Pris dans Annales du commerce extérieur, p
2. Pris dans Statistique de la navigation du ministère des colonies.
Diego-Suarez, au nord de l'île, est un port situé dans une magnifique baie, mais dont l'importance est presque exclusivement militaire. Tamatave, sur la côte orientale, est aussi un bon port, le plus commerçant de lile ; il est muni depuis une dizaine d'années d'un long wharf. Le principal port de la côte occidentale est Maj unira.
Mayotle et les Comores. — La Grande Comore a été placée sous le protectorat de la France en 1886. Dès 1883 un français, Humblot, avait signé une convention privée avec le sultan Saïd-Ali par laquelle celuici s'était engagé à ne placer son pays sous un protectorat quelconque sans l'assentiment de la France. A la suite d'une insurrection des habitants contre le sultan, le protectorat français fut établi ; mais l'hostilité d'une partie de la population et des attaques contre les personnes ont fini par amener en 1891 la cession de Mayotle à la France par son souverain.
Les îles d'Anjouan et de Moheli ont été placées sous le protectorat de la France en 1886 à la suite de dissensions intestines. Un soulèvement des Anjouanais a été promptement réprimé.
En 1908 ce groupe a été rattaché au gouvernement général de Madagascar.
La vanille, le sucre, les parfums, le bois sont les principaux articles du commerce.
Les statistiques coloniales donnent pour le commerce de Mayotle et des Comores, en 1872,2 millions ; comme moyenne de 1877-1886, 3 millions dont 1,3 à l'importation et 1,7 à l'exportation ; comme moyenne de 1887-18%, 2 millions ; comme moyenne de 1897-1906, 2,8 millions. En 1908 les chiffres ont été de 3.730.000 francs dont 1 1/2 à l'imporlation et 2,3 à l'exportalion, la France figurant pour la plus forte part, à l'importation 1/2 million, à l'exportation 2 millions.
D'après les relevés de la douane française, le commerce spécial de Mayotle et Nossi-Bé avec la France a été de 88.000 francs à l'importation en France et de 2 millions à l'exportation de France.
La France et l'Angleterre avaient l'une et l'autre des prétentions sur l'archipel des Iles Glorieuses ; elles ont été placées sous le protectorat de la France en 1892.
En 1874 une mission française a momentanément occupé les îles Saint-Paul et Amsterdam pour observer le passage de Vénus sur le soleil : le protectorat a été déclaré en 1892. En 1893 la France a pris possession de l'île stérile de Kerguélen.
La Réunion. — La Réunion n'a pour ainsi dire pas d'histoire aujourd'hui, non plus que les deux autres îles sucrières. Comme elles, elle souffre du manque de main-d'œuvre et du déclassement social qui ont été les conséquences de la suppression de l'esclavage et, sur le
marché européen, de la concurrence du sucre de betterave. La production du sucre de canne a beaucoup diminué. Cependant l'outillage des transports a été coûteusement amélioré. Le port des Galets a été construit en 1886 ; un chemin de fer côtier a été construit, sur une longueur de 126 kilomètres, de Saint-Pierre à Saint-Benoît par Saint-Denis et est exploité depuis 1888 par l'Etat, auquel il coûte 2 millions 1/2 par an.
Les planteurs, qui ont en partie abandonné la canne pour la vanille et autres cultures, ont essayé de remédier au manque de main-d'œuvre par l'immigration de coolies hindous ; mais l'Angleterre a arrêté l'émigration.
La Réunion avait un budget (recettes réalisées) de 6 millions 1/2 en 1907 et une prévision de 4 millions 1/2 pour 1909.
Elle a emprunté 1.400.000 francs en 1907 ; en outre, ses communes ont contracté des emprunts dont le total est de 8.331.000 francs.
Le mouvement maritime entre la France et la Réunion a été à l'entrée, en 1907, de 60.396 tonneaux chargés et le total général de la navigation sous tout pavillon, avec ou sans chargement, de 171.745 tonneaux, dont 127.161 pour le pavillon français.
Le commerce spécial de la France avec la Réunion a été (d'après les relevés de l'administration des douanes), à l'importation en France, de 21,4 millions en 1867-1876, de 16,7 en 1877-1886, de 11.9 en 1887-1896, et à l'exportation de France, de 9,6 millions, 7,8, et 8,3.
En 1909 le commerce général a été de 35 millions 1/2 (25,3 à l'importation et 10,2 à l'exportation) ; le commerce spécial de 29 millions (20 1/2 à l'importation et 8 à l'exportation). L'importation a consisté en sucre (12 millions), huiles volatiles (4), sagou (1,8), rhum (1,3); l'exportation, en tissus de coton (3 millions). A l'importation il consistait surtout en sucre (8,3 millions), en huiles volatiles (1,4), en fécucules (0,9), en vanille, en rhum, en végétaux filamenteux ; à l'exportation de France, en vins (0,9).
Le commerce total de la Réunion avec la France, les colonies françaises et l'étranger est en déclin. A la fin du second Empire il était d'une cinquantaine de millions ; il s'est maintenu jusqu'en 1881 entre 47 et 58 millions. Il a fléchi ensuite pendant la longue crise du commerce, mais il ne s'est pas relevé. La moyenne de 1897-1906 a été de 35 millions. Les chiffres de 1908 sont 27 millions dont 12 à l'importation (7 pour la France, 3,5 pour les colonies françaises, 1 1/2 pour l'étranger) et 15,1 à l'exportation (14,1 pour la France, 0,3 pour les colonies, 0,7 pour l'étranger.
B. — En Asie.
L'Inde française. — L'Inde française n'a pas non plus pour ainsi dire d'histoire. Elle se compose de cinq villes rendues à la France par
les trailés de 1814 el de 1815, dont l'administration est réglée par les ordonnances de la Restauration et par les décrets des 29 juin et 13 août 1879 : Pondichéry* Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanaon, et des comptoirs d'Oulgaret, Villenour, Bahour, Grande Aidée, Nedounkadou, avec une population totale de 287.000 âmes.
Quelques petites lignes de chemins de fer relient Pondichéry, Karikal et Chandernagor au réseau anglais.
