‹ Histoire du commerce de la FranceChapitre 116 sur 266 · II H · texte numérisé non relu

II H

de chrétiens. La reine étant morte (26 août 1861) eut pour successeur Radama II qui, au contraire, rappela les Français et accorda à Lambert une charte autorisant la formation d'une Compagnie de Madagascar ayant pour objet l'exploitation des mines, des forêts et des terrains sur les côtes et à l'intérieur de l'île '. Le gouvernement impérial aurait pu alors constituer un protectorat ; il ne le fil pas pour ne pas indisposer l'Angleterre ; mais il signa avec Radama reconnu « roi de Madagascar, sous la réserve des droits de la France » le traité de Tananarive (12 septembre 1862) qui stipulait paix et amitié perpétuelle entre les deux souverains, libre exercice du commerce et de la religion, suppression des droits de douane à l'entrée et à la sortie.

Radama II introduisit, dans l'administration et la législation de son pays, de nombreuses réformes qui indisposèrent les grands et le peuple ; une émeute, secrètement fomentée par un agent anglais, envahit le palais et le roi fut étranglé. La concession accordée à Lambert fut annulée. Cependant, sous le gouvernement de la reine Ranavalo II, Lambert reconquit la faveur et obtint (8 août 1868) la signature du traité de Tananarive qui rétablit l'amitié, la liberté du commerce, la protection pour toute opération commerciale et industrielle, le bénéfice de la loi française pour tous les Français,

Le roi des Hovas ne régnait que sur une partie de l'île. Des conventions furent conclues avec d'autres chefs, le 26 février et le 26 seplem* bre 1859 avec le roi de l'Ambougou, le 10 août 1859 avec le roi des Machafélés, le 30 mars 1860 avec la reine de Ménabé ; elles avaient pour objet de faire reconnaître les anciens droits de la France sur l'île et d'assurer la liberté du commerce. Madagascar, Etat alors indépendant, faisait avec la France en 1869 un commerce d'environ 2 millions 1/2(2.2 à l'importation en France, 300.000 fr. à l'exportation).

Au nord-est de l'Afrique, près de l'entrée de la Mer Rouge, l'agent consulaire français d'Aden, Henri Lambert, avait obtenu, comme récompense d'un service rendu à un chef, la cession d'un territoire qui pouvait, après l'ouverture du canal de Suez, devenir un point de ravitaillement utile. Lambert ayant été assassiné, le commandant Fleuriot de Langle intervint, (il punir les assassins et une convention conclue à Paris le 11 mars 1862 céda à la France pour le prix de 50.000 francs le port et la rade dObock.

La Réunion avait pris en 1848 son nom républicain. L'Empire l'avait placée sous le régime des sénatus-consultes et, comme la Martinique et la Guadeloupe, elle était régie par les sénatus-consultes du 3 mai 1854 et du 4 juillet 1866. C'était une des trois grandes colonies sucrières et sa fortune a été pendant cette période à peu près la même que celle des deux autres. Comme elles, elle subissait péniblement la concurrence du sucre de betteraves.

1. La Compagnie, à la tète de laquelle était un sénateur français, fut autorisée par décret du 2 mai 1863.

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Sous le règne (Je Louis-Philippe, la loi du "2 juillet 1843 avait décidé, à la grande satisfaction des colonies sucrières, qu'à partir de l'année 1847 le sucre indigène de betterave paierait les mêmes droits que le sucre des colonies françaises. Les colons pensaient que la betterave était incapable de supporter celle charge. Ils se trompaient. En 1846 la production était de 648.500 quintaux de sucre brut de betterave ; en 1862 elle avait doublé (1.327.500 quintaux) et en 1869 elle atteignit 1.981.000 quintaux'.

En 1851 1852 il fut accordé des primes à l'exportation des raffinés provenant de sucres importés par navires français de pays hors d'Europe, une taxe décroissante jusqu'en 1861 pour les sucres coloniaux, avec prohibition des raffinés étrangers. En 1860 les droits furent abaissés de moitié, la surtaxe fut supprimée sur les sucres étrangers, qui dès lors furent admis au bénéfice du drawbach et de la prime d'exportation. En 1864 les droits furent élevés, une surtaxe fut imposée aux sucres étrangers, les sucres coloniaux obtinrent une détaxe. La législation des sucres a été celle qui à cette époque a été la plus souvent remaniée en vue de balancer les intérêts divers et souvent opposés qui y étaient engagés.

L'importation totale des sucres produits hors de France, sucres des colonies françaises et sucres étrangers, ne faiblit cependant pas, parce que dès 1847 la consommation en France doubla 9 et que l'exportation doubla aussi 3. L'importation en France du sucre brut de toute provenance fut de 974.000 quintaux en 1846 et de 2.018.000 en 1869.

