PEAUX DE MOUTONS EN LAINE
PROVENANCES
Baénos-Ayres
Montevideo
Entrepôts d'Europe. . . .
Rosano
Saiot-Nicolas
Totaux
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Le commerce des peaux en poil, et spécialement des peaux de chèvres, qui était resté à peu près stationnaire pendant fort longtemps, a pris un grand essor depuis une vingtaine d'années. Cette prospérité est due, sans doute, à l'amélioration progressive du mode de fabrication et aux efforts qui ont été faits pour attirer à Marseille de plus grandes quantités de peaux brutes.
La valeur des peaux brutes importées à Marseille, qui était de 37,426,212 fr., en 1857, s'est élevée à 61,283,300 fr., en 1874.
Voici, d'après les indications fournies par la Chambre de commerce (comptesrendus annuels), quelle a été la marche progressive de cette branche importante du commerce marseillais, depuis 1865.
L'article peaux de chèvres en poil est toujours très important sur le marché de Marseille , et quoique les importations directes aient présenté un chiffre élevé ( voir le tableau transcrit à la fin de cette monographie), les tanneurs ont dû avoir recours & l'Angleterre pour compléter leur approvisionnement des qualités du Cap.
En résumé , 17 fabriques de tannerie ont travaillé , pendant l'année 1865 , 2,404,400 peaux.
La quantité de peaux tannées a été de 183,498 douzaines.
La hausse extraordinaire, qui s'est produite sur les sumacs, a considérablement diminué la fabrication des maroquins. Les causes de cette hausse sont attribuées aux nombreuses exportations de cet article en Amérique et à la spéculation des compagnies anglaises qui ont accaparé une grande partie des récoltes.
La fabrication a, néanmoins, absorbé tous les arrivages, qui ont donné un excédant de 16,351 balles sur l'année 1865.
Les arrivages de peaux en poil ont été considérables ; les bonnes qualités se sont vendues, dès l'arrivée, & des prix favorables, mais les transactions ont été difficiles pour les qualités inférieures.
Le cours moyen des peaux en poil de diverses qualités s'est établi ainsi qu'il suit :
Peaux d'Alger F. 27 25 la douzaine.
Id. de Mogador 26 » id.
Id. du Cap 38 60 id.
Id. de Sardaigne ......... 31 30 id.
Id. de l'Inde 16 30 id.
Id. du Levant 37 30 id.
Quant aux peaux tannées, elles se sont vendues :
Choix de Lyon F. 9 50 le kilogramme.
Id. de Paris 6 » id.
Deuxième choix 4 50 id.
La quantité de ces peaux s'est élevée au chiffre de 200,941 douzaines.
Les arrivages de peaux en poil ont été plus considérables même qu'en 1867, à cause de la famine qui a régné dans la plupart des tribus arabes, et qui a forcément amené la destruction de leurs troupeaux.
L'emploi de nouvelles machines, diverses améliorations et une baisse de 10 p. 0/0 sur les chèvres en poil, ont permis aux fabricants de vendre à meilleur marché et de faire délaisser entièrement les peaux de chèvres de l'Inde, dont la concurrence aurait pu devenir désastreuse, malgré l'infériorité bien reconnue de leur tannage.
La quantité des peaux tannées s'est élevée à 227,954 douzaines.
Ces peaux se sont vendues :
Choix de Lyon . F. 8 50 le kilogramme.
Id. de Paris 5 50 id.
Deuxième choix 4 » id.
La Chambre de Commerce constate avec satisfaction que la fabrication des peaux de chèvres a acquis, depuis quelques années, une très grande importance sur le marché de Marseille et qu'elle tend à se développer toujours davantage.
Le chiffre des importations présente un excédant de 15,587 balles sur les arrivages de 1868.
La quantité des peaux tannées s'est élevée à 248,538 douzaines.
Les transactions du 1*' semestre faisaient espérer un grand mouvement d'affaires , mais la guerre est venue arrêter cet essor , au moment où la fabrication était dans sa plus grande activité.
Il a fallu, de suite, réduire le travail et môme le suspendre tout à fait, l'écoulement principal des produits se faisant à Paris, d'où ils sont dirigés sur les diverses places d'Europe et d'Amérique.
Les importations ont subi une diminution de 35,390 balles sur celles de 1869.
A la reprise des affaires , toutes les balles de peaux de chèvres en poil qui figuraient comme stock , au 31 décembre 1870 et tous les arrivages reçus ont été enlevés à des prix avantageux.
Les peaux de chèvres tannées ont été constamment à la hausse. Elles se, sont élevées à des prix qui n'avaient pas été atteints depuis très-longtemps.
Elles se sont vendues en moyenne :
Choix de Lyon F. 10 75 le kilogramme.
Id. de Paris 8 80 id.
Deuxième choix 5 05 id.
La quantité des peaux tannées a été de 214,124 douzaines.
