CE SPÉCIAL
ACCROISSEMENT Of DIMINUTION
(millions de fr.)
de la première
à la dernière année de la période
Moyen, par an
COMMERCE SPECIAL
moyennes quinquennales)
-j- io
OBJETS FABRIQUÉS (commerce -.
(mejennes quinquennale* .
l'éclatante victoire d'Auslerlitz ; l'administration a été organisée; le tarif général des douanes de 1806, tarif prohibitif, dirigé particulièrement contre l'Angleterre, a remplacé celui de 1791 ; l'industrie prospère sous un gouvernement réparateur, et le commerce augmente de 54 millions en moyenne annuelle.
Mais à partir de 1808 la face des choses a changé avec le blocus continental (1806-1807), la guerre d'Espagne, le désastre de Trafalgar, une nouvelle coalition, une extension démesurée de l'Empire français. L'Angleterre a fermé la mer à la France, comme Napoléon essayait de fermer le continent à l'Angleterre. Quoique le territoire de l'Empire occupât une superficie augmentée de 50 p. 100 et une population presque doublée, le commerce extérieur a diminué en moyenne de 43 millions par an et s'est trouvé, en 1814, à peu près moitié moindre qu'il avait été à la fin de l'ancien régime.
2° Le régime douanier protectionniste et prohibitionniste que la Chambre des députés a imposé à la France pendant la Restauration par une suite continue de lois (1814, 1816, 1817, 1819, 1820, 1821, 1822, 1826), et dont le Gouvernement de Juillet a été impuissant à détendre les liens, n'a pas empêché la paix et la reprise du travail d'être propice au progrès du commerce extérieur. C'est la quatrième période économique, laquelle s'étend de 1815 à 1847. Le progrès eût été plus grand s'il n'avait été gêné par les restrictions douanières. Néanmoins le progrès total du commerce général a été entre la première et la dernière année de 1 . 719 millions, celui du commerce spécial a été de 731 millions. L'accroissement moyen annuel du commerce général a été de 56 millions, et celui du commerce spécial de 23 millions. Il a été plus prononcé à l'importation qu'à l'exportation, malgré les prohibitions.
3° De 1847, année de disette, à 1850, les troubles de la politique sous la seconde République ont arrêté le progrès. Cependant le mouvement ascendant s'est prononcé de nouveau, la statistique accuse une augmentation annuelle moyenne du commerce spécial de 61 millions. C'est une cinquième période, courte période de trois ans à peine.
4° Vient ensuite, de 1851 à 1859, une période, sixième période, de rapide et grand accroissement que nous avons déjà signalée dans les deux tableaux précédents et qui comprend la première moitié du second Empire. Le tarif protectionniste était encore en vigueur, mais nombre de décrets y ont fait brèche et l'état du marché s'est transformé complètement par suite de la construction des voies ferrées, des télégraphes électriques, de l'abondance de l'or, de la fondation des grands établissements de crédit, causes que nous avons déjà signalées dans les périodes politiques. La fortune du second Empire était alors prospère. Le commerce général augmenta de 2.859 millions, soit une moyenne annuelle de 317 millions. Le commerce spé-
LES PÉRIODES DK L'HISTOIRE l>l COMMERCE EXTERIEUR 827
cial augmenta de 2.048 millions, soit 228 millions par an. A l'importation les objets d'alimentation augmentèrent durant la période de 144 p. 100, les matières nécessaires à l'industrie de 80, les objets fabriqués de 53. A l'exportation les objets d'alimentation augmentèrent de 168 millions, les objets fabriqués de 82 millions. Cette période a été particulièrement favorable au commerce agricole.
5° La seconde moitié de l'Empire est la septième période, période du régime libéral. Elle a été inaugurée par le traité de commerce de janvier 1860 avec l'Angleterre qui devait ôter les prohibitions et tixait le maximum des droits d'entrée a partir de 1864 à 25 p. 100. Ce traité a été suivi de nombre de traités conclus sur les mêmes bases avec d'autres Etats et de lois et de mesures gouvernementales qui ont facilité la production en France et les échanges avec l'étranger.
