SUCRE DES ILES
» On se plaint du trop haut prix des sucres , et il semble que cette plainte est mal fondée , parce que le bas prix des sucres fait : i<» tomber celui des habitations qui le vendent; 2<» les armateurs chargés de sucres sont obligés de les porter- à Cadix pour les échanger avec des huiles et autres marchandises; 3° les sucres portés en France sont mis en dépôt pour l'étranger, afin d'épargner les droits d'entrée et de consommation; 4® les sucres sont à si bas prix , que les droits de bureaux surpassent la valeur de la denrée, circonstance qui doit faire tomber toute denrée sujette à pareils droits. Pour juger du prix des
BB BORDBACX. 171
sacres dans rAmérique, il ne faut que voir le nombre de nègres occupés à la culture de la terre et aux chaudières, ce qu'on peut comparer à la culture de nos vignes et à nos vaisseaux vinaires. Ce sucre brut n'est vendu que 15 liv. le quintal, le fret de vaisseau est de 10 liv. , les droits d'entrée et de consommation en France vont à 15 liv. , le travail des raffineurs va à 5 Kv. : le tout mqnte à 45 liv. Cependant, le sucre blanc n'est vendu que depuis 45 jusqu'à 50 liv. On voit le peu de profit qui en revient au propriétaire de l'Amérique et la ruine de cette' colonie , si les sucres ne se soutiennent pas par la consommation qu'en peut faire l'usage du café et du cacao; cepen-. dant , il est certain que les sucres y sont à un prix trop haut pour les armateurs. Cette cherté vient des marchandises portées de France et des autres lieux aux ties, parce que la quantité , surpassant celle des sucres, met les marchandises à bas prix. On échange ces marchandises avec des sucres, et le prix s'en règle sur le nombre des marchandises et des vaisseaux qui arrivent; c'est ce qui fait que les armateurs y perdent souvent beaucoup , lie prenant en retour que des sucres chers pour des marchandises qu'ils ont données à bon marché , à cause de la quantité qui en avait été portée. Cette cherté est encore causée par le commerce que l'on y souffre des étrangers et <]es interlopes qui achètent les sucres avec de l'argent de billon de 30 à 40 p. 100 trop léger, et encore par le commerce des nègres qu'ils y apportent , ce qui fait tomber notre commerce de Guinée en Afri^
172 UISTOIRB DU COMMBRCE
que; mais il n'y a guère de remocle à ce mal-là, parce que tes puissances le négligent.
» Quelques vaisseaux français vont à Cadix échanger leurs sucres avec des huiles qu'ils emportent en France; mats les huiles de Languedoc et d'ailleurs, quoique de qualité* inférieure à celles d'Espagne, font qu'on n'en tire pas beaucoup de Cadix ou d'Espagne, où elles ont fait tomber presque ce commerce.
» Pour revenir à la cherté des sucres dans les îles, il semble que l'abondance devrait les tenir à un prix plus bas. Cette abondance vient : 1"" de la fertilité et du nombre des terres plantées en cannes; 2^ de ce que la culture faite par les nègres n'y coûte pas beaucoup , leur nourriture étant de peu de valeur. Ainsi, quand le sucre brut n'y serait qu'à 6 ou 7 liv. le quintal, au lieu de 1S liv., et les autres à proportion , les propriétaires y trouveraient largement leur compte; au lieu qu'à 10 ou 15 liv., le sucre brut revient ici, avec les frais et le coulage , à 22 liv., dont à peine en retire-t-on 18 liv. ; les autres sucres sont à 30 p. 100 plus cher qu'on n'en peut tirer ici et chez l'étranger, et, en quelque lieu qu'on le porte, on en peut tirer le même prix. Les sucres sont donc trop chers par rapport aux marchandises qu'on apporte aux îles.