‹ Histoire du commerce de Bordeaux depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 25 sur 86 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

» Ordonne, Sa Majesté, que pour subvenir aux frais nécessaires de la chambre particulière de commerce , le receveur général de la province de Guyenne ou autre chargé des étals de Sa Majesté , fournira tous les ans, à commencer du 1*^ janvier de la présente année , à celui des directeurs de la dite chambre qui sera nommé trésorier, la somme de 4,086 liv., ordonnée par arrêt du conseil du 26 mars 1697 , pour les gages annuels attribués aux corps et communautés des marchands et artisans de la ville de Bordeaux ,

pour les offices d'auditeurs des comptes créés par édit du mois de mars 1694 , et réunis aux dits corps et communautés des marchands et artisans , moyennant la somme de 95^380 liv. de finance et les % sols pour livre payés par les dits corps de marchands et artisans de la dite ville de Bordeaux , suivant l'arrêt du conseil du 14 janvier 1695, pour être la dite somme de 4,086 liv. employée aux dépenses ci-après expliquées, suivant les délibérations de la dite chambre particulière de commerce.

» xvii.

» Le directeur trésorier qui sera nommé annuellement, ne pourra disposer d'aucune somme, ni en faire aucun paiement que sur les ordres signés au moins de six directeurs de la dite chambre particulière de commerce, et seront, les dits ordres, rapportés avec les quittances des parties prenantes, au moyen de quoi les sommes qu'il aura payées seront passées et allouées au compte qu'il rendra de sa gestion à la chambre particulière de commerce, à la fm de l'année de son exercice , sans que le dit trésorier soit tenu de compter à la chambre des comptes ni ailleurs qu'à la dite chambre particulière de commerce.

» xvm.

» La dite somme de 4,086 liv. sera employée au paiement des appointements du secrétaire de la chambre particulière de commerce, ainsi qu'ils seront réglés par la dite chambre particulière de commerce, au paiement des frais de l'entretien, du bois,

144 HISTOiaB DU COMMERCE

des bougies et chandelles, el à payer le prix de 2 jetons d'argent du poids de 10 deniers, qui seront donnés à chacun des directeurs à la fin cle chaque assemblée de la chambre, et d'une médaille d'or du poids de 5 louis d'or, qui sera donnée à chacun des directeurs en sortant de charge, à la fin de deux années de leur exercice, et au député au conseil de commerce , lorsqu'il cessera d'en faire la fonction, pour marque de la satisfaction qu'on aura de leurs services; el le surplus, s'il y en a, aux autres frais extraordinaires de la dite chambre; et pour l'exécution du présent arrêt, seront toutes lettres nécessaires expédiées. — Fait au conseil d'État du Roi , Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le 26* jour de mai 1705. Signé: Phelipeaux. »

En exécution de cette décision , les négociants notables et les juges du tribunal consulaire de Bordeaux se réunirent le 4 juillet 1705 pour procéder à la nomination des six directeurs qui devaient composer la chambre de commerce de Guyenne. Furent nommés MM. Massieu, Barreyre, Roche, Ribail, Billate et Saige, M. Raymond étant juge ou président, et MM. Comin et Brunaud , consuls du tribunal de commerce.

Dans sa première assemblée , qui eut lieu le 9 du même mois, sous la présidence de M. de Labourdonnaye , conseiller du roi, intendant de Guyenne , la chambre décida qu'une médaille devant servir comme jeton de présence serait frappée et porterait pour légende : Clarior adjunctis surget, rectoribus œdes;

à l'exergue : Direction du commerce de Guyenne, avec le millésime : 1705, et au revers : Ludovicomagno^ commerça protectori. — Enfin, dans une de ses séances suivantes, la chambre de commerce ordonna qu'une médaille d'or et 100 jetons d'argent seraient offerts à M«' de Labourdonnaye , une médaille dor à M. deFénelon, alorsdéputé du commerce de Guyenne, et 100 jetons d'argent à chacun des directeurs.

La chambre de commerce de Bordeaux se montra immédiatement active et dévouée à ses devoirs. Placé sous cette direction régulière , le commerce de notre place prit confiance en lui-même, étudia tous ses besoins et marcha d'un pas rapide dans la voie du progrès.

