‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 142 sur 175 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

LE COMMERCE EXTERIEUR

Sommaire. — La statistique du commerce extérieur (509). — Le commerce extérieur jusqu'à la guerre de Sept Ans (511). — Le commerce extérieur depuis 1763 (511). — Importations et exportations (515). — L'organisation douanière (518). — Commerce par mer (520). — Commerce de la France par pays (521 . — En Europe : Italie et Savoie (522). — Suisse (522). — Espagne (523). — Portugal (523). - Angleterre (524). — Hollande (524). — Autriche (525). — Allemagne et Prusse (525). — Nord de l'Europe (525). — Hors d'Euhope : Le Levant (526). — Les Etats barbaresques (527). — Côte occidentale d'Afrique (529). — Asie (529). — Etats-Unis (530). — Le droit d'aubaine (531).

La statistique du commerce extérieur. — Quoique Colbert eut demandé des renseignements numériques sur le commerce, particulièrement sur l'importation, il n'y a pas eu en réalité de statistique commerciale régulière avant Tannée 1716. D'Aguesseau, qui était chargé du commerce sous l'administration de Pontchartrain, demanda en 1693 que des tableaux détaillés de l'importation et de l'exportation fussent dressés annuellement et il chargea le fermier général de Lagny d'adresser à cet effet des instructions aux agents des douanes. Depuis l'année 1700, les agents durent envoyer tous les trois mois au contrôleur général des étals énumérant les articles importés et exportés. Le Conseil de commerce, institué cette même année, s'intéressa à ces relevés ; un bureau fut créé qui eut pour chef en 1713 un ancien fermier général, Grandval ; ce bureau était placé sous l'autorité des fermiers généraux et il y est resté jusqu'en 1785.

La négociation en 1711 du traité de commerce avec l'Angleterre, qui possédait des documents statistiques ' et qui sut les employer dans la discussion, apprit aux plénipopentiaires français l'importance de ce genre de renseignements. Aussi, en 1716, commença par les soins de Grandval l'établissement de relevés du commerce extérieur.

O commerce comprenait plusieurs parties : commerce avec les Etats d'Europe et leurs possessions, commerce des pays indépendants hors d'Europe, commerce des colonies françaises, commerce de l'Ex-

1. Depuis 1693 les comptes des douanes anglaises ont été communiqués au Parle^ ment tous les ans.

Irême-Orienl. Ces diverses parties n'ont pas toujours été recueillies et totalisées dans les états : de là, des différences souvent considérables. En outre, si les quantités pouvaient passer pour être enregistrées à peu près exactement parce que les négociants étaient tenus d'en faire la déclaration, les valeurs qui étaient fournies ensuite dans chaque région par la chambre de commerce étaient loin de représenter fidèlement la réalité ; les administrateurs s'en sont plaints souvent. Trudaine a fait le premier, à partir de 1756, ajouter, sous le titre de « Objets généraux >, des résumés aux états particuliers : ce qui a donné une notion plus exacte de l'ensemble. A la suite de critiques que fit Dupont de Nemours et contre lesquelles se défendit Bruyard, chef du bureau de commerce depuis 1756, Necker réorganisa le service en 1781 et créa le bureau de la balance du commerce qui, en 1785, cessa d'être soumis à Taulorité des contrôleurs généraux.

Arnould, qui fut le chef de ce bureau, a publié dans son ouvrage De la balance du commerce des tableaux détaillés pour les années 1716 et 1787 et des tableaux résumés par périodes et par régions (Europe, Colonies françaises, Indes orientales depuis 1769, Empire ottoman avec les Etais barbaresques) de 1716 à 1788. Ses chifTres diffèrent considérablement de ceux qu'avait relevés, très incomplètement, Bruyard et qui se trouvent aux Archives nationales. Il existe aussi aux Archives une autre série qui ne concorde ni avec Bruyard ni avec Arnould.

Les relevés de Bruyard ne comprennent pas le commerce des Indes, lequel n'était pas enregistré directement par le bureau du commerce tant que la Compagnie a existé '. En outre, Bruyard a inscrit les livres tournois suivant le cours de chaque époque ; Arnould les a exprimées en livres tournois à la taille de 54 au marc, qui était le taux légal depuis la refonte de 1785.

Necker, dans V Administralion des finances, donne aussi des chiffres sensiblement différents de ceux d'Arnould. Il regarde comme exagérée la balance en faveur de l'exportation que présentait le compte de Bruyard. « Ces tableaux, dit-il, ne contiennent aucune évaluation ni de la contrebande, ni des fausses déclarations, ni du commerce des personnes qui sont à l'égard du reste du royaume comme un pays étranger... Il y a beaucoup d'autres erreur.s ou omissions... »

A partir de la réorganisation du bureau en 1781, les états du commerce paraissent s'être améliorés. Aussi sont-ce les chiffres d'Arnould que nous employons en général de préférence à ceux de Bruyard et de Necker pour les Etats de l'Europe en 1787^1789, tout en met-

1 . La statistique de ce commerce se trouve dans l'Histoire philosophique et politii/ue des établissemenU et du commerce des Européens dans les deux Indes de l'abbé Raynal. C'est de là qu'Arnould les a tirés sans les ajouter au total du commerce obtenu par l'addition des autres chapitres.

