CINQUIÈME PARTIE. — Résumés
La population et V administration des possessions françaises. — L'ensemble des possessions françaises hors de France comprend, d'après le recensement de 1906, une superficie de 10.300.000 kilomètres carrés et une population évaluée à 46 millions d'âmes.
Sur ce total il y a des parties dont la valeur économique est à peu près nulle, comme le Sahara (2.400.000 kil. c.) et la Mauritanie saharienne (environ 900.000 kil. c.) ; d'autres où elle est encore très médiocre, mais où elle peut augmenter avec le temps, comme l'Afrique occidentale française (3.913.000 kil. c. et 8.800.000 hab.) et le Congo français (1.700.000 kil. c. et 10 millions d'habitants). Il y en a dont le développement est enrayé par suite d'événements politiques ou économiques, comme les Etablissements de l'Inde et les trois colonies sucrières, lesquelles sont en déclin. Il y en a qui, à cause de leur situation, sont à peu près insignifiantes relativement au commerce, comme les Etablissements de l'Océanie.
Les groupes actuellement importants sont l'Algérie avec la Tunisie et l'Indo-Ghine française. L'Algérie (505.760 kil. c. et 5.232.000 hab.) n'est pas une colonie. Ce n'est pas non plus, comme on l'a dit et comme le système des rattachements absolus se proposait de le faire, un prolongement de la France par delà la Méditerranée, parce que la grande majorité de sa population est de race, de religion et de mœurs différentes de celles de la France (en 1906,449.000 Français d'origine ou naturalisés sur une population totale de 5.232.000 âmes). La population française a triplé depuis 1872, gagnant ainsi 320.000 unités ; mais dans le même temps la population indigène (Arabes, Kabyles, Mzabites, Tunisiens et Marocains) a augmenté de 2.350.000 unités, sous le bénéfice de la paix française. Cette disproportion croissante des contingents pourrait devenir un danger, si la France se trouvait quelque jour engagée dans une guerre européenne.
On peut en dire autant de la Tunisie avec son territoire de 120.000 kilomètres carrés et sa population d'environ 1.800.000 âmes (en 1906), sur lesquelles il y a 81.000 Italiens et 34.600 Français.
LTndo-Chine française a une population évaluée à 16.315.000 âmes (et même probablement plus) répartie sur une superficie de 803.000 kilomètres carrés, population qui atteint en Cochinchine et au Tonkin la densité de 50 habitants par kilomètre carré.
Algériens, Tunisiens, Indo-Chinois sont soumis à l'autorité française ; ils ne sont pas moralement ralliés à la nationalité française. L'Algérie et la Tunisie sont voisines de la France et peuvent, en cas de mouvement insurrectionnel, être facilement contenues tant qu'il ne se produit pas de complication sur la frontière européenne ; ces deux pays n'ont pas à redouter aujourd'hui d'attaque dangereuse par terre. LTndo-Chine n'a pas l'avantage d'une telle sécurité ; elle est très loin de la métropole et elle a des voisins puissants qui pourraient être tentés de venir, la Chine par terre, le Japon par mer, profiter d'un conflit européen pour s'annexer une partie d'un pays avec la population duquel ils ont une affinité de race et des rapports commerciaux.
Dans ces pays la politique administrative doit éviter autant que possible de froisser les sentiments des indigènes; s'il n'est pas possible de leur inspirer l'esprit français, elle doit s'efforcer de leur prouver par la sécurité, par la justice égale pour eux et pour les Européens, par l'amélioration de leur situation économique, qu'ils ont gagné à changer de maître.
Les possessions de la France comprennent trois groupes distincts au point de vue politique et administratif: l'Algérie, les colonies, les protectorats (Tunisie, Indo-Chine moins la Cochinchine, divers petits Etats de l'Afrique occidentale). La République a doté l'Algérie et les principales colonies d'une représentation dans le Parlement. Chaque déparlement de l'Algérie envoie deux députés et un sénateur. La Réunion, la Martinique, la Guadeloupe, la Cochinchine envoient chacune un ou deux députés et un sénateur.
Les chemins de fer. — Nous avons mentionné les chemins de fer dans les possessions françaises où il en existe. Sur celte matière il y a eu de longs tâtonnements et des erreurs commises; on n'a pas assez tôt compris que, dans les pays neufs ou arriérés, la voie ferrée est la grande transformatrice de l'état économique et que dans beaucoup de contrées le développement du commerce est à peu près impossible sans elle.