Le budget ordinaire de l'Inde française a été d'environ 2 millions 1/2 de francs. Il y a eu, en outre, un budget extraordinaire d'un million 1/2 constitué en grande partie par un emprunt Les établissements de l'Inde ont contracté depuis 1894 des emprunts pour une valeur de de 5.244.000 francs.
En 1907 le mouvement maritime a été, à l'entrée, de 399 bâtiments jaugeant 78.641 tonneaux dont 32.838 sous pavillon français.
Le commerce spécial de la France avec les établissements de l'Inde a été, année moyenne, à l'importation en France de 6,3 millions en 1867-1876, de 10,2 en 1876 1877, de 13,9 en 1837-1896, et à l'exportation de France de 0,8 million, 0,7 et 0,7.
Le commerce total de l'Inde française a été de 20 millions 1/2 en 1872; la moyenne de 1877-1886 a été de 31 millions; celle de 1887- 1896 a été de 22 millions ; celle 1897-1906 de 26 millions. En 1908, les chiffres ont été 36 millions, dont 9 à l'importation (2 pour la France, presque tout le reste pour l'étranger) et 27 à l'exportation (14 1/2 pour la France, 3 pour les colonies, 9 1/2 pour l'étranger).
D'après la douane française, le commerce de la France avec les établissements de l'Inde a été, au commerce général, 24 12 millions d'importations et 1,2 million d'exportation et, au commerce spécial, 20 millions 1/2 d'importations et 717 000 francs d'exportations ; l'importation consistant en arachides (19 1/2), guinées (0,5), l'exportation en peaux et pelleteries ouvrées et tissus de coton.
L Indo-Chine. — En 1870 les rapports de la France avec le royaume d'Annam étaient fixés par le traité du 4 juin 1862 qui stipulait la paix perpétuelle entre les deux pays, libre exercice de la religion catholique, cession à la France des trois provinces de Bien-Hoa, Gia-Dinh et Ding- Thuong en Cochinchine et l'île de Poulo-Gondore, interdiction au roi d'Annam de faire à aucune autre puissance cession de territoire sans le consentement de l'empereur des Français, liberté de commerce dans les ports de Tourane, de Balat et de Quang-An. Les menées hostiles des Annamites avaient déterminé l'amiral de la Grandière à occuper les trois autres provinces, Vinh-Long, avec Sadec, Ghàudôc et Hâ-lien. Après la conquête de la Cochinchine, le roi du Cambodge avait demandé la protection de la France, et le protectorat avait été établi par un traité du 11 août 1863.
Quelques commerçants français fréquentaient le Tonkin. L'un d'eux, Jean Dupuis, fixé en Chine depuis un certain temps, entreprit de transporter par le Song-Koï des marchandises, principalement des armes pour les troupes chinoises, et s'installa avec une petite troupe à Hanoï ; comme les mandarins annamites voyaient avec déplaisir que ce trafic servait en partie à équiper des pirates., ils y mirent des obstacles, quoiqu'une partie de la population fut favorable à l'ouverture d'une voie commerciale en Chine. Dupuis résista et se plaignit au contreamiral Dupré qui envoya d'abord le commandant Senez. Francis Garnier, lieutenant de vaisseau et compagnon de Doudart de Lagrée dans la mission d'exploration du Mékong, s'étant convaincu de l'impossibilité de créer une voie de pénétration en Chine par ce fleuve, encombré d'obstacles, songeait à en ouvrir une plus courte et plus facile par le Song Koï et pour cela à faire du Tonkin une possession française. Il obtint de l'amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine, d'être envoyé dans le pays pour apaiser le différend commercial entre Dupuis et le vice-roi du Tonkin et pour négocier, s'il était possible, une convention douanière avec les autorités du Tonkin et du Yun-Nan. Garnier, mal accueilli par le maréchal annamite Nguyen-Tri-Phuong, usa de la force ; il déclara le Song-Koï ouvert à la marine française et espagnole, osa attaquer le maréchal, quoique sa troupe ne se composât que de 184 hommes, enleva d'assaut la citadelle d'Hanoï (20 novembre 1873) et soumit le delta. Mais il fut tué dans une sortie téméraire qu'il fit contre les Pavillons Noirs (21 décembre 1873). Les Pavillons Noirs étaient des bandes de troupes chinoises indépendantes, restes des anciens Taïpings, qui infestaient le Tonkin.
Le roi d'Annam, immédiatement après l'invasion du Tonkin, avait entamé des négociations dont la mort de Garnier changea les dispositions. Le 15 mars 1874 l'inspecteur des affaires indigènes, Philastre, obéissant à la politique du gouvernement français qui ne voulait pas, trois ans après les désastres de la guerre franco-allemande, engager une opération de conquête lointaine, fit évacuer le delta"; il ne resta à Hanoï qu'un officier avec une petite escorte. Le 15 mars 1874 un traité fut signé à Saigon par l'amiral Dupré avec le roi d'Annam. Ce traité, qui établissait une amitié et alliance perpétuelle entre la France et le royaume d'Annam, reconnaissait « la souveraineté du roi de l'Annam et. son entière indépendance vis-à-vis de toute puissance étrangère», lui assurait « l'appui nécessaire de la France pour maintenir l'ordre dans ses Etats » ; le roi s'engageait en retour « à conformer sa politique extérieure à celle de la France », à ne faire avec aucune nation de traité de commerce en désaccord avec celui conclu avec la France, à annuler toutes les prohibitions portées contre la religion catholique, à ouvrir au commerce de tous les peuples français et étrangers, les ports de Thin-Haï, de Ninh-Haï, la ville de Hanoï et le cours
du Nhi-Hà (Song-koi). Il reconnaissait la pleine et entière souveraineté de la France sur les provinces de Cochinchine, les trois qui avaient été cédées en 1862 et les trois qui avaient été conquises ensuite. La France promettait de mettre à la disposition du roi des instructeurs militaires et des ingénieurs.
Ces dispositions étaient complétées par un traité de commerce conclu le 31 août 1874 qui déclarait le commerce libre après acquittement d'un droit de 5 p. 100 à l'entrée ou à la sortie des marchandises, fixait le droit de place et d'ancrage, mettait des fonctionnaires français à la disposition du roi pour le service des douanes. Un acte additionnel rappelait que « la ville même de Hanoï était ouverte au commerce étranger ».