Il fallait d'abord chercher à amoindrir les maux inévitables de la guerre ; le port de Bordeaux présenta au ministre les observations les plus fortes en faveur du commerce des neutres, et par arrêt du conseil du 18 août 1705, le roi publia un règlement général, non-seulement sur le Commerce des neutres, mais encore sur les lettres de marque qui pourraient être accordées au commerce maritime des ennemis eux-mêmes.

Le premier article porte que les vaisseaux suédois et danois qui viendront pendant la guerre dans les ports du royaume, à vide ou chargés seulement de mâts, planches et autres bois propres «à la construction des vaisseaux, de bourdillons , bourdilles et merrains de toute sorte servant à faire des barriques, de goudron, Chanvre, cuivre en masse, cuivre

1(6 HlSTOiaB DC COMMEBCE

en rosette, feuilles et rouleaux de plaques de cuîvre rouge ou jaune , chaudrons de cuivre rouge ou jaune d^rossi seulement, oiîtrailles, airain, ferblanc, vitriol, couperose blanche, vitrioi blanc, acier, suif, brai, cuirs en poil, fil de laiton, fil de fer, fer en barre, fer en feuilles, fer carré, graine de lin, graine de chanvre, cire jaune, miel, soufre, alun du Nord , potasses , vidasses et antres cendres , rogues, beurre et fromage de Suède ou de Holstein, noir à noircir et de fumée, et qui chargeront dans les ports du royaume et y prendront leur entière charge de sel, de vins, d'eaux-de-vie ou autres denrées et marchandises de France, seront exempts et déchargés du paiement du droit d^ fret de 50 sous par tonneau.

f.e second article établit une deuxième catégorie de marchandises, telles que agnelins ou laines de Pologne et autres laines grossières des pays du Nord, ambre jaune, amidon, arsenic ou autres grains, gruau, azur, céruse fine ou blanc de plomb, colle de poisson, cornes à lanterne, crayon de mine, crin, laiton noir ou gratté, légumes de toutes sortes, lin, litharge , or ou argent, mine de plomb ou minières, ocre rouge , pelleteries du Nord , plumes à écrire ou à faire lits, duvet de toutes sortes, stockfish, saumons salés ou fumés , vaches de Russie , vermillon , caboches ou têtes de clous , limes , alênes , poinçons et autres semblables outils, verre cassé , marcassite et verre de montagtie ; à la charge par les vaisseaux danois et suédois de payer, outre les droits d'entrée

ordinaires, le droit de fût, et à condition pareillement de charger dans les ports où ils arriveront des vins, eaux-de-vie, denrées et marchandises du royaume dont la sortie est permise, au moins pour la valeur des marchandises ci-dessus exprimées, sur le pied de ce qu'elles valent et se vendent en France.

Par l'article 5, Tarrôt du conseil établit le système des passeports pour les vaisseaux ennemis; il porte que les vaisseaux hollandais. en faveur desquels il aura été expédié des passeports pour venir charger dans les ports de France des vins , des eauxde-vie, des denrées et marchandises dont la sortie est permise, pourront, conformément aux dits arrêts du conseil, apporter les marchandises exprimées dans les dits arrêts , savoir : azur , colle de toutes ^sortes , bois de teinture , garance , poil de sanglier, fromage, rognes, borax, bois de bnis, goudron, bourdilldn, bourdille et toutes autres sortes de bois servant à faire des barriques et futailles, en payant le droit de fret et les droits d'entrée ordinaires , et à la charge que les dits vaisseaux hollandais et autres vaisàeaux ennemis en faveur desquels il aura été expédié des passeports, chargeront dans les ports ou ils arriveront des marchandises ou denrées du royaume au moins pour la valeur de celles des marchandises ci-dessus exprimées qu'ils auront apportées, sur le pied de ce qu'elles valent et se vendent en France.

On voit que cette décision était de la plus haute importance pour le commerce de Bordeaux. Grâce

1 48 UISTOIRB DU COMMERCE

aux Dombrea'x passeports qui en furcnl la suite, notre port reprit uoe certaine activité commerciale. Celte mesure était un honorable progrès, qui devrait avoir conduit depuis longtemps à borner les actes de la guerre aux combats des forces militaires et à laisser complètement en dehors les intérêts particuliers du commerce. Malheureusement, les luttes qui se sont succédé depuis plus d'un siècle ont plutôt élargi et reculé les limites des cruautés de la guerre ; espérons que Tavenir fera triompher des principes plus dignes de Thumanité.