L'échelle mobile qui réglait le commerce des grains fut abolie. L'industrie française reçut des encouragements pour transformer son outillage et se mettre à la hauteur de la concurrence. Il est à noter que pendant cette période la France s'était agrandie de la Savoie et du comté de Nice. Malheureusement la fortune avait cessé de sourire à la politique française. Les protectionnistes tirent à l'intérieur une opposition irréconciliable au système libéral ; les partis révolutionnaires commencèrent à s'agiter, l'impolitique expédition du Mexique se termina par un désastre humiliani ; la guerre d'Italie éveilla les susceptibilités et les ambitions de l'Allemagne qui, en écrasant l'Autriche à Sadowa, révolutionna l'équilibre européen au détriment de la France ; la guerre avec l'Allemagne resta imminente pendant trois ans. Il y eut encore progrès du commerce extérieur; mais ce progrès se ralentit. Il a été, en moyenne annuelle, de 288 millions pour le commerce général et de 257 millions au commerce spécial. La progression était moindre que dans la période précédente. L'importation a augmenté plus que l'exportation, importation des objets d'alimentation, importation des matières nécessaires à l'industrie, importation des objets fabriqués. C'était la conséquence des tarifs conventionnels, c'est à-dire des traités de commerce qui avaient supprimé la prohibition des marchandises étrangères ou abaissé les droits d'entrée sur ces marchandises.
6° La guerre franco allemande, huitième période, a été une interruption de la vie économique et un effondrement général pendant lequel il y a eu diminution du commerce général et du commerce spécial.
7° La neuvième période s'étend du traité de Francfort au vole du tarif douanier de mai 1881. La France avait perdu F Alsace-Lorraine et par conséquent une des régions où la population était le plus dense et où l'activité industrielle et commerciale était le plus intense. Thiers, qui avait été pendant l'Empire un des adversaires du régime libéral,
tenta enfin de fournir des ressources à un budget énormément grossi, de mettre des droits d'entrée sur les denrées alimentaires et les matières premières et de dénoncer les traités de commerce. Il n'y réussit pas ; la France resta dix ans encore sous le régime du tarif conventionnel, sinon avec tous les Etats, du moins avec la majorité des plus commerçants. La reprise des affaires fut très prompte après la signature de la paix et, malgré la crise de 1873, le progrès continua, non moins rapide que sous le second Empire.
En effet le commerce général a augmenté de 348 millions en moyenne par an ; le commerce spécial, de 198 millions. L'importation, pendant cetle période, s'est développée plus que l'exportation ; celle des objets fabriqués a gagné plus que l'exportation des objets fabriqués français.
8° La France n'avait pas refait son tarif général complet depuis le premier Empire (1806) ; mais le tarif conventionnel l'avait en grande partie remplacé dans la pratique. Le gouvernement était sollicité depuis 1875 de le refaire; il le relit en effet en mai 1881, supprimant les prohibitions et prenant à peu près pour base les taxes du tarif conventionnel, en les augmentant toutefois de 24 p. 100, et en substituant des droits spécifiques aux droits ad valorem. De nouveaux traités de commerce furent conclus sur cette base (pas avec l'Angleterre) et la France resta dix ans encore sous le régime à peu près libéral des conventions internationales.
Mais l'état général du marché avait changé. En France, à la suite de la crise de 1882, les affaires languirent; le prix des marchandises baissa ; le commerce extérieur diminua et, malgré quelques relèvements (de 1888 à 1895), le total de ce commerce resta au-dessous du niveau qu'il avait atteint en 1880. Le commerce général diminua de 94 millions en moyenne par an ; le commerce spécial diminua de 70 millions. La diminution porta principalement sur l'importation dont les trois catégories donnèrent des résultats inférieurs à ceux de la période précédente, l'exportation fléchit un peu moins. C'est la neuvième période.