Le commerce de la Réunion avait été de 41 millions 1/2 de francs en 1847 ; il s'éleva d'année en année jusqu'à 111.6 millions en 1861 (85.7 avec la France *, 4.2 avec les autres colonies, 21.7 avec l'étranger). Le progrès était considérable ; mais le chiffre retomba d'année en année, jusqu'à 46 millions en 1869.

Pour l'année 1869 les statistiques des colonies donnent un total de 46 millions seulement, à savoir 26.9 avec la France, 1 avec les colonies, 18.2 avec l'étranger. La Direction générale des douanes donne pour le commerce spécial de la Réunion avec la métropole 21.2 à l'importation et 9 à l'exportation, au total 30.2 millions. Le commerce avec la France, sous l'influence du nouveau régime douanier, avait diminué beaucoup plus que le commerce avec l'étranger.

1. Le compte définitif des dépenses du ministère du commerce donne, pour la campagne 18io-1846, 360.000 quintaux de sucre raffiné ; pour 1861-1862, 1.239.000 ; pour 1868-1889, 1.8Ï.6.000.

2. 1.314.000 quintaux en 1846, 2.789.000 en 1869 (sucre brut).

3. 184.000 quintaux exportés en 1846, 1.210.000 en 1869 (sucre brut).

4. Toutefois, d'après la statistique de l'administration des douanes, la moyenne de 1S .7-1866 (commerce spécial) n'a été que de 60 millions (^6*4 à l'importation en France et 23 4 à l'exportation de France).

En Asie. — Le commerce des établissements français de l'Iinde augmenta pendant la période impériale. En 1846 il avait été de 21 millions 1/2. Il faiblit, comme celui de la plupart des colonies, pendant la République et se releva d'abord sous l'Empire jusqu'à 48 millions en 1857, année particulièrement favorisée; mais il retomba ensuite ; il n*était que de 25 millions en 1869, dont 12.8 avec la France, 1.2 avec les autres colonies et 11 avec l'étranger. Le commerce avec l'étranger, c'esl-à-dire presque exclusivement avec l'Inde anglaise, était toujours le plus important.

L'Annam et le Tonkin, qui avaient été au moyen âge soumis par la Chine, étaient depuis longtemps un Etat indépendant dont le souverain rendait seulement à l'empereur de Chine un hommage honorifique.

Vers la fin du xvme siècle, un missionnaire français devenu évêque d'Adran, Pigneau de Behaine, ayant gagné la confiance de l'empereur d'Annam, Gia-Long,qui luttait pour reconquérir le pouvoir, était venu à Versailles avec le fils de ce prince. Louis XVI avait signé un traité d'alliance offensive et défensive avec l'Annam, s'engageant à fournir des secours en hommes et en argent et obtenant la cession de la baie de Tourane et autres territoires (1787). Les événements n'avaient pas permis l'envoi de troupes; cependant l'évêque était parvenu à faire équiper deux navires chargés de munitions parles Français de Pondichéry (1 790) ; sous le fils et successeur de Gia-Long, les Français avaient été expulsés (1824); les missionnaires étaient persécutés; l'évêque espagnol Diaz fut assassiné. Deux fois (1847 et 1852), des bâtiments français durent exercer des représailles.

En août 1858 une troisième expédition franco-espagnole commandée par l'amiral Rigault de Genouilly s'empara des forts de la baie de Tourane (1er septembre) ; puis (février 1859) remonta la Donnai et prit d'assaut Saigon (17 février). Il y laissa une garnison franco-espagnole et il évacua Tourane pour aller diriger l'expédition de Chine. La garnison de Saïgon résista victorieusement aux attaques des Annamites et, après l'expédition de Chine, l'amiral Charners délivra Saïgon en enlevant les lignes de Ki-hoa et s'empara de la citadelle de Bien-hoa (17 décembre 1861). Il occupa Mytho, acheva la conquête de la province de Gia-dinh et fit celle des provinces de Bien-hoa, Baria, Vinhlong (1862). L'empereur d'Annam se décida à signer le traité de Saigon (5 juin 1862) par lequel il cédait en toute souveraineté à la France les provinces de Bien-hoa, Gia-Dinh et Dinh-tuong et l'île de Poulo- Condore. Le traité stipulait une paix perpétuelle, la liberté de l'exercice du culte chrétien, la libre circulation sur la Cambodge et dans les trois ports de Tourane, Badat et Quang-An.