Aujourd'hui l'Afrique méditerranéenne française possède avec les 3.300 kilomètres de l'Algérie et les 1.240 kilomètres de la Tunisie un réseau de 4.540 kilomètres (en 1910).
L'Afrique occidentale possède environ 1.680 kilomètres et prolonge maintenant avec activité ses lignes dans la direction du Niger qu'elle atteint déjà à Bamako et Koulikoro. De là, un service régulier de vapeurs, que l'on songe à améliorer surtout en amont de Bamako, dessert le fleuve. Le chemin de fer de Dakar-St-Louis a déjà un assez fort rendement kilométrique.
LTndo Chine est avec l'Afrique occidentale la possession la mieux dotée: 1.480 kilomètres. A Madagascar, le chemin de Tamatave vers Tananarive a une longueur de 272 kilomètres, mi-partie par eau, mi partie par voie ferrée.
Les chemins de fer coloniaux sont à voie d'un mètre de largeur.
Le mouvement maritime. — Depuis la loi du 3 juillet 1861 les colonies et possessions françaises autres que l'Algérie peuvent employer dans leurs relations maritimes avec la métropole le pavillon étranger aussi bien que le pavillon français. Pour l'Algérie seule l'inlercourse est considérée comme cabotage et est réservée au pavillon français. Pour la Tunisie les produits originaires du pays ne sont admis en France que sous pavillon français.
Le mouvement maritime de l'Algérie en 1908 représente le tonnage
suivant à l'entrée dans les ports : pour le cabotage algérien 402.000 tonneaux, pour la navigation avec la France 1.860.000 tonneaux, pour la navigation avec l'étranger 2.659.000 tonneaux dont 860.000 sous pavillon français.
Le mouvement en Tunisie en 1908 a été de 4 millions de tonneaux dont 1.906.000 sous pavillon français.
Le mouvement général de la navigation dans les colonies et les pays de protectorat (non compris la Tunisie) a été en 1908 de 18.116.000 * tonnes (9.157.000 à l'entrée et 8.959.000 à la sortie); le nombre des navires a été d'environ 17.500. L'importation représente un tonnage de 1.314.000 tonnes et une valeur de 541 millions ; l'exportation 2.723.000 tonnes et 500 millions de francs. Les colonies reçoivent plus qu'elles ne rendent.
Les colonies qui occupaient en 1908 les premiers rangs dans ce mouvement étaient lTndo-Chine avec un tonnage à l'entrée de 2.021 .000 tonnes et une valeur de 270 millions à l'importation et de 235 millions à l'exportation; Madagascar avec un tonnage de 1.453.000 tonnes à l'entrée et une valeur de 54 millions à l'importation et de 46 à l'exportation ; le Sénégal avec 1.015.000 tonnes à rentrée, 74 millions à l'importation, 48 à l'exportation ; la Réunion avec 203.000 tonnes, 15 millions à l'importation et 14 à l'exportation ; la Martinique avec 340.000 tonnes, 15 millions à l'importation, 21 à l'exportation ; la Guadeloupe, 330.000 tonnes, 15 milllions à l'importation, 17 à l'exportation ; la Guyane avec 50 000 tonnes, 12 millions à l'importation, 13 à l'exportation ; la côte des Somalis avec 424.000 tonnes, 13 et 12 millions ; la Guinée française avec 535.000 tonnes, 14 et 14 millions.
Dans cette navigation la part du pavillon français était de 4.383.000 tonnes et celle de l'étranger de 4 774.000 tonnes à l'entrée. Mais le pavillon français a importé une valeur de 349 millions et exporté 208 millions, tandis que l'étranger en importe 192 et en exporte 292 2.
La France a un certain nombre de grandes compagnies de navigation qui desservent régulièrement ses possessions : les Messageries maritimes dont les services s'étendent à l'Orient jusqu'à Madagascar, au Tonkin et à la Nouvelle-Calédonie; la Compagnie générale transatlantique qui dessert les Antilles ; la Compagnie Fraissinet qui dessert la côte occidentale de l'Afrique; la Compagnie des chargeurs réunis qui dessert lTndo-Chine, Madagascar, l'Afrique occidentale ; la Compagnie française péninsulaire qui dessert Madagascar et la Réunion, et une quinzaine d'autres compagnies moins importantes.