Le traité du 15 mars 1874, désigné sous le nom du négociateur Philaslre, fut très critiqué en France par les partisans de l'expansion coloniale qui le trouvèrent tout à fait insuffisant, quoiqu'il portât la cession complète de la Cochinchine et le protectorat de la France. Le roi d'Annam s'efforça d'en éluder l'exécution. Il rechercha l'appui de la Chine, en renouvelant l'envoi (1876-1880) à Pékin du tribut annuel que ses prédécesseurs avaient autrefois payé et en appelant au Tonkin les troupes régulières de la Chine pour délivrer le pays des pirates. Des missionnaires français furent massacrés. Le chargé d'affaires de France à Pékin signala le danger de celte mainmise de la Chine sur l'Indo- Chine qui était contraire aux stipulations du traité de 1874. Des pourparlers entre les deux gouvernements, français et chinois, n'amenèrent pas l'entente. Celui de France exposait que la Chine n'avait pas protesté contre le traité de 1874 lorsqu'il lui avait été communiqué, que ce traité portait indépendance entière du souverain de l'Annam et protectorat de la France, que la France ne faisait qu'exercer légitimement ce protectorat. Le ministre de Chine à Paris arguait, de son côté, des liens de vassalité qui unissaient depuis très longtemps l'Annam à la Chine et déclarait que, s'il ne voyait qu'avantage à l'exécution du traité de 1874, il en était autrement de l'annexion du Tonkin, « contrée desservie par les grands fleuves dont le cours est en partie sur le territoire chinois ».
Cependant le roi d'Annam appelait à son aide non seulement les Pavillons noirs qui affluaient au Tonkin et qui même levèrent des impôts sur la navigation des cours d'eau, mais les troupes régulières de Chine. Les détachements français n'occupaient plus que Hanoï et Haïphong. M. Le Myre de Vilers, gouverneur de la Cochinchine, se décida à envoyer avec 600 hommes le commandant Rivière (17 janvier 1882), en lui recommandant de n'avoir aucun rapport direct avec les Pavillons Noirs, véritables pirates, et à « éviter soigneusement un conflit avec les troupes impériales chinoises, à ne recourir à la force qu'en U 34
cas d'absolue nécessité. Le gouvernement français ne veul, à aucun prix, faire à 4.000 Jieues de la France une guerre de conquête. »
L'événement ne permit pas de maintenir l'affaire sur le pied de paix. Le commandant Rivière prit d'assaut, comme Garnier, la citadelle de Hanoï (25 avril 1883) et recommença la conquête du delta ; mais, comme Garnier, il fut tué ainsi qu'une trentaine de ses hommes dans une sortie contre les Pavillons Noirs (19 mai 1883).
Le gouvernement avait déjà dû demander au Parlement un crédit de 5 millions 1/2. Il nomma le général Bouet commandant d'un corps de 3.500 hommes, chargea l'amiral Courbet de former une division navale et institua le docteur Harmand commissaire civil de la République au Tonkin.
Après la mort du roi Tu-Duc (17 juillet 1883), son successeur Hieplloa continuant à envoyer des armes et des subsides aux Pavillons Noirs, une action directe fut décidée contre Hué que l'amiral Courbet bombarda (18 août) ; les forts de Thuan-An furent pris et le commissaire ayant adressé un ultimatum au roi, obtint le 23 août 1883 la signature d'une convention portant reconnaissance entière du protectorat, installation d'un résident à Hué et dans chaque province du Tonkin, établissement de postes militaires le long du tleuve Rouge, etc. Le gouvernement français ne ratifia pas ce traité.
Les opérations militaires continuèrent, d'autant plus que les réguliers chinois étaient entrés en lice et occupaient Son-tay. Courbet fut nommé commandant en chef des forces de terre et de mer. La discussion diplomatique recommença. Le marquis de Tseng, ministre de Chine à Paris, proposa les bases suivantes d'un arrangement : que la France ne porte point atteinte à la position politique du royaume de l'Anna m et ne s'annexe aucun territoire de ce pays en dehors des six provinces du sud qu'elle avait annexées ou occupées en 1862 et 1869; que les liens de vassalité qui unissent l'Annam à la Chine restent comme par le passé ; que le territoire et les villes occupés par les forces françaises soient évacués ; que le fleuve Rouge soit ouvert à la navigation des navires étrangers jusqu'en face de Son tay, point extrême de la navigation étrangère. Une autre note portait (16 octobre) qu'aucun arrangement n'était acceptable autre que celui qui laisserait à la Chine « le droit entier et exclusif d'agir sur le fleuve Rouge ».
Le marquis Tseng déclara que l'empereur avait envoyé, « comme il l'avait fait maintes fois dans le passé, des troupes au Tonkin pour sauvegarder ses intérêts et ceux de son vassal ».
Le gouvernement français n'était pas disposé à accepter des conditions qui étaient en réalité un évincement. Les 30 et 31 octobre 1883 eut lieu à la Chambre des députés une interpellation à la suite de la-
LA POLITIQUE COLONIALE 53t
quelle un vote donna au ministère une très forte majorité ; un mois et demi après le Parlement vota un crédit de 20 millions.
Le marquis Tseng protesta contre le discours prononcé dans le débat d'octobre par Jules Ferry, président du Conseil et ministre des affaires étrangères, qui avait déclaré que le gouvernement français voulait s'établir solidement au delà du fleuve Rouge, et reprocha à la France de vouloir en pleine paix « s'emparer du bien du prince qu'elle faisait semblant de protéger ».
Les hostilités commencèrent. L'amiral Courbet, après trois jours de lutte, s'empara de la citadelle de Son-tay (16 décembre). En 1884, de nouveaux renforts étant arrivés, Bac-Xinh, Hung-Hoa, Tuyen-Quan tombèrent au pouvoir des Français. Le régent d'Annam {le jeune neveu de Tu-Duc étant monté sur le trône) fut amené à confirmer le traité du 25 avril 1883.
