‹ Histoire du commerce canadien-français de Montréal 1535-1893 [microforme]Chapitre 118 sur 153 · JOSEPH FORTIER · texte numérisé non relu

JOSEPH FORTIER

M. Joseph ForTIER, fabricant-papetier, imprimeur, relieur, règleur et gaufreur, est une des figures bien connues de notre monde commercial. Outre la nombreuse clientèle qui l’honore de sa confiance depuis plusieurs années, il possède un grand nombre d'amis parmi les négociants et les industriels qui s'occupent de la chose publique. Il est lui-même depuis quelque temps l’un des membres les plus en vue de la Chambre de Commerce du district de Montréal, et l’un des organisateurs du mouvement de protestation contre les impôts établis par le ouvernement de la province de Québec en 1892. Croyant que ces impôts pesaient d’une manière injuste sur le commerce de Montréal, il n’a épargné aucune démarche pour convaincre le gouvernement, et il a même pris la responsabilité d'attaquer la constitutionnalité de la loi devant les tribunaux.

Cette position honorable qu'il occupe dans la métropole commerciale du Canada, M. Fortier la doit à son énergie et à sa persévérance. Il est dans toute l'acception du mot le fils de ses œuvres, un self-made man. Né le 27 décembre 1849, dans la paroisse de Saint- Timothée, comté de Beauharnois, il vint à l’âge de neuf ans à Montréal où il reçut une instruction très élémentaire à l’école des Récollets, dirigée par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Il entra ensuite comme apprenti imprimeur à l’atelier du Z?ays, journal alors rédigé par l'honorable A. A. Dorion. Ardent et attentif à l'ouvrage, M. Fortier commençait au bout de deux ans à posséder bien son mé- tier, ce qui lui eut permis de prétendre à un salaire assez élevé ; mais il préféra sacrifier le présent pour l'avenir, et il alla recommencer comme simple apprenti dans l'atelier de M. Lovell, dans le seul but d'apprendre l'anglais. Cet incident caractérise toute la carrière de M. Fortier. Il a eu la patience avec l'énergie, il a su attendre et il n’a jamais hésité a faire un sacrifice pécuniaire pour s’instruire.

Après avoir passé deux années dans l'établissement de M. John Lovell, M. For- tier entra à l'emploi de la maison Robert Weir & Co., en juin 1864. Cette maison était dès lors la plus ancienne et la plus forte de Montréal, dans l'imprimerie et la papeterie ; sa fondation remontait jusqu’à 18053. M. Fortier s’y attacha et résolut dès le début de lier sa carrière à celle de cette maison. D'’année en année il fit son chemin dans l'établissement jusqu'à ce qu’il en devint le propriétaire. En 1879, le nom de James Sutherland, successeur de Robert Weir & Co., disparut pour faire place à la raison sociale Akerman, Fortier & Co., et depuis 1881. M. Fortier est le seul propriétaire de la maison.

Son établissement situé 232 et 2534 rue Saint-Jacques, est outillé à la perfection pour l'exécution de tous les genres d'impression et de reliure, tandis qu'il tient toujours en magasin un assortiment complet d'articles de papeterie, fourniture de bureau et de livres de compte. L'excellente réputation dont la maison a toujours joui durant son existence de quatre-vingt-dix ans, est une garantie suffisante pour le commerce. Sous la direction de M. Fortier, la maison a continué à suivre les traditions qui ont fait sa force dans Île passé, tout en suivant le progrès moderne. Elle a donné d'amples preuves qu'elle entend rester à la tête des établissements de Montréal dans son genre.

Dans le commerce de la vie, M. Fortier est le type du parfait gentilhomme. Affable et modeste, sympathique et libéral il sait s'attirer l'estime et l'amitié de tous ceux qui viennent en contact avec lui. Comme nous le disions en commençant, il prend un vif intérêt À toutes les questions qui touchent à la prospérété du commerce ou au progrès de notre nationalité, et on peut toujours compter sur lui lorsqu'il s'agit de travailler pour le triomphe de ces deux grandes causes. Il serait inutile d'insister plus longuement sur ce point, Tous les compagnons de lutte de M. Fortier savent avec quel dévouement il paye de sa personne et de sa bourse lorsqu'il épouse une idée et qu'il entreprend de gagner une cause. Tant qu'à ceux qui ne partagent pas ses opinions ils se plaisent à rendre hommage à sa sincérité et à sa parfaite loyauté en toutes circonstances,

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