9° Les protectionnistes, qui avaient toujours combattu le régime libéral du tarif conventionnel, accusèrent ce régime d'être la cause de la baisse des prix et delà stagnation du commerce. Les agriculteurs et les industriels, dont les intérêts avaient été souvent en opposition à cause de la question de l'entrée en franchise des matières premières, se coalisèrent et obtinrent dans le Parlement une forte majorité. Ils tirent voter d'abord (1885) un droit à l'importation du blé que la Chambre n'avait pas osé pendant longtemps admettre et qui fut augmenté par deux fois de 3 francs à 7 francs par quintal. Le régime des traités de commerce fut condamné ; la loi n'admet plus que de simples conven* tions, révocables chaque année. Un tarif, très nettement protection-
LES PÉRIODES DE L'HISTOIRE Dl COMMERCE EXTÉRIEUR 829
nisle, taxant à la fois les produits agricoles et les produits manufacl orée. fut adopté janvier 189? . Ce tarif était double : tarif général applicable à tous les niais avec lesquels la France n'aurait pas de convention ; tarif minimum fixant la limite extrême des concessions que le gouvernement pourrait offrir aux puissances étrangères dans les conventions qu'il négocierait avec elles. Le tarif du 12 janvier 1892 inaugure la dixième période. Il a été aggravé dans le sens protectionniste par plusieurs lois successives (loi du cadenas, etc.). Mis en vigueur au moment où le commerce de la France élait encore, comme celui des autres Étals, dans la période de stagnation, il n'a pas eu tout d'abord la vertu de le relever ; le commerce a continué à baisser jusqu'en 1894.
ÎO Cependant, dans le monde entier, une reprise des affaires commençait à se manifester; à partir de 18951896 le commerce augmenta de nouveau dans tous les pays. C'est le commencement d'une onzième période. La France a participé à ce mouvement général. En 1894 le commerce spécial n'était plus que de 6.928 millions. D'un mouvement ascendant, interrompu par quelques courts temps d'arrêt, il s'est élevé en 19(»9 à 11.964 millions, augmentant ainsi de 5.036 millions en quinze ans, par conséquent doublant presque ' et augmentant en moyenne annuelle de 335 millions. Le commerce général a atteint 15 338 millions C'est une des périodes dans lesquelles l'accroissement a été le plus rapide. Il coïncide avec une nouvelle période de grand accroissement de la production des mines d'or, qui a augmenté le numéraire en circulation dans les pays commerçants, accru particulièrement les dépôts métalliques dans les banques 2 et poussé, depuis 1896 et surtout depuis 190X3, à une hausse des prix, hausse toujours favorable à la spéculation.
En résumé, si on laisse de côtelés périodes antérieures à la Restauration pendant lesquelles des causes politiques et militaires ont profondément troublé et contrarié l'ordre économique, on voit que le commerce extérieur a eu pour point de départ, en 1815, 621 millions et qu'il aboutit en 1909 à 15.338 millions au commerce général el à 11.964 millions au commerce spécial, augmentant ainsi dans la proportion de 1 à 20, et que près de la moitié de cette augmentation s'est produite dans le cours des quarante années de la troisième République ; accroissement considérable, qui toutefois calculé non en valeur absolue, mais en tant pour cent, reste inférieur à celui que la statistique constate pendant le second Empire.
1. L'année 1910 donne pour le commerce spécial une. augmentation de 177 millions à l'importation et de 237 millions à l'exportation ; total 414 millions.
2. D'après le Statist, l'encaisse or dans les banques et dans les Trésors des diTers Etats aurait augmenté de 855 millions de francs de l'année 1900 à l'année 1910.
Les autres Etats.
Examinons maintenant, beaucoup plus brièvement, les péripéties du commerce extérieur des Etats autres que la France.