A Pékin le parti de la paix l'emporta et la Chine à son tour signa à Tien-Tsin un traité provisoire (11 mai 1884). La France s'engageait à respecter et à protéger la frontière méridionale de la Chine ; la Chine s'engageait à retirer immédiatement les garnisons chinoises du Tonkin. à respecter désormais les traités conclus ou à conclure entre la France et l'Annam, à admettre le libre trafic des marchandises sur sa frontière méridionale.
Avec le roi d'Annam un second traité fut signé à Hué le G juin 1884. Il porte que l'Annam reconnaît et accepte le protectorat de la France qui le représentera dans toutes ses relations extérieures ; que les fonctionnaires annamites continueront à administrer les provinces situées entre la Cochinchine et la province de Nin-Binh, sauf en ce qui concerne les douanes, les travaux publics et les services qui exigent l'emploi d'Européens ; que dans cette partie du royaume les ports de Qui- Nhon, Tourane et Xuan-Day seront ouverts à tout pavillon ; qu'un résident général assurera dans l'Annam l'exécution du protectorat, sans s'immiscer dans l'administration locale ; qu'au Tonkin des résidents seront placés dans les chefs-lieux où leur présence sera jugée utile, qu'ils seront sous l'autorité du résident général du Tonkin, qu'ils ne s'immisceront pas dans l'administration locale ; que tous les étrangers seront placés sous la juridiction française ; que les douanes seront administrées par des fonctionnaires français, etc.
Ce traité amena la révision des clauses du protectorat du Cambodge par acte du 17 juin 1884. Par cet acte le roi du Cambodge acceptait d'avance les réformes de tout genre auxquelles le gouvernement français jugerait à l'avenir utile de procéder ; des résidents français seront placés dans les chefs-lieux de province ; les fonctionnaires cambodgiens continueront, sous le contrôle des autorités françaises, à administrer, sauf pour les douanes, les impôts, les travaux publics ; le résident général aura droit d'audience privée et personnelle auprès du
roi ; l'esclavage est aboli ; la propriété foncière cesse d'être inaliénable '.
L'affaire paraissait heureusement terminée. Mais survint un double incident qui aggrava la situation. Les Chinois n'avaient pas évacué les postes du Tonkin comme il en était convenu.
Un détachement français alla, conformément au traité conclu avec la Chine, prendre possession de Langson ('23 juin 1884), il fut attaqué à Bac- Lé par un corps d'armée chinois et obligé de se replier après avoir subi de grosses pertes. Le gouvernement français demanda aussitôt une indemnité de 250 millions et l'ultimatum qu'il adressa à la cour de Pékin étant resté sans réponse, il ouvrit de nouveau les hostilités. L'amiral Courbet détruisit la Hotte chinoise (23 août 1884), bombarda l'arsenal de Fou-Tcheou. Dans l'île Formose, Kelimg fut occupé. Au commencement de l'année 1885 les Chinois furent vaincus à Chu, au Tonkin ; et le général Brière de Lisle conquit le terrain jusqu'au delà de Lang-son et délivra (combat de Hoa-Moc, 4 mars 1885) le commandant Dominé, qui arrêtait depuis trois semaines dans Tuyen-Quan une armée chinoise de renfort. L'amiral Courbet bombarda les ports de Tsing-llaï, prit possession des îles Pescadores et bloqua l'embouchure du Yang-tsé Kiang, interceptant ainsi les convois de riz à destination de Pékin. La Chine renoua des négociations qui étaient sur le point d'aboutir.
Mais un second incident se produisit à Langson. Le général Négrier, blessé grièvement, fut obligé d'évacuer la place et le colonel Herbinger, qui le remplaçait dans le commandement, dut faire une retraite périlleuse et abandonner Langson. Les troupes chinoises débordèrent dans le delta (28 mars 1885).
La nouvelle télégraphique de cette retraite, que l'opinion prit pour un désastre, émut profondément la Chambre des députés. Le ministère, qui ne crut pas devoir pour se défendre révéler le secret des négociations, fut mis en minorité et Jules Ferry déposa son portefeuille (30 mars 1885). Sa politique scolaire et religieuse lui avait fait plus d'ennemis que sa politique coloniale ; leur coalition le renversa et il fallut des années avant que justice fût rendue à la sincérité de son patriotisme et que l'opinion en France acceptât définitivement l'œuvre de large expansion coloniale qu'il avait conçue et entreprise.
Cependant les négociations avec la Chine aboutissaient. Le 4 avril 1885 les représentants de la France et de la Chine venaient de signer un protocole par lequel la Chine ratifiait la convention de Tien-Tsin du 11 mai 1884 et la France déclarait qu'elle ne poursuivait pas d'autre but que l'exécution entière de ce traité. Le traité définitif fut signé le 9 juin. La France s'engageait à maintenir l'ordre au Tonkin et à
1. Ce traité amena un soulèvement des bonzes qui a été promptement réprimé.
expulser les bandes de pillards ; la Chine s'engageait à respecter les conventions intervenues ou à intervenir entre la France et l'Annam ; la frontière des deux pays devait être délimitée d'un commun accord ; le commerce international par terre était libre pour les négociants français et les négociants chinois par certains passages déterminés ; le commerce des armes et celui de l'opium seront l'objet de règlements spéciaux*.
Ce traité a été complété par une convention commerciale du 25 avril 1886 et par deux autres conventions commerciales du 26 juin 1887. Les deux routes de commerce ouvertes tout d'abord devaient être celles de Lang-son et de Lao-kaï où seraient établis des bureaux de douane chinois et où la France pourra avoir un consul. Les Chinois pourront avoir un consul à Hanoï et à Haïphong. Us pourront posséder des immeubles et exercer le commerce dans tout l'Annam. Les Français et les étrangers établis au Tonkin pourront pénétrer en Chine à la condition d'être munis d'un passe-port ; de même les Chinois au Tonkin. Limporlation du riz en Chine est exempte de droit; l'exportation du riz est interdite. L'importation des armes est interdite également en Chine et au Tonkin. Les marchandises importées en Chine acquitteront le droit du tarif général de la douane maritime, diminué des trois dixièmes. Les marchandises chinoises exportées au Tonkin paieront le droit du tarif général diminué des quatre dixièmes La Chine autorise l'exportation de l'opium et la vente aux Français sur trois marchés. Les bateaux qui circuleront de Lang-son à Long-Tchéou et de Long-Tchéou à Cao-bang paieront un droit de tonnage de 5 p. 100 de tael par tonneau. Des conventions postérieures ont introduit quelques modifications de détail dans ce traité. Le 10 avril 1895 la France obtint la cession à bail de la baie de Kouang-Tchéou à la suite de concessions que la Chine faisait à r Allemagne.
