‹ Histoire du commerce de la FranceChapitre 63 sur 266 · Enquête, t. II, p · texte numérisé non relu

Enquête, t. II, p

la chance de ruiner cette industrie en France et de mettre sans pain un grand nombre d'ouvriers *.

Les propriétaires de filatures et de tissages de laine et de coton, surtout de coton, étaient les plus animés contre le projet ministériel. «Je regarderais, disait Poitevin, de Louviers, la levée de la prohibition comme la mesure la plus fatale à la France qu'on puisse prendre. » a La prohibition ne peut être remplacée par aucun droit, si protecteur qu'il soit », s'appliquait à démontrer Jourdain Ribouleau, en même temps qu'il expliquait quel grand préjudice avait porté à la fabrique française le droit de 30 p. 100 sur les laines étrangères, qui avait transporté en Angleterre le marché des laines de Saxe et de Silésie. Un fabricant d'indiennes de Rouen, Keittinger Turgis, reprenait dans sa péroraison l'argument du salaire : « Une dernière considération : pensons à notre classe ouvrière, si bonne, si amie de l'ordre... Craignons de désespérer nos populations en les réduisant au même sort que les ouvriers allemands par l'entrée des produits étrangers. Les circonstances ne sont plus les mêmes, mais cependant nous ne devons pas oublier que Napoléon faisant brûler les marchandises anglaises, avait pour lui les sympathies de la nation2. » Hindenlang y ajoutait un aveu : « Il n'y a plus de diminution possible sur la main-d'œuvre, déjà si baissée qu'elle laisse à peine de quoi vivre à l'ouvrier*. »

« Toute notre existence manufacturière repose sur la prohibition », déclarait Joly, de Saint-Quentin \ La plupart avaient deux manières différentes d'envisager la question : quand ils parlaient de l'Angleterre, ils la dépeignaient puissamment armée. produisant dans de meilleures conditions et à plus bas prix que la France, prête à envahir notre marché et à vendre même à perle, afin d'écraser nos fabriques, dès que la substitution d'un droit quelconque à la prohibition aurait fait brèche dans le système ; d'autre partais affirmaient que l'industrie française avait fait de grands progrès et qu'elle n'avait pas, comme le prétendaient les économistes, besoin de la concurrence étrangère pour faire mieux. « Notre système est une très bonne forteresse ; l'industrie française n'a pas besoin de stimulant », affirmait Lefèvre- Duruflé.

Si les progrès de la manufacture française n'avaient pas été plus grands, c'était, d'après Mimerel, délégué des chambres de commerce de Lille, Roubaix et Tourcoing, parce qu'on l'avait menacée d'enlr'ouvrir les portes de la forteresse par des réductions de droits. Il le prenait de haut avec le ministère, en électeur qui sent sa force : « J'aime à le croire, l'intention du gouvernement est de protéger l'industrie na-

i. Enquête, t. II, p. 91.

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