RUE DE RENNES
INTRODUCTION
Le collège Stanislas, dont nous essayons de retracer l'origine, l'esprit, le développement et les vicissitudes diverses, remonte au commencement de ce siècle. Il fut fondé en l'année 1804. Que de débris épars, que de ruines même en ce moment, et à ne considérer que le domaine restreint de l'enseignement ! L'ancienne société s'était écroulée comme une maison dont on enlève les fondements, et la nouvelle était encore à créer. Les jeunes générations qui avaient vu les dernières années si tourmentées du XYIIP siècle, s'étaient formées elles-mêmes, comme Dieu l'avait permis, un peu au hasard et sans direction bien déterminée. Les institutions dirigées par les sociétés religieuses ou libres avaient été fermées, et la plupart de leurs membres frappés ou di^ipersés. L'ancienne Université n'existait plus, et rien encore ne l'avait remplacée. L'histoire, il est vrai, fait mention de quelques projets et rapports sur l'instruction publique (1), mais tout cela resta à l'état de rapports ; à peine peut-on citer quelques tentatives infruc-
(1) C'est même ce qui manquait le moins alors : on vit se succéder coup sur coup les rapports de Talleyrand, de Condorcet, de Daunou, de Fourcroy, on alla jusqu'à l'utopie, jusqu'aux, chimères : il suffit do nommer le rapport de Lepelletier de Saint-Fargeau, qui, joignant l'idéal d'une éducation Spartiate à certaines rêveries de la République de Platon, décrète pour les filles et les garçons non seulement même nourriture, mais encore même éducation et môme costume !
^ INTRODUCTION'
tueuses, quelques essais timides qui végétèrent un moment, comme les écoles centrales, pour disparaître bientôt.
Lorsque les jours furent devenus plus calmes, les esprits sages et sérieux, libres de l'effroi qui pesait sur les âmes, Aàrent avec douleur les ruines qui les entouraient, et ils furent saisis, à des degrés divers, du noble désir de les relever.
Les regards attristés par le spectacle sanglant d'un passé qui n'était pas loin, se portaient avec amour vers l'avenir, et l'avenir n'était-ce pas la jeunesse? Après les grandes commotions et les humiliants désastres, la jeunesse a toujours eu le privilège d'inspirer déplus vives sj^mpatliies. On voudrait épargner à cette fleur qui s'ouvre, les orages qui ont dépouillé l'âge précédent. Il y a plus, on a l'espoir d'achever avec une force jeune et intégre, ce que l'on tenterait en vain de mener à bonne fin avec une vigueur éteinte et une nature fatiguée.
Il en fut ainsi au commencement de ce siècle, et, sous un souffle fécond, des choses que l'on avait crues morteâ, des institutions que l'on avait perdues de vue, se prirent à renaître et à fleurir encore. Juilly, au Xord, eut un nouveau printemps, comme ce vieux marronnier qui ombrage encore ses cours, et sous lequel, en son temps, venait s'asseoir Malebranche. Sorèze, au Midi, jetait un rayon plus vif et méritait dès lors les éloges emphatiques d'un rapport officiel où l'on parlait de son succès colossal.
A côté de ces vieilles institutions qui avaient un long passé, on en vit naître de nouvelles, aninrées du même esprit, vivant des mêmes traditions et poursuivant le même but. Le collège Stanislas fut de cette renaissance et le signal et la première fleur. Sur la fin de l'année 1804, M. Liautard vint en effet ouvrir dans la rue Notre-Dame des Champs la maison d'éducation qui s'appellera plus tard le Collège Stanislas.
Comment M. Liautard fut-il amené à fonder cet établis-
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sèment ? Comment concevait-il l'organisation et la vie dans une maison d'éducation? Quels furent les résultats de sou entreprise, quelles, les épreuves, la bonne et la mauvaise fortune du collège depuis son origine jusqu'à nos jours, pendant de si longues années et entre des mains si diverses? — Nous avons dessein de le dire dans les pages suivantes. Nous insisterons quelque peu sur le fondateur; ce sera le moyen de mieux connaître et de mieux apprécier son œuvre.
Ici, d'ailleurs, l'œuvre se confond si bien avec l'ouvrier, qu'on ne saurait les séparer. M. Liautard n'est-il pas resté toujours l'àme du collège Stanislas, et la première impulsion qu'il a donnée, ne s'est-elle pas transmise jusqu'à nos jours à travers la série de ses successeurs ? Les premiers élèves, bons juges en cela, ne semblent-ils pas exprimer cette même pensée, lorsqu'ils continuent à désigner aujourd'hui le collège sous le nom de maison Liautard?