VIVAS . IX . LEO
Mais mieux que sur le marbre, son souvenir vit dans le cœur de ceux qui l'ont connu et aimé !
Avec M. Lalanne, nous touchons à la fin de cette notice. M. do Lagarde continue, pour sa part, les tradiiious de
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rancicn cullège. 11 se plaît à appeler M. Lalaniic sou niaitre, et chorclie à conserver les vieilles habitudes. La devise qu'il a donuéc en ces derniers temps au collège, exiirinie parfaitement ce que Stanislas fut dans son passé, ce «ju'il doit rester à l'avenir. Au prix de recherches infinies, il a fait revivre le passé dans les Diptyques, et appris aux élèves présents à connaître tous ceux (|ui, avant eux, avaient passé à Stanislas. Il serait superflu de i)arlcr longtemps de la situation actuelle du collège. On trouvera dans les Annuaires le plan et l'organisation (h's éludes et des classes, l'esprit de la discipline et les faits principaux (h) cliaque année.
Lorsqu'on jette un rogai-d en arrière et qu'on se met devant les yeux la suite de ce récit, on ne peut s'empêcher de reconnaître dans l'œuvre de M. Liautard une intervention manifeste de la Providence. Que de fois elle s'est trouvée au penchant de la ruine! Que de fois elle a été relevée d'une manière imprévue ! Combien La source en fut rare, et La moindre pierre ne suffisait-elle pas pour la fermer 't Le fondateur lui-même, malgré les ressources de son esprit, ne fut-il pas sur le point de désespérer de son œuvre ; et, quand il se retira, le cœur plein de tristesse et d'amertume, ne pouvait-on pas croire que sa maison ne lui sui'\ i\ rait pas!* Il arriva même un moment où Stanislas fut vendu à l'encan, où, do l'œuvre de M. Liautard, il ne restait plus que le nom ; et cependant, quelques jours après, cette œuvre, qui semblait morte, prenait une nouvelle extension.
Plus d'une fois les directeurs de Stanislas ont comparé la maison dont la Providence leur avait confié le gouvernement, à un navire qui vogue sur la vaste mer. Ce navire, nous l'avons vu et. contemplé dans les conditiois et les états les plus divers. Il nous a apparu tour à tour avançant comme de lui-même, lerj voiles étendues et enflées par le
vent le plus favorable, puis, tout à fait désemparé, chassé par les lames et luttant avec désespoir contre les vagues qui se succédaient, et dont chacune semblait devoir l'engloutir.
Quel sort lui est réservé dans la suite, à ce cher navire ? Celui qui prétendrait que les beaux jours vont se succéder sans interruption, ne serait pas seulement téméraire, il montrerait qu'il ignore complètement l'histoire des choses humaines. Il n'est pas donné à l'homme de créer aux institutions qu'il fonde, des conditions invariables de succès. Ne sommes-nous pas destinés à la mort, nous et nos œuvres ?
Debemur raorti nos nostraque.
Il est donc nécessaire de lutter sans cesse contre les éléments destructeurs ; et, pour cela, il est utile de chercher dans l'histoire des maisons d'éducation, ce qui doit être compté parmi les causes de leur stabilité ou parmi les raisons de leur décadence. A ce point de vue, n'est-il pas permis de dire, en modifiant quelque peu une pensée bien connue : Quand l'histoire des maisons d'éducation serait inutile aux autres hommes, il faudrait la faire lire aux parents et aux maitres qui se consacrent à l'institution des enfants.
Nous avons eu soin, à mesure qu'ils se présentaient, d'appeler l'attention du lecteur sur les grands principes d'éducation et sur la manière de les appliquer. Le collège Stanislas a porté, pendant de longues années, le nom modeste mais significatif de Maison d'éducation de la rue Notre-Dame des Champs. Il y a toute une révélation dans ce titre. C'est une vraie profession de foi qui marque la raison d'être et la vocation de Stanislas ; car il y a une vocation pour les institutions humaines comme pour l'homme lui-même. Le sommet de la grandeur ou de la
perfection pour chaque être consiste ilan^ la lidolilé entière à cette vocation.
Il est des institutions qui ont pour but principal l'enseignement, la préparation à telle ou telle carrière. Le l'ondateurde Stanislas a porté plus loin ses vues, son dessein éiait plus élevé et plus complet. Si Stanislas vit encore, s'il a traversé victorieusement des épreuves qui ont renversé tant d'autres institutions semblables, il le doit, après Dieu, à la fidélité religieuse avec laquelle il s'est attaché à l'idée dominante du fondateur, restant toujours et avant tout une maison d'éducation. N'est-il pas remarquable et instructif de voii' que les plus mauvais jours correspondent à l'époque où Stanislas semblait avoir oublié sa raison d'être et ses traditions de famille? N'est-on pas heureux de constater d'autre part, que le relèvement a commencé, pour ne plus cesser, le jour où, renonçant aux habiletés financières plus ou moins ingénieuses, qui prolongeaient l'agonie sans communiquer le souffle vital, le collège, redevenu pour ainsi dire luimême, reprenait son esprit, et poursuivait courageusement son premier but ? Laissant de côté la préoccupation depuis longtemps prédominante de se créer des ressources et de trouver des élèves, on a osé même diminuer les ressources, diminuer le nombre des élèves, afin de former ceux qui restaient, selon l'esprit primitif de la maison et du fondateur. Là est le secret de la prospérité et la plus sûre garantie pour l'avenir.
Que le collège Stanislas reste donc fidèle à sa vocation, qu'il soit à jamais et pour tous, une maison d'éducation, à l'instar des bonnes familles chrétiennes, une maison où les maîtres, les élèves et leurs parents soient unis entre eux par des liens de respect, d'affection, de confiance, de soumission, de dévouement, de bienveillance et d'autorité, selon la position de chacun. Voilà ce que nous avons si souvent appelé, après M. Liautard et ses successeurs, la vie
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de Stanislas, c'est-à-dire cet esprit de famille, sans lequel l'rducation est impossible. Cet esprit de famille sembli* heureusement se fortifier de plu'^ en plus, grâce à l'Association des anciens élèves. Il relie entre eux les anciens et les nouveaux, les jeunes et les vieux, les petits, les faibles et les grands, et même les vivants et les morts. Il 3' a pour lous un souvenir affectueux, pour les plus dignes une admiration respectueuse, pour les plus affligés un appui ct une consolation, une protection assurée pour les abandonnés, et pour les morts une prière pieuse et les larmes de l'amitié.
Stanislas va entrer bientôt dans la quatre-vingtième année de son existence. C'est une durée courte en ellemême, mais longue quand on la compare à la durée des institutions, et même des empires et des royaumes qui se sont élevés et qui sont tombés dans ce laps de temps. A tous ceux qui s'intéressent à la prospérité de Stanislas, et qui sont frappés de l'instabilité des institutions et des établissements qui s'effondrent et qui disparaissent, nous laissons en souvenir et comme sujet de réflexion, la parole de Bossuet : « Pendant que vous les verrez tomber presque tous d'eux-mêmes, et que vous verrez la religion se soutenir par sa propre force, vous connaitrez aisément quelle est la solide grandeur, ot où un liomme sensé doit mettre son espérance (1). »
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