Estimation du commerce abec VAnglelert-e
Années Importation en France Exportation de France
(millions de livres tournois)
1787 58 ou 63 34 Ou 37
Pour les années 1776 et 1784, il n'est pas tenu compte dans ces chifîres de la contrebande qui était considérable.
546 LIVRE vil. — CHAPITRE Vlll
Il est positif aujourd'hui qu'il les a régénérés, que notre commerce n'a jamais été plus prospère ni nos manufactures plus florissantes, qu'elles imitent les manufactures anglaises, que les prix de revient sont plus bas, et que de nouveaux débouchés s'ouvrent chaque jour devant elles. » Les Bordelais pouvaient être taxés de partialité. Le Lyonnais Goudard exprimait un sentiment plus général et personnellement plus désintéressé lorsque dans son second rapport sur le tarif des douanes il signalait, en août 1791,1a grande activité qui régnait dans les manufactures de laine, de lin et de chanvre, de soie, de coton même et acceptait les droits du traité de 1786 comme base de ceux du nouveau tarif.
Rupture du traité. — La Révolution interrompit l'expérience. On ne saurait dire ce qui serait advenu du principe de la liberté réciproque des échanges si ce régime avait duré et sil avait été établi et appliqué sur une base de complète égalité.
L'Angleterre fut la première à rompre l'accord. En novembre 1792 elle interdit l'exportation des blés en France, quoiqu'elle continuât à l'autoriser pour les autres pays. Au décret de la Convention relatif à la propagation des principes républicains dans les pays étrangers, elle répondit par un bill qui exigeait que tout étranger débarquant dans l'île fit connaître son nom, sa qualité, le but de son voyage et se munit d'un passeport. Ghauvelin, ambassadeur de France, protesta et, le 12 janvier 1793, il dénonça le traité de commerce. Le l""" février la guerre était déclarée et, le V^ mars, la Convention annulait tous les traités de commerce de la France avec les puissances belligérantes.
Le projet de ré formation douanière de 1787. — Au traité de commerce signé avec l'Angleterre se rattache le projet d'unification douanière auquel songeait Vergennes et dont l'idée remontait aux Etats généraux de 1614.
Une assemblée de notables fut convoquée à ce sujet ; Vergennes mourut au moment où elle allait s'ouvrir (14 février 1787). Le projet supprimait, à partir du b"" octobre 1787, « tous les droits de circulation des marchandises ou de passage des marchandises ou denrées d'une province à l'autre et établissait « un tarif uniforme, observé et exécuté à toutes les entrées du royaume », tarif comprenant, « pour simplifier la perception », le plus petit nombre de classes possible.
A l'entrée, six classes. Les matières premières les plus nécessaires, telles que les fibres textiles, les drogues tinctoriales, 1/4 p. 100; les matières utiles, mais moins nécessaires, comme les cuirs et les suifs, 2 1/2 p. 100; les aciers, bois de marqueterie, etc. ,5; les épiceries, drogueries, objets de luxe, 7 1/2 ; les objets de fabrication étrangère faisant concurrence à des articles français, comme la bijouterie, le fil, le vin, 10 ; les objets dont l'iraporlalion devait être encore plus restreinte dans l'intérêt de la production nationale, comme la bonneterie, les
L'ANGLETERRE Et LES tRAlTÉS DE COMMERCE DE l7l3 ET DE 1786 S47
tissus, la porcelaine, les fers façonnés, 12 p. 100, Les productions coloniales étrant^ères eï les toiles de coton blanches ou peintes étaient prohibées.
A la sortie, 4 classes. 1/4 p. 100 sur les produits des fabriques françaises, sur les eaux-de-vie et les fromages ; 2 1/2 sur les objets qui n'avaient reçu qu'une main-d'œuvre incomplète ; 5 sur les objets qui avaient un débit assuré à l'étranger, comme les fils et les modes ; 12 sur les matières premières « qu'il est important de réserver à nos manufactures », comme la laine non filée, les cuirs secs. Les vins de Guyenne étaient taxés entre 5 et 12 p. 100.
Etaient prohibés à la sortie les bois de construction, le chanvre, le lin, la soie, le vieux linge, etc.
L'entrepôt et le transit, entravés depuis 1768, étaient rétablis.
« La simplification et l'uniformisation des droits, disait le projet, la diminution du nombre des bureaux et des proposés feront une économie considérable... Il faut en outre considérer comme des avances utiles les sacrifices qui rendent le commerce plus libre, plus actif.plus étendu, qui vivifient l'agriculture et l'industrie et accroissent toutes les sources productives de la richesse «.Considérations judicieuses et libérales, bien que certains droits, ceux qui dépassaient 7 1/2 p. 100, fussent en général plus forts que ceux du tarif de 1664. Vergennes d'ailleurs et Gérard de Rayneval étaient d'avis « que toute manufacture dont les produits sont de 10 et même de 5 au-dessus de la marchandise similaire introduite en contrebande ne mérite pas d'être soutenue, parce qu'elle exigerait des secours onéreux pour l'Etat et occasionnerait une double charge aux consommateurs. »
Des sept bureaux qui composaient l'assemblée des notables, quatre s'élevèrent contre le projet au nom des privilèges provinciaux, trois seulement [se prononcèrent dans le sens de la liberté. La réforme ne se fit pas.
REVUE DES PÉRIODES
REVUE DES PÉRIODES
Sommaire. — L'enchaînement de l'histoire (551). — Première période : la Gaule préromaine (552). — Deuxième période : la Gaule romaine (553). — Troisième période : !a Période franque (535) . — Quatrième période : la féodalité souveraine (558). — Cinquième période: la Royauté féodale (562). — Sixième période: la Renaissance (568). — Septième période : Henri IV et Richelieu (573). — Huitième période : Louis XI Y et Colbert (578). — Neuvième période : Le xviii^ siècle (586).
V enchaînement de r histoire. — L'histoire est une trame continue de faits qui s'entrelacent et se succèdent sans cesse, comme s'entrelacent en se perpétuant les générations qui accomplissent ces faits. Aujourd'hui est le fils d'hier. Il n'y a pas d'interruption complète dans la vie des sociétés; il y a une évolution plus ou moins lente et il se produit parfois des événements et des changements brusques qui marquent la tin ou le commencement d'une période. Les changements de ce genre se rencontrent plus dans la vie politique des nations dont la destinée peut dépendre d'une bataille ou de l'apparition et de la disparition d'un homme que dans la vie sociale qui est lissée d'une infînité de fils divers et entremêlés.
L'histoire économique est un des aspects de la vie sociale et l'histoire du commerce, que nous venons de retracer, est elle-même un des chapitres de l'histoire économique. Entre les unes et les autres il existe une intime dépendance et elles sont elles-mêmes plus ou moins liées à l'évolution politique des Etals. On ne comprend les changements que le temps a amenés dans le mouvement commercial qu'en reportant sa pensée sur l'ensemble. C'est pourquoi, tout en déclarant qu'il n'y a pas en général de date précise pour marquer le commencement ou la fin des périodes de l'histoire du commerce et qu'elles sont en quelque sorte l'épanouissement d'une évolution continue, nous avons, en vue de la clarté de notre exposition, divisé cette histoire en périodes et pris de grands événements de l'ordre politique ou social comme limites de ces périodes.
L'œuvre économique, qu'elle soit agricole, industrielle ou commercial, a deux facteurs ; l'un, passif, est la nature, qui comprend la situation géographique du territoire, les eaux, les plaines, les montagnes, les côtes, la variété des climats ; l'autre, actif, est l'homme qui, par son travail, son génie inventif et avec ses capitaux, met en œuvre les matériaux et les forces de la nature et crée la richesse en vue de satisfaire
ses besoins, lesquels vont croissant à mesure qu'augmente cette richesse.
Le commerce est intérieur ou extérieur, distinction qu'il n'est pas possible de faire avec précision dans tous les temps et dans tous les pays. Le commerce intérieur déplace, mais il n'augmente pas la somme des objets de consommation d'un pays. Dans le commerce extérieur, l'importation augmente la quantité, l'exportation la diminue; maison peut dire d'une manière générale que l'une et l'autre se compensent à peu près, les marchandises importées ayant pour contre-partie les marchandises importées ou d'autres valeurs et que l'ensemble de ces importations a d'ordinaire une utilité supérieure pour le pays à celle des marchandises et autres valeurs qui ont été exportées.
Première période : la Gaule préromaine. — La nature n'a pas seulement doté la Gaule d'un sol qui est pour la plus grande partie cultivable et d'un climat tempéré et parlant favorable à la végétation ; elle en a fait une sorte d'isthme entre la Méditerranée et l'Océan ; la Gaule est l'espace de terre le plus étroit entre les deux mers et sur cet espace coulent des rivières d'une navigation facile, conduisant presque sans interruption d'une mer à l'autre. Le cours d'eau le plus important au temps où la Méditerranée était le grand centre du commerce est le Rhône qui, continué par la Saône, pénètre bien plus avant qu'aucun autre dans la région septentrionale. Strabon et d'autres écrivains après lui ont célébré les avantages naturels de cette configuration de la Gaule.
Les habitants du pays sont cependant restés barbares pendant bien des siècles ou du moins l'histoire de leurs sociétés primitives nous est presque inconnue, quoique les découvertes de l'archéologie nous montrent qu'elles ont eu des phases diverses et que l'existence de fabriques d'outils et d'armes, ainsi que la provenance de certains matériaux, témoignent de relations commerciales parfois lointaines.
En réalité, la civilisation commerciale est venue par la Méditerranée, avec les Phéniciens d'abord, puis avec les Grecs de Massilia qui ont greffe leurs comptoirs sur la côte et qui ont poussé profondément leurs relations à l'intérieur par la vallée du Rhône. Les Romains sont arrivés après eux, vers la fin du second siècle avant l'ère chrétienne ; ils ont pris plus fortement racine sur le sol par leurs colonies ; la Narbonnaise s'est romanisée en moins d'un demi-siècle.
Les Phéniciens ont peut-être été chercher les métaux de la Bretagne à travers la Gaule avant de se hasarder à gagner directement par mer celte île. Les Massiliotes ont clé trafiquer jusque dans le pays des Eduens et ont, en franchissant les colonnes d'Hercule, étendu leur navigation jusqu'à l'île de Bretagne et au delà.
Les Gaulois eux-mêmes faisaient un certain commerce maritime;
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Biirdigala, Corbilo étaient des ports sur deux grands fleuves ; les Venètes en Armonique étaient des marins renommés. Sur les principaux cours d'eau s'établirent des étapes que des marchands fréquentaient, entre autres Tolosa sur la Garonne, Genabum sur la Loire, Vindebona, Cabillonum sur le Rhône et la Saône. Les Massiliotes avaient appris aux Gaulois l'usage et la fabrication de la monnaie métallique.
La laine et le plomb argentifère étaient au nombre des principaux produits que les marchands étrangers liraient alors de la Gaule.
Deuxième période : la Gaule romaine. — Conquise par César et organisée dès les premiers temps de l'Empire, la Gaule chevelue s'appropria avec une merveilleuse facilité les institutions de ses vainqueurs. De toutes parts se fondèrent des municipes sur le type de ceux d'Italie ; l'usage de la langue latine se répandit. La ville de Lyon, créée sous le règne d'Auguste dans une merveilleuse situation, au confluent de la Saône et du Rhône et au débouché des cols des Alpes, devint promptement une riche cité, la métropole des Gaules. Quatre grandes voies romaines rayonnèrent de là aux quatre extrémités du pays. A ces voies, s'ajouta, avant la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, un réseau de routes savamment distribuées et solidement construites, qui couvrit le territoire, routes militaires, mais en même temps routes commerciales qui contribuèrent à l'extension du trafic.
Ces voies de terre n'amoindrissaient pas l'importance des voies d'eau. Strabon vantait la grande ligne de navigation du Rhône et de la Saône mise en communication avec celle de la Loire, de la Seine et de la Meuse. La Garonne, qui appartenait à un autre réseau, était en communication directeaveclaMéditerranéeparNarbonne.Sur ces cours d'eau des villes grandirent qui devinrent les marchés principaux du pays. La ligne Rhône-Saône était jalonnée par Marseille située en dehors des atterrissements du delta, par Arles au nord de ce delta, par Vienne, Dijon, Ghalon ; sur la Loire étaient Orléans (Genabum, plus lard Aurelianum), Nantes, Corbilon ; sur la Seine, Paris et Rouen ; sur la Moselle, Trêves; sur le Rhin, Cologne; sur l'Océan, Boulogne, en face de l'île de Bretagne ; sur la ligne du sud-ouest, Narbonne et Bordeaux avec Toulouse entre les deux. Bordeaux devint un centre important pour la navigation et pour le commerce intérieur où aboutissaient, comme à Lyon, plusieurs grandes voies ; Marseille, qui cessa d'être une république indépendante, perdit en partie la suprématie dont elle avait joui dans le commerce méditerranéen ; Narbonne devint pour elle une rivale redoutable.
Sur mer, les naviculaires furent chargés d'une indispensable fonction publique, celle de transporter à Rome l'annone, c'est-à-dire l'impôt en nature, surtout en blé, que fournissaient les provinces et qui nourrissait le peuple de la Ville éternelle. Ils avaient d'étroites obligations
et une lourde responsabilité ; ils en étaient récompensés par des honneurs.
Les nautes occupaient un ranp^ plus modeste ; c'étaient des mariniers,voituriers par terre aussi, qui faisaient le métier d'entrepreneurs de transports; ils étaient groupés en collèges, comme les artisans. Il existait des collèges de cette espèce sur un certain nombre de cours d'eau. On connaît l'autel que ceux de la Seine avaient élevé à Tibère dans l'île de la Cité.
« Par son agriculture, par la politesse de ses mœurs, par la grandeur de ses richesses, écrivait Pline, la Gaule n'est inférieure à aucune province ; en un mot, c'est une Italie plutôt qu'une province. »
Malgré le développement des cités, la vie rurale prédominait. Les riches propriétaires résidaient une grande partie de l'année dans leur villa, vivant des produits de leurs fermes et faisant fabriquer dans leurs ateliers la plupart des objets nécessaires à leur existence.
Les marchands de gros ou de détail étaient une petite minorité. Leur commerce consistait surtout dans l'exporlation des produits de l'agriculture, blé, lin et chanvre, bois de construction, chevaux, bestiaux, oies, laine, viande salée, des produits du règne minéral, or, plomb, fer, airain et surtout sel, enfin de quelques produits de l'industrie, tissus et vêtements de laine ou de lin. A l'importation, ils recevaient d'Italie des marchandises très diverses et particulièrement des objets d'art ; de l'île de Bretagne ils tiraient, comme par le passé, du plomb, de l'étain et du cuivre. Sur les bords du Rhin se tenaient quelques foires que fréquentaient les Germains.
Il existait sous le nom de portorium des douanes provinciales et, dans certaines villes, des droits d'octroi.
Les monnaies gauloises furent remplacées par la monnaie romaine : l'aureus d'abord, qui finit, comme toutes les autres pièces, par être très altéré ; puis, à partir de Constantin, le solidus (sou d'or, pesant à peu près autant que 15 fr. 48) ; cette dernière monnaie resta l'unité du compte jusqu'à la fin de l'Empire et par delà. Dans la seconde moitié du IV* siècle, la crainte des invasions fit cacher les métaux précieux ; la monnaie se raréfia et l'intérêt de l'argent augmenta.
C'est que l'empire tout entier se disloquait. Au progrès économique qui, grâce à la « Pax romana », avait continué presque sans interruption depuis le temps de César jusqu'à celui des Trente tyrans, succédèrent les factions intestines et les invasions des Germains. Le soulèvement des Bagaudes est un des tristes épisodes de celte période.
Les barbares pénétraient alors dans la Gaule, tantôt comme colons, tantôt comme pillards ; les impôts augmentaient; les artisans désertaient les villes ; les cultivateurs abandonnaient leurs champs. Le commerce ne saurait prospérer dans de pareilles conditions.
La Gaule était à la veille de se séparer définitivement de l'empire
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d'Occident démembré. Elle avait été pendant quatre siècles et demi unie à cet empire sous le gouvernement de Rome qui avait transformé sa langue, ses mœurs, sa culture, son industrie, étendu son commerce. Si le dernier siècle fut une période de décadence, il ne faut pas oublier que la Gaule avait joui durant trois autres siècles du bénéfice de la paix et delà civilisation romaine dont elle s'était toute pénétrée.
