CHAPITRE IV
Sommaikk. — La Banque de France (144). — Les crises de 1818 et de 1826 (145). — Le progrès général du commerce extérieur (147). — Le commerce par pays de provenance et de destination (148). — Le commerce par nature de marchandises (153). — Commerce par mer et commerce par terre (154).
La Banque de France. — Les débuts du commerce sous la Restauration furent d'abord très pénibles. Deux fois les armées étrangères envahirent le territoire ; après Waterloo elles occupèrent au nombre de 150.000 hommes les places fortes, et le pays eut à supporter les frais de l'occupation. Il fallut payer 700 millions de contribution de guerre et de lourdes indemnités à tous les peuples que nos troupes avaient naguère foulés, liquider plus d'un milliard de dettes arriérées depuis 1812. A Paris, où les alliés dépensaient largement, on ne s'aperçut guère tout d'abord du poids de ces charges. Le commerce de détail fut même actif et la rente, sur laquelle les étrangers spéculaient, monta même un moment jusqu'à 80 francs. 11 n'en était pas de même en province.
Les opérations de la Banque de France sont un indice de l'état des affaires, surtout de l'état des affaires à Paris où la Banque concentrait son activité. Elle s'était en effet repliée sur elle-même pendant la dernière crise de l'Empire. N'ayant plus l'emploi du gros capital ^90 millions) que lui avait imposé la loi de 1806, elle en avait employé une partie à racheter ses propres actions dont elle réduisit ainsi le nombre de 90.000 à 67 900. Elle n'arrêta pourtant pas par ce moyen la baisse de ses actions qui avaient atteint en 1807 le taux de 1.430 francs et qui descendirent en 1814 jusqu'à 470 francs '.
Abandonnée par son gouverneur, elle avait, libre de ses mouvements
1. Le dividende baissa moins que l'action. Le plus fort depuis la loi de 1806 avait été celui de : 1807 82 francs ; celui de 1813 avait été de 75 fr. 50 ; celui de 1814 fut de 60 francs. Il remonta en 1816 à 74 francs, en 1817 à 87 fr. 50, en 1818 à 99 fr. 80, pour retomber après la crise à 66 en 1819. La Banque ayant obtenu en 1823 que la répartition des bénéfices fut faite non plus entre le nombre fictif de 90.000 actions, mais entre le nombre réel de 67.900 actions, le dividende monta à 91 fr. 30.
sous l'administration du banquier Laffîtte, un de ses régents, retiré presque tous ses billets de la circulation, liquidé ses comptes ', muré ses caves avant l'entrée des alliés ; elle brûla les billets rentrés et fit briser les planches, les clichés et les presses afin que l'ennemi ne fût pas tenté de fabriquer de la fausse monnaie sous le couvert de la Banque. Elle ferma ses deux succursales qu'elle n'avait ouvertes qu'à regret et en obtint la suppression légale, redevenant ainsi la Banque de Paris ; en 1815 elle releva à 5 p. 100 le taux de son escompte et le maintenait pendant quatre ans à ce taux. Sa circulation, cette année là, se trouva réduite à 41 millions contre une encaisse de 50 millions et un portefeuille de 32 en moyenne ; le total de ses escomptes ne fut que de 204 millions.
Les crises de 18/8 el de 1 825-1 $26. — L'Angleterre avait traversé péniblement la période du blocus continental. La réouverture du marché européen à ses exportations après la retraite de Russie, puis la chute de Napoléon avaient surexcité la spéculation. Le résultat ne correspondit pas entièrement aux espérances et même les prix baissèrent ; l'excès de spéculation produisit en 1815 une crise, de courte durée d'ailleurs, mais dans les années suivantes un grand nombre de faillites. En 1818, à la. suite d'importations considérables de blé que la mauvaise récolte avait rendues nécessaires et de la sortie d'argent qui en fut la conséquence, la réserve de la Banque d'Angleterre diminua à tel point qu'elle dut suspendre ses paiements el que le gouvernement dut lui consentir une avance de 28 millions.
En France, la Banque avait repris confiance depuis l'année 1815 et elle avait ouvert plus libéralement son portefeuille.
Le total de ses escomptes monta même à 727 millions en 1818 ; c'était un gonflement anormal, indice d'une crise imminente. Cette crise, causée par des embarras financiers et une spéculation effrénée en Angleterre, par une disette de blé et aussi par le jeu des spéculateurs sur les emprunts et autres affaires, éclata dans la seconde moitié de l'année 1818 ; les présentations à l'escompte affluèrent si bien que le portefeuille se gonfla jusqu'à 146 millions pendant que l'encaisse tombait en moins de trois mois de 117 à 34 millions. Il fallut serrer le frein, réduire l'escompte à quarante-cinq jours et laisser passer la tourmente, qui fit un grand nombre de victimes.