L'étude et la direction des divers intérêts de la place n'étouffaient pas à Bordeaux les sentiments d'un vrai patriotisme; en l'année i711, les négociants bordelais armèrent par souscription la frégate /a iVt/mphe, de 40 canons; ce vaisseau croisa pendant toute la guerre, depuis Cordouan jusqu'à l'embouchure de la Loire; il soutint glorieusement plusieurs combats, fit des prises considérables et rentra dans le port après avoir honoré le pavillon français.

La paix d'Utrecht fut signée le il avril 1713. Heureux d'échapper aux dangers immenses qu'avait couru son royaume, Louis XIV subit la condition honteuse de combler le port de Dunkerque , et la France perdit l'Acadie et Terre-Neuve, c'est-à-dire ce qui pouvait assurer le développement de notre grande pêche. Les Anglais , victorieux, stipulèrent sans détour la suprématie de leur commerce et le dégagèrent de toute entrave , même des moyens de garantie établis dans certains ports. Ainsi, en ce qui regarde

iBo'rdeaux, il fut établi dans l'article 12 du traité, que les capitaines des vaisseaux anglais ne seraient pas tenus de se servir, pour charger ou décharger leurs navires, des personnes établies à cet effet par Tautorité publique, mesure qui avait pour objet d'éviter la contrebande et la fraude.

Le commerce anglais abusa bientôt des droits pour ainsi dire arbitraires qui lui avaient été accordés; des plaintes nombreuses se firent entendre. D'un autre côté , les gouverneurs de nos colonies se crurent autorisés à accueillir librement le commerce anglais; ses navires y arrivèrent immédiatement en plus grand nombre que les nôtres; les conséquences de cet état de choses furent désastreuses ; les premiers moments de la paix dIJtrecht produisirent en effet plus de ruines que la guerre n'en avait fait naître. Presque tous les navires armés à Bordeaux en 1713 et 1714 pour les colonies d'Amérique donnèrent de la perte ; il y en eut plusieurs sur lesquels les armateurs perdirent plus de la moitié de leur capital. Une autre raison grave vint contribuer encore à la perturbation du commerce de Bordeaux; la plus importante de nos colonies, Saint-Domingue, établit tout à coup dans ses ports un droit de 30 sous par barrique de sucre brut, de 3 liv. par barrique de sucre blanc et de 4 liv. par tonneau d'encombrement sur chaque navire partant de Saint-Domingue. Cette charge, entièrement illégale , achevait la ruine des expéditions bordelaises. Les réclamations de noire port furent énergiques, et elles devaient l'élre. Sur le premier

point, en effet, l'autorisation donnée aux Âogiais pour nos colonies était une violation flagrante du règlement du mois d'août 1698; il ne pouvait être possible aux négociants français de faire un com— merce avantageux dans nos ties si les Anglais y portaient librement des bœufs et lards salés, des farines, des étoffes de soie et de laine , des bas, de la quincaillerie et beaucoup d'autres marchandises que leur situation manufacturière leur permettait de donner à des prix bien inférieurs aux nôtres , sans parler des étoffes et toiles des Indes, prohibées alors dans le commerce français, et que les navires anglais versaient également dans les colonies.

Sur le second point , les autorités de Saint-Domingue n'avaient aucun droit d'établir dans l'ile des mesures financières non autorisées par le gouvernement français. On demandait , en outre , au ministre, que pour faciliter le débouché des 80,000 quintaux de sucre qui existaient alors dans les ports du royaume, au delà de la quantité que pouvaient travailler les raffineries françaises, une décision royale ordonnât la restitution des droits d'entrée sur les sucres bruts qui seraient transportés à l'étranger.

