‹ Histoire du commerce de Bordeaux depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 30 sur 86 · CAFÉ ET CACAO · texte numérisé non relu

CAFÉ ET CACAO

» On commence à produire beaucoup de cafés dans les tles. Celui qui arrive à Bordeaux est enlevé , en grande partie, pour l'étranger; il s'en faut pourtant bien qu'il vaille celui du Levant , dont le grain est plus petit, plus verdâtre et plus aromatique; mais on peut espérer que ces insulaires connaîtront les défauts de leur culture et de leurs apprêts, et qu'en faisant plus mûrir et plus sécher le café, ils lui Ole-

ront le goût de verdeur, de terroir et d'amertume qui s y trouve; car, pour Taspect du soleil , il est presque le même dans les lies qu'à Moka, en Arabie. On soupçonne que la terre où Ton plante le café aux îles est trop grasse, parce que le grain est trop gros, trop blanc, d'un goût vert et peu aromatique; on peut essayer un terrain moins gras, et il n'en manque pas dans des pays aussi chauds. On croit encore que les arbres à café y sont trop jeunes, et c'est d'où peut venir la grosseur du grain; car tout vieil arbre produit de petits fruits. D'ailleurs, cet arbre parvient ordinairement à la grosseur de la cuisse, tandis qu'aux îles , il n'est encore que de la grosseur du bras, et ne produit que depuis 3 jusqu^à S livres de grain. Par la suite, le café pourra se donner à 8 et 10 sous la livre, comme le cacao se donnait avant la destruction des cacaotiers. Par l'usage du café aux îles, les sucres auront plus de consommation , et le café prendra la place du cacao. Ce commerce peut améliorer le nôtre si la compagnie des Indes ne s'y oppose pas; elle aurait bien mauvaise volonté si elle s'y opposait et le traversait, puisqu'elle a été formée avant que le café ne fût planté aux îles : elle peut se contenter de celui du Levant. La seule chose à faire est de faciliter le commerce de cette graine avec un droit modique d'entrée et de consommation à proportion des sucres. Ce moyen augmentera le commerce des îles et de Guyenne.

» Le cacao de la Martinique a pris le dessus sur celui de Caracas , soit à cause de sa bonté , soit à

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cause de sa rareté. Il esl très-difficile de multiplier les cacaotiers , et ils ne portent de beaux, fruits qu a la troisième année. Toutefois, il vient peu de cacao de la Martinique; mais il en vient beaucoup de Joacfaim et de Caracas, et Tentrepôt en est permis. On estime que le droit de consommation dans tout le royaume devrait être réduit à % sous par livre , tant pour celui qui vient de nos lies que pour celai de l'étranger, parce que le droit de 15 sous par livre pour le cacao étranger- ne produit rien aux fermes, et c'est à quoi les fermiers devraient penser, sans se tenir si rigides. Au reste, un cacaotier ne produit qu'environ i livre Vt de noix , au lieu qu'un arbre de café produit jusqu'à 5 livres de grains, ce qui fait que les cafés remplacent avantageusement les cacaotiers qui se sont perdus à la Martinique.

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