Quand le texte de ce traité eut été apporté en France, le gouvernement français, inquiet des affaires du Mexique, hésita à s'engager aussi complètement et un envoyé de Tu-Duc obtint qu'au traité de cession on substituât un trait de simple protectorat. Mais les objections que

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souleva dans les Chambres ce recul décidèrent l'empereur à donner contre-ordre avant que le nouveau traité eut été communiqué au souverain de l'Annam. Celui-ci, irrité du revirement, provoqua en Cochinchine des révoltes qu'il fallut réprimer par les armes. L'amiral de la Gandière prit même l'offensive et occupa les trois provinces de Vinh- Long, Chaudoc et Hatien. La soumission fut complète en 1868.

Antérieurement, l'amiral Bonard, ayant à venger un massacre de chrétiens au Cambodge, contraignit le souverain à accepter le protectorat de la France par traité du 11 août 1863 \ Ce traité portait « liberté pour les Français de circuler, posséder, s'établir librement, juridiction française pour les Français, exemption réciproque de droits de douane ». Pour désintéresser le roi de Siam qui avait des prétentions sur le Cambodge, la souveraineté des provinces de Batlambang et d'Angkor lui fut reconnue (traité du 15 juillet 1867), souveraineté que le roi du Cambodge s'est refusé à admettre. En compensation, les bâtiments français purent naviguer librement sur le Mékong et sur la mer intérieure contiguëau royaume de Siam.

Le Cambodge paraissait alors devoir être la grande voie fluviale qui conduirait le commerce dans les provinces du sud-ouest de la Chine. Une mission, commandée par le capitaine de frégate Doudart de Lagrée, fut chargée en 1866 par le gouvernement français de reconnaître le cours du fleuve. Cette mémorable expédition, au cours de laquelle mourut Doudart de Lagrée (1868) après avoir pénétré en Chine et que ramena son second, le lieutenant Doudart de Lagrée reconnut l'impraticabilité de cette navigation et commença à attirer l'attention sur le Tonkin où le Song-Koï semblait offrir une voie plus rapide.

En Océanie. — En Océanie la France acquit sous l'Empire une colonie, la Nouvelle-Calédonie. Pendant qu'une frégate française faisait une reconnaissance dans cette région (1850;, l'équipage d'une de ses chaloupes fut surpris, massacré et mangé par les indigènes. La punilion fut une prise de possession de la Nouvelle-Calédonie (24 septembre 1853) et de l'île des Pins (29 septembre) par le contre-amiral Febvrier-Despointes. Les îles Loyally furent occupées en 1864. On fit de cette colonie un lieu de déportation (décret du 2 septembre 1863); le premier convoi, composé de 250 condamnés, arriva à Nouméa en janvier 1864. La Nouvelle-Calédonie a eu un gouverneur depuis 1862. Son commerce est évalué par les statistiques coloniales pour l'année 1869 à 13 millions, dont 5 pour l'importation de la France dans la colonie.

En Amérique. — Le commerce spécial de Saint-Pierre et Miquelon avec la France a été, d'après la statistique de l'administration des douanes, de 21 millions 1/2 (15.8 à l'importation en France et 5.7 à l'ex-

1. Ce protectorat avait été déjà démandé par le roi du Cambodge en 1853.

porlalion), année moyenne, pendant la période 1847-1856, et de 31 millions (24 5 à l'importation et 6.5 à l'exportation) pendant la période 1867-1876 '.

Le traité d'Utrecht (1713) avait donné Terre-Neuve à l'Angleterre, mais en stipulant que la France conserverait le droit de pêche avec « chaufauds », c'est-à-dire avec le droit d'élever sur le rivage des baraques en bois pour préparer et sécher le poisson, depuis le cap Bonavisla sur la côte orientale jusqu'à la pointe Biche sur la côle occidentale. Le traité de Paris (1763) avait cédé en toute propriété à la France les îles Saint-Pierre et Miquelon et autorisé la pêche au large dans le golfe du Saint-Laurent. Par le traité de Versailles (1783), la France avait abandonné la partie sud de la côle orientale, du cap Bonavisla au cap Saint-Jean, en échange de la partie de la côte occidentale qui s'étend de la pointe Biche au cap de Baye. Cette côte ainsi délimitée sur laquelle les Français avaient le droit exclusif de pêcher et d'élever des chaufauds, était désignée sous le nom de « French Shore », côle française. Les traités de 1814 et de 1815 avaient confirmé les stipulations du traité de Versailles ; l'Angleterre avait, au cours des négociations, offert de restituer l'Ile de France en échange des droits sur Terre- Neuve ; le gouvernement français avait préféré les pêcheries.