Troisième période : la Période franque. — Durant la période romaine, la Gaule, des Pyrénées au Rhin et de l'Océan aux Alpes, formait une unité territoriale régie par les mêmes lois sous une administration uniforme.
L'unité cessa avec les invasions des Germains et ne fut reconstituée que momentanément par des conquérants tels que Glovis, Dagobert et les premiers Garlovingiens. Tous les rouages du mécanisme administratif de l'Empire se brisèrent ou se dénaturèrent et le territoire s'émietta conformément aux régions naturelles qui le composaient ou suivant les races indigènes et les peuplades conquérantes qui l'occupaient.
La grande invasion de 406 inonda la région septentrionale, saccageant villes et campagnes ; une partie du torrent s'écoula sur l'Aquitaine et en Espagne. Peu après arriva dans le Sud de la Gaule l'invasion plus disciplinée des Visigoths auxquels l'empereur d'Occident venait de donner la préfecture de la Narbonnaise afin de débarrasser l'Italie de leur présence. Les barrières étaient rompues et les légions n'existaient plus. D'autres flots d'envahisseurs suivirent les premiers et les barbares s'établirent en maîtres sur le pays resté sans défense, s'appropriant une partie des terres et désolant fréquemment le pays par leurs incursions ou par leurs dissensions intestines.
Les rois Mérovingiens cherchèrent à maintenir les cadres de l'administration pour gouverner leurs sujets et surtout pour percevoir les impôts. Mais cette administration était trop savante et trop compliquée pour des barbares. Les ducs et les comtes qu'ils instituèrent dans les provinces et dans les villes furent surtout des chefs militaires. Le statut personnel remplaça le statut territorial, c'est-à-dire qu'il y eut autant de lois que de races d'hommes et de peuplades.
Ces distinctions finirent cependant par s'efîacer avec les siècles et les coutumes locales, complétées par les ordonnances générales des rois, remplacèrent les lois romaines et les lois barbares. Ce fut une autre forme de morcellement ; elle devint la forme générale au ix^ siècle. Ce qu'on distingua alors dans chaque coutume, ce fut la qualité des personnes, fonctionnaire, leude, propriétaire, homme libre, colon, serf, esclave.
Beaucoup plus encore que durant la période romaine, la vie durant la période franque fut rurale. Le grand propriétaire, germain d'origine
OU môme romain, dédaigna le séjour des cités ; il résida dans ses villas où il se sentait à Taise, vivant des produits de sa terre et du travail de ses hommes et se livrant au plaisir de la chasse et aux exercices militaires.
Les villes furent non seulement amoindries sous le rapport de l'influence politique, mais elles le furent aussi considérablement en population, en industrie, en richesse. Elles se resserrèrent, comme elles l'avaient déjà fait vers la tin de l'Empire, dans des enceintes fortifiées pour se garantir du danger presque toujours imminent du pillage.
Après les premières inondations de Germains dans le cours du cinquième siècle, la lutte de l'Auslrasie contre la Neustrie fut une nouvelle sorte d'invasion ou du moins d'incursion dévastatrice.
Sous les Carlovingiens, la Gaule n'eut plus à redouter d'invasion d'outre-Rhin. Elle réagit au contraire. Gharlemagne fit entrer dans la famille chrétienne par la conquête toute la contrée située entre ce fleuve et l'Elbe. Mais les guerres de Pépin et de Gharlemagne, tout en mettant pour un temps l'Empire reconstitué et agrandi à l'abri des invasions, eurent le fâcheux effet d'épuiser la race des hommes libres.
Après Gharlemagne la Gaule fut de nouveau assaillie de plusieurs côtés par des invasions : les Normands qui, pendant plus d'un demisiècle, furent l'effroi des populations de l'Ouest jusqu'au jour où le traité de Saint-Glair-sur-Eple (911) les fixa en Neustrie ; les Hongrois qui, pendant un demi-siècle aussi (910-955), furent la terreur des provinces orientales ; les Sarrasins, dont les fréquentes descentes sur la côte méditerranéenne ne furent pas moins dévastatrices que celles des pirates Scandinaves.
Quelque misérable que soit l'état d'un pays, les relations d'échanges ne sauraient entièrement cesser entre ses habitants.
Les grands propriétaires vivaient, venons-nous de dire, de leurs propres fonds : dans leurs domaines tels que les villas de Gharlemagne, il y avait, outre les personnes employées à la culture, une industrie familiale. Dans les villes il y avait des artisans et des marchands, des boutiques et des marchés.
11 y avait, comme de tout temps, des prêteurs d'argent ; c'étaient surtout des Juifs. Sur les marchés et dans les foires, datant de l'époque romaine ou instituées pendant la période franque, on débitait, outre les denrées alimentaires, des tissus et des marchandises diverses. La foire de Saint-Denis, instituée par Dagobert, était un ren-, dez-vous de marchands venus de pays lointains, Normandie, Frise, Saxe, Lombardie, Espagne, qui fai^^aient principalement le commerce de produits agricoles. Des rois Mérovingiens et Carlovingiens protégèrent les foires et les réglementèrent ; ils y exerçaient la justice ; ils en percevaient les revenus ou ils les concédaient à leurs officiers et à des abbayes.
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Les voies romaines continuaient à servir aux transports. Les péages qu'on y avait perçus au temps de l'Empire continuaient à être perçus et beaucoup d'autres avaient été ajoutés par les rois ou par les comtes et autres grands propriétaires. Mais, malgré les ordres réitérés de plusieurs souverains, principalement de Charlemagne, l'entretien de ces voies fut de plus en plus négligé et la viabilité devint très défectueuse.
Le pays commençait vers la fin de cette période à se hérisser de châteaux-forts dont trop souvent les maîtres rançonnaient les voyageurs. Les cours d'eau restaient, comme dans le passé, de très utiles moyens de transport ; mais là aussi l'entretien faisait défaut, tandis que les péages se multipliaient.
Peu de souverains de cette période ont eu pour le grand commerce autant de sollicitade que Charlemagne. Il envoya une ambassade au sultan Haroun-al-Raschid.Il assura de sa protection les marchands du royaume de Mercie et ceux de l'Italie ; il réglementa le trafic des marchands francs qui se rendaient dans les pays slaves. Narbonne, Arles, Marseille, sur la Méditerranée, Bordeaux sur la Garonne, Nantes sur la Loire, Rouen, Quintovich, Boulogne, Bruges sur la Manche et la mer du Nord étaient alors les principaux ports comme ils l'avaient été pour la plupart dans l'antiquité. Mayence devint avec la Saxe, l'entrepôt d'un commerce qui prit du développement, à la suite des conquêtes de Charlemagne.
L'anarchie administrative des Mérovingiens avait eu pour résultat d'altérer le système des monnaies et des mesures. Les ateliers monétaires de l'Empire n'existaient plus. A côté des pièces fabriquées par ordre des rois Mérovingiens à leur effigie, circulèrent des pièces de toute fabrication et souvent de très mauvaise fabrication ; la frappe devint une sorte d'industrie privée.
Les premiers Carlovingiens, Pépin le Bref, et, après lui, Charlemagne réagirent en cette matière comme en mainte autre. Charlemagne opéra une grande réforme ; il décida que le sou d'or de l'Empire romain serait remplacé par un sou d'argent valant 12 deniers et qu'on taillerait 20 sous dans la livre d'argent. Il modifia en même temps le poids de la livre et interdit toute frappe de monnaie hors des fabriques impériales. L'ordre fut mal exécuté sous ses successeurs ; car on a trouvé des monnaies frappées en plus de cent endroits pendant le règne de Charles le Chauve.
C'est que tous les liens qu'avaient renoués les premiers Carlovingiens par la puissance de leurs armes se relâchèrent de nouveau. Un plus complet morcellement politique du territoire se produisit à partir du jour oi^i la Gaule occidentale, séparée définitivement par le traité de Verdun (841) des autres parties de l'Empire carlovingien, fut devenue le royaume de France. C'est le temps des dévastations normandes,
hongroises, sarrasines. Le commerce fut encore une fois presque anéanti.
Quatrième période : la Féodalité souveraine. — Quand le régime féodal a-t-il été formé ? Il n'a pas de date de naissance ; cependant la date du traité de Verdun (843) marque au moins le démembrement de l'empire carlovingien et le commencement de la France féodale. Quant au régime, il a été le résultat d'une transformation lente qui s'est produite pour ainsi dire fatalement comme conséquence de l'état général de la société, mais qui a été si radicale relativement à la condition des personnes, non nobles aussi bien que nobles, qu'un moine du xii" siècle, compulsant les anciens registres de son monastère, déclarait être incapable de reconnaître la nature et les noms des redevances qu'avaient payées les hommes de son monastère deux cents et même cent ans auparavant.
Vers la fin du x* siècle, la transformation était à peu près accomplie. La royauté, représentant de l'unité administrative, était annulée. Le territoire était divisé en souverainetés, duchés ou comtés, qui relevaient direclement, mais par une vassalité plus nominale que réelle, de la couronne : c'étaient les grands fiefs, Flandre, Vermandois, Champagne, duché de France, Normandie au nord de la Loire, Bourgogne à l'est, Guyenne, comté de Toulouse, Gascogne au sud, etc. Chacun de ces grands fiefs était divisé en fiefs de moindre importance dont chaque titulaire se considérait comme maître dans sa seigneurie; au-dessous d'eux chaque châtelain possédait ou s'arrogeait les mêmes droits sur ses « hommes ». C'était le morcellement porté à l'extrême.
Le nombre des hommes libres, propriétaires de leur champ, s'était de plus en plus réduit. L'esclavage, tel qu'il existait dans l'antiquité, avait à peu près disparu ; mais presque tous les paysans étaient dans l'état de servage, attachés à la glèbe, laillables à merci et dépendant corps et biens de leur seigneur. Il y avait sans doute des degrés dans l'asservissement , et on ne pouvait pas dire précisément de tous, comme le fait observer Philippe de Beaumanoir, qu'ils sont «si sujets à leur seigneur que leurs sires peuvent prendre tant qu'ils ont à mort et à vie et les corps tenir en prison toutes les fois qu'il leur plaît, soit k tort, soit à droit, qu'il n'en est tenu à répondre fors à Dieu ». Le traitement des serfs était en général moins dur sur les terres ecclésiastiques et dans le domaine royal. Les vilains, qui tenaient leur terre en roture sans être dans les liens du servage, étaient dans une condition un peu meilleure ; toutefois ils étaient sans défense contre les exactions de leur seigneur. « Entre toi et ton vilain, disait un écrivain du temps, il n'y a d'autre juge fors Dieu. »
On peut donc dire que la population rurale vivait en quelque sorle à l'état de chrysalide dans l'immobilité et dans l'isolement sur chaque seigneurie.
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Entre ces seigneuries la discorde était fréquente et le paysan se trouvait exposé sans cesse ai voir sa maison brûlée, son champ saccagé. Des soulèvements populaires se produisirent qui furent cruellement réprimés. L'Eglise s'efforça dès le commencement du xi^ siècle, sinon d'empêcher les guerres privées, au moins d'en limiter la durée en prêchant la a Trêve de Dieu », c'est-à-dire la suspension des hostilités à certaines époques. Les termes de l'engagement que prenaient les adhérents donnent une idée de la gravité du mal. « Je n'enlèverai ni bœuf, ni vache, ni autre bête de somme ; je ne saisirai ni le paysan ni la paysanne ; je ne démolirai ni incendierai les maisons... »
Il ne faut pourtant pas colorer de teintes uniformément sombres le tableau des campagnes à l'époque de la féodalité souveraine. Si leurs habitants furent immobilisés, du moins, dans un grand nombre de régions, ils multiplièrent sur place ; des forêts et des terres vagues furent défrichées ; de nouveaux groupes de population se formèrent. Des seigneurs favorisèrent l'extension de la culture qui ajoutait à leurs revenus. Il n'est pas téméraire d'affirmer que la population de la France, qui avait été si longtemps décimée par les invasions et les grandes guerres, augmenta durant la période féodale.
11 se produisit même à partir de la seconde moitié du xi* siècle un mouvement et un changement d'état dans le sein de cette population qui ne se comprendrait pas si l'on n'admettait pas qu'elle avait en effet augmenté en nombre et que sa situation s'était améliorée. Cette fin de période doit même être considérée comme une sous-période très différente à certains égards de la précédente. La première sous-période a eu pour caractéristique l'immobilité et pour ainsi dire l'impersonnalité de la masse des travailleurs ; la seconde a été un réveil de la personnalité humaine qui s'est manifestée par l'affranchissement des serfs dans les domaines ruraux et par la création des communes dans les agglomérations urbaines, par de grands déplacements d'hommes, par la construction d'églises.
L'affranchissement faisait du serf un homme qui n'était plus taillable à merci tout en restant lié à son maître par les redevances stipulées au contrat. Les deux parties trouvaient avantage à ce contrat, mais il fallait que les serfs eussent quelque avoir pour acheter, soit individuellement^soit collectivement.leur liberté. Les chartes d'affranchissement, délivrées par des monastères, par des seigneurs, par les rois sont très fréquentes au xu^ siècle et deviennent beaucoup plus nombreuses encore au xiii"^ ; c'est une ère nouvelle pour la population agricole.
La création des communes, qui a commencé dans la même souspériode, est aussi une ère nouvelle pour la population urbaine. « Gommune,disait avec amertume un moine du commencement du xii^ siècle, nom nouveau, nom détestable. Par elle les censitaires sont affranchis
560 LIVRE Vir. — CHAPITRE VIII
de tout servage moyennant une redevance annuelle ; par elle ils ne sont condamnés pour infraction aux lois qu'à une amende légalement déterminée; par elle ils cessent d'être soumis aux autres charges pécuniaires dont les autres serfs sont accablés.» Ce n'était pas en effet seulement un affranchissement collectif, c'était, de plus, la constitution des citoyens d'une ville en communauté s'administrant elle-même. Pour acquérir à prix d'argent ou pour conquérir par la force cette liberté municipale, il fallait que les cités, si déprimées pendant et après les invasions, se fussent déjà relevées par le nombre de leurs habitants et par l'activité de leur industrie. Les premières communes apparaissent dans l'histoire dès la seconde moitié du xi" siècle : on en connaît une quarantaine qui sont écloses au xii* dans la France septentrionale. Dans la France méridionale oi!i le type communal a été un peu différent parce qu'il y subsistait quelque tradition de l'administration romaine, le mouvement principal date du xn^ siècle.
Dans cette sous-période il n'y eut pas seulement des villes qui s'érigèrent elles-mêmes en communes. Il y eut aussi des villes auxquelles des seigneurs et surtout des rois de France concédèrent des franchises, sans leur concéder l'autonomie ; il y eut des villes neuves que des seigneurs fondèrent en les faisant tout d'abord franches afin d'y attirer des habitants.
Enfin un dernier trait qui différencie cette sous-période, c'est l'élan religieux qui succéda à la terreur qu'avait inspirée l'approche de l'an 1000 et qui se manifesta par des pèlerinages prochains ou lointains jusqu'en Terre-Sainte, par la construction, en tous lieux pour ainsi dire, de grandes et belles églises, enfin par les croisades dont la première termine le xii* siècle.
Aussi est-ce pendant cette sous-période que l'histoire fournit des témoignages authentiques d'une renaissance du commerce, tandis qu'elle était restée presque muette sur ce sujet pendant la première sous-période. Les seigneurs créèrent dans leurs villes des marchés et des foires; ils s'appliquèrent à y attirer des marchands de tous pays par des exemptions de droits et par d'autres privilèges ; ces marchés et ces foires étaient pour eux d'importantes sources de revenus. La liste est longue des foires créées dans la région parisienne au cours du XII* siècle. La plus célèbre est le Lendit qui se tenait dans la plaine entre Paris et Saint-Denis ; instituée ou confirmée en 1109, cette foire attirait un concours considérable de fidèles réunis pour faire leurs dévotions et de marchands venus pour trafiquer. Vers le même temps, sous Philippe-Auguste, furent élevés les premiers bâtiments de la Halle de Paris. Dans la plupart des autres régions de la France il y eut des créations de ce genre. La foire de Beaucaire existait, moins suivie alors que celle de Nîmes. La Champagne, plaine d'un accès facile, située dans le bassin de la Seine, à proximité du bassin du Rhône-
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Saône et de celui de la Meuse, était déjà célèbre par ses foires où se rencontraient les marchands de France, de Flandre, de Bourgogne, du Midi et dont les comtes de Champagne s'appliquèrent à faciliter l'accès.
