CHAPITRE VI
par les droits qu'ils prélevaient et par leurs excursions sur la rive gauche. Ils furent battus; le Oualo qu'ils dominaient (un des chefs Trarza étant marié à la reine de ce pays) fut placé sous le protectorat français (décembre 1855); les Maures Trarzas en furent expulsés et reconnurent par traité du 20 mai 1857 l'autorité de la France sur le Oualo et les territoires voisins ; les Maures s'engagèrent à ne jamais plus traverser en armes le fleuve, acceptèrent les conditions qui leur furent faites pour le commerce de la gomme à Dagana et autorisèrent le libre parcours des Français sur leur territoire. Même traité le 10 juin 1857 avec les Maures Braknas. Depuis ce temps la tranquillité régna de ce côté.
Un conquérant, pèlerin de la Mecque, renommé pour sa sainteté, El-Hadj-Omar, s'était taillé un empire dans la région située à l'est du Sénégal. Pour prévenir une incursion, Faidherbe lit construire un fort à Médine, sur le haut Sénégal. Omar vint en faire le siège (mai 1857), siège mémorable que soutinrent pendant cent jours une soixantaine d'hommes contre une armée ; Faidherbe arriva et débloqua la place. Les hostilités durèrent encore près de quatre ans jusqu'au jour où Omar, plusieurs fois battu, signale traité (août- 1860) par lequel il reconnut que le territoire jusqu'au Bafing était sous l'autorité française, promettait de cesser tout pillage et toute guerre et stipulait que « le commerce se ferait librement entre les deux pays». En effet la paix régna de ce côté aussi.
Par traité du 16 août 1863 les Foûlbé du Fouta se soumirent et renoncèrent à tout droit sur le Toro qui avait accepté en 1859 le protectorat français. Lat Dior, qui avait soulevé à deux reprises le Cayor, fut obligé de s'enfuir (1869). Le Baol, le Sine se soumirent et l'autorité française fut reconnue jusqu'à la Mellacorée (1867). Les Nalous, habitant le territoire du Rio Nunez, reconnurent (1865) la suzeraineté de la France. Le port de Dakar avait été fondé en 1863.
Pendant cette période, de mémorables voyages d'exploration étendaient les connaissances et les relations. Panet en 1851 traversait le Sahara et le Maroc jusqu'à Mogador ; le capitaine Vincent pénétrait dans l'Adrar (1860); Alioun Sal (1860) et Mage (1861) atteignaient l'oasis de Tagant. Faidherbe, dans le dessein d'attirer vers le Sénégal le trafic du Soudan qui se faisait par le Sahara, expédia le lieutenant xMage en ambassade auprès d'El-Hadj-Omar (1863) ; mais Mage fut retenu par Ahmadou, fils d'Omar, jusqu'en 1866, et ne rapporta qu'une convention inexécutable.
Le développement commercial ne répondit qu'imparfaitement à l'effort de la conquête. A la fin du règne de Louis-Philippe, en 1847, le commerce total du Sénégal avait été de 20 millions. Sous la République, en 1850, il tomba à 12. 11 se releva, dès 1852, jusqu'à 39.8 mil-
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lions en 1859 ' ; en. 1860 il est évalué (par les statistiques coloniales) à 50 millions 1/2 dont 29 avec la France, 8 avec les colonies françaises et 13 avec l'étranger (c'est la branche du commerce qui avait le plus augmenté). Dans le commerce spécial avec la France, l'importation en France (12.3 millions d'après la direction générale des douanes) était presque le double de l'exportation de France (7.6 millions).
En Guinée, les noirs de la côte, craignant de perdre le monopole du trafic qui se faisait entre les européens et les tribus de l'intérieur, se montrèrent hostiles ; il fallut deux fois (1849 et 1853) envoyer de France ou du Sénégal des troupes qui détruisirent le principal village indigène, Dabou. Des traités furent conclus avec les chefs du pays qui reconnurent la souveraineté de la France ou se placèrent sous son protectorat et cédèrent des terrains pour la construction de forts et de comptoirs : traités en 1852 avec les rois de Bassam, les chefs de Grand-Jack, de l'Ebrié ; en 1853, avec les chefs d'Ebremou, capitale du pays de Dabou ; avec les Jak-Jak et les chefs du Petit-Bassam. Dabou fut occupé et fortifié.
Quelques années après, en 1869, le lieutenant de vaisseau Pernet, commandant supérieur des comptoirs de la Côle-d'Or, signa un traité par lequel le chef du pays compris entre le Dabou et les Jak-Jak concéda à l'empereur « la souveraineté pleine et entière de son territoire », ainsi que le terrain nécessaire pour bâtir un fort ou un comptoir.
Au Dahomey, le roi assura par traité du 1er juillet 1851 protection et liberté de commerce aux Français. En 1857 la France fit l'acquisi* tion du Grand-Popo, en 1828 celle d'Agoué. En janvier 1863, le roi de Porlo-Novo (situé entre la lagune Denham et la rivière Lagos), qui venait de subir le bombardement des Anglais, mit ses Etats sous le protectorat français. Les limites de ce royaume furent fixées par un traité entre la France et l'Angleterre (1863-1864). Un traité du 19 mai 1868 céda à la France le territoire da Kolonou, que les Anglais essayèrent de lui disputer. Au Gabon, des voyageurs commencèrent à faire connaître le pays.
Un décret de 1869 dota de tribunaux les « Etablissements français de la Côte-d'Or et du Gabon ».
Quoique la reine des Hovas eût rompu avec les Européens, quelques Français étaient restés à Tananarive et étaient même parvenus à gagner les bonnes grâces de la reine. Lambert, négociant de la Réunion, s'occupa même à fonder une Compagnie de commerce. Les entraves que les Anglais mirent à ce dessein eurent pour effet de faire expulser de nouveau les Français en juillet 1853 et massacrer un grand nombre
i. En 1859, Faidherbe écrivait que le commerce du Sénégal était d'environ 12 millions, celui de Gorée de 10 millions et qu'avec les autres marchandises qui s'expédiaient directement des autres ports de la Côte occidentale, le total devait approcher de 30 millions.