Cependant les pêcheurs français ne faisant pas valoir strictement leurs droits sur cette longue étendue de côtes et la population de Terre-Neuve augmentant pendant que diminuait le nombre des navires français, parce que la morue devenait moins abondante, des pêcheurs de Terre-Neuve établirent leurs chaufauds dans les mêmes parages et des colons du pays se fixèrent dans plusieurs baies. D'autre part, des bâtiments américains d'un plus fort tonnage que les bâtiments français vinrent pêcher dans les mêmes eaux. A maintes reprises les croiseurs français qui stationnaient pour protéger leurs nationaux confisquèrent des filets et détruisirent des chaufauds appartenant à des sujets britanniques : de là des difficultés fréquentes entre les deux Elals.

Une convention fut signée par les deux puissances le 4 avril 1857. Elle donnait aux Français : 1° le droit exclusif de pêcher et de sécher, du 5 avril au 5 octobre, sur les côtes de Belle-Isle et du Labrador, sur la côle orientale de Terre-Neuve, du cap Saint-Jean au cap Normand, extrémité nord de l'île, et dans cinq havres de la côte occidentale, Port-au-Choix, Pelil-Port, Port-à-Port, lie Bouge, île Cod-Boy ; 2° le droit non exclusif sur le reste de la côte occidentale, du cap Normand au cap de Baye avec usage exclusif de cette côte depuis le cap Normand jusqu'à la pointe Saint-Boch ; la convention stipulait la liberté de commerce de la boëlte, amorce pour la pêche de la morue,

1. Ces chiffres, provenant de l'administration des douanes en France, sont sapérieurs à ceux de la statistique de la colonie, parce qu'ils comprennent le commerce des bâtiments qui font la pêche sans toucher à Saint-Pierre.

et confiait à la marine britannique la police de la pêche. Le Parlement de Terre-Neuve ayant refusé de ratifier cette convention, elle demeura nulle et les difficultés subsistèrent.

La taxe sur le sucre, qui était le principal article de l'exportation de la Martinique et de la Guadeloupe, comme de la Réunion, fut à plusieurs reprises modifiée pendant cette période. Une loi du 13 juin 1851 accorda une détaxe aux sucres coloniaux ; le décret du 27 mars 1852 supprima la prohibition de l'exportation des sucres raffinés. Quand le gouvernement impérial fut entré dans la voie des réformes libérales, la loi du 23 mai 1860 réduisit beaucoup le droit à l'importation sur les sucres et autres denrées coloniales, et en même temps supprima ou réduisit les surtaxes sur les sucres étrangers. Celle du 7 mai 1864 substitua l'admission temporaire au drawback pour les sucres bruts importés pour être ensuite exportés, établit un impôt de 42 à 47 francs sur les sucres, avec détaxe de 5 francs pour les sucres coloniaux.

La loi du 3 juillet 1861 et lesénatus-consulte du 4 juillet 1860, dont nous avons parlé, changèrent entièrement la condition économique des colonies sucrières.

A la Martinique l'exportation du sucre diminua beaucoup pendant la seconde République (jusqu'à 7 millions de francs en 1848). Elle remonta ensuite rapidement et en 1869 elle était de 37 millions de kilogrammes ayant une valeur de 18 millions de francs. Il en était à peu près de même à la Guadeloupe qui, en 1858, à la veille de la suppression du pacte colonial, exportait 28 millions 1/2 de kilogrammes de sucre. La concurrence du sucre de betterave et la suppression de l'esclavage créaient alors à ces colonies des difficultés dont elles ne triomphaient qu'incomplètement par l'importation de coolies indiens et africains, par de plus vastes exploitations agricoles et par la concentration du travail dans de grandes usines centrales. La transformation des procédés de fabrication avait commencé à la Guadeloupe après le tremblement de terre de 1843.

Le commerce de la Guadeloupe avec la France, qui avait été en moyenne annuelle de 36.6 millions en 1837-1846, a été de 33.7 millions (17.3 à l'importation en France et 15.4 à l'exportation de France) en 1857-1866 ; il n'y avait pas progrès. Le commerce total, comprenant, outre la France, les autres colonies et les pays étrangers, qui en 1848 était tombé à 25.7 millions, monta jusqu'à 50 millions en 1860, dont 38.7 avec la France, 2.8 avec les autres colonies et 8.5 avec l'étranger : en 1869 le total était, d'après les statistiques coloniales, de 46 millions, à savoir 34.9 avec la France (11.4 à l'importation à la Guadeloupe et 23.5 à l'exportation) et 11.1 avec les colonies et l'étranger (9 6 à l'importation et 1.5 à l'exportation).

Le commerce de la Martinique avec la France, nui avait été en moyenne annuelle de 34.1 millions en 1837-1846, a été de 39.2 millions

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