G est aussi à la fin du xi'^ et au xii" siècle que furent fondées par des chartes seigneuriales les foires de Flandre.
Dans ces diverses foires se débitaient des marchandises de toute espèce, parmi lesquelles figuraient en première ligne les produits agricoles, attestant la prédominance de la vie rurale.
Les transports se faisaient par terre et par eau. Par lerre les anciennes voies romaines s'étaient de plus en plus détériorées et le morcellement du territoire en souverainetés minuscules ne permettait pas de les tenir en bon état. Les voies d'eau étaient en général préférées. Sur plusieurs de ces voies s'organisèrent des compagnies de mariniers du genre des Nantes de l'époque romaine. Sur la Seine il y en eut deux, la Hanse parisienne et la Compagnie rouennaise. L'existence de la première est attestée pour la première fois par une charte de l'année 1121 ; dans le cours du xn^ siècle plusieurs chartes royales confirmèrent ou étendirent ses privilèges. Elle était investie du monopole des transports sur la Haute-Seine et sur plusieurs de ses affluents jusqu'en aval de Paris, au pont de Mantes*. La Compagnie rouennaise reçut des ducs de Normandie des privilèges analogues sur la Basse -Seine, du pont de Mantes jusqu'à la mer. Entre les deux monopoles les démêlés furent fréquents.
La navigation maritime reprit de l'activité au xi^ siècle, particulièrement en Normandie après que la conquête de l'Angleterre eut mis le royaume sous la même autorité que le duché (1066). La conquête de l'Italie méridionale et de la Sicile (1028-1065), la fréquence des pèlerinages en Terre Sainte créèrent d'un autre côté des relations d'outre-mer. Rouen, doté d'une charte communale par Henri II en 1150, eut un port spécial à Londres; sescoutumes maritimes firentloi sur l'Océan. Dieppe, Nantes, La Rochelle, ville nouvelle, prirent aussi leur part dans le commerce maritime.
Bordeaux bénéficia, comme Rouen, de la réunion de la Guyenne à la couronne d'Angleterre après le mariage d'Eléonore de Guyenne avec Henri de Plantagenet (1152). Rayonne comptait parmi les ports fréquentés.
Sur la Méditerranée, Narbonne continuait à être prospère, quoique son port s'ensablât. Montpellier était devenu un centre très important de commerce et de banque où affluaient, ainsi que le rapporte un juin contemporain, des marchands de tous les pays méditerranéens « qui y parlent toutes les langues ». Arles le disputait à Marseille qui n'avait
1. Celait à peu près l'extrémilé oecUienlale du domaiae royal sous Louis VU.
jamais cessé d'entretenir des relations avec les grands ports de la Méditerranée.
Sur rOcéan, le vin, le sel, le pastel, les fruits étaient les principaux articles de l'exportation dont les retours se faisaient en laine, en métaux, en viande, en poissons secs. Sur la Méditerranée, l'exportation consistait surtout en laine, en pastel, en safran, en toiles et draps, en^ savon, et l'importation en soie et soieries, en épices et autres produitsj rares de l'Orient.
Le commerce est un des modes de l'activité économique d'une société que nous avons dit être étroitement lié aux autres modes, comme l'activité économique elle-même est liée à l'ensemble de l'état social. La stagnation et l'isolement caractérisaient les premiers siècles de la période féodale ; aussi le commerce avait-il été alors nul ou très languissant. Dans la seconde sous-période, nombre de paysans s'étaient rachetés du servage ; l'industrie s'était ranimée dans les grandes villes et la population commençait à se déplacer davantage. Le commerce ^| redevint plus actif parce qu'il y avait en France un peu plus de liberté, plus de richesse et partant plus de besoins.
Cinquième période : La royauté féodale. — Cette période est de moindre durée que les précédentes, puisque, d'après notre division, elle ne comprend que trois siècles, de l'avènement de Philippe-Auguste (1180)* à la mort de Charles VIII (1498). Mais elle est plus remplie de faits intéressant le commerce parce que la société, sans cesser entièrement d'être enveloppée dans les liens de la hiérarchie féodale, a été dès lors plus libre, plus mobile, plus industrielle et parce que la royauté a étendu de plus en plus sur le royaume son autorité et Sja tutelle.
Nous l'avons divisée en trois sous-périodes : les Capétiens directs, de 1180 à 1328; la guerre de Cent Ans, pendant laquelle le règne de Charles V fut une trêve réparatrice ; le relèvement de la France après l'expulsion des Anglais (1453-1498).
Trois rois donnent à la première .sous-période son caractère essentiel. Philippe-Auguste étendit considérablement le domaine royal par ses conquêtes sur le roi d'Angleterre et créa une première administration générale du royaume. Saint-Louis accrut beaucoup l'autorité de la couronne non seulement par de grandes acquisitions territoriales, mais par ses qualités personnelles et par le respect qu'il inspira ; il rendit bonne justice et sût faire respecter ses arrêts par les seigneurs; il protégea les faibles, il restaura la monnaie royale qui peu à peu évinça les monnaies seigneuriales. Philippe le Bel fut un roi administrateur qui agrandit à son tour le domaine, étendit et fortifia
1. Les dix premiers Capétiens appartiennent, d'après notre division, à la période régime féodal souverain. Ils ont régné 193 ans (087-1180).
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l'autorité royale, qui eut une.politique extérieure et belliqueuse et qui, pour soutenir ce rôle, dut augmenter les impôts et commet la grande faute d'altérer les monnaies en vue d'en tirer des revenus. Entre la puissance royale circonscrite au domaine de l'Ile de France sous Louis le Gros et la puissance royale s'étendant sur presque tout le royaume sous le dernier des Capétiens directs, il y a pour ainsi dire un abîme.
Le mouvement de libération qui avait commencé dans la période précédente continua et se développa. Le xiii^ siècle est celui pendant lequel les affranchissements furent le plus nombreux, si bien que Louis le Hutin put dire dans l'ordonnance célèbre de 1315 : « Comme selon le droit de nature chacun doit naître franc, et considérant que notre royaume est dit le royaume des Francs, nous avons ordonné que par tout notre royaume telles servitudes soient ramenées à franchise. »
Le xin^ siècle est aussi l'époque la plus brillante au moyen âge de l'histoire des communes. Les rois réglementèrent et surveillèrent leur administration. Mais les communes étaient une institution particulariste qui ne donnait protection à ses citoyens que dans les limites de son territoire el dont la gestion financière laissait beaucoup à désirer. Aussi cette institution déclina-t-elle au xiv* siècle ; beaucoup de communes furent supprimées, tandis qu'augmentaient en nombre et en population les villes royales de bourgeoisie auxquelles la royauté assurait une protection plus efficace et plus étendue. C'est pourquoi beaucoup de particuliers recherchèrent alors le titre de bourgeois du roi.
La seconde sous-période est une des plus douloureuses époques de l'histoire de France.
Pendant la guerre de Cent Ans, c'est la France qui fut le théâtre des hostilités et du brigandage des gens d'armes, ravagée quand ils étaient à la solde des belligérants, ravagée quand, se trouvant sans solde, ils vivaient de rapines. La désolation des campagnes fut extrême; la culture fut abandonnée en mainte région ; la population subit une diminution considérable. Les dépenses de guerre, aggravées par des prodigalités, nécessitèrent la levée d'impôts écrasants. La bourgeoisie tenta, avec Etienne Marcel, de prendre en main l'administration afin de réformer les abus ; elle échoua. Mais la misère et le mécontentement se traduisirent par des soulèvements populaires auxquels s'ajoutèrent la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons et Tintronisation d'un roi d'Angleterre sur le trône de France. Un tel état de choses causa pour ainsi dire l'anéantissement du commerce. 11 y eut pourtant alors des provinces indemnes, comme la Bourgogne et la Flandre.
La troisième sous-période, qui commence avec Jeanne d'Arc et l'éveil du sentiment national, surtout après la reprise de Bordeaux et
564 LivuE VII. — ghaimtkr: viit
l'expulsion complète (à l'exception de Calais) des Anglais, fut largement réparatrice. La création d'une armée permanente afl'ranchil le territoire des outrages de la soldatesque ; les corps de métier se reconstituèrent sous la tutelle des rois qui reprirent la politique de protection de la bourgeoisie, inaugurée par les Capétiens directs.
Sous Louis XI, la Bourgogne et la Provence furent réunies au domaine royal et sous Charles VIII le dernier grand fief indépendant, la Bretagne, se trouva annexé par le mariage du jeune roi avec la duchesse Anne. C'est la fin du rôle politique de la grande féodalité.
Voilà quel a été l'état général des trois sous-périodes, Il a eu son reflet dans la situation commerciale.
A aucune époque le commerce des foires ne paraît avoir été aussi florissant que pendant la première sous-période. Les rois et les seigneurs créèrent alors à l'envi des marchés et des foires, comme ils l'avaient déjà fait au siècle précédent. La Halle de Paris, par exemple, s'agrandit et la vente y fut réglementée. La foire du Lendit devint une grande et brillante solennité. Les foires de Champagne et de Brie, qui d'une ville à l'autre se continuaient presque toute l'année, attirèrent, plus encore que par le passé, une foule de marchands des provinces de France et des pays étrangers. Les comtes de Champagne en assu- ■I raient la police et garantissaient «la paix de la foire» ; ils s'entendaient même avec les seigneurs voisins pour délivrer des sauf-conduits aux personnes qui s'y rendaient. Des sauf-conduits de ce genre étaient délivrés moyennant finance par la plupart des seigneurs et par le roi ; les marchands cherchaient, en outre, à se protéger eux-mêmes en voyageant en troupe sous la conduite d'un capitaine. Des ordonnances royales ou seigneuriales réglèrent l'administration des foires et la manièred'y rendre la justice entre marchands. Dans les foires de Champagne, les plus importantes de France, figuraient à côté des produits agricoles, des produits de l'industrie devenue plus variée et plus active, surtout les draps et les cuirs. Malheureusement ces foires déclinèrent à partir du jour où Philippe le Bel en interdit l'accès aux Flamands avec lesquels il était en guerre ; les trafiquants italiens et allemands prirent alors l'habitude de se rendre directement aux foires de Flandre dont l'importance augmenta beaucoup au xiv^ siècle. Dans le Midi, la foire de Beaucaire commença à attirer les commerçants du bassin méditerranéen.
Les foires cessèrent d'être fréquentées, beaucoup môme cessèrent d'être tenues pendant la guerre de Cent Ans. :
Charles VII et Louis XI rendirent force ordonnances pour les rétablir. Elles se rétablirent en elTet. Elles ne paraissent pourtant pas être remontées au degré de prospérité qu'elles avaient atteint au commencement du xiv^ siècle. Les grands courants commerciaux commençaient à se déplacer. Ce sont les foires de Lyon, créées par Charles Vil
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et par Louis XI, qui allaient devenir au xvi« siècle les plus importantes de France.
Les voies de communication ne s'améliorèrent pas pendant cette période, malgré les associations qui, comme celle des Frères pontifes, restaurèrent des ponts, malgré l'obligation où étaient les seigneurs d entretenir les routes et malgré les ordonnances des rois. L'élat empira même beaucoup, comme toutes les autres parties de l'administration sociale, pendant la guerre de Cent Ans. Les obstacles à la circulation, péages sur les roules, sur les ponts, sur les cours d'eau se multipliaient. Les Capétiens directs s'efforcèrent de réduire le nombre des péages illicites ; mais le nombre s'étant accru considérablement durant l'anarchie de la guerre de Cent Ans, il fallut de nouveaux et continuels efforts des derniers Valois pour déblayer un peu la circulation : ce à quoi ils ne réussirent que très incomplètement.
D'autres impôts que les péages proprement dits grevaient le transport des marchandises ; par exemple, le travers perçu à la traversée de certains territoires, le droit de chaussée, le rouage, etc., dans les grandes villes et notamment à Paris et dans sa banlieue les tonlieux sur la plupart des marchandises vendues dans les foires ou dans les boutiques.
Au xiv*" siècle les taxes de ce genre prirent un caractère plus général, comme la plupart des institutions administratives et fiscales. Philippe le Bel créa la traite foraine, droit qui atteignait surtout les marchandises à l'exportation. Il prohiba à plusieurs reprises certaines exportations, soil pour nuire aux pays avec lesquels il était en guerre, soit pour conserver à la P'rance les matières premières de son industrie et les métaux précieux : c'est un commencement de politique douanière protectionniste, laquelle d'ailleurs n'était pas encore un système et à laquelle les rois dérogeaient en vendant, sous le nom de « haut passage », des licences d'exportation. Le « rêve » fut aussi un droit à l'exportation. Ces trois impôts sur le commerce extérieur et un quatrième, l'imposition foraine, établie en 1369, furent plusieurs l'ois remaniés et subsistèrent.
A noter à la fin de cette période l'institution de la poste royale par Louis XI, réservée d'abord exclusivement au service du roi.
La Hanse parisienne, déjà constituée dans la période précédente, eût pendant cette période ses années de plus grande pospérité. On ne pouvait transporter des marchandises par eau sans être membre de la Hanse ou sans s'être associé à un membre de la Hanse, sous peine de confiscation. Les rois lui conférèrent des attributions de police et de justice municipales à Paris, si bien que ses magistrats, prévôts des marchands et échevins, devinrent les magistrats de la ville. Un de ces prévôts, Etienne Marcel, fut le chef du mouvement populaire de 1355 et un moment même le maître du gouvernement.
Le monopole de la Hanse donna lieu à bien des contraventions et des procès, surtout avec la Compagnie rouennaise, qui était investie du même monopole sur la Basse-Seine. Les rois, comme nous l'avons dit, favorisaient la Hanse parisienne. La rivalité dura jusqu'au temps où, l'ordre ayant été rétabli dans le royaume, Charles VII et, après lui, Louis XI abolirent les deux privilèges. Il y eut sur d'autres fleuves des compagnies de voituriers d'eau qui jouirent aussi de privilèges durant cette période du moyen âge.
Au xi^ siècle, les villes maritimes de l'Italie avaient réagi intérieurement contre les pirateries des Sarrasins. Au xii* et au xni* siècles, les croisades donnèrent une puissante impulsion à la navigation méditerranéenne et au commerce. Narbonne, Montpellier, Marseille eurent leur part dans ce grand mouvement; ces villes obtinrent le droit d'entretenir des consuls dans le Levant. Le commerce de cette région souffrit beaucoup, d'abord de la guerre de Cent Ans,ensuite de la conquête de l'Asie mineure, puis (1453) de celle de Constanlinople par les Turcs. L'art de la navigation fit des progrès ; l'usage de la boussole se répandit.
Depuis sa réunion au domaine (1481), Marseille devint le port principal de la France sur la Méditerranée ; l'importance des autres ports amoindrit.
Des codes maritimes, comme les Rôles d'Oléron et le Consulat de mer de Marseille, furent rédigés et donnèrent des règles aux navigateurs.
Sur l'Océan, de hardis Dieppois et autres Normands fréquentèrent, avant la guerre de Cent Ans, la côte occidentale de l'Afrique ; ils fondèrent même un royaume aux îles Canaries. Les ports principaux surj cet Océan étaient à peu près les mêmes que dans les périodes précédentes ; la nature en avait marqué l'emplacement: Calais, en face de Douvres, possession et entrepôt de l'Angleterre depuis la seconde moi tié du xiv« siècle, Dieppe, dont la prospérité s'éclipsa pendant la guerre de Cent Ans, Rouen dont le commerce, très actif avec l'Angleterre, la Péninsule Ibérique, les pays du Nord, eut à .souffrir aussi de la guerre, jB! Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne. Bordeaux, durant la domination anglaise, devint le port d'exportation du Midi pour l'Angleterre et eut la bonne fortune de prospérer pendant que d'autres villes lan guissaient.
Le commerce maritime était alors exposé à bien des dangers ; le plus redoutable était la piraterie qui s'exerçait partout, sur l'Océan comme sur la Méditerannée.
