‹ Histoire du commerce de la FranceChapitre 178 sur 266 · Par M. Kisler · texte numérisé non relu

Par M. Kisler

5. De 1882 à 188" les récoltes ont varié de 103 à 122 millions d'hectolitres. L'importation des Etats Unis, qui avait été de 13 à 12. 5 millions de quintaux pendant les mauvaises années 1879 et 1880, fut encore de 6 millions 1/3 à 3 millions de quintaux de 1881 à 1884.

M. Méline, lenant le portefeuille de l'agriculture, obtint, après un très long débat, ce droit sur le blé que le Parlement avait repoussé quatre années auparavant comme incompatible avec la démocratie. Le minisire proposait 3 francs1. Le premier orateur, le marquis de Roy s, en réclama tout d'abord 5, opposant le cultivateur au manufacturier. « Admettez-vous, disait-il, que le pays vous livre sa laine au prix de la concurrence et achète son paletot de drap au prix de la protection?» Le protectionnisme est, en effet, un engrenage sans fin. M. Raoul Duval parla le second ; agriculleur, il se faisait un mérite d êlre qualifié d'économiste, c'est-à-dire d'homme, disait-il, qui étudie les faits dans leur variété et dans leur ensemble afin de se faire des idées fondées sur une expérience générale au lieu de penser exclusivement d'après son intérêt personnel II montrait que les bas prix avaient pour cause non l'importation américaine, mais surtout l'abondance exceptionnelle des trois dernières récoltes; qu'un droit de 5 francs grèverait le travail français de 260 à 300 millions et il demandait, en terminant, s'il était juste, « dans l'intérêt de quelques-uns, d'imposer le pain de tous les Français ». Le rapporteur, M. Graux, répliqua. Puis M. Frédéric Passy, qui se demandait pourquoi ce droit sur le blé qu'on n'osait pas réclamer en 1877 ; « on l'ose et on l'ose très fort » ; il montrait l'affolement des esprits produit par la baisse continue des prix et essayait de les ramener au sentiment de l'intérêt général du pays. Après une vive discussion qui occupa quinze séances, 223 voix contre 166 votèrent le projet.

Au Sénat, Léon Say montra que le droit de 3 francs se ferait sentir sur le prix du pain, mais serait insuffisant pour combler le déficit qu'on assurait résulter de la différence du prix de revient et du prix de la vente du blé et que ce droit n'était par conséquent qu'une amorce inquiétante. La loi du 28 mars 1885 établit un droit de 3 francs par quintal de blé * importé d'origine européenne ou venu directement d'un pays hors d'Europe.

Une autre loi du même jour éleva de 15 à 25 francs le droit d'entrée sur les bœufs et de 7 à 8 francs le droit sur la viande 3.

Ce n'était en effet qu'une amorce. Le 29 mars 1887 une loi éleva à 5 francs le droit sur le blé, quoique le prix fût remonté quelque peu sur le marché français*. Ce prix remonta jusqu'en 1891 ; mais, comme il redescendit ensuite plus bas qu'auparavant 5, les agriculteurs jetèrent encore des cris d'alarme, et, le 27 janvier 1894, une troisième loi a

1. Deux propositions furent faites, l'une le 16 août 1884 par M. Robert, l'autre le 18 octobre par M. Graux qui fut nommé rapporteur.

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