‹ Histoire du commerce canadien-français de Montréal 1535-1893 [microforme]Chapitre 91 sur 153 · FERDINAND BAYARD · texte numérisé non relu

FERDINAND BAYARD

Posséder une jolie fortune c'est sans doute, en toutes circonstances, une bien agréable satisfaction ; mais le plaisir doit être double lorsque le possesseur de cette fortune peut dire à la face du monde : ‘Cet argent que l'on m'envie, je ne le dois ni au hasard de la naissance ni à d'inavouables spéculations, c'est le fruit et la récompense de mon travail, de ma persévérance, de mon intelligence.” Or, cette double satisfaction, si légitime, si honorable nul n’a le droit de la ressentir plus que celui dont le nom figure en tête de cette notice. M. Bavard a non-seulement su se conquérir, par un travail honnête et durant une carrière encore courte, une belle aisance ; mais il l'a fait sans jamais négliger les devoirs qu'a envers ses compatriotes tout citoyen intelligent et tout bon patriote.

M. FERDINAND BAYARD est né au Sault-au-Récollet, le 13 septembre 1843. Après avoir suivi l'école modède de son village natal pendant quelques années, il vint s'établir à Montréal en 1861. Il débuta dans la vie comme commis-épicier ; trois années plus tard il entra, toujours en qualité de commis, dans un établissement de boucher. 11 trouva ce dernier genre d'affaires convenable À ses goûts, et le rer avril 1860, il commençait le commerce de viandes en détail pour son propre compte au marché Sainte-Anne. Dès le début M. Bayard s'affirma comme homme d'affaires et comme citoyen entreprenant, Sous son intelli- gente direction son commer-

ce devint aussi prospère que retira du commerce de dédes premières places parmi Montréal. Tandis qu'il soiprivés, M. Bayard avait déjà choses publiques. Dès 1869, l'Association des bouchers de cette sucièté, on s'en rappelpar suite des règlements et conseil-de-ville accablait les qu'on voulait mettre sur les la classe des pauvres, qui teurs de viande, et les Ca-

considérable, et lorsqu'il se tail en 1884, il occupait une les bouchers détailleurs de gnait si bien ses intérê::

commencé à s'occuper des il fut un des fondateurs de Montréal. L'organisation de le, était devenue nécessaire des impôts injustes dont le bouchers. L'impôt de $s00 étaux privés frappait surtousont les grands consommat nadiens-français, entre les

mains desquels se trouvait le commerce de la viande. Sous la direction d'hommes énergiques comme M. Bayard, l'Association des Bouchers résista pendant plusieurs années à l'exécution de ces règlements injustes. Enfin, en 1888, M. Bayard étant devenu président de l'Association des Bouchers, il amena un compromis avec les autorités municipales en vertu duquel celles-ci renonçaient à toutes les poursuites prises contre les bouchers, et réduisaient l'impôt annuel à $100.

En 1880, reconnaissant les exigences sanitaires, M. Bayard favorisa l'établissement d'abattoirs publics. Mais lorsqu'il vit que l’on voulait établir un monopole, et il s'y opposa fortement, et en 1884, il organisa l'Union des Abattoirs, qui fit l'acquisition des abattoirs dans l'intérêt des bouchers. Il fut d'abord directeur, puis gérant de cette socièté ; mais fidèle à ses principes, il donna sa démission en 1888, parce que les directeurs voulaient revenir à l’idée d'un monopole. Son opposition leur fit abandonner ce proiet. De 1888 à 1893, M. Bayard fit le commerce de lard en gros sous le nom de Bayard & Cie. Il y a quelques mois il a abandonné ce commerce, pour se livrer à l'exploitation de briqueteries à la Côte Visitation.

L'activité de M. Bayard ne s'est pas exercée du reste seulement dans l'intérêt du commerce des viandes. Outre l’Association des Bouchers, dont il a été président pendant deux termes, il a été directeur de la Société des Artisans, directeur de la North America Mining Co., et délegué au Conseil Central des Métiers et du Travail, et dernièrement il siégeait au Congrès ouvrier du Canada. Depuis quatre ans il est membre du conseil municipal de la Côte Visitation, dans lequel il occupe la position de président du comité de santé.

Au printemps de 1894, M. Bayard a été candidat pour représenter le quartier Saint- Jean-Baptiste au conseil-de-ville, et il a reçu un vote surprenant, considérant qu'il avait contre lui toutes les grosses influences.

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