Cette disposition de la loi fut abandonnée en
4. Les conseils généraux firent, durant cette période, de nombreuses demandes
des membres de la commission eût fait passer une ligne par son département ; tel, que la province fût sacrifiée à Paris ; un troisième, qu'on eût sacrifié le centre de la France parce qu'il envoyait des députés légitimistes. Plusieurs voulaient qu'au lieu de disséminer l'effort et les millions sur plusieurs points pour plaire à un plus grand nombre d'arrondissements, on les concentrât sur une seule ligne, afin d'obtenir plus tôt un résultat. « Le projet actuel, disait le général Paixhans, prétendant se faire l'écho de « la voix publique », a été combiné bien moins avec la pensée de faire ce qui convient aux intérêts généraux de la France que de faire ce qu'ont voulu quelques coalitions de localités. »
Sans doute les considérations personnelles n'avaient pas été entièrement étrangères aux détails du projet ; c'est le sort des choses humaines et parlementaires. Mais avant tout, il convenait de considérer, avec le rapporteur, que l'œuvre dans son ensemble était nationale et que le débat avait une haute portée morale. « La question qui s'agite devant nous, disait un député qui n'approuvait cependant pas tout à fait le mode d'exécution, est peut-être une des plus graves épreuves que le gouvernement représentatif ait traversées dans ce pays. Nous nous trouvons soudainement, après avoir vaincu les partis, face à face avec les intérêts positifs1. » Dans l'ensemble cependant la discussion fut très sérieuse*. Gaulthier de Rumilly, Fould, Bineau, Berryer, Talabot, Duvergier de Hauranne, Duchâtel, alors ministre, Chasseloup- Laubat, Lamartine qui défendait cette fois le projet ministériel, Thiers 3 à la Chambre des députés, Charles Dupin, le marquis d'Audiffred, le comte de la Reverte à la Chambre des pairs, et d'autres y tprirent part. Un député, Marschall, réclamait la priorité pour la ligne de Paris à Strasbourg, parce que, disait-il, « la Confédération germanique fait converger un réseau formidable de chemins de fer sur le Rhin et qu'en deux jours une armée de 400.000 hommes pouvait franchir notre frontière par la brèche de quarante lieues entre Thionville et Lauterbourg » ; argument qui peut, après l'événement, passer pour une prédiction.
Après une longue discussion sur le tracé de chaque ligne, la loi fut
pour obtenir qu'un chemin de fer passât par leur département. On trouve des demandes de ce genre, en 1841 dans 52 départements, en 1842 dans 50, en 1844 dans 68, en 1846 dans 61.