Au milieu de ces circonstances difficiles, les négociants de Bordeaux surveillaient aussi avec intelligence et fermeté la conservation des principes protecteurs que le commerce malheureux doit trouver dans la loi. Ainsi, un arrêt du parlement ayant aur torisé le lieutenant général à lancer des décrets de prise de corps contre tous les négociants faillis, les

commerçants adressèrent au ministre un mémoire très-sage pour s'opposer à cette mesure, et, par un arrêt du conseil royal, il fut décidé que la connaissance des faillites appartiendrait entièrement à la juridiction consulaire, hors les cas de prévention criminelle. La réclamation du commerce était légitime; il faut sans doute garantir la sécurité commerciale , mais il est également indispensable de protéger, d'honorer même le négociant honnête et malheureux; une rigueur sans mesure détruirait cet élan fécond , il faut dire môme cet esprit d'audace qui peut seul créer le grand commerce.

La lutte énergique du commerce de Bordeaux ne tarda pas à porter ses fruits; plusieurs décisions mirent fin aux abus que nous venons de signaler; les affaires reprirent faveur. Le Gouvernement sentit aussi la nécessité d'amoindrir le monopole des grandes compagnies; un édit du mois de janvier 1716 accorda aux ports de Bordeaux , Rouen , Nantes et La Rochelle, la faculté de faire librement la traite des noirs, à la charge d'une redevance de 20 fr. par. esclave.

Il faut dire un mot sur ce commerce des esclaves : De temps immémorial , la côte occidentale d'Afrique pratiquait l'usage inhumain dé vendre ses habi-tants (1). Dès 1508, les premiers nègres furent transportés à Saint* Domingue par les Espagnols , sous le règne d'Elisabeth. Les Anglais commencèrent bientôt après à faire ce commerce, et la marine franco Hisfl philosophique j t. VI, p. 4.

152 HISTOIRE hl COMMERCB

Caise TeDlreprit également sous Louis XIII. Tous les princes autorisèrent ce négoce , sous le prétexte que le$ noirs, n'étant pas chrétiens, ne pouvaient prétendre à la liberté,

La traite des noirs se faisait par voie d'échange direct. On portait à la côte d'Afrique du vin, de Teau-de-vie, des liqueurs, des toiles, des armes, de la quincaillerie, mercerie et verroterie, du ferblanc, de la poudre à feu , du corail et des parures communes; on entreposait aussi à Bordeaux, pour ce commerce, des toiles de coton des Indes, blanches, bleues , rayées, ainsi que celles dites indiennes, des cristaux en grains, des miroirs d'Allemagne, des pipes à fumer de Hollande „ des couteaux flamands , des chaudières et toutes sortes d'ustensiles de cuivre. Lorsque les esclaves abondaient sur la côte , ce négoce présentait des avantages immenses; mais souvent aussi la traite était longue, difficile; quelquefois, pendant la traversée d'Afrique aux ties , des maladies contagieuses, et même des révoltes sanglantes ruinaient entièrement l'opération. En général, un bel esclave grand et robuste revenait, à 600 liv. et se vendait 2,000 liv. ; le prix des femmes était inférienr de 30 p. 100; celui des enfants variait suivant leur âge et suivait pour le sexe la mépie proportion.

Quelques maisons de Bordeaux armèrent pour la traité; mais il faut reconnaître toutefois que le goût et les capitaux de notre port ne se portèrent jamais avec empressement vers ce genre d'expédition. En 1717, il n'y eut à Bordeaux qu'un seul

anTiemeot pour ia côte de Guinée, le Saint-Jean- Baptiste , de 70 tonneaux et 12 hommes d'équipage ; on en comptait trois seulement en 1740, et quinze environ de 1764 à 1791. L'importance de la traite était double dans le port de Nantes.

Un acte de l^islation, bien important encore pour le commerce de Bordeaux, eut lieu au mois d'avril 1717; nous voulons parler du règlement défi* nitif sur le commerce des colonies françaises.

La compagnie privilégiée des Indes-Occidentales

avait été supprimée par édit de 1674. D'autres édits

de 1674, 1677 et 1701, avaient exempté de tous

droits de sortie et autres généralement quelconques

les denrées et marchandises françaises destinées pour

les colonies. Enfin, des arrêts antérieurs de 1670 et

1671 avaient accordé la faculté d'entreposer dans les

ports du royaume les marchandises provenant des

dites colonies.

Toutefois , ces mesures législatives étaient restées sans exécution régulière; l'obstination illégale des adjudicataires des fermes avait souvent fait naître les plaintes du commerce; à Bordeaux, notamment, le droit d'entrepôt était refusé , tandis qu'il recevait à Nantes l'exécution la plus large. Ce fut dans cette situation que le régent, voulant enfin faire droit par une décision définitive aux réclamations très->vives qui s'élevaient de toutes parts, signa les lettrespatentes d'avril 1717', qui furent enregistrées au parlement de Bordeaux , le 31 juillet de la même année.

