‹ Histoire du commerce canadien-français de Montréal 1535-1893 [microforme]Chapitre 90 sur 153 · L'HONORABLE ALPHONSE DESJARDINS · texte numérisé non relu

L'HONORABLE ALPHONSE DESJARDINS

Avocat, journaliste, financier, homme d'état, voilà quatre grands titres; en porter un seul avec distinction, c'est déjà beaucoup ; les mériter tous les quatre, avoir exercé ces quatre carrières avec succès, c'est un honneur peu ordinaire, Cet honneur, M. ALPHONSE DESJARDINS, ex-maire de Montréal, sénateur du Canada et président de la Banque Jacques-Cartier, peut le reclamer avec un légitime orgueuil ; : et sa vie nous offre un bel exemple de la versatilité merveilleuse du génie canadien-trançais,

M. Desjardins est né à Terrebonne le 6 mai 1841, et est le frère des docteurs Édouard et Henri Desjardins, les deux occulistes distingués que Montréal est fier de posséder dans son sein. [Il commença ses études au collège Masson de Terrebonne, et alla les terminer au collège de Nicolet. Aussitôt son cours classique fini, il s'en vint à Montréal, pour y étudier le droit, et en 1862, à l'âge de vingt-et-un ans, il était admis au barreau avec distinction. Il ouvrit un bureau et pratiqua sa profession avec succès pendant sept années. Il s'était fait une excellente clientèle, et il occupait déjà un rang fort honorable parmi les avocats de la métropole, lorsqu'il renonça à cette carrière, pour prendre la rédaction de l'Ordre, journal important à cette époque. Le journalisme offrait alors bien des attraits à un cœur sincèrement catholique et canadien- français. La Confédération venait de naître et était en- core l'objet de vives attaques, le Pape était menacé par les sectaires de Garibaldi, M. Desjardins entra dans la lutte pour la religion et pour la patrie avec toute l'ardeur que pouvait inspirer ces graves circonstances, et il ne tarda pas à se faire une réputation jusques audelàa des frontières du Canada. Le 30 juillet 1872, le Souverain Pontife le nommait chevalier de Pie IX, en récompense des services qu'il avait rendus à la religion, et du con- cours actif qu'il avait donné au comité chargé d'organiser les Zouaves Pontificaux.

De l'Ordre, M. Desjar- dins passa à la rédaction du Vouveau-Monde, ‘‘ Là," nous dit un de ses bivographes, ‘*la multiplicité de ses talents s'affirma d'une manière évidente, S'agissait-il, ; en effet, d'avoir l'œil à la caisse, de veiller à l'équilibre entre le doit et l'avoir, le futur président de la Banque Jacques Cartier était tout de suite chargé de la besogne. Avait-on besoin d'un article crânement tourné ? C'était encore à lui que Fes avait recours ; et dans l'un et l'autre cas, il savait donner entière satisfaction. Aussi, la présence de M. Desjardins au Vornvear- Monde était-elle pour cette feuille une garantie de succès. (Grâce à lui, ce journal subit des modifications importantes, notamment en inaugurant chez nous l'ère des journaux français à un sou, réforme qui ne contribua pas peu à attirer des acheteurs.”

Du journalisme à la politique, il n'y a qu'un pas au Canada. Aussi en 1874, M. Desjardins entrait au parlement comme député du comté d'Hochelaga, qui venait de l'élire par acclamation. Dès son entrée à la chambre, il prit une des premières places dans la di putation française. Pendant près de vingt-un ans il garda la confiance de la division électorale la plus importante du pays; et après cela, son élévation au sénat a été saluée par toute la province comme la légitime récompense de services honorables.

En 1879, M. Desjardins renonça au journalisme pour accepter la position de président de la Banque Jacques-Cartier ; et encore une fois il affirma ses talents dans ce rôle nouveau. L'institution qu'il était appelé à diriger avait été placée sur le bord d'un précipice, par suite de la crise dont tout le pays souffrait. Par une administratiou aussi énergique que prudente, et grâce à la coopération d’un bureau de direction composé d'hommes entendus, il a rétabli son crédit, agrandi ses affaires, et en a fait une des banques les plus solides du pays. En 1892, M. Desjardins a été élu maire de Montréal dans des circonstances toutes particulières, après avoir été choisi comme le plus fort candidat Canadien-français. Durant son court séjour à l'Hôtel de Ville, il a rétabli la dignité dans les délibérations du conseil et lancé plusieurs idées pour l'agrandissement de Montréal, qui porteront leurs fruits dans un.avenir prochain.

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