L'Angleterre, — Les relevés de son commerce extérieur avaient été enregistrés depuis 1760; l'incendie de la douane en 1814 les a détruits. Des statisticiens les ont en partie reconstitués. Dans la première partie du xixe siècle, la publication a été faite, comme en France, en valeurs officielles qui sont restées invariables depuis 1698 jusqu'en 1854. Comme le prix des marchandises avait considérablement changé avec le temps et avait baissé pour la plupart d'entre elles (ce qui est contraire au préjugé général), l'évaluation administrative ne correspondait plus du tout à la réalité ; en 1854, quand l'administration adopta le système des valeurs actuelles \ il se trouva que les 214 millions de livres sterling de produits et objets manufacturés du Royaume Uni qu'on avait enregistrés à l'exportation d'après l'ancienne méthode ne valaient réellement que 97 millions en valeurs actuelles ; la fabrication mécanique était la cause principale de cette grande diminution des prix 2. Depuis 1870 l'administration prend comme base de ses évaluations la moyenne des prix des marchandises tels qu'ils sont déclarés par les expéditeurs, quoique ceuxci puissent avoir intérêt à ne pas mentionner toujours le prix véritable.
Sur la courbe qui se trouve à la fin du volume (graphique XIII), les lecteurs peuvent suivre les variations annuelles du commerce anglais.
1. Les valeurs actuelles d'y illeurs étaient connues auparavant. Voir le mot Impurls and Exporte dans le dictionnaire de Mac Culloch.
2. Le commerce britannique comprend: 1° le total des importations ; 2° le total des exportations, qui se compose de deux parties : l'exportation des produits britanniques et l'exportation des produits de l'étranger ou des colonies britanniques. Les produits étrangers et coloniaux exportés appartiennent en réalité au commerce général.
Les lingots et le numéraire ne sont pas compris dans le total du commerce ; ils sont l'objet d'une statistique spéciale. En 1904, par exemple, l'importation d'or et d'argent a été de 45.S64.000 livres sterling et l'exportation de 46.303.090 livres sterling.
Les marchandises étrangères et coloniales importées qui sont l'objet d'un transbordement immédiat dans les ports anglais pour être réexportées ne sont pas non plus comprises dans le total du commerce. Elles sont enregistrées à part en poids. En 1904 leur valeur était estimée à 13.667.000 livres sterling.
Dans la valeur des importations sont comprises en général, outre la valeur propre de la marchandise, celle de l'assurance et du fret. Dans la valeur des exportations sont compris les frais d'embarquement.
M. Bowley, dans son ouvrage An Elemenlary Manual ofslalislics, a clairement expliqué les divisions de la statistique commerciale du Royaume-Uni en prenant comme
Ce commerce depuis le dix-huitième siècle a été le plus important de tous les commerces du monde ; il l'est resté, bien qu'au xxe siècle deux Etals, les Etals- Unis et l'Allemagne, se rapprochent beaucoup de lui.
Au commencement du xixe siècle, en 1803, la paix d'Amiens eut pour conséquence immédiate une augmentation de 5 millions de livres sterling à l'exportation des produits anglais Scelle augmentation apparaît peu sur la courbe, parce qu'elle s'est produite principalement sur les valeurs réelles et qu'elle eslà peine sensible sur les valeurs officielles). De 1809 à 1811 il se produisit une forte augmentation en dépit du blocus continental et des difficultés qu'il causa aux négociants anglais; l'Angleterre était maîtresse de la mer et du monde colonial. En 1812 la guerre avec les Etats-Unis amena une dépression subite. Après le rétablissement de la paix générale, le commerce s'éleva tout d'abord 1815) à 89 millions de livres sterling (soit environ 2.200 millions de francs ; puis malgré quelques interruptions crise de 1826-1827 ; dépression des chemins de fer de 1838 à 1843'. il monta graduellement jusqu'à un total de 365 millions de livres sterling en 1854, total qui comprend l'importation, l'exportation des produits britanniques et l'exportation des produits étrangers et coloniaux, correspondant environ à 9 130 millions de francs : c'est le total calculé d'après les valeurs officielles ; calculé en valeurs actuelles, il ne représente que 6.300 millions de francs '. Depuis cette année 1854 c'est en valeurs actuelles que la publication a été faite.
Par une suite de lois votées au xviue siècle le Parlement avait confirmé ou étendu les privilèges douaniers de l'aristocratie terrienne, la « gentry » devenue toute puissante : l'importation du bétail restait prohibée ; celle des céréales avait été rendue plus difficile par le
exemple l'année 1901 :
(Valeurs en raillions de livres sterling)
Importation * i ~- Exportation
Marchandises 646 Produits britanniques 426
Numéraire 73 Etrangers et coloniaux 92
Total 719 Total 518
Numéraire 68
Total 586
Transbordement 19.