Dans l'intérieur du royaume, Paris, déserté et considérablement appauvri pendant la guerre de Cent Ans, se releva de ses ruines sous Charles VII et sous Louis XI. Lyon réuni à la couronne au temps de Philippe le Bel, était, après Paris, la première ville de l'intérieur ; Di
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jon fut, sous le gouvernement de ses ducs, exempt des dévastations de la guerre ; Tours grandit dans la seconde moitié du xv^ siècle quand les rois eurent lait des bords de la Loire leur séjour préféré.
La royauté, dont la puissance alla en croissant du commencement du xin^ jusqu'au milieu du xiv® siècle, protégea les marchands sur les routes et dans les foires. Pendant la guerre de Cent Ans, quand elle fut devenue impuissante, les marchands songèrent à se protéger euxmêmes. C'est alors que se formèrent des sociétés dites de merciers, administrées chacune par un roi des merciers qui protégeait les associés contre le brigandage de la soldatesque et contre les vexations des seigneurs. Ce roi du négoce prélevait des impôts sur les membres de l'association ; il rendait même la justice : magistrature privée qui n'était pas sans occasionner des abus, mais qui ne put être supprimée par la royauté que lorsque Tordre eut été rétabli.
C'étaient en général les gros marchands qui entraient dans ces associations. Même dans les temps malheureux, il se rencontrait des marchands qui possédaient d'amples richesses et qui faisaient un grand commerce ; le plus célèbre dans l'histoire est Jacques Cœur.
l^e commerce de change et de banque prit durant cette période un très notable développement. La lettre de change, quoique l'endossement ne fut pas encore en usage, devint d'un emploi ordinaire. Comme le prêt à intérêt était condamné par l'Eglise, ce prêt était surtout pratiqué par des Juifs et par des étrangers, principalement par des Lombards. A maintes reprises les rois, pour se procurer de l'argent, rançonnèrent les uns et les autres, les expulsèrent, puis les rappelèrent moyennant linance ; car on ne pouvait pas se passer de prêteurs.
Un écrivain du xv® siècle, comparant la richesse de l'Angleterre et celle de la France, a vanté l'abondante production de celle-ci en blé, vin, sel, fruits, en laine, draps, toiles, produits pour lesquels le pays avait été renommé dès l'époque, romaine et auxquels s'ajoutaient alors le papier et la joaillerie. C'étaient en etîet les principaux articles que la France fournissait à l'étranger.
Un trait caractéristique de la période de la royauté féodale qu'on ne doit pas omettre est l'altération des monnaies. La période de la féodalité souveraine avait été celle de l'anarchie monétaire. Saint Louis y mit fin en créant une bonne monnaie qui s'imposa et devint peu à peu la monnaie de la France. Mais, comme les rois estimaient qu'ils avaient le droit de fixer à leur gré le cours des espèces qu'ils fabriquaient, ils en abusèrent, dans leurs besoins d'argent pressants, soit en diminuant la quantité de métal fin contenue dans les pièces, soit en assignant aux pièces une valeur nominale supérieure à celle qu'elles avaient auparavant.Cette fausse théorie de la monnaie rencontra, il est vrai, des contradicteurs, tels que Nicole Oresme, et des rois qui la répudièrent.comme
Sf)8 LIVRE VII. — CHAPITRE VIII
Charles V. Mais Philippe le Bel mérita le surnom de faux-monnayeur en décrétant une succession de hausses et de baisses de la valeur intrinsèque de la livre tournois. Jean le Bon abusa plus encore du moyen; en dix ans (1350-1360), on a enregistré soixante-dix fixations (qui ne sont pas toutes, il est vrai, des altérations) qui firent varier le poids d'argent fin contenu dans la livre tournois entre 8 fr. 63 et 1 fr. 73.
En définitive, la livre tournois de Saint Louis, monnaie de compte, qui équivalait au poids d'environ 18 francs actuels, se trouva être, à la mort de Louis XI, l'équivalent de 6 francs seulement. Cette perturbation du système monétaire troublait toutes les relations de la vie sociale. Le commerce en souffrit et le peuple fit entendre maintes fois des plaintes.
Sixième période : la Renaissance. — La Renaissance remplit le xvi^ siècle. C'est le commencement des temps modernes dont la date pour la France n'est ni la prise de Constantinople par les Turcs, ni la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, mais la première expédition des Français en Italie. La noblesse accompagna alors son roi avec empressement, attestant ainsi que l'ère du morcellement féodal était terminée,et elle revint enthousiasmée de l'art nouveau. Dès lors la royauté, comme on le disait un peu plus lard à propos de François P"", fut mise hors de page.
L'histoire du commerce de France dans les temps modernes prend un caractère très différend de celui qu'elle avait eu dans les siècles antérieurs. Nous la divisons en quatre périodes beaucoup plus courtes en durée que celles des Ages précédents, mais plus riches en faits d'intérêt commercial. La société se meut plus librement et les relations se développent, malgré les limitations et les entraves des compartiments corporatifs.
L'administration royale s'étend et se fortifie ; elle embrasse maintenant le royaume entier. Les généralités sont créées ; de grandes ordonnances commencent à uniformiser le droit. La poste, que Louis XI avait créée pour son usage personnel, s'organise peu 5 peu pour l'usage du public, en concurrence avec les messagers de l'université de Paris. Les foires continuent à être l'objet de la sollicitude du gouvernement. Celles de Lyon deviennent très flori.ssantes; elles attirent beaucoup d'étrangers, Italiens, Allemands, Suisses et elles sont, jusqu'au temps des guerres de religion, le foyer le plus actif des affaires de change et de banque ; elles fonctionnent comme une chambre de compensation internationale. Il y a d'ailleurs des banquiers dans les grandes villes; ce sont surtout des Italiens. Il y en a à Paris. Cette ville, qui se peuple et s'agrandit, est alors une sorte de foire permanente par le nombre et l'achalandage de ses boutiques ; sa foire de Saint-Germain, très fréquentée, éclipse celle du Lendit. Un tribunal
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commercial de change, institution qui a pris naissance dans les foires, est établi par la royauté dans une dizaine de villes sous François I*^*" et sous Henri II. Charles IX institue, à Paris d'abord (1563),des jugesconsuls chargés de juger les différends commerciaux des marchands par une procédure rapide et plus compétente que celle des tribunaux ordinaires.
Comme l'industrie et le commerce prenaient un développement rapide, le commerce commença à devenir l'objet dune politique douanière plus suivie en vue de l'intérêt des producteurs : interdiction de l'importation de la sayelterie flamande (1537) en vue de réserver le marché à la sayetterie picarde ; interdiction de l'importation des draps de la Catalogne (1538) ; restrictions à l'importation des draps d'or et de soie (1540), etc. Dans la seconde moitié du siècle, l'intention protectionniste s'accuse à la fois par des défenses d'exportation, afin de conserver à la manufacture française les matières premières du sol national, et par des obstacles à l'importation des produits de fabrication étrangère. « Les laines, chanvres et lins qui sont en ce royaume sont très nécessaires pour la manufacture et usage de nos sujets, dit une ordonnance ; nous ne voulons ni n'entendons qu'il en sorte aucuns. » Cependant les ordonnances déclarent que si la France n'a besoin de « requérir de l'étranger bien peu de choses », elle a profit à « secourir le même étranger de plusieurs sortes de vivres et marchandises qui croissent et abondent dans le dit royaume ». Ne pas importer et exporter, voilà en germe le système mercantile. Bodin dans ce temps avait sur cette matière des idées plus larges.
D'autre part, les impôts qui pesaient sur la circulation et sur l'exportation, imposition foraine, rêve, haut passage, sont l'objet d'ordonnances qui régularisent la perception, fixent les tarifs, sans que l'administration obtienne cependant, comme elle l'aurait voulu, de reporter partout les bureaux aux frontières. A ces impôts s'ajoutaient, comme par le passé, d'innombrables péages que la royauté continuait à s'efTorcer de réduire sans obtenir sur cette matière beaucoup de succès ; les abus qu'avaient combattus François P"" et Henri II s'aggravèrent au temps de la Ligue.
Aux ports qui faisaient le plus de commerce s'ajoutèrent pendant cette période le Havre, création de François I^"*, et Calais, repris aux Anglais (1558). Dieppe avait, comme au xiv^ siècle, de très hardis navigateurs ; Saint-Malo aussi : c'est la ville natale de Jacques Cartier, le découvreur du Canada. Bordeaux, depuis la trêve de Picquigny, reprit ses relations régulières avec l'Angleterre. Sur la Méditerranée, Marseille était, depuis 1481, avons-nous dit, le grand port français ; le traité de François V^ avec Soliman fut très profitable à son commerce.
Les ambassadeurs vénitiens du seizième siècle vantaient l'abondance et la variété des marchandises (|ue la France pouvait échanger avec
l'élranger : blé, vins, lin et chanvre, safran et garance, fruits, viande, laine, poissons, sel, et, parmi les produits de 1 industrie, les tissus, lainages, toiles et soieries. Le commerce entre la France et l'Angleterre avait été régulièrement rétabli parla trêve de Pecquigny ; il l'eût été plus complètement par le traité de 1515 si la politique d'Henri VUI eut été moins oscillante et si la piraterie n'eut continué à infester 10céan. Le traité avec Soliman le Magnifique (1536) fut plus retentissant et eut plus d'effet : la France devint la puissance chrétienne privilégiée dans les Etats musulmans, les autres Etals, excepté Venise et la Hongrie, ne pouvant y trafiquer qu'en se couvrant de son pavillon. Un établissement français fut fondé sur la côte de Tunisie ; un consul fut envoyé au Maroc.
Le commerce extérieur augmenta. Pas avec tous les pays peut-être; Venise, par exemple, ayant perdu une grande partie de son commerce de marchandises de l'Orient et la France fabriquant elle-même une plus grande partie de ses soieries ; mais avec l'Espagne et le Portugal, devenus les entrepôts des produits de l'Amérique et de l'Asie, avec l'Angleterre et les Pays-Bas dont la fortune s'accrut beaucoup durant le dernier quart du siècle, moins avec les Villes hanséaliques dont la fortune déclinait.
On prisait surtout l'importation des métaux précieux qui étaient considérés comme la richesse suprême. Aussi l'exportation en étaitelle interdite et le pays dont le commerce était le plus recherché étaitil l'Espagne, le grand réservoir de l'or ou de l'argent d'où, malgré les prohibitions, il s'écoulait chaque année dans les autres pays de l'Europe, en France particulièrement depuis le traité de Cateau-Cambrésis.
La découverte de l'Amérique et celle du passage aux Indes par le sud de l'Afrique avaient produit une des plus grandes révolutions qui aient changé l'état politique et commercial de l'Europe. La prépondé- WÊ rance maritime passa de la Méditerranée à l'Océan. Venise déclinant, Lisbonne, Séville et Cadix, Londres et Bristol, Amsterdam grandirent. Les produits de l'Orient affluèrent en même temps que les métaux fll précieux et les courants commerciaux de lEurope occidentale et centrale prirent une ampleur et une activité qu'ils n'avaient jamais eues jusque-là au même degré. C'est une des raisons du développement qu'eut alors le commerce de la France.
Cependant la France, qui avait eu dans les siècles précédents et qui avait encore d'intrépides navigateurs, n'eut pas tout d'abord part dans la curée du Nouveau monde, quoique riveraine de lOcéan : le voyage de Paulmier de Gonneville au Brésil '^1503) et la tentative de colonisation du baron de Léry en Acadie (1517) n'eurent pas tout d'abord de suite. Cependant François !•', qui s'appliquait à créer une marine militaire et qui encourageait la marine marchande, résolut de prendre
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part au mouvement. Il chargea l'italien Verazzano de découvrir les terres de l'Amérique du Nord (1524-1526), puis le malouin Jacques Cartier d'en prendre possession. Celui-ci en effet, dans trois voyag^es, (1534-1542) reconnut le cours du Saint-Laurent dans lequel on espéra d'abord trouver une voie navigable vers la Chine, et étabht sur la rive septentrionale quelques colons que la reprise des hostilités avec Charles-Quint obligea François P"" à rappeler.
En Guinée, en Orient, au Brésil, François I" ne soutint pas les essais de colonisation de ses sujets parce qu'il ne voulait pas mécontenter les Portugais, ennemis, comme lui, de Charles-Quint.
Au commencement de la sous-période des guerres de religion, Durand de Villegaignon, à l'instigation de l'amiral Coligny, alla fonder une colonie dans la baie de Rio-de-Janeiro (1555), qui, une dizaine d'années après, fut détruite par les Portugais, ainsi qu'un autre établissement fondée Saint-Louis de Maragnon. En Floride, le protestant Jean Ribaud et René de Laudonnière (1562-1564) établirent quelques colons sur la côte de la Floride ; les Espagnols massacrèrent les colons.
Ainsi, malgré l'esprit d'entreprise de plusieurs particuliers, la France ne fit au xvi® siècle aucune fondation durable dans le Nouveau monde. Elle éprouva à cette époque, comme d'autres fois dans les guerres postérieures, la difficulté de soutenir à la fois une guerre continentale et des entreprises coloniales. Après la lutte contre la maison d'Autriche, ce furent les guerres de religion qui la paralysèrent. Il ne resta que la possession éventuelle du Canada. « Nous embrassons tout, dit Montaigne, mais nous n'élreignons que du vent. »
Les guerres de religion causèrent au pays d'autres maux que l'abandon des tentatives coloniales.
La période de la Renaissance peut être divisée en deux sous-périodes : celle des guerres d'Italie et de la lutte contre la maison d'Autriche, pendant laquelle, malgré les sacrifices que coûtèrent ces guerres, il y eut un rapide et brillant développement de l'économie nationale, et celle des guerres de religion pendant laquelle le territoire fut saccagé, la population appauvrie et diminuée, le commerce en grande partie interrompu, u Oh ! le misérable temps ! » pouvait-on dire, comme le faisait un bourgeois de Tulle en 1585. Cependant, durant cette sous période furent renouvelées(1569) les capitulations accordées par le sultan à François P"" et fut conclu un traité de commerce avec la reine d'Angleterre Elisabeth (1572), contrat léonin, il est vrai, par lequel la France ne stipulait pour ainsi dire aucune condition à son avantage.
Pendant le xvi® siècle il s'est produit un phénomène économique qui a eu une influence considérable sur la monnaie et sur le commerce,en même temps que sur le prix des marchandises et des salaires et sur l'état des fortunes : c'est l'affluence des métaux précieux, or et
surtout argent, provenant des mines d'Amérique. Pendant tout le moyen Age l'Europe avait été approvisionnée de métaux précieux par les mines d'Europe et quelque peu par des apports d'or de l'Afrique. Quand le commerce de l'Europe se fut étendu, surlout après la guerre de Cent Ans, la rareté relative de la monnaie se fit sentir et, cette rareté augmentant la valeur d'échange des métaux monétaires, les prix avaient baissé. Ce fut le phénomène contraire qui se produisit à la suite de la conquête du Mexique par Fernand Corlez.On eslime approximativement la production moyenne annuelle de l'or et de l'argent à 30 millions en 1493-1520 et à 125 millions en 1601-1620. L'accroissement des transactions commerciales, quel qu'en fût le chiffre, n'atteignait pas une telle proportion, et la valeur des métaux précieux, relativement surabondants, baissa : le prix des marchandises haussa. Il haussa même considérablement.
Les rois rendirent des édits de maximum (1544, 1567, 1577) impuissants, en vue d'enrayer cette hausse dont soulïVaient nombre d'intérêts, particulièrement ceux des salariés, des rentiers et de certains propriétaires fonciers.
Ils auraient dû augmenter le poids du métal fin contenu dans l'unité monétaire afin de maintenir au même niveau la valeur de la livre tournois. Ils firent le contraire ; sous prétexte d'équilibrer le change de la monnaie d'or et de la monnaie d'argent, ils diminuèrent à de fréquentes reprises le poids de métal fin contenu dans les monnaies, si bien que la livre tournois, qui au commencement du xvi' siècle avait un poids égal à celui de 5 fr. 47, n'avait plus au commencement du xvii^ que le poids de 2 fr. 92. La grande augmentation du prix nominal de toutes choses eut ainsi une double cause : quatre fois plus de métaux précieux versés chaque année sur le marché, et près de deux fois moins de métal dans l'unité monétaire.