La troisième convention fixait la frontière du Yun-Xan et du Tonkin.
Une ordonnance du 1er octobre 1888 a accordé aux citoyens et protégés français le droit d'acquérir des terres en Annam et au Tonkin.
En 1895 (28 juin) deux conventions complémentaires ont été signées, la première relative à la délimitation du Vunnan et de l'Annam, la seconde au commerce. Celle-ci autorisait le gouvernement français à entretenir un agent consulaire à Tong-Hing,en face de Mon-çay, ouvrait au commerce quatre villes, Lang-Tchéou, Monl-Tse,Tse-Mao,Ho-Keou, indiquait que le gouvernement chinois pourrait s'adresser pour l'exploitation de ses mines à des ingénieurs français.
La guerre était terminée ; l'œuvre de la diplomatie l'était aussi. Restait à pacifier le pays que ces événements avaient profondément agité.
Le 4 juillet 1885 les Annamites attaquèrent dans Hué le général de Courcy. Les assaillants furent repoussés et s'enfuirent dans les montagnes avec le roi Ham-Nghi. Celui-ci fut déposé et déporté ; Dong-
Khanh fut proclamé roi et le calme régna de ce côté. Au Tonkin il fallut plusieurs campagnes (1885-1887). En 1886 Lao-Kaï fut occupé; Ba-I)inh fut pris en janvier 1887 ; en janvier 1888 le bassin supérieur de la rivière Noire fut soumis.
L'autorité française étant rétablie dans le delta, les opérations se portèrent sur la région montagneuse qui fut. divisée (arrêté du 6 août
1891) en quatre territoires militaires. Le Dong-Trien fut soumis (1891-
1892) après la mort du chef des rebelles Luu-ky ; dans le Yen-Thé le De-Tham fut débusqué des positions de Dé-Zuong (1892). De 1893 à 1895 le colonel Gallieni dispersa les bandes armées de Lao-Bang et de Baky. En 1897 les opérations militaires étaient à peu près terminées et, dès lors, bien que les indigènes delà région montagneuse restassent encore à peu près indépendants et que le delta ne fut pas entièrement à l'abri d'incursions de pirates et de soulèvements locaux, la pacification du pays put paraître un fait accompli. Le De-Tham, qui avait fait sa soumission en 1897 et reçu un lot de terre, a repris les armes en 1909 et a été pourchassé.
Des difficultés d'un autre genre s'étaient produites du côté du Me- Kong, frontière de TAnnam et du Siam. L'annexion de la Haute-Birmanie par l'Angleterre en 1886 avait inspiré au gouvernement siamois le dessein de chercher une compensation en prenant position sur le haut fleuve à Louang-Prabang. Le ministre français en eut vent et obtint du gouvernement de lTndo-Chine l'envoi d'un détachement dans cette région, puis l'envoi d'un vice- consul à Louang-Prabang et la signature par le roi de Siam d'une convention (7 mai 1886) portant que les autorités siamoises donneraient aide et protection aux Français qui, munis d'un passeport, viendraient commercer dans le pays, que les Français pourraient y acheter des terres. Cette convention ne fut pas ratifiée par le gouvernement français. Elle fut remplacée par une convention négociée par le nouveau consul, M. Pavie, d'après laquelle les troupes siamoises devaient arrêter leur'marche. Néanmoins les empiétements continuèrent sur plusieurs points ; les Siamois occupèrent une grande partie de la rive gauche du Mé-Kong et y établirent des postes ; des troupes françaises furent envoyées (1893) qui firent évacuer le Cammon, l'île de Khône et autres positions. Le gouvernement français envoya alors au Siam M. Le Myre de Vilers, chargé de revendiquer toute la rive gauche et d'exiger, aussi pacifiquement que possible des réparations. 11 devait être soutenu par des forces navales. Les deux bâtiments envoyés de Saigon ayant été accueillis à l'entrée du Ménam par le feu des forts, forcèrent la passe et vinrent mouiller devant Bangkok. A cet acte d'hostilité le gouvernement français répondit par un ultimatum. Le roi finit par céder après une négociation laborieuse et le 30 octobre 1893 fut signé le traité par lequel le gouvernement siamois renonçait à toute prétention sur l'ensemble des territoires de
la rive gauche du Mékong el sur les îles du fleuve, s'engageait à ne jamais élever de poste fortifié dans les provinces de Baltambang et de Siemreap et dans un rayon de 25 kilomètres sur la rive droite du fleuve. Dans ce rayon les Français pouvaient commercer librement, l'ne convention commerciale du 1er mars 1894 compléta les stipulations de ce traité.
Par traité du 13 février 1904 la rive droite du Mékong, du Bam-Kop au Xam-Yuong (500 kilomètres) appartient à la France, comme toute la rive gauche. En 1907 les provinces de Battambang et du Bocpréah ont été rattachées à la Cochinchine.
Avec l'Angleterre, dont les progrès en Birmanie préoccupaient le gouvernement français, fut signée, après plusieurs années de pourparlers, la déclaration du 15 janvier 1895 par laquelle le thalweg du Mékong fut adopté comme limite des deux puissances. En mai 1896 le pavillon français était de nouveau arboré dans le district de Muong- Sing. Par arrêté du 19 avril 1899 le Laos, qui avait été divisé en 1895 en deux circonscriptions, n'en forma plus qu'une sous l'autorité d'un résident supérieur.
L'Indo-Chine française a eu entre autres administrateurs Paul Bert, Lanessan, Doumer qui a centralisé le système administratif, organisé le budget général, entrepris des travaux publics.