154 HISTOIRE OV COMIIKRGE

L'article 1^' porte que les armements des vaisseaux destinés pour les îles et colonies françaises seront faits dans les ports de Calais, Dieppe, le Havre, Rouen, Ronfleur, Saint-Malo, Morlaix, Brest, Nantes, La Rochelle, Bordeaux , Bayonne et Cette.

D'après l'article 3 , toutes les denrées et marchandises , soit du crû ou de la fabrique du royaume , même la vaisselle d'argent ou autres ouvrages d'orfèvrerie, les vins et eaux-de-vie de Guyenne ou autres provinces, destinés pour être transportes aux îles et colonies françaises , . sont déclarés exempta de tous droits de sortie et d'entrée, à l'exception de ceux dépendant de la ferme générale des aides et domaines.

L'article 19 est conçu en cesjermes :

« Les marchandises ci-après spécifiées , provenant des îles et colonies françaises et destinées pour être consommées dans le royaume, paieront à l'avenir pour droits d'entrée dans les ports désignés,

» Savoir : Les moscouades ou sucres bruts , 2 liv. 10 sous le cent pesant, dont 33 sous 4 deniers au fermier du domaine d'Occident et 16 sous 8 deniers au fermier général des cinq grosses fermes.

» Les sucres terrés ou cassonades, 8 liv. le cent pesant, dont 2 liv. au fermier du domaine d'Occident et 6 liv. au fermier général des cinq grosses fermes.

» L'indigo, 100 sous le ceùt pesant.

» Le gingembre , 15 sous le cent pesant.

» Le côlon en laine , 30 sous le cent pesant.

» Le rocou, 8 liv. 10 sous le cent pesant.

» La casse, 1 liv. le cent pesant.

» Le cacao, 10 liv. le cent pesant.

» L*écaille de tortue , 7 liv. le cent pesant.

» Les cuirs secs et en poil , 5 sous la pièce. »

La totalité des droits sur les dites neuf dernières espèces de marchandises devait être levée au profit du fermier général des cinq grosses fermes.

Enfin , les articles 15 et 30 règlent le droit d'entrepôt et font cesser toute équivoque à cet égard.

Le premier déclare que toutes les. marchandises et denrées de toutes sortes du crû des îles et colonies françaises pourront, à leur arrivée, être entreposées dans les ports dénommés; au moyen de quoi , lorsqu'elles sortiront de l'entrepôt pour être transportées en pays étrangers , elles jouiront de Fexemplion des droits d'entrée et de sortie, même de ceux appartenant au fermier du domaine d'Occident, à la réserve des 3 p. 100 auxquels elles seront seulement sujettes.

Le second de ces articles établit' que les magasins servant à l'entrepôt des marchandises et denrées du royaume destinées pour les colonies et de celles dites coloniales, seront choisis par les négociants , à leurs frais , et fermés à trois clefs différentes , dont l'une sera remise au commis du fermier des cinq grosses fermes , l'autre au commis du fermier d'Occident, et la troisième entre les mains de celui qui sera préposé à cet effet par les négociants.

Grâce à ces mesures, les affaires prirenlr un nouveau développement.

I 56 IIISTOIBB 1>L' COMMERCE

Jetons luaiDlenant ud coup d œil attentif sur leur chiffre et leur nature.

Le premier tableau complet du commerce maritime de Bordeaux qui se trouve dans les archives de la chambre de commerce, est de 1717.

L'exportation s'y élève dans son ensemble à une valeur de 8,044,181 liv., savoir :

1® Pour r Angleterre, 1,386,797, sur lesquelles 3,500 barriques eau>de-vie à 65 liv. la barrique, et 6,000 tonneaux de vin de 105 à 180 liv. le tonneau.

2'' Pour la Hollande, 4,489,236 liv., où sont compris 34,075 tonneaux de vin à 18, 28 et 30 écus le tonneau , et 1 ,920 barriques d'eau-de-vie à 60 liv. la barrique.

