LA COLONNE NELSON
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LA CHAMBRE DÆ COMMERCF.
‘ Les espèces qu'il faudrait envoyer au Canada dans le mois de mars ne sortent des coffres des trésoriers que l'année suivante ; première épargne pour le Roy, qui jouit encore de tout papier non converti en lettres de change, qui reste annuellement entre les mains des particuliers, et de celui qui se perd par incendie ou autrement ; de plus il épargne les frais et le risque du transport des espèces, dont une partie passerait chez l'étranger, et ferait languir le commerce par le mznque de circulation ; une autre repasserait en France, et souffrirait encore le risque de la mer ; enfin, et cette dernière considération purement politique n'est pas à mépriser, l'habitant qui sait qu’il ne pourrait faire aucun usage des cartes et des ordonnances, si les Anglais s'emparaient du pays, est engagé à le défendre pour son propre intérêt.”
Notre auteur en concluait que la monnaie de cartes était une excellente chose ; et cela était conforme à l'esprit de cette époque où les colons n'étaient estimés qu'en autant qu'ils rapportaient au roi, soleil autour duquel l'univers devait tourner.
E 1713 à 1744, la Nouvelle-France jouit d’une paix relative, et sa population augmenta assez rapidement. Montréal en particulier, qui comptait 2,929 habitants en 1706, en avait 4,210 en1739. Cette ville en outre fournissait
la plus grande partie des colons qui allaïent fonder de nouveaux établissements dans l'Ouest, tels que Détroit, Vincennes et Michilimackinac. Ses marchands se constituaient les bailleurs de fonds des grands découvreurs qui étendaient la domination de la France jusqu'aux Montagnes Rocheuses, alors que le roi se disait trop pauvre pour soutenir ces belles entreprises.
Il ne faut pas s'étonner s'ils s’efforçaient de s’indemniser des dépenses qu'ils faisaient et des risques qu'ils s'imposaient, en vendant leurs marchandises le plus cher possible, aux sauvages qu'ils allaient découvrir.
Nous lisons dans un manuscrit de 1736 :
‘Les négociants de la colonie, particulièrement ceux de Montreal, équippent au printemps, et dans le cours de l'été des canots (ce sont des canots d’écorce qui portent jusqu’à six mille livres) pour porter chez les sauvages des païs d'en haut les marchandises qui leur conviennent ; ces canots rapportent des castors et autres pelleteries. Les canots montent avec des congés de M. le Général, visé de l'Intendant ; les équippeurs payent pour ces congés cing cent francs, qui sont destinés, partie pour subvenir aux dépenses de l'enceinte de Montréal, et le restant est distribui, par le général du pays, aux pauvres familles ; il rend compte de cette distribution. L'arrangement qui se pratique quelquefois et qui est préférable, c'est que le commerce de chaque poste soit affermé à des négociants qui payent le prix de la ferme à proportion des canots qu'ils peuvent faire monter, et qui s'engagent en outre, par le bail, a payer à l'officier commandant pour le roi une somme pour le dédommager des dépenses qu’il doit faire, et même lui tenir lieu de gratification en considération des peines qu'il prend, et du séjour qu'il fait dans des lieux aussi désagréables que le sont les pays d’en haut.
‘* Le castor qui abondait autrefois dans toutes les parties de l'Amérique Septentrionale, est aujourd'hui fort éloigné de la colonie peuplée où il ne s'en
Billets de Caisse,
Commerce de l'Ouest,
Concurrence des Anglais,
Progrès du Pays,
trouve que peu. Les postes d'oùil en vient une grande quantité sont ceux du lac Alepimigon, Camainstigoya, la Pointe Chagoumigon, dans le lac Supérieur, Michilimackinac, la Baie Verte, aux Sioux, le poste de la mer d'Ouest, Témiscamingue, et les terres du domaine de Tadousac.
‘* Les Anglais doivent tirer du Canada même une bien plus grande quantité de cette marchandise ; les sauvages les plus éloignés la leur portent à Oswego, où ils sont attirés par ia distribution de l'eau de vie que les Anglais leur débitent sans mesure. La passion que les sauvages ont pour cette boisson est connue :; cependant, il faut convenir que ce n'est pas là le seul motif qui les engage à aller chez les Anglais ; ils y trouvent à bien meilleur compte les marchandises dont ils ont besoin.
‘* Depuis quelques années il s'est établi des coureurs-de-bois, principalement du côté de Michilimakinac, ils mènent la même vie que les sauvages et font non-seulement le commerce étranger, mais prennent des impressions chez les Anglais très pernicieuses à la colonie.”
En 1737 le roi accorda une nouvelle amnistie aux coureurs-de-bois à condition qu'ils rentreraient dans la colonie dans l'espace d'un an. Cette amnistie resta sans effet, ainsi qu'une autre lancée en 1747.
Un auteur qui critique le système suivi pour le commerce dans les postes de l'Ouest, dit qu'en ‘1754, on avait, dans le poste de la mer d'Ouest, une peau de castor pour quatre grains de poivre, et on a retiré jusqu’à huit cents francs d'une livre de vermillion !”