La plupart des contemporains ne se rendaient pas compte des causes de cette révolution monétaire. Bodin fut perspicace quand il signala l'abondance de la production américaine. Il y eut, d'autre part, des monétaires assez avisés pour indiquer le remède, non pas à la baisse générale de valeur d'échange des métaux précieux, mais aux variations de l'étalon monétaire. La royauté employa le remède par l'ordonnance de septembre 1577 qui substitua le monométallisme or au bimétallisme argent et or en faisant de l'écu d'or, fixé à 60 sous, l'étalon unique et invariable. Mais la réforme fut incomplète parce qu'elle ne fixa pas de limite au pouvoir libératoire de la monnaie d'argent, les variations du change continuèrent à se produire et Henri IV, en 1602, renonça à ce système en élevant, conformément au cours d'échange, la valeur nominale de l'écu d'or à 65 sous.
La révolution monétaire du xvi* siècle a eu de grandes et lointaines conséquences, entre autres celle de faciliter le mouvement des échanges
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et celle de stimuler le commerce par l'appât d'une élévation continue des prix. La situation des ouvriers, dont les salaires n'augmentaient qu'à la remorque de la hausse des prix, paraît avoir été souvent pénible. Les rentiers dont le revenu était fixé en livres tournois et les propriétaires fonciers dont les cens étaient stipulés en espèces firent des perles irréparables ; mais, d'autre part, les charges des cultivateurs censitaires se trouvèrent allégées.
Cette révolution monétaire doit être comptée, avec l'ouverture de l'Océan à la grande navigation, l'exploitation de l'Amérique, le mouvement artistique de la Renaissance et le développement des affaires de banque, au nombre des grands faits qui font du xvi^ siècle une des époques les plus intéressantes de l'histoire du commerce.
Septième période : Henri IV et Richelieu. — Uenvi TV racheta pour ainsi dire province par province son royaume ; mais il en fut ensuite le maître incontesté. Le brigandage fut réprimé ; l'agriculture et la manufacture furent encouragées ; l'ordre fut, grâce à Sully, établi dans les finances ; l'édit de Nantes (1598) calma les passions religieuses. Sous Louis XIII, après une dizaine d'années de mollesse gouvernementale, Richelieu constitua définitivement l'absolutisme monarchique et poursuivit avec succès son triple dessein de réduire la noblesse à l'obéissance, d'abattre le parti protestant et de combattre la maison d'Autriche qui enserrait la France dans le cercle de ses domaines.
L'unité politique et administrative, en se fortifiant, semblait invitera la formation de la doctrine mercantile, laquelle se proposait pour but de défendre les producteurs nationaux, surtout ceux de l'industrie, contre la concurrence de l'étranger, en édictant des prohibitions à la sortie afin de leur conserver l'emploi des matières premières du pays et en assurant à leurs produits le marché intérieur par des prohibitions à l'entrée. Cette doctrine se formula alors en termes précis et devint une sorte de dogme. Barthélémy de Laffemas et Montchrétien en ont été les premiers théoriciens, l'un sous le règne d'Henri IV, l'autre au commencement du règne de Louis XIII. Tous deux déploraient que pour faire les achats de marchandises étrangères dans les foires et les magasins, il y eut « plus de trésors employés ordinairement que, le roi d'Espagne à payer ses armées en guerre ; abus pernicieux qui achèvera de perdre et ruiner ce royaume ». L'exportation, suivant eux, devait se borner « aux choses non ouvrées parce que le royaume qui peut soi-même fournira ses propres nécessités est toujours plus riche... » « Que Vos Majestés ne permettent point que l'on apporte les ouvrages de mains qui procèdent de l'art des hommes ni que l'on emporte les matières premières et denrées crues de ce royaume... » Il était dans la logique des événements que de telles idées, inspirées par un sentiment
de solidarité nationale se formulassent en corps de doctrine au temps où se concentrait dans une unité plus étroite la vie et le gouvernement delà nation.
Le gouvernement acceptait volontiers ces idées ; il les appliquait, sans toutefois rien pousser à l'extrême, retenu qu'il était par un certain sentiment de la liberté du travail. Tantôt il permit et tantôt il interdit l'exportation du blé. Richelieu avait à cœur l'extension du grand commerce et surtout du commerce maritime. Il citait avec envie la Hollande et l'Angleterre et il regrettait que la France, « pour être trop abondante en elle-même » et « assez industrieuse pour se passer des manufactures de ses voisins » ne les égalât pas par son trafic extérieur.
Surintendant de la navigation et du commerce, Richelieu refit à la France une marine militaire. Il conféra la noblesse aux armateurs qui entretiendraient des bâtiments marchands de fort tonnage ; il défendit même aux Français d'employer des bâtiments étrangers pour l'exportation de leurs marchandises. Il combattit la piraterie qui était en ce temps-là le fléau des mers du Ponant comme du Levant.
Les routes commencèrent à être entretenues ; ce fut un des résultats d'une plus grande centralisation administrative. En 1599, Sully fut investi de la charge de grand voyer. Sous sa direction des sommes importantes furent chaque année consacrées à des améliorations. En 1633 le service des Ponts et Chaussées fut placé sous l'autorité de l'intendant dans les pays d'élection ; il y resta. Des ponts furent construits ; le Pont-Neuf fut achevé en 1604. Le canal de Briare, réunissant la Loire à la Seine, fut commencé en 1605 et terminé en 1641. Les services de messageries, dont les premiers dataient de 1575, furent placés en 1594 sous la surveillance d'un surintendant de tous les coches publics. En 1597, Henri IV promulgua un édit pour l'établissement de relais de chevaux de louage à l'usage du public ; en 1602, il réunit les postes et les messageries sous l'autorité d'un contrôleur général. Richelieu régularisa le service et autorisa les messagers à transporter toutes sortes de personnes. Au commencement du ministère de Mazarin, le monopole des messagers de l'Université fut supprimé moyennant indemnité et la poste aux lettres eut un tarif régulier. L'organisation des Ponts et Chaussées et de celle des transports apportèrent, comme l'entretien des routes, des améliorations aux relations commerciales.
Les droits à l'importation et à l'exportation restèrent à peu près tels que les avait établis le xvi* siècle. La perception de l'imposition foraine fut étendue aux marchandises qui sortaient des provinces dites étrangères, comme elles l'étaient pour les provinces des Cinq grosses fermes ; des tarifs furent promulgués pour fixer la quotité des droits. Plusieurs douanes supplémentaires continuèrent à subsister, comme
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celle de Lyon à laquelle s'était ajoutée sous Henri IV la douane de Valence. Les marchands se plaignaient des surcharges ; le député de Lyon qualifiait celle de Valence de coupe-gorge; les Etats généraux de 1614 signalaient l'anomalie de la « traite foraine » qui, quoique signifiant passage à l'étranger, était levée sur les marchandises passant d'une province des Cinq grosses fermes dans une autre province, « ce qui conserve des marques de division qu'il est nécessaire d'ôter » ; ils demandaient en conséquence que les bureaux fussent établis seulement aux frontières du royaume. Mais les provinces dites étrangères refusèrent, à l'exception de la Bourgogne, d'accepter cette fusion, et l'unité nationale des douanes ne pût pas se faire. Elle ne se fit jamais sous l'ancien régime.
Le système monétaire de la France revint au bimétallisme par l'édit de 1602 qui porta le cours de l'écu à 65 sous. L'argent continua à perdre de la valeur relativement à l'or et, comme par le passé, les monétaires s'ingénièrent par des remaniements à établir un équilibre toujours changeant, afin d'opposer obstacle à l'exportation et à la mise au creuset des espèces. Une refonte générale eut lieu en 1640- 1641 d'où sortirent de nouvelles espèces : le louis d'or valant 10 livres tournois et le louis d'argent ou écu blanc valait 3 livres.
L'afflux des métaux précieux n'implique pas nécessairement l'abondance des capitaux. Pendant la Ligue ceux-ci avaient été rares et défiants : l'intérêt ordinaire était à 8 et 10 p. 100. Henri IV interdit toute constitution de rente au-dessus du taux de 6 1/4 p. 100.
Malgré le retour de la paix et de l'ordre intérieur, les foires n'eurent plus au xvn« siècle l'importance qu'avaient eu celles de Champagne au xni« siècle et celles de Lyon dans la première moitié du xvi^. Le commerce prit d'autres directions. Ce qui n'empêcha pas qu'il y eût, plus même que par le passé, de riches banquiers et d'opulents marchands. Des nobles prenaient part aux affaires de négoce ; des édits royaux les autorisaient à le faire sans déroger. Ils n'étaient pas pour cela moins entichés de leur supériorité de naissance et moins superbement dédaigneux à l'égard des hommes du Tiers-Etat.
Henri IV, après avoir terminé la guerre par le traité de paix de Vervins (1598), voulut rétablir des relations de commerce régulières avec ses principaux voisins et surtout mettre un terme à la piraterie des Anglais. Il négocia avec son alliée Elisabeth sans obtenir de résultat ; mais Jacques le*" fut amené parles circonstances à signer, en 1606, un traité de commerce destiné à remplacer le traité léonin de 1572. Ce traité établissait en principe la liberté du commerce entre les deux pays, sans établir l'entière réciprocité des droits ; il accordait aux Anglais l'exemption du droit d'aubaine et stipulait la restriction des lettres de marque et de représailles. Il ne fut pas scrupuleusement observé et d'ailleurs il ne donnait qu'une insuffisante satisfaction aux
intérêts français. Henri IV, puis Richelieu en négocièrent un autre ; des hostilités interrompirent les négociations qui aboutirent cependant au traité de Saint-Germain (1632), lorsque la politique de Richelieu dans la guerre de Trente Ans eut rapproché l'Angleterre de la France. Ce traité maintenait en matière de commerce et de navigation les principes du traité de 1606.
Le traité de Vervins avait rétabli la paix entre la France et l'Espagne, mais non l'harmonie commerciale. Il y eut une guerre de tarifs. Elle se termina par le traité de commerce de 1604 qui supprima de part et d'autre le droit de 30 p. 0/0 à l'importation et la défense d'exporter.
L'Espagne était alors le pays avec lequel la France faisait le commerce le plus considérable. La France fournissait à la métropole et, par l'intermédiaire de la métropole, aux colonies d'Amérique, des marchandises très diverses, surtout des tissus et du blé et elle recevait une partie des retours en métaux précieux qui étaient estimés alors être la plus enviable des richesses.
* Le commerce avec l'Angleterre était différent; il consistait surtout en exportation de vins, de sel, de fruits, etc., et en importation de draps à bon marché, de métaux usuels, de harengs.
La Hollande fournissait, outre ses harengs, du beurre, du fromage, de la toile ; sa marine, factrice des mers, transportait en Espagne des marchandises françaises.
Dans l'Empire ottoman, la France avait des concurrents. L'Angleterre, depuis 1579, avait obtenu du sultan des capitulations et, en 1581, elle avait créé une Compagnie du Levant. Henri IV obtint, en 1597, un renouvellement des anciennes capitulations, et en 1604 un traité qui confirmait les privilèges antérieurement concédéset qui portait, entre autres clauses, que toutes les nations, à l'exception des Vénitiens et des Anglais, seraient obligées de naviguer sous pavillon français. La restauration du Bastion de France n'eut lieu qu'en 1628. Avec le Maroc et avec le port de Sale, nid de pirates, des conventions furent conclues (1630-1631).
Richelieu créa des consulats en Albanie, en Morée ; il signa des traités avec le czar pour assurer aux marchands français le passage des marchandises de l'Orient par la Russie et avec le roi de Danemark qui accorda une réduction du péage du Sund. Des voyageurs français, comme Tavernier, visitèrent la Perse. Toutefois le commerce de l'Orient se faisait de plus en plus par la roule du Cap et l'influence française dans celle région fut moindre durant la première partie du xvu* siècle qu'elle l'avait été dans la première partie du xvi*.
La piraterie d'ailleurs continuait, comme au siècle précédent, à rendre la navigation dangereuse et le commerce aléatoire sur la Méditerranée. Elle ne l'était guère moins sur l'Océan septentrional à cause
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des Ang-lais qui, malgré les traités, armaient en course, et sur l'Océan équatorial et méridional à cause des Espagnols, des Portugais et des Hollandais qui ne souffraient pas de concurrents dans ces parages.
La France néanmoins prit alors pied dans le Nouveau monde ; c'est dans celte période qu'a commencé son œuvre de colonisation. C'estaussi pendant cette période et pour le même objet que furent créées les premières grandes compagnies de commerce, à l'exemple de l'Angleterre et de la Hollande, de cette dernière surtout dont la fortune éblouissait les nations rivales.
Henri IV, qui reprit la tradition de François P'^en matière coloniale, autorisa en 1601 la création^i^'une Compagnie des Indes orientales, mais il n'osa pas en soutenir l'établissement dans la crainte de déplaire aux Hollandais, ses alliés. Plus libre du côté de l'occident, il nomma un lieutenant général du Canada, Roberval, qui tenta, sans succès il est vrai, un établissement dans l'île de Sable. Une Compagnie de la Nouvelle-France se forma en 1604 ; Samuel Champlain,qui en faisait partie, fonda, quatre ans après (3 juillet 1608), Québec, première colonie définitive de la France.
Richelieu, désireux de rendre « le royaume de France, si bien situé et si riche, disait-il, maître de la mer, et convaincu, par l'exemple de la Hollande, qu'il fallait pour y réussir « former de grandes Compagnies dotées de grands privilèges »>, créa la Compagnie du Morbihan ou des Cent associés à laquelle il conféra l'immense monopole du commerce du Levant et du Ponant par mer et par terre, mais que l'opposition du parlement de Bretagne empêcha de se constituer. Il la remplaça par la Compagnie de la nacelle de Saint-Pierre fleurdelisée qui ne parvint pas non plus à se constituer. Il réussit mieux en 1627 par une création plus modeste qui, sous le nom de Compagnie de la Nouvelle-France, borna son action au peuplement et à l'exploitation commerciale du Canada. Les débuts de cette Compagnie furent difficiles : Québec, bloqué par les Anglais, fut réduit à capituler et ne fut rendu qu'à la paix de Saint-Germain (1632).
L'attention de Richelieu fut détournée des colonies par la guerre de Trente Ans, comme l'avait été celle de François I" et comme le fut plus tard celle de Louis XIV et celle de Louis XV.
Aux Antilles, quelques aventuriers français s'établirent dès 1625. La Compagnie de Saint-Christophe fut fondée sous le patronage de Richelieu, avec privilège du commerce pendant vingt ans, puis réorganisée en 1635. Dès 1630 des boucaniers et flibustiers français s'établirent dans l'île de la Tortue, au nord de Saint-Domingue ; ils finirent par s'y maintenir malgré les Espagnols. En 1635,d'Esnambuc occupa la Guadeloupe et la Martinique au nom de la Compagnie ; d'autres îles des Petites Antilles reçurent des colons. Au temps de Mazarin, quoique
LIVKE VU. — CHAPITRE VllI
la Compagnie n'eût pas prospéré, on évaluait à 7.000 le nombre des habitants d'origine française dans cette région.
En Afrique furent fondés Saint-Louis sur le Sénégal (1638), Fort- Dauphin à Madagascar (1G42) par des compagnies privilégiées.
Ainsi donc, Henri IV a eu le mérite de redonner, après François I*^ une impulsion au mouvement colonisateur et le bonheur d'avoir connu la fondation de Québec, Richelieu a poursuivi l'accomplissement de la mêmeœuvre qu'il regardait comme étroitement liéeà la puissance maritime. Si les nombreuses Compagnies qu'ils ont patronées n'ont eu qu'un très médiocre succès, on peut néanmoins dire que, grâce à eux, la France, lors de l'avènement de Loui* XIV, possédait un domaine colonial.
Huitième période : Louis XIV el Colberl. — Quand Louis XIV prit en main le gouvernement, la nation française, fatiguée des stériles agitations de la Fronde, était pliée à l'obéissance. Le jeune monarque, convaincu que « la volonté de Dieu est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement, » voulut être et fut un souverain ab.solu. « L'Etat, c'est moi » est un mot qui, s'il ne l'a pas prononcé, caractérise son rôle de roi. 11 le remplit consciencieusement toute sa vie, dirigeant lui-même les grandes affaires ; les ministres, quelqu'important que leur rôle personnel ait été, furent ses commis.