Jusqu'en 1887 l'Indo-Chine française formait deux groupes distincts, la colonie de Cochinchine où depuis 1879 un gouvernement civil avait succédé au gouvernement militaire, le protectorat de l'Annam et du Tonkin institué par décret du 26 janvier 1886. Les décrets du 17 octobre 1887 et du 21 avril 1891 réunirent ces deux groupes entre les mains d'un gouverneur général de llndo Chine française, ayant sous sa direction le lieutenant-gouverneur de la Cochinchine, les résidents supérieurs du Cambodge, de l'Annam et du Tonkin et, depuis 1889, le résident supérieur du Laos.
Le gouverneur général a aussi sous son autorité le territoire de Kouang-Tcheou-Ouan, que le gouvernement chinois a concédé à la France par bail emphytéotique de 99 ans en avril 1899.
Le gouverneur général est assisté l'un conseil supérieur composé des résidents supérieurs et autres chefs de service et de quatre mandarins. Il est « le dépositaire des pouvoirs de la République », attributions très étendues, administratives, financières et même diplomatiques ; il nomme et peut révoquer les fonctionnaires de l'ordre civil. Il avait sous ses ordres plusieurs directeurs généraux ; les directions générales ont été supprimées.
La capitale officielle est Saigon, quoique le gouverneur réside le plus souvent à Hanoï.
Jusqu'en 1870 la Cochinchine est restée divisée en six provinces ; depuis 1876 elle est divisée en 21 arrondissements répartis en quatre
circonscriptions. Chaque arrondissement est administré par un administrateur assisté d'un conseil nommé par les notables indigènes. Chaque commune est administrée par un maire que nomme le conseil électif des notables indigènes. La commune fait elle-même sa police et est responsable de l'ordre.
Le Cambodge est gouverné par un roi. Le royaume est depuis 1863 sous le protectorat de la France. Il y a un résident supérieur auprès du gouvernement cambodgien et, sous ses ordres, un résident dans chaque province. La population indigène est gouvernée par les autorités siamoises.
Le royaume d'Annam est placé sous le protectorat de la France, lequel a été établi par le traité du 6 juin 1884, ratifié à Hué le 23 février 1886. 11 y a un résident supérieur et, dans chaque province, un résident. Une garnison française occupe la citadelle de Hué. La population indigène est gouvernée par le gouverneur annamite, dit Tong-Doc dans les neuf grandes et Phuan-phu dans les deux petites. La province est divisée en préfectures (phu), sous-préfectures (huyen), cantons (tong) et communes (xa).
Le Tonkin est comme l'Annam gouverné par le roi de PAnnam et placé sous le protectorat de la France avec un résident supérieur à Hanoï et un résident dans chaque province. L'administration y est plus complètement qu'en Annam exercée par les autorités françaises ; Les douanes, les travaux publics, les impôts sont entre les mains d'administrateurs français, ainsi que la juridiction sur les Français et les étrangers. lien est de même d'ailleurs dansles autres protectorats ; mais le gouvernement indigène de chaque province conserve l'administration de la population indigène et répond de l'impôt.
Le territoire du Laos est sous le protectorat de la France depuis 1893. 11 est divisé en trois provinces, LuangPrabang, résidence du roi et de l'administrateur français, Bassac et Muong-Sing.
Chacune des cinq parties de l'Indo-Chine française a son budget particulier, alimenté par le produit des impôts locaux. Il y a, en outre, un budget général dont les droits de douane, les monopoles gouvernementaux, les contributions indirectes, les postes et les télégraphes, les chemins de fer fournissent les ressources et qui pourvoient aux services militaires, judiciaires, aux travaux publics et généralement aux dépenses qui intéressent l'union.
L'ensemble des budgets a beaucoup augmenté. Il était de 94.708 000 francs en 1900 et de 127.389.000 en 1907. Les prévisions pour 1909 le portaient à 126.679.000 (123.639.000, déduction faite des doubles emplois). Sur le total de 1907 le budget général comptait pour 82.055.000 francs (recettes réalisées), le Tonkin pour 15.059.000, la Cochinchine pour 12.333.000, le Cambodge pour 7.382.000, l'Annam pour 7.449.000, le Laos pour 2.609.000, Kouan-Tchéou-Ouan pour
555 000. De 1898 à 1907 huit budgets se sont clos avec excédent de recelte. Les principales sources de recelte du budget général en 1909 étaient le produit des contributions indirectes et des régies (50 millions), le produit des douanes (196 millions), le produit de l'exploilalion des chemins de fer (3 millions) Les principales dépenses du budgel général sont les dépenses militaires (14 millions), le remboursement des dettes (15 millions), les frais des douanes, régies et postes (25 millions), les travaux publics (10 millions), etc.
La principale ressource budgétaire de la Cochinchine consiste dans les contributions directes (10 millions de francs) ; les principales dépenses sont celles de l'administration centrale et provinciale (2 400.000 fr.), des travaux publics (1 million 1/2), des transports (1 million). La principale ressource du Cambodge consiste dans le produit des rôles et assimilés (4 millions) ; la liste carie et les donations forment la plus forte dépense. La principale ressource de I'Annam consiste dans les contributions directes et taxes assimilées (6 millions 1/2). Les principales dépenses sont celles de la cour et de l'administration indigène (2 millions 1/2), de la garde indigène (1 million 1/2), de la résidence (800 000 fr.), des travaux publics (600.000 fr.).
L'indo-Ghine a contracté en trois émissions, en vertu de la loi du 23 décembre 1898, 197 millions ; le Tonkin en 1896 a emprunté 80 millions ; Hanoi a emprunté 1 million 1/2 en 1899; Saigon 2 millions 1/2 en 1900.
Les principales ressources du Tonkin proviennent des contributions directes et impôts annamites (12 millions de fr. ) ; les principales dépenses sont celles de la résidence et de l'administration (4 millions), de la garde indigène (2 millions), des travaux publics (1 million 1/2). La principale ressource du Laos consiste dans l'impôt personnel des indigènes (350.000 fr.) ; la principale dépense, dans les transports, la résidence et les commissariats, la garde indigène.
En 1909 l'ensemble de tous les budgets formait un total de 48 millions de piastres dont 34 1/2 pour le budget général'. Le budget français dépense en outre environ 13 millions pour la Cochinchine et 25 pour I'Annam et le Tonkin.