La grande activité qui n'a cessé de régner dans les tanneries en 1871 , s'est vigoureusement soutenue pendant les cinq premiers mois de 1872. Les peaux en poil et les tannées se sont vendues à de bons prix ; les arrivages ont été importants et les fabricants ont eu de la peine à suffire à toutes les demandes. Mais , à partir du mois de mai , les affaires se sont peu à peu ralenties et ont fini par devenir à peu près nulles.
On doit attribuer ce ralentissement aux achats excessifs qui ont été faits pour les maisons étrangères en 1871, et au commencement de 1872, achats qui ont sans doute dépaSsé les besoins de la consommation.
Pendant le premier trimestre de 1873, la fabrication a eu beaucoup d'activité; mais, à partir du deuxième trimestre, les demandes pour l'exportation, surtout pour l'Amérique , se sont ralenties et les tanneries ont dû suspendre en grande partie leur
travail. Ce n'a été que vers la fin de Tannée, que les demandes se sont ranimées, et qu'une bonne reprise s'est manifestée dans la fabrication , laquelle n'a cependant pas atteint le degré d'activité du premier trimestre.
Le chiffre des importations de peaux de chèvres en poil a diminué de 8, 144 balles , mais le nombre des peaux tannées s'est élevé à 362,000 douzaines (1), ce qui donne un excédant de 42,000 douzaines sur la quantité tannée en 1873.
Le cours des peaux en poil a été , savoir :
Alger F. 32 » à 45 55 la douzaine.
Mogador 24 45 à 45 45 id.
Cap 38 » à 45 » id.
Sardaigne . 27 85 à 41 75 id.
Levant 22 » à 45 45 id.
Comparés avec ceux de 1867 , ces prix font ressortir les augmentations suivantes ;
Alger F, 18 30 la douzaine.
Mogador 19 45 id.
'Cap 6 40 id.
Sardaigne 10 45 id.
Levant 8 10 id.
Les prix des peaux tannées sont restés à peu près les mêmes.
Choix de Lyon F. 9 50 le kilogr. 10 ' » le kilogr.
id. de Paris 6 » id. 7 » id.
Deuxième choix 4 50 id. 4 50 id.
La Chambre de Commerce tout en constatant les résultats qui précèdent, fait remarquer que le commerce des peaux et l'industrie de la tannerie ne se développent pas comme on l'espérait. Elle attribue la stagnation des affaires à diverses cau^ et notamment à la concurrence que font les produits étrangers aux peaux de chèvres tannées en France et particulièrement à la tannerie marseillaise.
(1) Soit 4,344,000 peaux tannées. Ce chiflOre ne s'était élevé, en 4865, qa'k ^,400,000, d*où une augmentation de près du double, en dix ans.
« En réalité , dit-elle , c'est là, pour ce qui concerne cet atHicle, la cause principale « de la stagnation des affaires. Depuis plusieurs années, nous avons à lutter, non « seulement chez nos voisins , mais encore chez nous , contre les peaux de chèvres « tannées dans les Indes , lesquelles sont connues sous le nom de peaux de chèvres « anglaises. Ces peaux sont expédiées de Londres, où elles sont vendues à des u enchères qui ont lieu à peu près tous les mois et par quantités de 1,100,000 à tt 1,200,000, quelquefois même 1,500,000 peaux. On peut juger, par ces chiffres, de « l'extension de ce produit et du tort considérable qu'il porte à notre fabrication. « Le bon marché de ces peaux est la seule cause de la faveur dont elles sont l'objet. « En France, les matières premières et la main-d'œuvre se paient très-cher; aux u Indes , tout cela est à vil prix. De là , bien que notre tannage soit supérieur à « celui des Indes, la difficulté pour nous de soutenir la concurrence.
« Cet état de choses met l'industrie française dans une position très-désavanta- M geuse , et il sera d'une bonne administration de rechercher les moyens d'y remédier « en supprimant , tout d'abord , le droit de 3 fr. par 100 kilogr. que paient les « peaux brutes importées par notre fabrication. La tannerie de peaux de chèvres a « pris chez nous, depuis un certain nombre d'aiïtiées, une extension considérable. A <c Marseille seulement, elle emploie plus de 2,000 ouvriers et donne lieu à des « transactions très-importantes. Sous tous les rapports , elle mérite qu'on s'intéresse « à elle et le gouvernement ferait une chose vraiment équitable en lui facilitant les « moyens de sortir d'une crise dont la principale cause, comme il a été déjà dit, « est la concurrence des peaux anglaises, et dont les résultats, si cette crise a continuait, pourraient devenir désastreux. »
n est certain que la tannerie est en souffrance et que son développement parait être arrêté. Cependant , il convient de constater que cette industrie est en progrès , puisque le chiffre des importations des peaux en poil et celui des peaux tannées ont presque doublé en dix ans (1).