Son long règne personnel de quarante-cinq ans n'a pas été heureux jusqu'à la fin. La première partie jusqu'à la mort de Golbert, a été la plus brillante période de la monarchie absolue : des victoires et des conquêtes consacrées par des traités avantageux, une cour dont la splendeur faisait l'admiration de l'Europe, l'éclat des lettres et des arts,le développement des manufactures. Mais, dans la seconde partie, le roi vieillissant survécut à ses meilleurs ministres ; deux guerres, l'une dans laquelle les succès ont été beaucoup plus disputés, l'autre qui a été désastreuse et qui s'est terminée par un traité humiliant, épuisèrent le pays d'argent et d'hommes ; les impôts furent écrasants i et le pays tout entier fut dans la misère. ^
Louis XIV avait su, dans la première partie de son règne personnel, bien choisir ses principaux serviteurs. Colbert est au premier rang; travailleur infatigable, dévoué au roi, passionné pour l'ordre, il débuta comme intendant des finances (1661), et ne larda pas à concentrer sous sa direction la marine, le commerce, les bâtiments, le contrôle général des finances. Il révisa et réduisit, non sans violences, les engagements onéreux qu'avait contractés antérieurement le Trésor royal ; il établit une comptabilité régulière ; tout en diminuant le montant de la taille, il parvint à augmenter le revenu net de l'Etat, grâce à des contrats plus avantageux qu'il passa avec les fermiers des impôts. Quand il arriva aux affaires, le Trésor public ne recevait que
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31,8 millions sur les 84,2 raillions que payaient les contribuables , en 1683, sur une perception de 119 millions, le Trésor en louchait 97. La dette, qui s'élevait à 11 millions en 1660 n'était plus que de 8 millions en 1683, malgré les emprunts de la guerre de Hollande.
De bonnes finances sont une des conditions de la prospérité d'une nation. Golbert travailla aussi par d'autres moyens à cette prospérité ; il encouragea, stimula l'industrie, source de richesse, et il fut véritablement le créateur de la grande manufacture en France. Par la rédaction d'ordonnances générales sur diverses matières il introduisit un meilleur ordre dans la justice. Il s'appliqua à donner au commerce le plus large essor possible ; il chercha à supprimer les obstacles à la circulation intérieure, convaincu que la liberté individuelle des commerçants est nécessaire au développement des transactions, mais convaincu aussi que le commerce extérieur, conformément à la doctrine mercantile qui dominait alors dans l'opinion, doit être dirigée dans le sens de la restriction des importations autres que celles des matières premières et de l'expansion de l'exportation des produits nationaux manufacturés, afin d'enrichir le pays par l'apport d'une balance en métaux précieux.
Au nombre des grandes ordonnances de cette période sont l'ordonnance du commerce, l'ordonnance de la marine et le code noir. La première, qui date de 1673, est un code qui fixe le droit commercial, société de commerce, banque, lettre de change, banqueroute, juridiction consulaire, et qui non seulement est resté en vigueur jusqu'à la tin de la monarchie, mais se retrouve en grande partie reproduit dans le Code de commerce actuel. La seconde ordonnance, qui a été promulguée en 1681, est un code maritime qui contient les règles des contrats maritimes, assurances et prêts, les devoirs et droits des capitaines et de réquipage,etqui remplaça les anciennes coutumes de mer. Il se retrouve aussi en partie dans le Code de commerce actuel. La troisième ordonnance, préparée sous Colbert et publiée après sa mort (1685), réglait cet abominable genre de propriété qu'avait créé l'esclavage des noirs et qui n'a disparu définitivement des institutions de la France que depuis 1848.
Les fonctions des commissionnaires, des courtiers, des agents de banque étaient réglées par l'ordonnance de commerce, ainsi que les opérations des banquiers dont le rôle dans les affaires devenait, ainsi que celui des gros négociants, de plus en plus important à mesure que se développaient les grandes affaires. Savary, un des membres les plus actifs de la commission qui a préparé l'ordonnance de commerce, a exposé dans un livre classique au xvii" et au xviii*^ siècle, Le parfait négociant, les fonctions, droits et devoirs des commerçants et des divers agents du commerce.
Après la retraite de Sully, la viabilité avait été de nouveau fort né-
gligée.Colbert dut lutter contre l'abus persistant des péages,régulariser de nouveau le service, veiller au meilleur emploi des fonds, lesquels étaient fournis en partie par les généralités et les localités et en partie par leTrésor royal dansles pays d'élection ; ils l'étaient par les provinces dans les pays d'Etat. Colbert ne put cependant pas consacrer à ce service autant d'argent que l'avait fait Sully, et durant la seconde partie du règne personnel de Louis XIV l'entretien des ponts et chaussées fut de nouveau très délaissé.
Cependant des services de messageries, coches et postes, furent établis entre presque toutes les grandes villes. En 1678, les privilèges particuliers des messageries et les messagers de l'Université de Paris furent réunis à la ferme générale des postes et messageries royales. Les services n'étaient pas rapides alors ; on ne voyageait pas la nuit ; pour faire les 125 kilomètres de la route de Paris à Orléans'les messageries mettaient deux jours, soit environ 15 lieues par jour,et le roulage mettait quatre jours.
Colbert s'appliqua à améliorer la navigabilité des cours d'eau. Il a eu le mérite de faire décider l'exécution du canal du Languedoc qui réunit les deux mers. Ce canal, dont Riquet de Bonrepos n'avait pas été le premier à concevoir l'idée, mais dont il sut dresser un plan praticable (1662), lui fut concédé ; il fut achevé en 1681, quelques mois après sa mort.
Colbert créa et régularisa le régime des entrepôts dans les principales villes et celui du transit afin de faciliter les relations avec les pays étrangers.
Il suivit la tradition de Richelieu en donnant pendant toute sa carrière les soins les plus vigilants à la marine militaire, qui avait été réduite à presque rien au temps de Mazarin. Or, en 1677, elle était forte de 200 navires, dont 12 de premier rang. L'organisation des classes par l'inscription maritime mit 52.000 marins à la disposition de l'Etat. Le port militaire de Rochefort fut créé, celui de Brest fut muni d'arsenaux. Cette devint le débouché du canal du Midi ; des magasins furent construits au Havre.
Pendant l'administration de Colbert, la monnaie subit très peu de changements ; sont à noter seulement le remplacement de la ferme par la régie pour la fabrication des monnaies et un remaniement ayant pour but de mieux équilibrer la valeur de l'argent, qui continuait à baisser, avec celle de l'or, mais sur lequel le roi ne voulut faire aucun bénéfice. 11 n'en fut pas ainsi dans la deuxième partie du règne, quand les besoins furentdevenus excessifs. A partir de 1701, il y eut des remaniements fréquents qui aboutirent à la refonte générale de 1709; la taille du marc d'argent fut alors portée de 32 livres 10 sous à 40 livres. Si les foires n'étaient plus les foyers du grand commerce, elles continuaient cependant à être des occasions de réunions et de fêles
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qui attiraient un nombreux public. Dans les ports, le trafic augmenta, comme la navigation. Dunkerque, acquis en 1662, devint le débouché sur la mer du Nord ; les Anglais exigèrent la destruction de ce port au traité d'Utrecht. Dieppe ne se releva pas des ruines causées par le bombardement de 1694. Au Havre, dont le port avait été pendant un temps presque abandonné, Vauban fit construire un bassin à flot, et le commerce se développa. Saint-Malo, quoique bombardé deux fois par les Anglais, sut tirer profit des guerres par les prises que firent ses corsaires.Nantes partageait la spécialité du commerce des colonies d'Amérique avec La Rochelle et surtout avec Bordeaux. Marseille, port franc, augmenta beaucoup son trafic pendant le ministère de Golbert.
« La ville de Paris, dit Savary, la plus grande et la plus peuplée de l'Europe, est le principal objet et comme le centre du commerce qui se fait dans tout le reste du royaume, cette grande ville étant pour ainsi dire le magasin universel et comme un dépôt public où se fait l'échange des marchandises des provinces les unes contre les autres, » Orléans était l'entrepôt de la capitale sur la Loire Après Paris, Lyon comptait comme étant la principale place de l'intérieur de la France. Lille dans le nord, Dijon dans l'est, Toulouse dans le midi étaient des centres importants.
Les tarifs des douanes ont été sous le règne de Louis XIV une des plus grosses affaires de la politique commerciale et celle qui a amené les plus graves conséquences dans la politique générale de l'Europe. Sous Mazarin, le tarif d'entrée et de sortie des marchandises dans la circonscription des Cinq grosses fermes avait été augmenté par suite du besoin d'argent. Golbert entreprit de le remanier entièrement dans le double but de faciliter la circulation intérieure par la suppression d'une foule de péages et droits divers et par un règlement des taxes propre à protéger, conformément à la doctrine mercantile, l'industrie nationale contre la concurrence étrangère. Il ne réussit pas à faire adopter le nouveau tarif par toutes les provinces, ce qui aurait reporté la ligne des douanes à la frontière du royaume ; il ne put même faire disparaître qu'une partie des péages intérieurs. Néanmoins le tarif qu'il publia le 18 septembre 1664 et qui créa des entrepôts, débarrassa la circulation d'une partie de ses entraves. Les droits à l'exportation des denrées alimentaires, par exemple du \âé et des matières premières et les droits à l'importation des objets fabriqués similaires à ceux que produisait l'industrie française furent relevés. A part les articles de ces deux catégories, l'ensemble du tarif était modéré ; la douane rapporta même un peu moins au Trésor qu'auparavant.
Mais, comme les produits étrangers continuaient à entrer en France et que les manufacturiers s'en plaignaient, Golbert, par la déclaration du 18 avril 1667, publia un second tarif qui doubla, tripla môme les
droits d'importation sur un grand nombre d'objets fabriqués, sur les tissus par exemple, et augmenta les droits d'exportation sur certaines matières.Les Provinces réputées étrangères, c'est-à-dire la plupart de celles qui étaient en dehors du groupement des Cinq grosses fermes. et les Provinces d'étranger effectif, c'est-à-dire celles qui ne communiquaient librement qu'avec l'étranger, restèrent soumises à leurs tarifs spéciaux.
Le tarif de 1667 fut accueilli avec faveur par les fabricants et par les partisans du mercantilisme ; mais il souleva des mécontentements à l'étranger, surtout en Hollande. Les intérêts en effet étaient opposés. Mais l'intérêt général de la France se fut certainement mieux trouvé du maintien dun tarif modéré.
A ces droits de douane qu'avaient à payer les marchandises étrangères s'ajoutait le droit de 50 sous par tonneau, imposé depuis 1659 sur tout navire étranger qui entrait dans un port de France ou qui en sortait,
Le droit de 50 sous, qui avait été créé par Fouquet comme réplique à l'acte de navigation des Anglais, attira, comme le tarif de 1667, des représailles de la part de la Hollande et de l'Angleterre qui surchargèrent ou prohibèrent les produits français. Il s'ensuivit une longue guerre de tarifs que quelques accalmies interrompirent, mais qui s'aggravait chaque fois que les Elats étaient en hostilité ouverte. Les Hollandais se tirent exempter du tarif de 1667 par le traité de Nimègue et du droit de 50 sous par le traité de Ryswick. Les Anglais exigèrent par le traité d'Utrecht le retour au tarif de 1664 et l'exemption du droit de 50 sous. En fait, ce fut un tarif spécial de 1699 qui fut appliqué aux importations des deux pays.
Malgré les restrictions douanières et malgré la guerre de Hollande, les vingt-trois années du ministère de Colbert ont été la période du plus grand développement du commerce extérieur pendant le règne de Louis XIV. Les consulats du Levant furent réorganisés. En 1671, l'ambassadeur de France obtint du sultan le renouvellement des capitulations, mais ne parvint pas à obtenir le monopole dont la France avait joui au temps de François I". Presque tout le commerce de l'Orient et des pays barbaresques se faisait, comme au temps passé, par Marseille et consistait en exportation de draps, concurremment avec l'Angleterre, de bonnets, de soieries, de papier,de mercerie, de piastres et en importation de soie, de colon, de laine, de cuirs, d'épices et autres produits de l'Asie. Des pays barbaresques la F'rance tirait des céréales, de la cire, du corail, etc.. Le Bastion de France, principal comptoir sur la côte d'Afrique, fut une possession toujours précaire. Les Français étaient mieux accueillis au Maroc qu'à Alger, malgré la piraterie qui s'exerçait à Salé.
Sur l'Océan les trois principaux clients de la France étaient l'Espa-
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gne, l'Angleterre et la Hollande, quoique les guerres aient à plusieurs reprises interrompu les relations régulières de ces Etats.
Avec l'Angleterre le commerce fut toujours très gêné par les vexations et les impôts qu'elle faisait subir aux négociants français. « Il n'y a pas, dit Savary, de nations en Europe où les Français trouvent plus de difficultés à faire le commerce et où ils soient plus maltraités », et il fournit abondamment les preuves de cette assertion. Les Français vendaient en Angleterre du vin, du vinaigre, du sel, des fruits, des toiles, etc. ; ils en recevaient des métaux, de la quincaillerie, de la laine, laquelle, comme mainte autre marchandise, ne sortait que par contrebande. C'était presque exclusivement par navires anglais que que se faisait le transport.
Le traité signé à Westminster en 1655 ne fut commercial qu'en apparence. Colbert en négocia un autre, une dizaine d'années après ; mais les deux parties, imbues didées mercantiles, ne réussirent pas à concilier leurs prétentions, lesquelles d'ailleurs étaient excessives du côté anglais.Au début de la guerre de la succession d'Espagne l'arrêt du Conseil du 6 septembre 1701 riposta par des prohibitions aux prohibitions et droits prohibitifs que le parlement d'Angleterre venait de prescrire l'année précédente. Un des articles des préliminaires signés avec l'Angleterre à la fin de cette guerre portait qu'un traité de commerce serait conclu. Il le fut en effet (1713), stipulant le retrait des prohibitions et la liberté de commerce et de navigation de part et d'autre, liberté toutefois qui n'était pas sans de graves restrictions du côté de l'Angleterre. Mais, le parlement n'ayant pas voulu concéder aux Français le privilège de « la nation la plus favorisée », le traité ne fut pas ratifié et resta caduc.
Les Hollandais étaient les grands rouliers des mers. Ils venaient enlever en France le vin , l'eau-de-vie, le vinaigre, le sel que consommaient les pays du Nord. Le droit de 50 sous par tonneau leur était très dommageable ; ils ne purent pourtant pas en obtenir l'exemption par le traité qu'ils conclurent en 1662. Le tarif de 1667 les atteignit plus douloureusement encore. Ils se plaignirent, ripostèrent par des prohibitions et la guerre s'ensuivit (1672). Nous venons de dire à quelle époque ils parvinrent à se faire exempter de ces droits.
Avec les Villes hanséaliques, le reste de l'Allemagne et les Etats du Nord le commerce direct était bien moins actif qu'avec l'Angleterre et la Hollande.
Il était au contraire considérable avec l'Espagne. Colbert attachait une importance particulière à ce commerce parce que le solde se faisait en espèces qu'encaissaient les exportateurs français. Les articles très divers qu'il comprenait étaient destinés en grande partie aux colonies d'Amérique. Si les premières guerres de Louis XIV l'entravèrent parfois, la dernière lui ouvrit largement le marché espagnol. Mais
la France dut par le traité d'Utrecht abandonnera l'Angleterre !'< Assiente », c'est-à-dire la fourniture des nègres aux colonies.
Hors d'Europe, le trafic sur les côtes du Sénégal et de la Guinée, outre celui des esclaves, consistait en achats d'ivoire, gomme, poudre d'or, etc. Le trafic de l'Orient par le Cap consistait en achats de soie, de drogues etépices, d'indigo, sucre, café, etc. Aux Antilles, en achats de tabac, de sucre, d'indigo, de cacao. Le Canada fournissait surtout des peaux de castor.
C'est au lendemain de la mort de Louis XIV que la statistique officielle nous fournit pour la première fois un chiffre total du commerce extérieur, total incomplet d'ailleurs. Ce chitTre est de 215 millions de livres, dont 92 1/2 à l'importation et 112 1/2 à l'exportation. Il avait été assurément de beaucoup supérieur, particulièrement avec la Hollande, avant les deux dernières guerres.