L'Indo-Chine a contracté plusieurs emprunts pour la construction des chemins de fer et autres travaux publics. En 1907 le montant de ces emprunts était de 392 millions 1/2 dont 216 pour les chemins de fer. Les impôts ont été augmentés ; ils sont lourds pour les indigènes.
Les monopoles ou demi-monopoles de fabrication ou de vente conférés à des fermiers, alcool, sel, opium, ont créé de grands mécontentements. La commission permanente du Conseil supérieur s'est
1. 6 pour le Tonkin, 3 pour I'Annam, 2 1/2 pour le Cambodge, 0,8 pour la Cochinchine, 0,6 pour le Laos.
prononcée contre le renouvellement de ces contrats en 1911. Déjà, à partir de 1909, la responsabilité collective des villages en matière de fraude, qui était à charge aux indigènes, avait été supprimée. Ce sont des améliorations, mais qui amèneront peut-être une diminution de recette.
La population de l'Indo-Chine française est portée dans les Statistiques coloniales (1906) pour 16 millions 1/2 d'Ames dont près de 6 au Tonkin et 5 1/2 dans l'Annam ; mais V Annuaire du Tonkin pour 1909 attribue 15 millions d habitants au Tonkin. Les trois quarts environ de la population sont de race annamite. Les Chinois sont nombreux. Ils sont surtout commerçants. Ils occupent une place très importante dans le commerce de délail et aussi dans le commerce en gros, particulièrement en Cochinchine.Leurgrotipement en associations solidaires leur donne une grande force. D'ailleurs ce sont des négociants dans la parole et le crédit desquels on a généralement confiance.
Une banque de l'Indo Chine a été fondée en 1875 au capital de 24, puis de 36 et de 48 millions (en 1910) avec un privilège d'émission et de cours légal des billets de banque. Son privilège a été prorogé jusqu'en 1920. Elle fait l'escompte des effets de commerce a deux ou plusieurs signatures et à l'échéance de 120 jours au plus; elle fait aussi les aulres opérations ordinaires de banque. Elle a des comptoirs en Chine, à Pondichéry, à Djibouti, en Océanie. Elle avait en 1910 une soixantaine de millions de francs de billets en circulation et le mouvement total de ses opérations a dépassé un milliard.
L'Indo-Chine a une monnaie spéciale, monnaie d'argent dont l'unité est la piastre, ayant un cours variable en monnaie d'or, moins variable cependant aujourd'hui que naguère, et correspondant à une valeur d'environ 2 fr. 20 à 2 fr. 40. La piastre et la demi-piastre sont frappées à 900/10u0de fin ; les pièces divisionnaires le sont à 835/ 1000 comme la monnaie divisionnaire française. Les sapèques, monnaie de cuivre, qui ne vaut que la 4.800e partie de la piastre, est d'un usage journalier parmi les indigènes. Les variations du cours de la piastre n'ont pas été sans créer des difficultés à la Banque de l'Indo-Chine et à la circulation en général.
L'Indo-Chine possède des routes, plus ou moins entretenues. La plus importante, la route royale de la Cochinchine à Hué et de Hué en Chine, traverse le Tonkin par Ninh-Binh, Hanoï, Lang-son et envoie des embranchements sur les capitales des provinces. Les Français ont construit au Tonkin la route de Hanoï à Son -ta y et Hung-Hoa. Dans le delta du Tonkin les digues qui séparent les champs de riz servent de chemins sur lesquels on circule avec des brouettes ou avec des bêtes de somme.
Les voies de communication les plus fréquentées pour le transport des marchandises sont les cours d'eau et les canaux, au Cambodge,
en Cochinchine, au Tonkin. Le Mékong est la grande voie qui conduit au Laos ; un chemin de fer de 7 kilomètres environ a tourné l'obstacle des rapides Je Khone qui interceptent la navigation.
Une Compagnie des messageries fluviales de Cochinchine dessert le Mékong jusqu'à Luang-Prabang en bateau à vapeur ou en pirogue ; elle fait aussi un service de Saigon à Bang Kok et autres localités.
En 1896 l'Indo-Chine ne possédait que deux chemins de fer, celui de Saïgon à Mvlho (71 kil.) ouvert en 1885 et celui de Phu-Long- Thuong à Langson. Elle a été autorisée en 1896 à contracter un emprunt de 80 millions qui devaient être affectés à l'exécution de travaux publics ; en décembre 1898, à contracter un second emprunt de '200 millions, l'Indo-Chine se chargeant de construire elle-même ses voies ferrées.
En 1909, 1.228 kilomètres de chemins défera voie étroite étaient eu circulation. Les principaux étaient ceux de Haïphong à Hanoï, de Hanoï au Yunnan (achevé en 1910) ', de Hué à Tourane qui est devenu par là pour ainsi dire le port de la capitale de l'Annam.
La poste et le télégraphe, services indispensables, mais qui coûtent jusqu'ici beaucoup plus qu'ils ne rapportent, ont près de 300 bureaux ouverts. Le téléphone avait, en 1908, 722 stations et postes. Le nombre des bureaux et stations a beaucoup augmenté depuis une dizaine d'années.
Les principaux ports de l'Indo Chine française sont :
Saïgon (1*20.000 hab.), situé dans l'intérieur des terres, sur un affluent du Don-Naï, à 70 kilomètres environ de la mer.
En 1907 il est entré : 1° 98 paquebots et autres bâtiments des messageries maritimes jaugeant 427.000 tonnes ; 2° 77 autres bâtiments français (dont 13 venant directement de France) jaugeant 145.000 tonnes et 529 bâtiments étrangers jaugeant 1.123.000 tonnes et venant principalement de Hong-Kong (341 bâtiments jaugeant 737.000 tonnes) et venant charger du riz. L'abondance de la récolte en 1907 a beaucoup augmenté ce mouvement de navigation, principalement au profit du pavillon japonais et du pavillon anglais. La valeur des marchandises débarquées était estimée par la douane à 51 millions dont 30 1/2 sous pavillon français ; celle des marchandises embarquées à 155 millions dont 17 seulement sous pavillon français.