3*^ Pour le Nord, comprenant les villes anséatiques, le Danemarck et toute la Baltique, 828,857 liv. , dont 1,920 barriques eau-de-vie à 60 liv. la barrique, et 6,500 tonneaux de vin de 28 à 30 écus.

4^ Pour l'Espagne, le commerce maritime était à peu près nul avec cette nation : un seul caboteur avait paru devant Bordeaux en 1717, apportant une cargaison d'huile et repartant sur lest avec 4 barriques d'eau-de-vie et 15 tonneaux de vin.

5** Pour les îles françaises d'Amérique , 1,337,655 livres, où nous devons remarquer 2,703 barils farine à 15 liv. le baril; 9,322 boisseaux farine à 7 liv. 10 sous le boisseau; 1,041 barriques eaude-vie à 55 liv. la barrique; 4,125 tonneaux de vin de 80 à 100 liv. le tonneau. On voit dans cet état

que Bordeaux envoyait encore à celte époque du café d'Orient dans les colonies ; on y voit figurer en effet 1,115 liv. de café à 2 liv. 10 sous la livre.

Quant à Tiroportation à Bordeaux, elle présente, dans celte même année, une valeur totale de 4,735,155 liv., comme suit :

I ° D'Angleterre , 543,624 liv. chanvre, fer, froment, beurre.

2« De Hollande, 1,684,228 liv., où l'on trouve SS54,830 liv. fromage à 25 liv. le quintal, et 1 million 281,185 liv. garance à 45 liv. le quintal.

3® Du Nord, 331,564 liv. planches, merrain, cuivre, fer, etc.

4® D'Espagne, 79,539 liv. huile, cochenille, fer en barre.

5° Des îles françaises d'Amérique, 2,096,198 liv., soit sucre à 20, 26 et 36 liv. le quintal: indigo à 3 liv. 12 sous la livre, coton à 80 liv. le quintal; cacao à 8 sous la livre.

En résumé, l'exportation étant de 8,044,181 liv. tournois, et l'importation de 4,735,155 liv., Bordeaux restait créancier pour solde d'une somme de 3,309,025 liv.

Les droits d'entrée et de sortie étaient à peu près en France ce que nous les avons vus dans le siècle précédent; toutefois, en 1717, le roi relira le droit de 4 sous par livre sur le vin, ce qui réduisit les droits de sortie de 20 liv. à 16 liv. 19 sous.

II existait, en outre, sous le nom de droit du domaine d'Occident, une perception de 3 Vî P- ^0^

1 58 UISTOIRB DU COMMERCE

sur la valeur de toutes les marchandises colooiates à leur entrée dans le port et calculée sur les prixcourants établis par semestre. I^ correspondance nombreuse, conservée aux archives, entre la chambre de commerce et M. Bachelier, directeur général des fermes du roi, prouve combien lassiette de ce droit présentait d'incertitude et de difficultés.

Chaque chargement partant de Bordeaux était également soumis au paiement d*un droit qu'on appelait le chapeau de maître. Cette gratification, appartenant au capitaine , était modérée dans le principe et ne dépassait pas le prix du fret d un tonneau ; mais pendant la guerre, les bâtiments neutres, se trouvant maîtres du commerce, portèrent le droit du chapeau de mattre à un prix exorbitant. Un arrêt de 1712 le réduisit toutefois à 1 liv. 10 sous par tonneau.

Quant aux droits étrangers, la guerre des tarifs marchait dans une progression malheureuse, surtout avec les Anglais; les droits d'entrée en Angleterre, sur les vins français , étaient alors de 55 Kv. sterling par tonneau, soit 1,375 liv. Dans le traité d'Utrecht, le gouvernement anglais persista dans le maintien de ce tarif; de son côté, la France maintint le sien sur les étoffes anglaises et continua la prohibition des marchandises venant des Indes.

Cependant ces entraves de détail ne purent arrêter la force ascendante du commerce bordelais. Sous l'influence de la paix , des mesures législatives et du progrès colonial, il prit un développement rapide; en 1724, son mouvement avait à peu près doublé;

la valeur générale des importations s'élevait à 10 millions 567,032 liv., et celle des exportations à 1 o millions 207,587 liv. ; ce qui établissait en faveur de Bordeaux une balance de 4 millions 640,554 liv. Nous devons recueillir ici le tableau des bâtiments marchands existants à cette époque dans notre port :

Noms des bâtiments

Tonnage. Équipage.