‘* I] faudrait,” continue-t-il, que les sauvages fussent autant aveugles qu'ils sont éclairés sur leur intérêt, pour ne pas préférer de traiter avec le peuple anglais, qui leur achète leurs pelleteries fort cher et leur donne des marchandi-
ses à bas prix, qu'avec nous qui pratiquons le contraire.” + + % 3 +
E commerce des pelleteries a surtout attiré l'attention des historiens, parce
qu'il forme le principal sujet de la correspondance des Européens qui ne
Mais
tandis que les entrepreneurs de monopoles s’agitaient pour remonter le courant du
voyaient dans le Canada qu'une mine à exploiter temporairement.
commerce, les habitants travaillaient tranquillement à développer les ressources véritables et inépuisables du pays. En 1734 le Canada comptait 163,611
arpents de terre en culture et 17,637 arpents en paturages, cinquante deux
scieries, cent dix-huit moulins à farines, trente-trois mille cent soixante-dix-neuf
bêtes à cornes, cinq mille cinquante-six chevaux, vingt-trois mille six cent quarante-six cochons et dix-neuf mille huit cent quinze moutons. La récolte était de sept cent trente-sept mille huit cent, quatre-vingt-douze minots de blé, soixante-trois mille cing cent quarante-neuf minots de pois, cinq mille deux cent vingt-trois minots de maïs, cent soixante-trois mille cent quatre-vingt-huit minots d'avoine, quatre-vingt-douze mille deux cent quarante-six livres de lin et cent soixante-six mille cinquante-quatre livres de tabac.
Ces produits formaient la base d'un commerce d'exportation aussi avanta-
geux que solide. Terreneuve, l'île du Cape Breton et les Antilles trouvaient À
s'approvisionner au Canada.
‘Treize bâtiments, écrit-on en 1734, sont partis de Québec pour aller faire
la pêche au Jean, où ils ches et aut l'Amérique, morue sèche dernière récc commerce di dédommaget ‘Nous le commerce Dans le:
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du roi.
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A CHAMBRE DE COMMERCE. 35 ux du la pèche au bas du fleuve Saint-Laurent ; douze pour l'île Royale et l’île Saint- 1730 50. rieur, Jean, où ils ont porté des farines et biscuits, mais en petite quantité, des plan- Exportations. Fémis- ches et autres bois, et quelques bestiaux. Il n'en est parti que six pour l'Amérique, chargés de bois de toute espèce, quelques fleurs de farine, pois» lantité morue sèche et huile de poisson. Nous avons tout lieu d'espérer que la Wego, dernière récolte avant été abondante malgré les pluies presque continuelles, le bitent commerce de cette colonie augmentera considérablement l'année prochaine et nnue ; dédommagera du peu qui s'en est fait cette année. rage à ‘Nous n'avons pas encore déterminé les armateurs du Canada à entamer ndises le commerce des chevaux pour les îles.” Dans les bonnes années il sort de la colonie quatre-vingt mille minots de blé cipale- en farines et biscuits, dit l'iniendant Hocquart en 1736. Et il ajoute : ‘ On i ges et propose de periectionner la culture du tabac. Les fermiers généraux estiment, s chez par les essais qu'ils ont faits des tabacs du Canada qui leur ont été envoyés, qu'ils sont propres pour la consommation de la France, si l’on s'attache à suivre condi- les instructions qu'ils ont données pour cette culture. Les habitants ne man- | nnistie queront pas de s’y porter dès qu'on leur en donnera un prix un peu avantageux ; il ne convient point qu'il le soit trop, de crainte que cette culture ne s'établisse | postes aux dépens de celle du blé; ce serait ne rien faire. On croit que le prix de 14 à e peau quatre sols six deniers à cinq sols la livre de cette denrée, vendue à Québec, francs serait suflisant ; mais les fermiers généraux ne doivent pas compter d'en livrer plus de deux à trois cents milliers d'ici à quelques années, jusqu'à ce que les s qu'ils habitants aient défriché plus de terres, et que ce nouvel objet ne les rende plus peuple laborieux. Il n’y a point à douter que l'exploration des mines de fer qui sont aux handi- environs des Trois-Rivières, n'ait le succès qu'on en a espéré ; l'établissement sera dans la perfection cette année. Les mines de cuivre du lac Supérieur donnent des esp‘rances bien flatteuses. Toute cette partie de l'Amérique est | remplie de mines de cuivre.” parce Nous lisons aussi dans un autre mémoire sur l'état du Canada à cette époque: Importations, qui ne ‘ Le commerce du Canada est divisé en deux branches principales : articles Mais de nécessité première ; articles de luxe, et pour ainsi dire de nécessité seconde. ant du “A l'égard du premier objet, le Canada pourrait à la rigueur se passer de ources toutes les marchandises et denrées de nécessité première qu’on y apporte 63,611 annuellement d'Europe et des Isles de l'Amérique. Il y a des mines de fer et e deux de plomb, une forge est maintenant établie aux environs des Trois-Rivières ; on x-neuf recueille dans toutes les parties de ce continent des grains de toute espèce ; des ht qua- légumes, du chanvre; on y élève des bœufs, des moutons, des cochons et des e était volailles. Le fleuve Saint-Laurent, les lacs, toutes les petites rivières abondent ie blé, en poissons ; on n’y à point encore découvert des mines de charbon de terre ; il x cent y en a toutefois à Louisbourg, dont on ne se sert en Canada que pour les forges uit mi- du roi. Jene sais pourquoi l’on y en a négligé l'usage ; le pays à la vérité est l lin et tout entier en forêt ; mais il n'y a sur cet article aucune police, et la corde de À bois est aujourd'hui, à Québec et à Montréal, proportionnellement plus chère 4 vanta- qu'à Paris ; bientôt même on sera embarrassé pour en fournir ces deux villes. dent à Quelques règlements simples préviendraient cette disette.