Tourane, dans la baie de Tourane, vaste bassin abrité par la presqu'île Tiên-lcha, qui, quoique située à 85 kilomètres de Hué, en est le véritable port, grâce au chemin de fer qui la relie à la capitale. La valeur des marchandises qui y ont été débarquées en 1907 est d'environ 6 millions de francs; celle des marchandises embarquées de 4 millions 1/2.
1. Au delà de la frontière, le chemin de fera été construit par une compagnie, l'Indo-Chine lui assurant une garantie d'intérêts.
Haïphong (27.000 hab.), qui n'était qu'un village en 1875, est devenu une ville construite à grands frais sur un terrain marécageux, au bord de la rivière Cua Cam, à une quarantaine de kilomètres de la mer. En 1907 les marchandises débarquées à Haïphong étaient estimées valoir 69 millions 1/2, dont 39 importées par navires français ; la valeur des marchandises exportées était de 37 millions 1/2, dont 11 par navires français.
La navigation maritime de l'Indo-Chine a été en 1907 de 2.781 bâtiments jaugeant 2.138.000 lonneaux à l'entrée et de 2 770 navires jaugeant 2.142.000 tonneaux à la sortie. De 1906 à 1909 il y a eu une augmentalion de plus de 600.000 tonneaux, augmentation à laquelle le pavillon français n'a pas eu part. Sur le total de l'entrée, le pavillon français figure seulement pour 280 navires et 660.000 tonneaux ; le pavillon anglais pour 649.000 tonneaux ; le pavillon allemand pour 338.000, le pavillon norvégien pour 172.000, le pavillon japonais pour 148 000 '. « La marine nationale, dit la statistique du ministère des colonies, limite son trafic aux échanges avec la métropole età l'exploitation des lignes subventionnées. L'expérience a démontré que les conditions de l'armement français sont trop onéreuses pour permettre vis-à-vis de l'élément étranger une concurrence avantageuse.»
Il y a pourtant augmentation dans le tonnage de la navigation française entre la France et l'Indo-Chine. En 1888, première année dont la statistique comprenne toute l'Indo-Chine, le tonnage (entrée et sortie réunies) était pour les navires français chargés 79.788 tonneaux; il tomba même en 1889 à 44.706 ; c'était, il est vrai, des années de dépression commerciale. En 1900 ce tonnage s'est élevé à 188.678 tonneaux, en 1907 à 262.220. Cette augmentation est due en grande partie au service des messageries maritimes qui tous les quinze jours font partir de Marseille un paquebot, qui porte le courrier et qui louche à Saigon pour gagner de là Hong Kong et Shangaï. Un paquebot annexe fait le service de Saigon à Haïphong avec plusieurs escales dontTourane est la principale.
D'après les Statistiques du commerce des colonies françaises, le commerce extérieur de l'Indo-Chine était évalué en 1866 à 78,8 millions de francs, moitié pour l'importation et moitié pour l'exportation. En 1873, il avait doublé : 155 millions dont 67 à l'importation et 88 à l'exportation. La statistique, après une interruption de quelques années, donne 139 millions en 1880 dont 40,2 à l'importation et 98,8 à l'exportation. La moyenne décennale de 1887-1896 a été de 148,0 millions dont 71,3 à l'importation et 76,7 à l'exportation ; celle de 1897-1906 a été de 328 millions (177 à l'importation, 151 à l'exportation). Enfin le com-
1. Le papillon japonais ne figurait que pour 5.538 tonneaux en 1906. L'augmentation est due surtout au transport du riz.
merce lolal a été de 545 millions 1/2 en 1907 et de 522 millions en 1908. Ces 522 millions 1/3 se répartissent de la manière suivante (millions de francs) :
Exportations
Pour la France . . 44,0 Pour les coloines. . 2,8 Pour l'étranger . . 195,1
Importa
lions
De i
rance .
Des
colonies .
De 1
étranger
L'importation de France et des colonies françaises est portée pour 93.7 millions de francs dont 27 pour les tissus, 13 pour les ouvrages en métaux, 10 pour les boissons, 5,9 pour les denrées coloniales de consommation, 2,4 pour les armes et munitions. Il y a à ajouter 37 millions 1/2 de monnaie d'argent qui ne figurent pas dans le compte d'importation de marchandises.
L'Indo-Chine a reçu beaucoup de marchandises des entrepôts de Hong-Kong (67 millions 1/2) et de Singapore (16 millions), deux ports libres anglais où entrent des produits de tous les pays. Elle a reçu directement de Chine une valeur de 14 millions de francs. d'Angleterre 5 millions des Indes néerlandaises 4,7 millions, des Indes anglaisée 4,5, d'Allemagne 3,5, du Japon 2,7.
La Chine fournit principalement du papier et des huiles végétales ; les entrepôts de Hong-Kong et de Singapore fournissent des tissus (21 millions), des fils (7 millions 1/2), des poteries (4 1/2), des farineux alimentaires (4 1/2), des fruits et graines (4 1/2) provenant d'Angleterre ou des possessions anglaises; l'Allemagne a fourni, entre autres marchandises, des peaux et pelleteries ouvrées (2 millions).
En somme, les importations (y compris le transit) les plus considérables ont eu pour objet les tissus (55 millions 1/2), les fils (25 1/2), les ouvrages en métaux (20 millions 1/2), les denrées coloniales de consommation (16.2), les boissons (12), les huiles et sucs végétaux (10).
En 1908 l'exportation pour la France et ses colonies a été de 46 millions 1/2 de francs, consistant principalement en farineux alimentaires (30 millions 1/2)*, c'est-à-dire surtout en riz de Cochinchine,en denrées coloniales (6 millions 1/2), huiles et sucs végétaux (1 million 1/2), produits et dépouilles d'animaux (1 1/2), fils (1 1/2), fruits et graines (1,3).
L'Indo-Chine a exporté pour l'entrepôt de Hong-Kong une valeur de 67 millions, et de 18 millions pour celui de Singapore, surtout en farineux alimentaires ; pour les Philippines une valeur de 21 millions presque toute en farineux alimentaires ; pour le Japon une valeur d'environ 16 millions, presque toute en farineux alimentaires ; pour la Chine une
1. Y compris le transit, l'entrepôt et l'admission temporaire.