Comme les exportations de produits étrangers et coloniaux ont été nécessairement précédées d'une importation, il y a lieu de les retrancher du total des importations (646 — 92 = oj4) pour avoir le chiffre approximatif des importations du commerce spécial. De sorte que le commerce britannique de 190", correspondant à peu près à ce qu'on appelle en France commerce spécial, aurait été (sans le numéraire) 554 + 426 = 980 millions de livres sterling au lieu de 1.164 millions.
1. L'exportation de produits naturels et manufacturés de l'Angleterre était comptée pour 97 millions de livres sterling au lieu de 214.
surélèvemenl du prix au-dessous duquel elle élait interdite. Pendant la guerre avec la France, le blé était monté à un prix fabuleux, jusqu'à 126 schellings le quarler en 1812. Les landlors avaient réalisé des profits énormes.
Après le rétablissement de la paix, ils prétendaient les conserver et ils obtinrent en 1815 et 1817 des lois qui prohibaient l'importation du froment quand le prix était inférieur à 67 schelling (pour l'importation des colonies anglaises) et à 80 (pour les pays étrangers). Or jusqu'en 1825 le prix sur le marché anglais ne dépassa pas 80 schelling. D'autre part le tarif général, très compliqué, comprenait un nombre très considérable d'articles.
Depuis la fin du xvmc siècle les manufacturiers étaient devenus une puissance avec laquelle il fallait compter. Ils se plaignaient d'un régime douanier qui, renchérissant la vie, aggravait la misère, lamentable à cette époque, de leurs ouvriers. Robinson, puis Huskisson devenus successivement présidents du Board of trade, se firent leurs avocats. « Pourquoi, disait le premier à la Chambre des communes, ne pas émanciper le commerce delà Grande-Bretagne? quel temps pourrait être plus propice ? Tout nous réussit ' ...» Ils firent voter (loi du 25 mars 1824) le remplacement de la prohibition des soieries par un droit élevé, la réduction du droit d'entrée sur les soies brutes, la laine; l'abaissement de 80 à 75 schelling de la limite d'interdiction de l'importation du blé ; en 1825 le tarif fut complètement revisé et d'importantes réductions furent faites, notamment sur le rhum, le café, le chanvre, le lin, la laine, le fer, le cuivre, les vins ; les interdictions de l'acte de navigation furent tempérées et le privilège des bâtiments anglais avec les colonies fut restreint à l'intercourse de la métropole aux colonies et des colonies entre elles.
Les fabricants de soierie se plaignirent, mais le commerce ressentit presque immédiatement les bons effets de ce commencement de réforme : les recettes de la douane, auxquelles les réductions de droits auraient dû faire perdre 9 millions de livres sterling, ne diminuèrent que de 3 millions et le trafic de l'Angleterre avec l'étranger s'accrut.
A la suite de la réforme parlementaire de 1832 et de l'accession des whigt au pouvoir, le mouvement d'opinion libérale s'accentua. En 1833 fut voté un nouveau tarif qui abaissait quelques droits. Mais ce fut un ministère tory, sous la présidence de Robert Peel, qui accomplit la grande réforme.
Depuis 1838 une ligue, l'Anticorn-laws-League ayant pour principaux chefs Cobden et Bright, entretenait dans le pays une agitation croissante contre les lois sur les céréales qui, faites pour assurer une forte
1. Déjà en 1822 des mesures libérales avaient été prises relativement à la navigation et au régime colonial.
lis PÉRIODES DE L'HISTOIRE DU COMMERCE EXTÉRIEUR 833
rente aux propriétaires fonciers, faisaient payer cher le pain aux Anglais et particulièrement aux ouvriers des manufactures. La réforme électorale avait donné à la classe industrielle une influence qu'elle n'avait pas auparavant.