1. Le 19 janvier 1814, la Banque avait déclaré qu'elle ne rembourserait que 500.000 francs par jour et elle avait commencé la liquidation. Le matin du jour où les ennemis entrèrent dans Paris, elle remboursa encore en espèces 3.270.000 francs de billets ; elle fit toucher les effets échus et même elle escompta.
Le minimum de la circulation en 1814 a été de H millions ; le minimum de l'encaisse a été de 6.600.000 francs.
Il 10
Le calme se rétablit dans le commerce et la fin de l'année 1818 fut signalée par un fait considérable : la délivrance du territoire français par le départ des troupes étrangères après le paiement de 265 millions, reliquat de la contribution imposée à la France (traité du 9 octobre 1818).
L'industrie et le commerce entrèrent alors dans une période de développement. Le total des escomptes monta à 678 millions en 1825 et même brusquement à 822 en 1826. Mais ce dernier grossissement et la réduction de l'encaisse étaient encore les signes d'une crise. Cette crise éclata d'abord en Angleterre où les Country banks avaient prodigué les émissions de billets et où la spéculation sur les premiers chemins de fer et sur les cotons d'Amérique avait fait hausser les prix '. L'exagération amena une réaction : les prix et les salaires baissèrent subitement ; le change fut défavorable et ne se releva vers la fin de 1825 que lorsque la Banque d'Angleterre eut élevé le taux de son escompte, soixante-dix banques provinciales s'effondrèrent. La crise se communiqua aux Etats-Unis où il y avait eu une spéculation effrénée sur les cotons.
La France fut touchée aussi, mais moins rudement. 11 y avait eu des crises dans le passé. Elles commençaient à devenir plus fréquentes, plus sensibles aussi sans aucun doute, ou du moins plus exactement constatées dans leur retour périodique ; elles furent plus mesurables en France parce que les comptes à la Banque fournissaient un thermomètre. C'est que les facilités du crédit pouvaient avoir pour conséquence le développement des opérations à terme et de la spéculation, et que l'échafaudage des échanges, vente et achat, reposant sur une base en partie fictive, pouvait plus aisément être déséquilibré. Les crises devinrent périodiques ; elles éclatèrent à la suite soit d'un événement politique, soit d'une très mauvaise récolte, soit par le contre-coup d'une crise à l'étranger, soit même quelquefois sans cause bien apparente, mais toujours sous l'influence d'un excès de spéculation et d'un abus du crédit.
Le prix des marchandises, que la spéculation avait surélevé de 1819 à 1826, baissa brusquement. Dans les trois derniers mois de 1826, la Banque eut 8 millions d'effets qu'elle dut protester.
La Restauration resta jusqu'en 1830 sous le coup de cette dernière crise ; les escomptes de 1828 et de 1829 furent faibles ; le relèvement qui se produisit en 1829 est dû à une disette de grains * qui nécessita un genre spécial d'importation ; le reste du commerce n'en fut que plus languissant 3.
1. De 1822 à 1824, il fut émis en Angleterre pour 1.250 millions de francs d'emprunts divers ; il s'en suivit une grande exportation de numéraire.
2. La récolte de 1829 avait été de 64 millions 1/3 d'hectolitres; celle de 1830, après la révolution de juillet, ne fut que de 52 mitions S/4.
3. Voici le détail des principales opérations de la Banque de Fiance sous la des-
Le dividende de la Banque, qui n'avait plus le service des renies ' et à laquelle le Trésor n'avait plus besoin de présenter des effets à escompter 2, baissa jusqu'à 64 francs : c'était une période de vaches maigres.
Le progrès général du commerce extérieur. — Les mouvements de la Banque de France sont des éléments de connaissance des vicissitudes du commerce, commerce intérieur et commerce extérieur, du premier plus que du second, parce que la très grande majorité des effets escomptés était le résultat d'opérations entre Français, entre Parisiens surtout, avons-nous dit.
Etudions maintenant spécialement le commerce extérieur.
Par les traités de 1814 et de 1815, la France avait été resserrée dans les limites de 1789. Dans ces limites, son commerce extérieur a été tout d'abord, au sortir du blocus continental et après la perte d'une partie de ses colonies, presque moitié moindre de ce qu'il avait été en 1788: 585 millions. Il remonta promptement jusqu'à 838 millions en 1818. La crise de 1818 arrêta le progrès et il fallut aller jusqu'en 1825
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1. C'est en 1827 que le gouvernement recommença à payer lui-même ses rentes.
2. La rente 5 0 0 monta en 1829 jusqu'à 110 fr. 6?. Le conseil général de la Banque, en quête d'affaires, offrit au gouvernement d'escompter son papier à 3 0,0, taniis qu'il continuait à prendre à 4 0/0*le papier du commerce. Le gouvernement accepta et les bons r,oyaus reparurent à la Banque.