La crise agricole, p
vendus (le reste étant consommé par les producteurs) et que l'écart moyen entre le prix de France et le prix d'Angleterre fut seulement de 4 fr. 77, on trouvait alors que les acheteurs de blé auraient payé aux vendeurs une prime totale de 31V) millions de francs (somme dans laquelle n'est pas compris le droit de douane dont profite le Trésor).
Oui paye dans un cas pareil, lequel s'est présenté souvent? Tous les mangeurs de pain, proportionnellement à leur consommation familiale. Par conséquent la charge pèse beaucoup plus sur le budget de la famille ouvrière dans lequel le pain entre pour une forte part que sur celui des classes aisées.
Qui bénéficie de la prime ? Ce ne sont ni les ouvriers agricoles qui ne possèdent pas de terre, ni les petits propriétaires qui récoltent à peine le blé de leur suffisance. Ce sont les moyens et, plus encore, les gros cultivateurs \ qui louchent dans ce cas une prime d'environ 45 francs par hectare cultivé en blé \ Que les 45 francs aient servi de parachute à la baisse des fermages et de la rente foncière, ce n'est pas douteux et il est très vraisemblable qu'ils ont prévenu une diminution des emblavures du genre de celle qu'on constate en Belgique et en Angleterre; c'est un des résultats dont s'applaudissent les protectionnistes de l'agriculture.
Toutefois ne peut-on pas faire observer que, si la rente foncière a diminué pendant une vingtaine d'années, l'intérêt du capital mobilier n'a pas moins diminué depuis un demi-siècle et qu'il n'a pas, comme la terre profité avant celle baisse d'une période de hausse qui a créé des fortunes; une cause économique naturelle a réduit ces fortunes comme elle les avait amplifiées. Sans doute une telle diminution n'est pas sans amertume pour les particuliers et sans effet fâcheux sur la richesse nationale Mais, après tout, la quantité des produits dont vit la population n'est-elle pas plus intéressante que la valeur dont les vendeurs bénéficient aux dépens des acheteurs? D'ailleurs, si les valeurs agricoles ont été en baisse pendant longtemps, elles se sont relevées depuis une douzaine d'années et il est hors de doute que les quantités produites ont augmenté ; l'agriculture s'en glorifie avec raison.
Il n'est pas étonnant que les droits sur les céréales ayant pour résultat de surélever la rente foncière au-dessus de son niveau naturel aient été volés par l'aristocratie terrienne de l'Angleterre avant la réforme parlementaire ; en France par les grands propriétaires sous la
1. M. Y. Guyot (Journal de la Société de statistique, juin 1905) a rappelé, d'après la statistique agricole de 1892, que la surcharge de 1 centimes par kilogramme de pain et de 35 centimes par kilogramme de viande sur les consommateurs ne profitait comme prime qu'à une minorité de cultivateurs : 138.000 exploitations de plus de 40 hectares et une partie des "11.000 exploitations de 10 à 40 hectares.