Voyages.

Trois-^mâts :

La Reine-Marie 250 tx.

La Perle 100

Le Superbe 430

Le Saint-Dominique 100

Le Sauvage 130

Le George 70

Le Saint-Pierre .... : 120

Le Marin 100

L'Amitié 80

Le Pierre 60

La Sagesse 100

Le Saînt-Jean-Baptiste.... 100

Le Saint-Joseph 70

Le Guillaume 70

La VilIe-de-Langon 70

Le Jean-Pierre de Blaye.. 120

Flûtes :

Le Saint-Jean-Baptiste 70

La Suzanne 140

La Catherine 250

UUnion 130

Corvettes :

La Marie dite Mal-Bâiie 112

22hom. En Hollande.

A TAmérique.

En Hollande.

A Terre-Neuve.

Id.

A l'Amérique.

A Terre-Neuve.

A P Amérique.

Id.

A Terre-Neuve.

A l'Amérique.

A Terre-Neuve.

A l'Amérique.

A Gênes.

En Hollande.

Au Banc.

En Guinée.

A l'Amérique.

Id.

En Hollande.

* A rAmériquc.

NoBu des MUmeau. Toantge. Êqviptge. Voyages.

Le Petit-Saint-Jean 60 tx. 9hoin. A rAmérique.

Le Saint-Michel 50 9 Id.

La Légère 50 8 • . W.

Le Saint-Joseph 50 9 En Portugal.

Le Saint-Joseph 45 7 Id,

La Catherine , 25 6 ATAmérique.

Le Saint-Jean-Évangéliste . 170 18 Id.

Qttéckes :

Le Saint-Pierre 50 9 A rAmérique .

Le Saint-Jean 80 10 Id.

Flibois :

Le Saint-Étienne 80 12 A l'Amérique .

Le Saint-Philippe 70 7 Au Canada.

La Marie 70 7 En Irlande.

Galioles : ,

L'Amitié-et-Fortune 120 16 A Terre-Neuve.

La Perle 90 7 En Hollande.

La Marguerite 45 7 ATAmérique.

L' Aimable-Honoré 50 7 A Gênes.

Barques :

Dans la Garonne, la Dordogne et la Gironde , 79barquesde 15à40'tx. i Faisant le cabo-

^ I tage pour les côtes

A La Teste de Buch, 1 7 b V- < de Bretagne etquel-

quesde ! 15à30 / ^f ;;; '' '^'''^■

Au milieu de ces progrès et malgré les difficultés qu'avaient fait naître sur notre place et dans la France les désordres financiers de la régence, la chambre

(1) Encyclopédie méthodique , t. II, p. 256.

de Bordeaux dirigeait la tutelle du commerce avec une sagesse, une fermeté et une intelligence dignes des plus grands éloges, tantôt arrêtant les abus fréquents des fermiers de TÉtat,' tantôt éclairant le Gouvernement lui-même; ainsi, en 1723, les sousfermiers de plusieurs sénéchaussées, abusant du contrôle impuissant qui surveillait leurs opérations, établirent des droits arbitraires sur la sortie des huiles de Provence, sur les vins de Guyenne partant de Calais et sur les toiles chargées dans le port de Bordeaux; notre chambre de commerce s'adressa au Gouvernement lui-même , et ses réclamations persistantes obtinrent bientôt la réforme de ces abus. Quelques années plus tard, les faillites ayant pris sur notre place une recrudescence alarmante, le ministre demanda des informations , et la chambre fit entendre ses conseils dans un mémoire resté célèbre. Selon elle, pour diminuer les faillites, il ne fallait ni créer des rigueurs , ni gêner la liberté du comraerce , mais le favoriser au contraire, soit par l'amélioration des tarifs, soit en limitant le monopôle des grandes compagnies, soit enfin en maintenant sur fa place l'abondance du numéraire et en imposant aux fermiers généraux l'obligation de prendre le papier des bonnes maisons, ce qu'ils s'obstinaient à refuser.

A la même époque, le commerce de Bordeaux fit de grands sacrifices pour aider l'État à améliorer les passes du fleuve.

De 1725 à 1740, Saint-Domingue et les autres

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