PRÉFACE
J'ai publié il y a quelques années les quatre volumes de la seconde édition de l'Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France et le volume des Questions ouvrières et industrielles en France sous la troisième République (\m en est la suite et le complément. Je croyais que ce volume serait mon dernier ouvrage.
Dans ces cinq volumes j'avais fait une place au mouvement commercial qui a une relation intime avec le développement industriel. Mais ce mouvement n'y figure pour ainsi dire que comme un accessoire et se trouve entremêlé avec les questions d'organisation du travail et de condition des travailleurs.
J'ai pensé qu'il était utile pour l'histoire économique et même pour l'histoire générale qu'un ouvrage fût spécialement consacré à l'histoire du commerce de la France. Depuis quarante ans j'ai traité diverses parties de ce sujet dans mon cours du Collège de France et je n'ai jamais cessé d'en poursuivre l'étude. Cette année, l'Académie des Sciences morales et politiques a facilité mes dernières recherches en me confiant la mission économique qu'elle attribue chaque année à un de ses membres.
Il existe un nombre considérable de publications sur la matière, livres, brochures, articles, recueils de documents, et dans le nombre il se trouve beaucoup de monographies qui sont des œuvres d'érudition définitives. Mais il n'existe pas d'histoire complète du commerce de la France, commerce intérieur et commerce extérieur, embrassant la suite des temps et présentant un tableau d'ensemble depuis les origines jusqu'à nos jours. M. Pigeonneau avait entreprisd'en composer une qui devaits'étendreau moins jusqu'à la fin de l'ancien régime ; la mort l'a empêché de pousser sa publication au delà du ministère de Richelieu. M. Noël a publié en trois volumes une Histoire du commerce du monde depuis les temps les plus reculés ; mais, dans cet ouvrage, qui
VI l'KEFACE
comprend tout le commerce du monde, les questions relatives à la France n'occupent qu'une place limitée.
L'ouvrage que j'ai entrepris de composer pour combler la lacune comprendra deux parties. La première traite des siècles antérieurs à la Révolution française depuis le temps des Gaulois ; c'est le volume que je publie aujourd'hui. La seconde partie comprendra les périodes postérieures à 1789 jusques et y compris les quarante premières années de la troisième République. La rédaction de cette seconde partie est déjà avancée. Me sera-t-il donné, à mon âge, de l'achever et de laisser aux études économiques ce dernier témoignage des efforts de ma vie ?
Sous le titre à' Histoire du commerce de la France avant 1789 ']e comprends non seulement le commerce extérieur qui se faisait avec les colonies et avec les pays étrangers, mais dans une certaine mesure le commerce intérieur, c'est-à-dire le mouvement commercial qui se produisait entre les diverses parties de la France. La distinction d'ailleurs entre l'un et l'autre ne saurait être établie avec quelque précision avant les temps modernes et même, pendant les deux derniers siècles de la monarchie absolue, le morcellement administratif rend celle distinction très difficile. Les premiers chiffres officiels du commerce extérieur ne datent que du commencement du règne de Louis XV et ils sont loin d'embrasser tous les échanges que nous désignerions aujourd'hui par cette expression.
C'est pourquoi j'ai tracé mon plan dans un cadre plus large que ne le ferait supposer le titre pris dans le sens exclusif de commerce extérieur. J'ai fait entrer en effet dans le cadre spécial de chacun des sept livres de l'ouvrage un exposé sommaire de l'état social lorsque j'ai jugé qu'il servait à faire comprendre les conditions du négoce ; j'ai donné les renseignements nécessaires sur les moyens de communication et sur les transports, routes, cours d'eau navigables, ports, marine et navigation, sur les instruments d'échange, y compris l'historique du régime monétaire, de ses variations, de la production des métaux précieux et de son influence sur les prix, du prêta intérêt et du crédit.Les marchés elles foires, les places de commerce, la formation des colonies françaises et des compagnies de commerce privilégiées, les tarifsde doua-