Au nombre des œuvres les plus saillantes et les plus caractéristiques de la politique commerciale de Colbert sont la création de compagnies de commerce et le peuplement des colonies. Comme Richelieu, Colbert fut ébloui par la fortune de la Compagnie hollandaise des Indes. Convaincu « qu'une Compagnie, composée d'un nombre d'intéressés puissants, peut plus avantageusement faire le commerce que des particuliers », il créa en 1664 la Compagnie des Indes orientales et la Compagnie des Indes occidentales qu'il dota de grands privilèges, monopole du commerce pour cinquante ou quarante ans, propriété des terres coloniales, primes de navigation, autorisation aux nobles d'en faire partie sans déroger, avance ou don d'une partie du capital. Le roi exerça une forte pression sur la Cour et sur les provinces pour obtenir la souscription des actions.
En 1669, Colbert créa la Compagnie du Nord qu'il investit du privilège du commerce en Zélande, Hollande, Allemagne et autres pays du Nord ; puis, en 1670, la Compagnie du Levant qui reçut un prêt sans intérêt et une prime par pièce de drap exportée.
Le résultat ne répondit pas à la grandeur de l'effort. La Compagnie des Indes occidentales, dont le monopole gênait beaucoup les colons du Canada et des Antilles, fut obligée de remettre au roi ses pouvoirs en 1674. La Compagnie du Nord fut ruinée par la guerre de Hollande et le privilège de la Compagnie du Levant, qui n'avait procuré aucun avantage pour l'exportation des draps, ne fut pas renouvelé en 1690.
Des quatre grandes compagnies, celle des Indes orientales subsista seule, mais sans éclat, malgré la réclame du début. Son administration avait le tort d'être trop concentrée à Paris et d'être trop sous la main du gouvernement. Ses finances ne furent pas prospères ; malgré les avances du roi, le capital ne fut pas entièrement souscrit. Le Fort Dauphin, dans l'île de Madagascar, qui devait être le chef-lieu des établissements français en Orient, fut abandonné en 1672. Cependant,
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SOUS la direction de Caron, des comptoirs furent établis dans l'Inde, à Surate d'abord, plus tard à Pondichéry. A partir de 1672 l'histoire de l'Inde française se trouve mêlée à l'histoire des guerres européennes, et, d'autre part, la Compagnie endettée rétrocéda l'exercice d'une partie de ses privilèges à d'autres compagnies.
La Hollande avait l'esprit pour ainsi dire entièrement tourné vers la mer. L'Angleterre, par sa situation insulaire, était aussi nécessaire ment une nation maritime. 11 n'en était pas de même de la France, puissance continentale dont les armateurs ne faisaient, dans ses ports même, que la moindre partie des transports. Les compagnies privilégiées ne furent populaires, ni dans le métropole, ni dans les colonies, et elles furent trop souvent entre les mains d'administrateurs qui n'avaient pas la pratique des choses de la mer. Enfin les guerres produisirent sur les compagnies des effets désastreux.
Celte période est pourtant une de celles pendant lesquelles les colonies françaises se sont le plus développées. Colbert s'occupa activement, jusqu'à la guerre de Hollande tout au moins, du peuplement du Canada. La culture s'étendit : le commerce, dontles peaux de castor etles fourrures étaient les articles principaux, augmenta après la suppression du monopole de la Compagnie des Indes. La colonie, Acadie comprise, comptait environ 18.000 habitants à l'époque de la guerre de la succession d'Espagne. Les voyages de découverte du père Marquette et de Cavelier de la Salle étendirent la possession nominale de la France jusqu'à l'extrémité occidentale du Lac Supérieur et sur le bassin du Mississipi jusqu'à son embouchure. Cette dernière région reçut le nom de Louisiane (1669-1682). Celui qui l'avait découverte, Cavelier, périt assassiné dans une dernière expédition (1687). Les guerres d'Europe eurent leur contre-coup au Canada ; les Français eurent à combattre les Anglais alliés aux Iroquois, et finalement en 1713, par le traité d'Utrecht, la France fut obligée de céder à l'Angleterre la baie d'Hudson, Terre-Neuve et l'Acadie.
Aux Antilles, les îles rachetées par Colbert avaient été données par lui à la nouvelle Compagnie des Indes. Presque toutes les petites Antilles furent occupées par des colonies françaises ; la Martinique fut le centre du gouvernement. Les boucaniers de l'île de la Tortue formèrent des établissements dans la partie occidentale de Saint Domingue. Les Français ressentirent, aux Antilles comme au Canada, le contrecoup des guerres ; ils furent attaqués et attaquèrent eux-mêmes les possessions ennemies ; les flibustiers se rendirent redoutables. Carthagène fut saccagé (1697) ; à plusieurs reprises la colonie d'Haïti fut envahie par les Espagnols ou par les Anglais (1690-1695) ; la Jamaïque fut pillée (1691). Néanmoins, après que les habitants eurent été délivrés du monopole de la Compagnie des Indes, ils augmentèrent leur culture et leur commerce et ils augmentèrent eux-mêmes en nombre. Vers
la fin du règne de Louis XIV, on recensait aux Antilles 47.321 habi tants, dont 17.888 blancs ; les autres étaient des esclaves noirs ou des cendantsdes noirs que la traite avait importés d'Afrique.
Gayenne, attaqué plusieurs fois aussi, ne se releva pas du désaslr» de 1688. Par de là le Cap de Bonne-Espérance, l'île Bourbon devint l'escale française dans la mer des Indes. Dans l'Inde même, aux comptoirs de Surate, de Masulipatam s'ajouta en 1673 la possession de Ghandernagor et de Pondichéry. Gette dernière ville, prise par les Hollandais pendant la guerre, fut rendue à la France après la paix de Ryswick.
Le règne de Louis XIV est assurément une des périodes les plus brillantes de l'histoire des colonies françaises, comme de l'histoire générale de France. Mais la prospérité n'a pas duré autant que la vie du roi. Les grandes difficultés politiques commencèrent dans la seconde sous-période du règne personnel, avec la Ligue d'Augsbourg ; les revers aveclaguerre delà succession d'Espagne. Si l'histoiredu commerce note dans cette dernière sous-période la création, ou plus exactement le rétablissement, d'une bonne institution, le Gonseil supérieur du commerce (1700), elle a, d'autre part.à enregistrer la funeste révocation de l'édit de Nantes (1685), l'écrasante surcharge des impôts, la multiplication des offices, les emprunts, la profusion des papiers d Etat dont le discrédit encombra la circulation. L'ensemble des dettes du Trésor royal montait environ à 3 milliards et demi à la mort de Louis XIV. La misère du peuple des campagnes était alors extrême ; la population avait beaucoup diminué. Le commerce fut nécessairement très amoindri.
Neuvième période : Le X VI 11^ siècle.— La période du xvni^ siècle peut être divisée en trois ou quatre sous-périodes : la première est celle de la Régence, que caractérise sous le rapport économique le Système de Law ; la seconde est celle du ministère pacifique du cardinal deFleury, pendant lequel l'administration demeura fidèle à la tradition du Golbertisme ; la troisième est celle des réformes qui est caractérisée, en même temps que par l'expansion d'idées libérales, par un progrès marqué de l'agriculture, de l'industrie et du commerce ; ce caractère devint plus accentué ^sous le règne de Louis XVI qu'il n'avait été sous celui de son prédécesseur.
La Régence commença par apurer le compte des dettes de Louis XIV, c'est-à-dire par les réduire d'un milliard et demi, L'écossais Law proposa de restaurer le crédit de l'Etat et de la France par la création d'une banque qui serait dépositaire de l'argent du Trésor royal et de celui des particuliers et qui substituerait à la monnaie métallique des billets garantis par ces dépôts, et de restaurer en même temps le crédit et le commerce en fournissant en abondance et à bon marché le capital aux particuliers et en faisant de l'Etat lui-môme un grand entrepreneur
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d'affaires commerciales. Le Conseil de régence n'ose pas approuver ce vaste plan ; il se borna à autoriser la création d'une banque d'émission privée (mai 1716).
Cette banque rendit des services au commerce et même au Trésor royal, si bien que tous les bureaux d'Etat furent autorisés à recevoir les billets de la banque et qu'en novembre 1718 la banque privée fut transformée en Banque royale. Ce fut l'écueil, parce qu'au lieu de n'émettre des billets que contre des effets qu'elle escomptait ou des espèces qu'elle encaissait, la Banque en émit sans contre-valeur et, au lieu des 50 millions qui circulaient déjà, elle en versa dans la circulation pour près d'un milliard en 1719 ; le total finit par dépasser 1 .300 millions. Law comptait sur le placement des actions de la Compagnie des Indes qu'il fonda pour absorber cette prodigieuse quantité de monnaie de papier, sa théorie étant que la monnaie n'est jamais en excès quand la demande équilibre l'offre. Mais, pour soutenir cette offre aux dépens des espèces métalliques, il tortura la monnaie, changeant à chaque instant la valeur légale des pièces et même en interdisant l'emploi.
Après une année d'engouement, le public sentit le vide des opérations de Law. Le discrédit des billets fut très rapide ; les manœuvres du gouvernement pour lenrayer, telles que l'édit du 21 mai 1720, avortèrent. 11 fallut rendre à l'or et à l'argent la liberté de circulation, absorber une partie des billets par une création de rentes et retirer aux billets restant le caractère de monnaie (10 octobre 1720). La Banque fut supprimée.
Le système de Law reposait sur deux institutions liées l'une à l'autre : la Banque, qui devait créer et verser dans le public le numéraire, activer la circulation, faciliter le crédit, et la Compagnie, qui devait employer la majeure partie de ce numéraire, gérer les finances publiques et enrichir l'Etat et la nation par de grandes et fructueuses affaires.
Quand la Banque eut sombré, il fallut reconstituer le système monétaire. C'est ce que fit la refonte de 1724 qui donna au louis d'or le cours de 24 livres et à l'écu d'argent le cours de 6 livres. Soixante ans plus tard, en 1785, la baisse de valeur de l'argent relativement à l'or motiva un dernier changement qui diminua un peu la quantité d'or fin contenu dans le louis et établit le rapport légal de 1 à 15 1/2 entre les deux métaux. La production de l'argent en Amérique était devenue plus abondante dans la seconde moitié du xvni* siècle, et en Europe, en France particulièrement, le prix des marchandises, surtout celui des denrées agricoles, et le taux des salaires augmentèrent.
La banqueroute de Law mit longtemps le public en défiance contre le billet de banque. Ce n'est que sous Louis XVI, à l'instigation de Turgot, que fut créée une nouvelle banque d'émission, la Caisse d'escompte (1776) qui, quoique compromise deux fois par des emprunts
de l'Etat, fut jusqu'à la fin du règne de Louis XVI utile au commerce parisien.
Un des services que la royauté du xviii® siècle a rendus au commerce et à la France a été la construction de bonnes routes. Le corps des Ponts et Chaussées fut créé (1716) ; puis l'école des Ponts et Chaussées (1749) ; le service fut habilement dirigé par Trudaine père et fils ; Orry, étant contrôleur général organisa, pour la confection des grandes routes dans les pays d'élection, la corvée qui était déjà employée dans plusieurs provinces. Cette corvée servit à construire un grand nombre de lieues de voies carrossables ; mais c'était un mode d'exécution coûteux et un impôt personnel très uniquement réparti, pesant presque exclusivement sur les paysans, et les employante une œuvre qui ne leur était pas directement utile. La corvée fut alors très vivement critiquée ; des intendants surent la remplacer par une contribution plus générale. Turgot, étant ministre, la supprima par ledit de février 1776. Après sa chute elle fut rétablie, puis-supprimée de nouveau ; en 1789 elle ne subsistait plus qu'en Bretagne. A la fin de l'ancien régime il y avait environ 40.000 kilomètres de routes royales, construites ou reconstruites pour la plupart pendant le xviii^ siècle.
Le service des coches et messageries, quoiqu'amélioré, n'était ni confortable ni rapide. Turgot le réforma : il en fit un monopole (1775) réunissant le transport des lettres et celui des voyageurs. Le système fut modifié après la retraite de Turgot ; en 1789 la ferme générale des diligences et messageries desservait presque toutes les grandes villes, faisant quinze à vingt lieues par jour. Voies et moyens de communication gagnèrent beaucoup dans le cours du xvm" siècle.
Cependant, malgré de nombreuses suppressions, il subsistait encore beaucoup de péages qui grevaient les transports.
De nouveaux canaux furent construits ou étaient en construction à la fin de l'ancien régime, tels le canal de Picardie, celui de la Saône à la Loire, celui de Bourgogne.
Les foires subsistaient ; mais, comme au xviii' siècle, leur importance relative était bien moindre qu'au moyen âge.
Rappelons les noms des principaux ports de commerce. C'était à peu près les mêmes que dans les périodes précédentes ; la nature en avait marqué l'emplacement. Dunkerque, le port de la mer du Nord, en relation avec l'Angleterre et les pays du Nord ; Calais et Boulogne, têtes de ligne de la traversée en Angleterre ; le Havre et Rouen dont le commerce avec certains pays d'Europe et avec l'Amérique était florissant à la fin de l'ancien régime ; Saint-Malo, qui devait sa fortune non seulement à son trafic avec les iles Britanniques et la Hollande, mais à la pêche sur le banc de Terre-Neuve et à ses armements en course pendant les guerres ; Morlaix, qui exportait, entre autres articles, les toiles de Bretagne ; Lorient, entrepôt des Indes ;
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Nantes, ville très prospère par la pêche et plus encore par le commerce avec le Portugal, la Hollande, l'Angleterre, l'Amérique, centre principal de l'importation du sucre ; La Rochelle, qui entretenait aussi de très importantes relations avec les Antilles ; Bordeaux, grande cité qui s'était fort embellie au cours du xviii' siècle et dont la navigation et le commerce en vins, sucre et autres produits coloniaux étaient très actifs ; le traité de commerce de 1786 avec l'Angleterre fut très profitable à Bordeaux.
Sur la Méditerranée il n'y avait qu'un grand port, Marseille, qui centralisait le commerce de la France avec l'Italie, les pays barbaresques et le Levant ; c'était de tous les ports français celui dont le tonnage était le plus fort et qui faisait le plus d'affaires.
Il entrait dans le système de Law de posséder, comme contre-partie de la banque d'émission, une puissante (Compagnie de commerce qui fournît un emploi à la monnaie de papier créée par cette banque et qui devait enrichir le pays par ses opérations. En août 1717 il créa, au capital fictif de 100 millions, capital considérable pour le temps, la Compagnie d'Occident qui devint adjudicataire de la ferme des tabacs. En mai 1719, il se fit transférer le privilège de la Compagnie des Indes orientales et il transforma sa compagnie agrandie en Compagnie des Indes, laquelle absorba les autres Compagnies existant à cette époque. Par une série d'émissions adroitement combinées de manière à pousser à la hausse des actions, il porta le capital de 200.000 actions, représentant nominalement 100 millions de livres, à 624.000 actions représentant, grâce à l'agio, une valeur de plus de 6 milliards, valeur qui était en grande partie fictive. Ces émissions donnèrent matière à une spéculation effrénée ; le prix des actions monta de 500 livres à 5.000, puis jusqu'à 8.000 et au delà. Il se fit des fortunes subites. La Compagnie prêta à l'Etat un milliard et demi au taux de 3 p. 100 pour rembourser sa dette.
Mais cet édifice d'agiotage n'était bâti qu'avec du papier ; le commerce rapportait peu, les colonies ne rapportaient rien encore et la Compagnie n'avait guère d'autres revenus que ceux qu'elle tirait de la ferme des impôts et des intérêts du prêt à l'Etat. L'opinion ne tarda pas à percer l'outre gonflée de vent et le discrédit fut plus rapide encore que n'avait été l'engouement. La charge de contrôleur général fut retirée à Law (27 mai 1720); le nombre des actions fut réduit à 200.000 (juin 1720) ; la qualité de monnaie légale, avons-nous dit, fut retirée au billet de banque (décembre 1720). La liquidation de la Compagnie,à laquelle la Banque avait été réunie fut ordonnée ; elle réduisit, non sans froissements, le nombre des actions à 56.000 et la dette de l'Etat à 1.700 millions. La Compagnie conserva ses privilèges commerciaux et la ferm des tabacs (1725).