LE COMMERCE EXTERIEUR

tant les lecteurs en garde contre une confiance illimitée dans leur valeur. Ils permettent toutefois de prendre une notion numérique des relations commerciales de la France à la fin de l'ancien régime.

Le commerce extérieur jusqu'à la guerre de Sept Ans. — Nous avons vu que le commerce extérieur de la France pendant les premières années du règne de Louis XV a été, année moyenne d'après les chiffres d'ArnouId complétés par ceux de la Compagnie des Indes de 215 millions de livres, dont 93 à l'importation et 122 à l'exportation. L'exportation pour les pays d'Europe apparaissait de beaucoup supérieure à l'importation en France(106 millions contre 64)et un peu inférieure pour les autres parties du monde (16 millions contre 25). Toutefois l'imperfection des documents ne permet pas d'affirmer que la balance donnât réellement un tel excédent d'exportation.

L'Espagne était alors le pays avec lequel la France entretenait le plus de relations, parce que la France approvisionnait non seulement la métropole, mais aussi les colonies par l'intermédiaire de la métropole (17.7 millions à l'importation en France, dont 12 en piastres, et 20 à l'exportation d'après Arnould). Les échanges avec l'Angleterre formaient un total de 22 millions (13.9 à l'importation, 8 à l'exportation) ; avec l'Allemagne, les possessions autrichiennes et la Pologne, un total de 22 millions, etc.

Le chiffre de 215 millions s'appliquait, avons-nous dit, à un commerce que les deux dernières guerres de Louis XIV et la misère de la France avaient alors beaucoup réduit. Aussi le commerce remonta-t-ii rapidement sous l'influence d'une paix prolongée, surtout depuis l'année 1735. La guerre de la succession de Pologne ne paraît pas avoir arrêté le progrès, si bien que la moyenne des années 1749-1755 figure dans la statistique pour 616 millions, c'est-à-dire presque pour le triple du chiffre de 1716-1720. L'augmentation avait porté sur l'importation plus que sur l'exportation.

« Qu'on se rappelle, dit Arnould dans La balance du commerce, l'état de prospérité qu'a éprouvé la France depuis la chute du Système jusqu'au milieu de ce siècle et qu'on le rapproche des plaies profondes faites à la fortune publique par la guerre de 1755 ! »

Le commerce extérieur depuis 1763. — La guerre de Sept Ans exerça en effet une influence néfaste ; la moyenne du commerce de 1756-1763 tomba, d'après Arnould, à 323 millions, réduction de près de moitié sur le chiffre de 1749-1755. Après la signature de la paix, il y eut une reprise des affaires. Des traités de commerce furent signés ou renouvelés avec plusieurs Etats.

Le chiffre du commerce extérieur se releva rapidement : 725 millions

en 1764-1776, 683 en 1777-1783*, 1.061 en 1784 1788 2, quoiqu'il y ail eu en 1784, après la paix signée avec l'Angleterre, une première crise monélaire occasionnée, disait-on, par l'encombrement des magasins et par la défiance qui paralysait la circulation, puis une seconde crise en 1788 à la suite du traité d'Eden et d'une disette. Jamais la statistique du commerce n'avait présenté d'aussi forts résultats qu'en 1784-1788 ; on peut en discuter la précision , mais on ne peut nier qu'il y ait eu, depuis 1764 surtout, un progrès considérable : Voltaire l'atteste.

A la veille de la Révolution Arnould donne 1 milliard 153 millions 1/2 (611 à l'importation, 542 1/2 à l'exportation) pour l'année 1787. Telle autre statistique porte 1 milliard 77 millions. Telle autre ne donne que 991 millions et même 758 ; mais cette dernière, étant assurément

l.Necker, dans VAdministration des finances, évalue le commerce extérieur, numéraire compris, à 570 millions seulement ; mais il ne comprenait dans ce commerce que les provinces situées dans le rayon des douanes et il omettait à dessein le commerce de la France avec ses colonies comme n'étant pas du commerce avec l'étranger. Ces 570 millions se composaient: 1» de 230 millions pour l'importation des marchandises et de 40 millions environ pour l'excédent d'importation du numéraire sur l'exporlation ; 2° de 300 millions pour l'exportation.

Les principaux articles de l'importation étaient les matières premières (70 millions), les objets manufacturés (40), les comestibles (40), les combustibles (25), les pierres précieuses (20), les produits de l'Inde orientale (H), le tabac (16). Les principaux articles de l'exportation étaient les objets manufacturés (150 millions), les denrées des îles d'Amérique (70 à 75), les vins, eaux-de-vie et liqueurs (35 à 40), les produits de l'Inde orientale (17), les produits agricoles (16), les cuirs et bas (6).

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