‘’ Cependant quoique la nature eût pourvu le Canada de tout ce qu’exigent br faire la subsistance et l'entretien des habitants, on y apporte non-seulement des mar-
1730-50. chandises de toute espèce manufacturées en Europe, maïs encore des articles d'achete Huportations. que le pays produit ; le fer, le plomb, les farines et le lard, sont aujourd'hui cher du (1757) des objets pour les cargaisons. Cette importation peut former, année les bois commune, une somme de huit millions de vente en Canada. saison ! ‘ Pour en faire les retours, il en sort en castors, pelleteries, peaux vertes, lenteme: huile de loup-marin et de marsouin, en morues, saumons, anguilles, en planches, en mai €
chevrons et autres bois, pour environ deux millions et demi ; exportation qui, Par ces comme on le voit, est insuffisante pour le retour de l'importation, mais à durant «
laquelle suppléent les dépenses que le roi fait dans la colonie, , , . . la mauv
‘Si l'on veut établir ici les règlements et les lois qui fleurissent avec tant Chine ;
de succès chez nos voisins, assez
d'objets s'offrent d'eux-mêmes au
commerce, qui rendraient l’exportation en Canada beaucoup
supérieure à l'importation. Je dirais bien en preuve de ma proposition, qu'on peut établir ici de nouvelles pêches de loup-marins, de marsouins, de baleines, de
morues, de saumons et d'anguil-
les ; y cultiver du tabac aussi bon
que celui de la Virginie; y faire
fondre des canons, dont le trans- SSSR nu | : ju Fa
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teux ; en tirer des mâtures, des À rs L (ST TT LUE bois de construction, de charpente pu et de menuiserie, du merrain, du chanvre, du goudron, des plantes et des racines nécessaires à la
teinture et à la médecine.” # + *
HEGLHAENE) EST le moment de parler du commerce du ginseng, qui Se Res ORNE te EDIFICE DU PARLEMENT DE
passionna à cette époque :
Incendié le 25 avril, 18409.
tout le Canada. Cette plante n'était en usage qu'en Chine ; et
les Chinois s'approvisionnaient en Tartarie, lorsque vers 1740 le ginseng fut march: découvert au Canada. Dans le commencement il ne valait que trente à quarante dans le
sous la livre, séché et trié, et la Compagnie des Indes, qui aurait pu obtenir le quatre monopole de l'exportation, ne jugea pas l'objet assez important pour en faire la francs demande. Mais les officiers de ses navires, plus ambitieux, commencèrent l'ex- montèr portation pour leur propre compte. La compagnie, s’apercevant que ce com- à deux merce devenait considérable, défendit à ses marins de charger le ginseng ; et GE elle se mit à l'acheter elle-même, le payant jusqu'à trente-trois franes la livre. prix pr Il s'en suivit une vive concurrence entre la compagnie et les marchands de obligés
Larochelle ; ces derniers donnèrent ordre à leurs correspondants à Québec ture d
es articles ujourd'hui er, année
ux vertes, planches, tation qui, n, mais à
avec tant
d'acheter le ginseng à tout prix. Les habitants, trouvant plus de profit à chercher du ginseng qu'à semer du blé, abandonnaïent leurs terres pour courir dans les bois à la recherche de la précieuse plante qu'on cueillait sans égard à la saison ni à la qualité. Le ginseng devait être cueilli en septembre, et sècher
, on le cueillait même année.
lentement dans les greniers jusqu'au printemps suivant; en 17 en mai et on le séchait au four pour pouvoir le faire passer Par ces moyens on réussit à exporter pour cinq cent mille francs de ginseng
la
durant cette année; mais la poule aux œufs d'or était morte. La quantité et la mauvaise qualité du ginseng du Canada, nous firent perdre le marché de la Chine ; la Compagnie des Indes qui avait seule le privilège d'envoyer des navires en Asie refusa bientôt absolument de se prêter à ce commerce,
qui eut pu devenir un des plus