Robert Peel comprit que dans le simple intérêt du Trésor public, de l'industrie et du commerce, l'Angleterre devait renoncer à la protection agricole et débarrasser sa douane des entraves protectionnistes. « Nous nous punirions nous-mêmes, disait-il, en nous privant d'acheter là où les produits se vendent le meilleur marché. » Une revision du tarif eut lieu en 1842 qui opéra une réduction sur 750 articles (le tarif en comprenait 1.200), et un abaissement du taux de protection accordé aux céréales et aux légumes farineux; une autre revision en 1845 qui affranchit plus de 41)0 articles parmi lesquels étaient le lin, la soie grège, le colon, les filés de colon, l'indigo.
Mais Cobden et la Ligue voulaient l'abolition complète des lois sur les céréales. Robert Peel, n'ayant pu obtenir l'adhésion de ses collègues à cette idée, donna sa démission ; puis, son successeur n'ayant pu former un cabinet, il reprit le pouvoir et fit voter l'abrogation des lois sur les céréales (1846). Après une période de transition, les céréales et farineux devaient, à partir du 1er février 1849, entrer librement en payant un droit uniforme de 1 schelling par quarter, droit qui a été supprimé en 1866. Une autre loi de la même année accorda la franchise au bétail et à la viande et réduisit le droit sur plusieurs articles. Le ministre succomba immédiatement après sa victoire ; mais la réforme subsista : à partir de 1849 les blés sont entrés effectivement en franchise.
En 1849 (26 juin) un autre acte, très important aussi, abolit l'ancien palladium de la marine britannique, l'acte de navigation l, ne réservant que le cabotage. Une loi de 1854 supprima même cette réserve.
Après Robert Peel, Gladstone, devenu chancelier de l'Echiquier en 1853 et en 1860-1861, compléta la réforme. Il supprima divers impôts de consommation qui portaient sur des denrées alimentaires ou qui rendaient très peu au Trésor. A la suite du traité de commerce avec la France, il ne resta plus au tarif qu'une quarantaine de taxes qui sont principalement des impôts de consommation et n'ont plus aucun caractère protectionniste.
L'industrie britannique se sentait alors assez forte pour ne pas craindre d'ouvrir son marché aux étrangers et pour bénéficier, au contraire, elle-même du stimulant de la concurrence.
En janvier 1860 la France adopta aussi solennellement la politique libérale en concluant avec l'Angleterre le traité de commerce qui abaissa un certain nombre de droits à l'importation française en Angleterre, supprima pour l'Angleterre les prohibitions et réduisit les
1. Cette abrogation avait été préparée par plusieurs lois, lois de 1822 (24 juin), lois de 1823 (27 juin etc.), acte de navigation de 1833, loi de 1845.
834 LIVRE VII. — CHAPITRE Vil
droits à l'importation en France. Ce traité n'a pas été renouvelé à la suite de la mise en vigueur du tarif français de 1881 ; mais l'Angleterre a joui depuis ce temps du traitement de la nation la plus favorisée.
Pendant la guerre sud-africaine, au commencement du xxe siècle, l'Angleterre s'est vue obligée de créer quelques impôts de douane pour faire face à ses dépenses. Elle a mis un droit d'importation sur le sucre, le blé1, la farine et un droit d'exportation sur la houille (1 schelling par tonne). Ces taxes n'avaient d'ailleurs aucun rapport avec, le système protectionniste.
A cette époque un parti très ardent se forma dont M. Chamberlain fut le chef, et qui proposait de renoncer au système, devenu classique pour ainsi dire, du libre-échange et de former avec les colonies une vaste fédération douanière protégée par des droits; les colonies jouiraient d'une réduction ou d'une suppression de droits pour l'importation de leurs produits en Angleterre et l'Angleterre de son côté en jouirait pour ses importations dans les colonies. Le Canada prit même l'initiative d'un accord en volant en 1898 un traitement de faveur de 25 et 33 p. 100 au profit de la métropole. C'eût été une orientation toute nouvelle de l'économie anglaise. Ce parti n'a pas réussi — jusqu'ici du moins — à gagner la majorité du Parlement. Les colonies autres que le Canada n'inclinaient guère à l'accepter. D'ailleurs, en 1911, le Canada vient de se retourner d'un autre côté et de conclure avec les Etals-Unis un traité qui est en contradiction avec le système d'union douanière, parce qu'il lie par des concessions réciproques le commerce canadien au commerce américain et qu'à certains égards les Etats- Unis seront, dans les relations commerciales, mieux traités que l'Angleterre elle-même. Ce traité, qui tirera le commerce canadien du côté des Etats-Unis, aura promptement de sérieuses conséquences économiques et peut-être un jour des conséquences politiques. D'autre part, le Parlement sud-africain paraît disposer à retirer aux importations anglaises les avantages qui leur avaient été faits.
