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et que nos voisins onl besoin de nous. Ce royaume a tout généralement en soi-même, si Ton en excepte très- peu de chose; mais il n'en est pas de même des États qui lui confinent : iisnont ni vin, ni blé, ni sel, ni chanvre, ni eau-de-vie, et il faut de toute nécessité qu'ils aient recours à nous pour en avoii^ Ce serait donc profiter fort mal du bien que Dieu nous a fait, si nous le donnions pour des choses dont nous pouvons nous passer facilement. S'il faut que les étrangers aient de notre argent, ce ne doit être que pour ce qui ne vient pas dans lOx royaume, comme sont les épiceries qu'il faut aller chercher bien loin, ou les prendre des Hollandais. Pour tout le. reste, il faut se passer d'eux , et que le luxe ne nous tente pas assez pour faire une faute aussi préjudiciable à l'Étal. »
Cependant, dans quelques autres de ses travaux, Colbert reconnaissait la nécessité d'étabfir des débouchés et de maintenir des relations libres et réciproques entre les nations ; voici comment il s'exprimait en 1669 dans le préambule de l'édit pour la franchise du port de Marseille : « Gomme le côm* merce est le moyen le plus propre pour concilier les différentes nations et entretenir les esprits dans une bonne et mutuelle correspondance ; qu'il apporte et répand l'abondance par les voies les plus innocentes, rend les sujets heureux et les États plus florissants; aussi n'avons-nous rien omis de ce qui a dépendu de notre autorité et de nos soins pour obliger nos sujets de s'y appliquer et le porter jusqu'aux
nations les plus éloignées , pour en recueillir le fruit et en retirer les avantages qu'il amène avec soi, et y établir partout en même temps, aussi bien en paix comme en guerre , la réputation du nom français. »
Les commerçants français eux-mêmes, tout en subissant les préjugés de leur époque, comprenaient déjà les principes féconds du libre-échange ; on lit dans un mémoire présenté en 1654 par le commerce de Paris : « La nécessité commune des hommes ayant produit le commerce, le principal emploi de ceux qui en font profession est d'envoyer dehors ce qu'ils ont de trop, et de tirer du dehors ce dont ils ont besoin ; ce flux et reflux de secours mutuels produit l'abondance, en laquelle consiste le repos et la félicité des peuples. Nos voisins reconnaissent par expérience que la liberté, soit aux marchandises, soit aux personnes, fait fleurir le négoce; qu'aux lieux cil elles sont exemptes d'impositions, il s'en trouve en abondance, et que lorsqu'il est permis librement à toutes personnes d'en faire apporter^ le peuple en est fourni à bon compte. »
Le commerce de Bordeaux se faisait aussi remarquer dès ces temps reculés par les adeptes nombreux qui y soutenaient avec énergie la liberté des échanges et combattaient les droits prohibitifs. M. Ribadieu rapporte un extrait assez étendu d'un mémoire remis à M. Salomon Virelade, déléguée Paris pour coopérer aux travaux préparatoiresd'un traitédecommerceavec l'Angleterre ; on y lit : « 8° Demander qu'il plaise à Sa Majesté de lever les défenses de rentrée des dra-
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peries et autres marchandises de soie et de laine, à condition que les Anglais permettent rentrée des vins et manufactures de France en Angleterre, et révoquent F acte de la dite prohibition du 7 septembre 1689.
» 1 0* Demander que, ne pouvant obtenir le rétablissement entier du commerce, Hl soit permis pour le moins de tâcher à le remettre en quelque partie et dans quelques provinces, s'il ne se peut pour tout le royaume; comme si la Normandie s'oppose à l'entrée des draperies, qu'au moins elles puissent être reçues en Guyenne, Id Rochelle et Bretagne , pourvu que les Anglais permettent l'entrée des vins des dites provinces. » (1)
Qaels que fassent au surplus les défauts du système commercial adopté par TÉtat, il est certain que Tordre, 4e progrès des lumières, le développement des sociétés européennes, avaient augmenté le commerce dans son ensemble ; voici quel était celui de la France vers le milieu du dix-septième siècle :