EÂSULTATS OBTENUS — AMÉLIORATIONS PROPOSEES
Mais la construction de cette seconde ligne, quelle que soit son utilité, ne remédiera pas au grave préjudice que porte au commerce de Marseille, le monopole dont jouit la Compagnie de la Méditerrannée ; elle ne déterminera pas cette puissante Compagnie à réduire ses tarifs, de manière à permettre à notre commerce et à notre industrie de lutter, dans des conditions favorables, avec (Sônes, dont les relations se développent si rapidement depuis quelques années.
Gênes possède deux chemins de fer , qui le relient Tun , par le percement du mont Cenis, à la France, l'autre, par le chemin de fer de Brenner, à la partie méridionale de l'Allemagne, chemin qui le conduit jusqu'à Munich.
Dans un avenir prochain un troisième chemin de fer, celui qui se fera à travers le mont Saint-Gothard, lui ouvrira le marché de la Suisse et tout le marché du Nord de l'Allemagne.
Il y a la , pour nous, un grand danger, qu'il importe de ne point perdre de vue un seul instant , et qui ne saurait être conjuré ou amoindri que par l'abaissement des tarifs.
Les questions de transport sont en effet , pour le commerce , des questions de premier ordre; il faut donc, à tout prix, que nous puissions nous procurer, dans la limite du possible, des transports rapides, qui ne puissent jamais présenter la chance d'être interrompus, et qui soient toujours établis à des prix suffisamment réduits pour, ne pas favoriser la concurrence étrangère.
La ligne projetée de Marseille à Lyon, par la rive droite du Rhône, facilitera le trafic et le rendra plus rapide ; mais sans l'intervention d'une compagnie rivale , jamais le commerce n'obtiendra la réduction des tarifs dont il a besoin pour lutter contre Gênes et même contre les ports du nord de la France (1).
C'est ce qui nous fait vivement regretter que la Compagnie du Midi n'ait pas obtenu la concession de la ligne qu'elle sollicitait et que le commerce tout entier demandait avec elle.
Si cette question pouvait être reprise, ou s'il était possible d'obtenir l'établissement de la ligne proposée de Calais à Marseille , par Paris , ou enfin tout autre chemin de fer en concurrence avec celui de la Méditerranée , évidemment , l'avenir de notre port serait assuré et nous verrions renaître notre marine marchande.
(1) Une concurrence réelle, profitable au commerce et k Tagricalturd, s'établirait naturellement, si on réalisait enfin le projet d'amélioration du Rhône, ou mieux encore si on construisait un canal reliant directement notre rade au port du Havre. — Voyez, k I'Appendics, les notes et documents que nous avois réunis sur cette importante question.
La question est là ; elle n'est pas ailleurs.
La prospérité de la marine marchande est en effet étroitement liée à la prospérité du conmierce ; or , le développement du mouvement commercial dépend surtout des conditions plus ou moins favorables dans lesquelles s'effectue la circulation des marchandises.
n faut donc d'une part, ainsi que nous l'avons déjà dit , accorder toutes sortes de facilités et d'encouragements à l'industrie des constructions navales et modifier la nouvelle loi sur l'hypothèque maritime, de manière à mettre un véritable instrument de crédit entre les mains des constructeurs et des armateurs.
D'autre part, et c'est ici le point capital , il faut obtenir la réduction des tarifs des chemins de fer. Les représentants du commerce de Marseille l'ont demandée bien souvent.
« Le taux actuel des transports, écrivaient-ils encore le 27 mai 1875, préjudicie de la manière la plus considérable aux intérêts généraux du pays. Nous n'avons cessé de signaler le fait , et devant le détournement constant de notre transit par l'étrangerj dont nous sommes les témoins , nous ne pouvons que renouveler nos réclamations avec la plus vive énergie. »
Consultée sur l'influence que pourrait avoir la réduction des tarifs sur la production m la consommation de certaines denrées ou marchandises, la Société pour la défense du commerce répondait en ces termes :
« Chaque branche de commerce ne demande qu'à s'étendre^ le seul moyen pour faciliter cette tendance est assurément le bon marché des parcours. Une diminution du prix des transports sur les houilles , par exemple , aurait pour résultat de les faire arriver en plus grande quantité sur la place de Marseille. Notre marine trouverait ainsi un fret de sortie qui lui manque , ce qui est une des causes les plus sérieuses de son infériorité.
« Pour les cotons reçus à Marseille , il y aurait une augmentation d'au moins
« Pour les sucres, l'augmentation serait de 200,000 tonnes environ.
« La différence, pour toutes les marchandises formant le trafic de Marseille, serait relative aux abaissements de tarifs dont elles jouiraient. Mais nous devons surtout mentionner les laines et les céréales dont l'avenir dépend du prix de transport qui leur seraient appliqué.
« Les laines qui viennent à Marseille, se consomment presque toutes à Roubaix et