Reprenons la suite du mouvement commercial de l'Angleterre. Dans la figure qui se trouve à la fin du volume, la courbe du commerce est double à partir de 1864 ; la courbe supérieure comprenant tout le commerce enregistré (toutefois sans le transbordement * dont on n'enregistre officiellement que le poids) et correspondant à peu près au commerce général ; la courbe inférieure ne comprenant pas la réexportation des produits étrangers et coloniaux et correspondant à peu près au commerce spécial.
De 1854, première année où la statistique a été établie en valeurs
i. La taxe de 3 pences par quintal anglais de blé a été supprimée en 1903. 2. Et sans les métaux précieux dont l'importation et l'exportation sont comptées à part, comme en France.
LES PÉRIODES DE L'HISTOIRE Dl* COMMERCE EXTÉRIEUR 835
réelles (246 millions de livres sterling) à 1873 (<V82 millions), le commerce général a augmenté presque de 170 p. 100. C'est, en Angleterre comme en France, la période de l'ascension la plus rapide et la plus continue, à peine échancrée par la crise de 1857-1858 et par celle de 1867. Avant 1840,1'exportalion était en général supérieure à l'importation ; depuis cette époque, c'est en général l'importation qui l'emporte, l'Angleterre ayant une quantité toujours croissante de capitaux placés hors des Iles-Britanniques.
En 1872 le commerce ' (métaux précieux non compris) a été de 354,7 millions de livres sterling à l'importation et de 314,6 millions à l'exportation (exportation totale1), total 669,3 millions (16.764 millions de francs).
Les articles qui à l'importation avaient une valeur supérieure à 10 millions de livres sterling étaient le blé (26), le colon (53), le sucre (21), le thé (13), les bois (13), la laine (18). A l'exportation, le charbon (10), les fils de coton (16), les tissus de colon (63), les articles de fer et d'acier (36), les lainages (32 .
Les clients de l'Anglelerre (ayant fait un commerce supérieur à 20 millions de livres) étaient l'Allemagne (62), les Pays-Bas (37 , la Belgique (26 , la France (70>, les États-Unis (100), la Chine (20).
De 1872 à 1880 le progrès s'est beaucoup ralenti. L'importation a augmenté excepté en 1878 et 1879 | ; mais l'exportation a diminué. En 1880 l'importation était de 411 millions de livres sterling et l'exportation de 286 \ total 697 millions.
De 1880 à 1894 l'état du commerce est resté stationnaire comme dans la plupart des Etats. En 1894 le total a été de 682 millions, dont 408 à l'importation et 274 à l'exportation.
Mais, comme dans les autres Etats, il s'est beaucoup relevé depuis cette époque. En 1907 il a atteint 1.164 millions de livres (646 à l'importation et 518 à l'exportation) *, c'est-à-dire 29.333 millions de francs. La crise d'octobre 1907 l'a fait baisser en 1908; mais il est remonté en 1909 à 1.094 millions de livres (625 à l'importation et 469 à l'exportation) 6, c'est-à-dire 27 milliards 1/2 de francs. Le commerce depuis 1894 a augmenté de plus de 70 p. 100 6.
Les principaux articles de l'importation (ayant une valeur de plus de 10 millions) étaient les céréales et farines (76 millions), les épices
1. Depuis 1871 les valeurs inscrites à l'importation sont les valeurs déclarées par les importateurs.
2. L'exportation comprenait 256 millions de produits britanniques et 58 millions de produits étrangers et coloniaux.