. Chs G-iese qui embrassa l'état ecclésiastique dans le diocèse de New- York. Cependant 2>lusieurs autres que la Providence appelait également à des professions, continuèrent ailleurs leurs études ou vinrent les reprendre plus tard aux Trois-Rivières même. Parmi ces derniers furent Ph. Roux, depuis novice chez les RR. PP. Jésuites, Antonio Lebel, maintenant curé dans le diocèse de Sherbrooke, L. D. Grenier, médecin, C. Ed. Gragnon, avocat et D. Marchand ecclésiastique. Quatre autres se livrèrent à l'étude de l'arpentage et du génie civil, Oct. Pleau, Fenly Brunel, Henri Houde et Elle Normand.
L'agriculture appela aussi à elle quelques bras, en parti- «ulier, Zéphirin Mailhiot, On. Tourigny, Hercule Loranger et Ad. Mercure. Mais le commerce et l'industrie devaient naturellement en attirer un grand nombre, entr' autres: Edouard et Eugène Balcer, Arth. Beaudoin, Gr. Caron, G. Bourassa. Edouard Uefoy, Arthur Dorais, Gust. Gagnon, Maurice Guillet, Avila Gouin, Alfred Gouin, Ovide Lacoursière, etc., etc. Les autres ont été perdus de vue et l'on ignore la marque qu'ils ont pu faire dans le monde.
Il fallait bien des nouveaux élèves pour remplir les vides causés par un aussi grand nombre de déserteurs et d'incous-
îants. Il n'y en eut pas assez, et le nombre des étudiants, cette année, fut moindre de dix de celui de l'année dernière, c'està-dire, que nous avons eu en tout cette année, 195 écoliers, 64 nouveaux et 131 anciens.
Les classes avaient les contingents suivants: Philosophie senior 4, Philosophie junior 5, Ilhétorique 11, Belles-Lettres 13, Troisième 13, Quatrième It, Cinquième 31, Sixième 32, Septième 36, Huitième 33.
Il y avait 38 pensionnaires, 115 quart-pensionnaires et 42 externes. La ville avait envoyé *72 de ses enfants, les autres paroisses du diocèse en avaient fourni 97, 16 étaient venus des Etats-Unis, les 10 autres appartenaient à différents endroits de la Province de Québec.
La caisse du procureur dans laquelle étaient entrés les emprunts faits pour l'intérieur du nouveau Séminaire se balançait comme suit : Recettes totales $13,326.71 dépenses 110,667.25, montant de la dette active $886.88, dette passive -$5,798.00, laissant une balance passive de $2,153.00
L'allocation du gouvernement avait été de $1.500.00, par où l'on voit que le Collège des Trois-Rivières commençait à prendre de l'importance même auprès de nos gouvernants.
Avec la présente année scolaire, finit la première période de l'histoire du Collège, ainsi que le temps du séjour de la communauté dans les vieilles casernes.
La tâche c[ue j'avais entreprise de faire connaître les commencements de notre m.aison, se trouve par là-même terminée, et il ne me resterait plus qu'à prendre congé de mes lecteurs. Cependant, je crois devoir donner encore un court résumé des faits les plus saillants qui se sont passés depuis la prise de possession du Séminaire jusqu'aujourd'hui.