En Louisiane, la Nouvelle-Orléans était fondée (1717), mais n'était
LIVKE VJl. — CHAPITRE VIII
qu'un hameau. A Sainl-Domingae, les colons se révoltèrent contre le monopole et obtinrent une renonciation de fait. Dans l'Inde, sous l'administration de gouverneurs de haute valeur,Lenoir, Dumas, Dupleix, la colonie devint une puissance continentale qui se mêla aux événements politiques du démembrement de l'Empire du Grand-Mogol et qui fut malheureusement mêlée aux événements militaires des guerres européennes. Dupleix, pendant la guerre de la succession d'Autriche, s'empara, avec le concours de la flotte de La Bourdonnais, de iMadras, chef-lieu des établissements anglais et résista à une attaque de la flotte anglaise contre Pondichéry ; un peu avant le début de la guerre de Sept Ans, il se trouvait être à peu près le maître du Garnalic. Mais la Compagnie des Indes, mécontente des dépenses que lui causait la politique d'extension, le révoqua. Lally-Tollendal, auquel fut confié par le gouvernement le soin de diriger les affaires, commit des fautes et, malgré sa bravoure, fut obligé de capituler dans Pondichéry (1761). La paix de Paris (1763) rendit à la France celte ville et quatre autres comptoirs, mais avec défense de les fortifier. C'en était fait du rôle politique de la France dans l'Inde. A la Compagnie il ne restait dans rOcéan indien que les Mascareignes et, sur la côte d'Afrique, quelques établissements dont le principal était Saint-Louis.
Evincée de l'Inde, la Compagnie prit le titre de Compagnie commerçante des Indes, témoignage de son renoncement au rôle politique. Elle avait encore pour marchés non seulement les comptoirs de l'Inde, mais Canton,Moka,la côte occidentale de l'Afrique, le Canada (pour les peaux de castor) ; ses achats dans l'Inde, pendant la durée de son privilège, varièrent de 6 à 12 millions dont la vente en France doublait à peu près la valeur. Néanmoins, comme les frais de gestion étaient lourds et que les guerres lui avaient occasionné de grosses pertes, ses finances n'étaient pas prospères ; elle avait dû contracter des emprunts ; ses actions étaient beaucoup au-dessous du pair. Son privilège était attaqué par les économistes. Il fut suspendu en 1769, date à laquelle il prenait fin.
La Compagnie continua cependant à faire du commerce dans l'Inde sous le régime d'une demi-liberté.
Comme, pendant la guerre d'Amérique, le marché français s'était trouvé privé de produits indiens, le gouvernement jugea utile de restaurer le privilège et il créa (1785) une nouvelle Compagnie des Indes, sans toutefois lui attribuer de souveraineté politique.
Les deux Compagnies cessèrent d'exister en 1793 après que la Convention eut déclaré entièrement libre le commerce au-delà du cap de Bonne-Espérance et supprimé toutes les Compagnies financières.
Pendant le xvni* siècle les possessions coloniales françaises ont eu une fortune très diverse, toujours contrariée par les guerres européennes. Nous venons de dire que ces guerres ont fait perdre défini-
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tivement l'Inde par le traité de Paris (1763), le plus t'unesl^ à l'empire colonial français que la France ait jamais signé ; car il lui fît perdre aussi le Canada et, par contre -coup, la Louisiane.
Le traité d'Utrecht avait cédé l'Acadie à l'Angleterre. La question des limites de cette province, que le traité n'avait pas déterminées, devint depuis 1748 le sujet de querelles et ensuite d'hostilités sur les rives de l'Ohio où Français et Anglais bâtirent à l'envi des forts. Ces escarmouches aboutirent à la guerre de Sept Ans : l'Angleterre eut l'habileté de rendre continentale une lutte qui aurait pu rester coloniale et maritime. La France dut cette fois, comme dans d'autres circonstances analogues, concentrer son effort sur terre, et ses colonies, presque abandonnées à elles-mêmes, devinrent la proie de l'ennemi. Au Canada, après des succès partagés pendant les premières années, l'Angleterre, maîtresse de la mer, s'empara de Louisbourg en 1758 ; l'année suivante, Québec, attaqué par une flotte et par une armée de terre, dut capituler ; puis, en 1760, Montréal capitula aussi. Les Canadiens qui, sans s'enrichir beaucoup, avaient augmenté en nombre (20 500 en 1716 à 69.000 en 1763, se trouvèrent douloureusement séparés de la France.
Pour indemniser l'Espagne des perles que cette guerre lui avait causées, la France lui céda la Louisiane, renonçant ainsi à toute possession sur le continent de l'Amérique du Nord.
Au xvin® siècle les Antilles ont prospéré plus que le Canada. Le café et le sucre enrichirent les colons. La guerre de Sept Ans y causa aussi des désastres ; la paix ne laissa à la France que la Guadeloupe, Marie- Galante, la Désirade, la Martinique et Sainte-Lucie. Plus heureuse sur mer pendant la guerre d'indépendance des Etats-Unis, la France recouvra Tabago par le traité de Versailles (1783). La plus florissante des Antilles était alors Saint-Domingue qu'enrichissaient le sucre, le café et le coton.
La Guyane était loin d'avoir aussi bien réussi. Un envoi considérable de colons, que le duc de Choiseul avait ordonné en 1767 dans le dessein de refaire à la France une colonie continentale en Amérique, périt lamentablement.
Dans l'Océan Indien les îles Mascareignes, Bourbon et Ile de France, furent réunies en 1766 sous l'autorité d'un même gouverneur. Quelques tentatives d'occupation faites à Madagascar ne furent pas soutenues par le gouvernement.
En somme la population totale des possessions, qui dans plusieurs colonies a doublé depuis la guerre de Sept Ans, était, en 1789, d'environ 690.000 individus, dont 55.000 blancs, 32.000 mulâtres ou affranchis, 592.000 esclaves. Le commerce (sans compter celui de l'Inde), avait augmenté plus encore que la population ; il était évalué à 263 millions.
Le commerce des colonies était soumis depuis Colbert à un régime très restrictif, qui était d'ailleurs celui de tous les Etats européens possédant des colonies ; l'accès des ports était interdit aux navires étrangers. Or, comme la marine française n'approvisionnait pas d'ordinaire suffisamment les colonies, la contrebande étrangère avait une part notable dans l'approvisionnement, si bien que, vers la fin de l'ancien régime, le gouvernement jugea sage d'abaisser quelque peu les barrières qui isolaient les colons.
Le commerce général de la France avait augmenté considérablement au cours du xviii* siècle. D'après la statistique comparative qu'a dressée Arnould pour les années 1716 et 1787-1788, ce commerce avait passé de 215 millions en 1716 à 1.061 millions, quintuplant dans l'espace de trois quarts de siècle. Le progrès le plus rapide s'était accompli dans la seconde partie du siècle et particulièrement depuis la guerre de Sept Ans; car pendant cette guerre il était tombé à 313 millions.
Le commerce extérieur de la France, que les guerres de la Révolution et de l'Empire paralysèrent,n'est remonté qu'à la fin de la Restauration au niveau qu'il avait atteint pendant les dernières années du règne de Louis XVI.
Dans l'exportation les produits de l'agriculture tenaient encore le premier rang, comme par le passé ; toutefois ceux de l'industrie avaient augmenté et le leur disputaient*. Les régions de Lyon, de Paris et des ports de mer étaient celles où le mouvement commercial était le plus intense. C'était par mer que se faisait la majeure partie des importations et des exportations.
Les matières premières, les bois et combustibles, les comestibles, les drogueries et épiceries, le tabac, les produitr? manufacturés composaient la plus grande partie de l'importation ; les produits manufacturés, surtout ceux de l'industrie textile, les produits agricoles, vins, eaux-de-vie, comestibles, étaient, avec les denrées coloniales, les principaux articles de l'exportation.
L'unité douanière, malgré les tentatives de quelques ministres, n'avait pas pu se faire ;il y avait toujours les Provinces des Cinq grosses fermes, les Provinces réputées étrangères et les Provinces d'étranger effectif ; il y avait aussi des ports francs.
L'Allemagne et l'Espagne, puis l'Angleterre et l'Italie étaient les quatre pays avec lesquels la France faisait le plus de commerce en Europe ; en seconde ligne venaient les Villes hanséatiques, l'Autriche avec les Flandres, la Hollande ; en troisième ligne, la Russie, la Suisse, les Etats Scandinaves, le Portugal. Hors d'Europe, les pays musul-
1, Et môme d'après Arnould les produits de l'industrie auraient figuré en 1789 pour tine somme plus considérable que les produits du sol.
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tiiàns comprenant le Levant et les Etats barbaresques.la côte occidentale d'Afrique, l'Inde et la Chine ; à l'Occident, les Etats-Unis où les marchands français compromirent la situation avantageuse que la guerre de l'Indépendance leur avait d'abord faite.
A ces pays étrangers il faut, pour former le total du commerce extérieur de la France, ajouter les 2G3 millions du commerce des colonies, lequel était à la fin de l'ancien régime beaucoup plus considérable que le commerce avec aucun autre pays.
Le système mercantile, qui avait eu de tout temps des adversaires, fut vigoureusement battu en brèche dans la seconde moitié du xviii^ siècle, surtout par les physiocrates. A mesure que l'industrie et le commerce se développèrent, on sentit davantage les gênes de la réglementation ; l'agriculture en souffrait et, comme les physiocrates pensaient qu'elle est la seule source de la richesse, ils démontrèrent que , pour prospérer , elle avait besoin d'être aft'ranchie de toutes les entraves de la circulation. Gournay demandait la liberté dans l'intérêt des manufacturiers ; Quesnay la demanda dans l'intérêt des fermiers. Quoiqu'elle ne crut pas que le fait de l'échange ajoutât de la valeur aux objets, l'école physiocratique fut unanime sur la question de la liberté. Ses idées s'infiltrèrent dans les rangs de la haute administration et des réformes libérales furent faites qui desserrèrent quelques liens de la réglementation industrielle et du régime douanier. L'importation des toiles étrangères blanches ou peintes fut autorisée .sous certaines conditions (1759), malgré les protestations des fabricants français ; il est vrai qu'elle fut de nouveau interdite en
Le commerce des céréales était soumis à une réglementation variable, souvent interdit à l'exportation et même d'une province à une autre. Un arrêt du 17 septembre 1754 déclara que la circulation des grains entre les provinces serait désormais entièrement libre, mais sans supprimer les péages les règlements des marchés. Le prix des céréales étant tombé très bas, et les agriculteurs en souffraient. En vue de le relever, le contrôleur général fit publier une déclaration qui confirmait la liberté de circulation. En même temps deux arrêts du Conseil, de 1763 autorisèrent l'exportation des farines; puis Tédit du 19 juillet 1764, publié par le contrôleur général Averdy, rendit complètement libre l'exportation des grains et farines. 11 se trouva peu après que, pour plusieurs causes, le prix du blé renchérit, surtout après les mauvaises récoltes de 1765 à 1768 ; on accusa la spéculation, comme résultant de la liberté ; le peuple murmura ; des parlements protestèrent contre « cette liberté indéfinie » ; des écrivains critiquèrent la théorie de la libre circulation, si bien que Terray, devenu contrôleur général, rendit deux arrêts, le premier (14 juin 1770) par lequel il interdisait l'exportation
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des grains, l'autre (décembre 1770) par lequel il mit à la circulation intérieure des restrictions qui annulaient la liberté.
C'est alors que des opérations faites au nom du roi, ayant pour objets l'approvisionnement de Paris, donnèrent lieu à la légende du pacte de famine.
Turgot, étant intendant à Limoges, avait maintenu dans son intendance la liberté de circulation. Devenu contrôleur général, il rétablit cette liberté dans le royaume (24 août 1774). « Plus le commerce est libre, étendu, animé, disait dans le préambule de Tédit ce maître de la science économique, plus le peuple est promptement, efficacement et abondamment pourvu » ; il montrait les inconvénients de l'intervention du gouvernement dans les achats de grains nécessaires à l'approvisionnement du peuple, et il fit par un autre édit supprimer les règlements du marché de Paris. Mais le peuple n'était pas assez éclairé pour comprendre ce langage et la « guerre des farines » fut une des causes de la chute du clairvoyant ministre réformateur que le roi n'eut pas l'énergie de soutenir contre la malveillance de la Cour.
Necker détruisit l'œuvre des économistes ; l'administration revint à la fixation à peu près arbitraire du commerce par les intendants. Un édit rétablit la corvée ; cependant en fait, elle cessa d'être exigée dans presque toutes les provinces. Le gouvernement, préoccupé d'assurer la subsistance du peuple, avait laissé en général libre l'importation des blés. Certains économistes, préoccupés d'assurer le revenu du cultivateur, firent mettre un droit à l'importation. De Calonne (1787) s'inspirant de la théorie des économistes, rétablit la liberté complète de circulation à l'intérieur et hors des frontières. Necker, de retour aux affaires, suspendit l'exportation.
A travers ces variations, la notion du droit faisait son chemin. En matière de commerce on en trouve une preuve dans les conventions qui furent signées à cette époque avec des pays étrangers pour la suppression du droit d'aubaine. On en trouve aussi une preuve dans l'imposante manifestation que, sur l'initiative de l'impératrice Catherine, les Russes et les Etats du Nord firent par la déclaration des neutres, protestant contre l'insupportable tyrannie que l'Angleterre exerçait sur les mers pendant la guerre d'Amérique. La France s'empressa d'adhérer à cette déclaration.
Le plus grand événement du temps en matière de liberté commerciale a été le traité de commerce signé avec l'Angleterre en 1786. Le traité d'Ulrecht n'ayant pas été sanctionné, les conventions n'en n'avaient pas été observées, sinon celles qui étaient relatives à la navigation. Les prohibitions étaient nombreuses et beaucoup de produits ne s'échangeaient entre les deux pays que par contrebande. En temps de guerre les rigueurs redoublaient et les corsaires armaient.
Le traité de paix de 1783 stipulait qu'un traité de commerce serait
REVUE DES PERIODES
conclu. La négociation en fut laborieuse. Des deux côtés les industriels redoutaient la concurrence. Vergennes cependant, convaincu de l'avantage qu'il y aurait à faciliter les relations, poussa vigoureusement son dessein et le 26 décembre 1786 le traité fut signé. Il renouvelait les stipulations du traité de 1713, mettait sur les vins de France un droit égal à celui que payaient alors les vins de Portugal, taxait à 12 p. 100 l'importation des tissus de colon, des batistes, modes, porcelaines, quincaillerie, etc., etc., stipulait pour les articles non énumérés le traitement de la nation la plus favorisée ; toutefois rien ne fut stipulé pour les soieries françaises. Le traité eut des partisans et surtout des adversaires. Les fabricants n'avaient pas été consultés ; surpris, ils éclatèrent en récriminations. L'égalité de droits sur les vins ne fut pas observée, parce que l'Angleterre réduisit le droit sur les vins portugais. La mode était alors aux articles anglais et les articles anglais affluèrent tout d'abord. Des industries souffrirent. L'importation d'Angleterre en France fut d'abord double de l'exportation de France en Angleterre, mais elle n'augmenta pas les années suivantes.
La révolution de 1789 n'a pas laissé le temps de constater les effets définitifs de ce traité, critiquable à plusieurs égards, mais dont le principe de suppression d'une longue guerre de tarifs était rationnel et devait devenir profitable au moyen d'amendements.
En résumé, depuis les commencements de l'histoire jusqu'à la fin du xvii^ siècle, les conditions naturelles du territoire de la France n'ont guère changé; aussi les cours d'eau ont-ils été de tout temps d'importantes voies commerciales, plus ou moins fréquentées ; les ports principaux sont, à quelques exceptions près, restés les mêmes ; la terre, cultivable dans sa plus grande étendue, a été propre à fournir aux habitants non seulement leur subsistance, mais la matière d'un grand commerce. Ce qui a le plus changé, c'est la puissance productive de l'homme qui a mis en oeuvre les forces de la nature, et qui, de la Gaule préromaine, forestière et barbare, a fait la France de la fin de l'ancien régime, peuplée, à la fois agricole, manufacturière, commerçante, enrichie, quoiqu'il y eut encore de grandes misères.
Le progrès ne s'est pas fait automatiquement par un développement continu et fatal. Il y a eu, au contraire, une alternative de périodes d'expansion et de périodes d'affaissement. Le siècle des Antonins, le siècle de Saint Louis, la Renaissance, la première moitié du règne personnel de Louis XIV, la seconde moitié du xviu^ siècle sont du nombre des périodes d'essor, dont la contre-partie se trouve dans le déclin de l'Empire romain suivi de la longue suite des siècles d'invasions et de torpeur féodale,dansla guerre de Cent Ans, dans les guerres de rehgion, dans la fin du règne de Louis XIV.